‹ Contribution à l'Étude Toxicologique de La MorphineChapitre 34 sur 56 · DOUTE · texte numérisé non relu

DOUTE

Action comparée de l’'ammoniaque et du carbonate acide de sodium.

Parmi les agents de précipitation de la morphine, 1l en est certains que nous pouvons écarter d'office, ainsi : les lessives alcalines qui se combinent à la morphine pour donner des morphinates solubles, la magnésie peu maniable à cause de son insolubilité dans l’eau, les carbonates neutres alcalins que la majorité des auteurs préfèrent remplacer par les carbonates acides.

Nos expériences ont donc porté seulement sur l’action de l’ammoniaque comparée à celle des carbonates acides et plus spécialement du carbonate acide de sodium. |

Pour cela, nous avons essayé d'extraire par divers solvants — dans les mêmes conditions de temps «et de température — de la morphine préalablement déplacée par l’ammoniaque ou le carbonate acide de sodium. Nous avons chaque fois systématiquement opéré sur une dose de 1 centigramme de morphine anhydre en solution dans 50 centicubes d’eau, soit 50 centicubes d'une solution à 0 gr. 263 de chlorhydrate de morphine par litre.

Technique employée. — Dans une ampoule à décantation de 150 centicubes environ, nous placions les 50 centicubes de la solution de chlorhydrate de morphine, puis, suivant le cas, 1 gramme de carbonate acide de sodium ou 3 grammes d’ammoniaque. Nous agitions alors ce mélange, puis ajoutions rapidement 20 centicubes du solvant choisi. Après avoir bouché l’ampoule, nous agitions à nouveau très énergiquement pendant deux minutes. Après un repos de deux heures, les divers solvants étaient recueillis par décantation, filtrés sur papier, puis versés dans des capsules en porcelaine et abandonnés à l’évaporation. Les résidus ainsi obtenus étaient repris par 50 centicubes d’eau distillée légèrement acidulée (par 4 p. 100 d'HCI). La recherche de la morphine était alors ellectuée par le réactif de Marquis sur le résidu d’évaporation de 1 centicube de cette solution.

CD ee.

Les solvants utilisés furent :

HS CRISE AN TR Un 20. cc.

2AHGhlorotorme “2% éther: (4) : 00.1: 20 ce.

3° Chloroforme + Acétone (44) ............ 20 cc. 4° Ether à 1 p. 100 d'alcool éthylique ...... 20 cc. NE ta ST ASC ASC EN CARE TANT ER AERNE 20 cc.

Résultats des recherches de la morphine sur 1 centicube de solution aqueuse acide.

Solution alcalinisée Solution alcalinisée

Solvants. par NH3. par CO3HNa.

Chloroforme ........ Re 0 LE CHCB + Éther...... RTE 0 EE CHI A CÉtONE mer A 0 +++ Éther à 4 p. 100 d'alcool... 0 + HE ANR OP EE 0 0

Nous pouvons nous rendre compte dès maintenant de la différence d'action de l’ammoniaque et du carbonate acide. Mais pour rendre cette différence encore plus probante, nous avons refait ces expériences de la façon suivante :

1° Pour étudier à nouveau l'action de l’ammoniaque. —- Dans cette nouvelle série d'expériences, nous n’avons fait agir l’'ammoniaque qu'après avoir placé, dans l’ampoule à décantation, le solvant choisi en présence de la solution de chlorhy. drate de morphine, afin d'éviter la formation de morphine cristallisée, moins soluble que la morphine anhydre.

Le reste de la manipulation était identique à la technique précédemment donnée.

Résultats de la recherche de la morphine sur la totalité

du solvant.

TACRIOLOTOLMENT AMC RAI Re traces.

20 Chloroforme + Ether ....,... traces.

30 Chloroforme + Acétone...... traces.

4° Éther à 4 p. 100 d’alcool...... traces.

SOMME TEE MS RE are dele ire te 0

ED

% Pour étudier l’action du carbonate acide de sodium. — Nous avons dosé par la méthode apomorphinique (déjà décrite) la quantité de morphine extraite par chaque solvant, après action du carbonate acide de sodium, en suivant la même technique que plus haut.

Morphine extraite

Solvants. sur 10 mg.

AACHICLOIOEMÉ- 0e eee 1 mg.

20 Chloroforme -+ Éther ...... 4 mg. 25 3° Chloroforme + Acétone.... 2 mg. 50 4° Éther à 4 p. d’alcool........ 0 mg. 50 DéRthers rec: PEACE re 0 mg. 20

En résumé de ces diverses expériences, nous pouvons déduire :

4° Que la valeur de l’ammoniaque comme agent de libération de la morphine est à peu près nulle;

2° Que le carbonate acide de sodium donne, quel que soit le solvant utilisé, des résultats nettement meilleurs:

8° Au point de vue pratique, le carbonate acide de sod'um facilite beaucoup moins les émulsions que l’ammoniaque. Nous avons observé, en effet, que les émulsions données par le mélange de la solution aqueuse de morphine avec l’un quelconque des solvants employés sont très facilement détruites en présence’ du carbonate acide.

Mais, cependant, cette instabilité des émulsions n’est pas absolue; elle est influencée par la température ambiante. Il nous souvient ainsi d'expériences faites le 14% et le 15 février où la température du laboratoire était inférieure à + 2 degrés. Les émulsions obtenues furent d’une stabilité beaucoup plus grande qu'habituellement et, pour les détruire, il a fallu chauffer légèrement l’ampoule;

4° Les chiffres que nous donnons dans les tableaux. précédents correspondent à la moyenne de très nombreuses expériences. [ls ne sont pas absolus. Ils sont influencés par la température et par d’autres facteurs dont il est difficile de se rendre maître en pratique.

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Nous-déduisons de ces expériences que le carbonate acide de sodium est un des meilleurs agents utilisés pour libérer la morphine de ses combinaisons salines.

Choix du dissolvant.

Nous avons déjà vu que les solvants les plus divers ont été proposés pour l'extraction de la morphine préalablement libérée de ses combinaisons salines par l’action d’un composé alcalin. Nous avons recherché quels étaient les différents coefficients de solubilité de la morphine dans ces solvants, et nous nous sommes heurté alors à de grandes divergences et quelquefois même à des contradictions dans les résultats donnés par les auteurs. Nous n’en voulons pour preuve que les chiffres indiqués pour la sôlubilité de la morphine dans le chloroforme: 1! p. 60 d’après Schlimpert, 1 p. 175 d’après Pettenkoffer, 4 p. 1525 d’après Muller.

Mais la majorité des chiffres indiqués correspond à la solubilité maxima et non à la solubilité de la morphine déplacée par un alcali faible et qui, par suite, se trouve en suspension dans une solution aqueuse alcaline. Or, dans l’extraction de la morphine de ses solutions aqueuses, il faut enlever ainsi, par un dissolvant approprié, cet alcaloïde se trouvant en suspension. Les résultats obtenus alors ne correspondent pas avec ceux fournis par la théorie.

Expériences.

Nous avons placé dans une série d’ampoules à décantation — de 150 centicubes environ — 50 centicubes d’une solution de chlorhydrate de morphine (correspondant à 1 centigramme de morphine anhydre). Dans chacune, nous avons ajouté 10 centicubes d’un solvant approprié, puis 4 gr. 50 de carbonate acide de sodium. Après avoir bouché chaque appareil, nous les avons agités chacun pendant deux minutes. Puis, après dix minutes de repos, nous avons recueilli dans des cap-

CMOS

sules de porcelaine, les solutions extractives préalablement filtrées sur papier. Nous avons alors ajouté dans chaque ampoule, 10 centicubes du solvant initial, puis, après une nouvelle agitation de deux minutes et un repos de vingt à trente minutes, nous avons recueilli par décantation, puis filtré, la nouvelle couche de solvant. Ces secondes portions ont été ajoutées dans les capsules de porcelaine aux premières portions correspondantes, et le tout fut abandonné à l’évaporation spontanée. Les résultats furent repris (comme dans les expériences précédentes) par #0 centicubes d’eau distillée additionnée de 4 p. 100 d’HCI. Les recherches et les dosages de la morphine furent effectués, soit sur 1 centicube ou dans certains cas sur la totalité du résidu des solutions aqueuses ainsi obtenues.

Résultats de l'extraction de la morphine par les divers solvants:

Recherche Morphine retrouvée Solvants. sur { cc. sur 10 mg:

49 Chloroforme...... ro Le 1 mg.

20 Chloroforme + Éther.. + + À mg. 25 3° Chloroforme + Acétone .. +++ 2 mg. 50 AMETHeMHACÉtqUeEt tre EC 0 mg. 40 50 Éther à 1 p. 100 d'alcool. + 0 mg. 50 CRTNET RS ORNE CARPE 0 0 mg. 20 7° Éther de pétrole... ....... 0 0

Noùs voyons par là que le chloroforme — qui, d’après certains auteurs, est le dissolvant de choix de la morphine — ne donne en réalité que des résultats peu satisfaisants quand on opère sur de faibles quantités de cet alcaloïde en suspension dans un liquide aqueux alcalin. 1e)

Aussi nous avons voulu étudier — suivant les indications données par le travail de Marcille — l’action du CHCB, non seulement sur des solutions aqueuses de morphine, mais aussi sur des solutions alcooliques de titres divers, après avoir libéré la morphine de ses combinaisons salines par l’action du carbonate acide de sodium. Nous avons fait une série d’expériences — suivant la technique précédemment suivie — afin d'apprécier l'influence de la teneur en alcool de la solution sur

ta.

la solubilité de la morphine. À cet effet, nous utilisions toujours des solutions renfermant 10 milligrammes de morphine anhydre pour 50 centicubes de la prise d'essai.

Morphine extraite

Teneur en alcool de la solution, sur 10 mg.

OO E É Ag Sec l mg.

LOMME NCRES Sato : 21 à, 3 mg.

PAPE nm ro er MT UE è 6 mg.

DONS PER ATLe ROUE 5e T.à 8 mg.

AO cs as se 9 à 10 mg.

En traitant dans les mêmes conditions des solutions alcoo-. liques ne renfermant que 1 milligramme de morphine, nous avons retrouvé une courbe analogue de solubilité croissante avec le titre en alcool. En opérant ensuite sur des quantités encore moindres de morphine, les pertes furent plus grandes : ainsi dans un milieu alcoolique à 40 degrés nous n'avons pu extraire

Sur 0 mg. 20, que O mg. 14; ° Sur 0 mg. 10, que O0 mg. 06.

Ce qui peut démontrer que le pourcentage des pertes est d'autant plus élevé que la quantité de morphine à extraire est plus faible.

Il est un point sur lequel nos travaux ne semblent pas concorder avec ceux de Marcille; cet auteur dit en elfet « Lorsque la solution aqueuse est traitée par l’éther, puis par le chloroforme, ce dernier solvant s'empare de l’éther dis- SOUS, mais n’enlève aucune trace de l’alcaloïde. »

Or, ilest un dissolvant préconisé par Allen qui est constitué . par un mélange à parties égales de chloroforme et d’éther. Ce mélange, essayé par nous sur des solutions de morphine, donna des résultats analogues et même légèrement supérieurs à ceux donnés par le chloroforme seul.

Nous avons alors traité en milieu bicarbonaté sodique une solution de chlorhydrate de morphine par 20 centicubes d’éther, puis par 10 centicubes de chlorolorme, et à nouveau

Guyot à

es

par 10 centicubes de chloroforme. Puis dans la solution aqueuse restante nous avons ajouté une quantité suffisante d'alcool pour obtenir un mélange à 40 degrés, et nous avons traité à nouveau ce mélange par 20 centicubes de chloroforme (en deux fois). Voici la moyenne des résultats obtenus par

nous. :

Morphine extraite Solvants., sur 10 mg.

AN 20 COMTESSE ER RENE Se 0 mg. 15 Puis dE ICL de CHoOTORonmen CEE TERRE 1 mg.

A-nouveau c).40 C0, de"chloréfonme One 2, 0 mg. 40 Adjonction d'alcool puis à nouveau d) 20 ce. de chloroforme

(en 2 1018)745. 2 CNE Tes LAS OR APE rt 4 mg.

Cette série d'expériences fut faite en février, à une époque où la température du laboratoire était inférieure à + 2 degrés. Les émulsions obtenues furent plus stables que normalement et la solubilité de la morphine dans les divers solvants fut aussi diminuée. Mais nous avons pu nous rendre compte cependant de l’action de l’éther et aussi des différences de solubilité de la morphine dans le chloroforme suivant que l’on opère en solution aqueuse ou en solution alcoolique.

Nus avons essayé aussi comme dissovant l'alcool amylique ammoniacal proposé par Gérard, et pour cela nous avons saturé l’alcool amylique de deux façons :

1°. Par agitation de l'alcool amylique avec une solution d'NHB;

2° Par passage d’un courant de gaz ammoniac dans l'alcool amylique.

Les manipulations de cet alcool sont très désagréables. Les émulsions sont assez stables, les évaporations sont longues, et les vapeurs dégagées sont pénibles à respirer. Les résidus sont légèrement colorés; de plus, les résultats ne sont pas des plus satisfaisants; nous n'avons pu extraire par ce procédé que 2 milligrammes sur 10 milligrammes de morphine anhydre contenus dans 50 centicubes d’eau ammoniacale.

Ten

En résumé, nous préférons comme dissolvant de la morphine

le chloroforme, que l’on fait agir sur la solution additionnée

d'une quantité suffisante d'alcool pour obtenir un titre de

40 degrés, «et alcalinisée par le carbonate acide de sodium. Ce procédé a les avantages suivants :

1° Séparation rapide de la couche chloroformique:

2° Couche chloroformique inférieure, et, par suite, plus facile à retirer de l’ampoule à décantation;

3° Evaporation rapide et résidus moins colorés;

4° Résultats supérieurs à tous les autres.

Nous verrons cependant plus loin que, pour les applications toxicologiques, 1l y a intérêt à ne porter le mélange solution + alcool qu'à un titre inférieur ou tout au plus égal à 30 degrés; car si l'alcool augmente la solubilité de la morphine dans le chloroforme, il facilite aussi la dissolution des impuretés

dans ce solvant.

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

À. Stas. — Annal. d. Chem. u. Pharm., t. LXXXIV, p. 379. 4 bis. Orro. — Annal. d. Chem. u. Pharm., t. OC, p. 44.

2. DraGenporrr. — Manuel de toxicologie. Dragendorff, Paris, 1866, p. 157.

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