‹ Contribution à l'Étude Toxicologique de La MorphineChapitre 33 sur 56 · LIBERATION ET EXTRACTION DE LA MORPHINE DE SES SOLUTIONS SALINES · texte numérisé non relu

LIBERATION ET EXTRACTION DE LA MORPHINE DE SES SOLUTIONS SALINES

n Dans toute recherche toxicologique d’alcaloïde, deux pro- . blèmes sont à résoudre : 4° l’extraction de l’alcaloïde; 2° sa caractérisation et son dosage probable. Nous venons de voir que le second problème peut être aisément résolu. Il n’en est pas de même du premier.

L’extraction, pour être aussi parfaite que possible, suppose qu'on a fait choix du meilleur agent de libération et du meilleur dissolvant. Mais encore ces réactifs peuvent-ils varier selon le produit qu'on examine : opium, préparations opiacées, solutions plus ou moins complexes, urine, sang, viscères, etc... Nous n’aborderons ce problème que dans un chapitre suivant et au point de vue purement toxicologique. Pour le moment et pour aller du simple au composé, nous allons étudier uniquement la libération ét l'extraction de la morphine de ses solutions aqueuses, qu'il s'agisse de solutions pures d’un de ses sels ou de solutions acides obtenues au cours d’une expertise médico-légale et en supposant déjà faite la purification des solutions ainsi obtenues. Cette difficulté vaincue, il est bien entendu qu'il ne nous restera plus qu'à effectuer la caractérisation et le dosage par les procédés que nous avons choisis plus haut.

Les auteurs qui se sont occupés de cette question ont proposé tour à tour les méthodes suivantes :

Stas le premier a fait connaître une méthode générale d’ex-

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trâction des alcaloïdes, méthode qui fut modifiée par Otto et qui porte aujourd’hui ce double nom [1]. Elle est basée sur là précipitation de la morphine contenue dans la solution aqueuse acide extractive des viscères par le carbonate acide de sodium ou de potassium et reprise, par l’éther de la morphine ainsi libérée. Cette opération devra se faire rapidement pour éviter la formation de morphine cristallisée, moins soluble dans l’éther que la morphine anhydre.

Cette méthode a été critiquée par de nombreux toxicologues, dont Dragendorff, qui dit à ce propos [2], après avoir discuté sur la solubilité de la morphine dans l’éther : « Le procédé de Stas présente encore un autre inconvénient : le passage des alcaloïdes d’une solution alcaline dans l’éther et, réciproquement, d’une solution éthérée dans un liquide acide, ne réussit pas d’une manière complète pour tous les alcaloïdes (morphine et conicine). » |

Cependant, dans l'étude spéciale de la morphine que ce même auteur fait un peu après [3], il propose comme agent de libération l’ammoniaque, et comme dissolvant le chloroforme et l’alcool amylique, que l’on fait agir successivement. Il préconise aussi l’éther acétique comme. dissolvant et le remplacement de l’ammoniaque par la magnésie.

Pollnitz [4] a recommandé l'acétate d’éthyle. Rotgers et Girdwood [5] ont proposé surtout pour certains alcaloïdes l’ammoniaque comme agent de précipitation et le chloroforme comme dissolvant. Il en est de même pour Pettenkofer, Prollius [6] et Kaufmann-Asser [7].

Allen [8] utilise un mélange à volumes égaux de chloroforme et d'éther. Ogier et Kohn-Abrest [9] semblent préférer le chloroforme ou l'alcool amylique. Gérard, Delearde et Ricquet [10], ainsi que Wormley [11], utilisent l’ammoniaque pour précipiter la morphine et l’alcool amylique ammoniacal comme dissolvant.

Jorgensen [12] propose comme liquide extractif l’éther additionné de 1 p. 100 d'alcool éthylique, en opérant une dizaine d'épuisements successifs avec ce dissolvant.

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Tout récemment, des savants danois : Baggesgaard, Rasmussen et Svend Aage Schou [13] viennent de recommander un mélange formé de : 1 volume de chloroforme et de 4 volume d’acétone, un litre de ce mélange dissolvant d’après eux : 7 gr. 885 de morphine à la température de 18 degrés.

Mais, cependant, la méthode qui semble la meilleure, comme on le verra d’après les expériences décrites plus loin, est celle que Marcille a fait connaître dans un travail intitulé : Observations sur la séparation des alcaloïdes et spécialement de la morphine des extraits de viscères [14]. Cet auteur préconise comme agents de précipitation les carbonates acides de sodium ou de potassium, et comme solvant le chloroforme, qu'il ne fait agir qu'après avoir légèrement alcoolisé la solution contenant la morphine à extraire.

Cette idée de l’extraction de la morphine par le CHCIS agissant en présence d'alcool, n'avait été, en effet, appliquée jusqu'ici qu'à l'extraction des alcaloïdes de l’opium et au dosage de la morphine dans les préparations opiacées, notamment par : Gordin et Prescot [15], Gordin et Kaplan [16].

Les premiers employaient même comme dissolvant un mélange de chloroforme, d’alcool et d’éther.

D'autres auteurs ont proposé les alcools supérieurs comme solvants de la morphine, et parmi eux, nous citerons Fabre [47] qui dit à ce propos : « Alors que l’éther, l’éther acétique,

le chloroforme, le benzène, sont de fort mauvais solvants de :

la morphine, l'alcool éthylique permet d'obtenir cet alcaloïde à l’état cristallisé. Le pouvoir dissolvant de la nitrobenzine et de l’alcool benzylique vis-à-vis de ce corps est beaucoup plus considérable. »

Dohmme [18] associe même l’action du chloroforme à celle des alcools supérieurs. |

Nous voilà donc en présence d’un certain nombre d'agents de précipitation de la morphine et d’un nombre encore plus grand de solvants.

Afin d'éclairer notre choix, nous avons fait une étude comparée de ces divers réactifs.

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