‹ Contribution à l'Étude Toxicologique de La MorphineChapitre 47 sur 56 · TECHNIQUE · texte numérisé non relu

TECHNIQUE

4° Décomposition des composés instables de la morphine et régénération de l'alcaloïde. —: Prendre 50 centicubes d'urine, ajouter 2 à 3 centicubes de CIH, puis porter le mélange à lébullition sous un réfrigérant ascendant pendant une heure. Dans le cas où l’urine mousse fortement sous l’action de la chaleur — cas surtout des urines alcalines (Lapin) — on peut ajouter quelques centicubes d’alcool que l’on chassera ensuite par une rapide ébullition sans réfrigé- -rant ascendant. Mais on peut aussi régler le chauffage au début de l'opération, de telle façon que la mousse — si elle n’est pas trop abondante — disparaisse, et, après sa disparition, on porte à l’ébullition franche. Dans le cas où l’on ne pourrait opérer à l’ébullition sous réfrigérant ascendant, nous conseillons de porter le mélange au bain-marie bouillant pendant le même temps. De plus, si le volume d’urine à examiner est inférieur à 50 centicubes, il suffit de diminuer la quantité de CIH et de tenir compte du volume d’urine employé, afin d'ajouter ensuite le réactif défécant dans la proportion habituelle.

2° Obtention par défécation de la solution purifiée contenant l'alcaloïde. — Nous avons utilisé comme réactif de défécation le réactif de Patein et Dufau préparé suivant la technique pratique indiquée par Denigès et que voici |

« Mettre dans une capsule de porcelaine, d’un demilditre à un litre, 160 centicubes d'acide nitrique à 40° B (D — 1,39), el y ajouter, en agitant vivement pour éviter la formation de grumeaux, 220 grammes d'oxyde rouge de mercure; au bout de cinq à six minutes de contact et d’agitation fréquente, et s’il ne s’est pas formé de grumeaux compacts-et assez volumineux d'oxyde de mercure II (0Hg), ajouter 160 centicubes d’eau et porter juste à l’ébullition. |

» Après dissolution totale de l’oxyde, faire refroidir en mettant la capsule à flotter sur de l’eau froide, puis ajouter par mince filet 40 centicubes de lessive des savonniers au quart (lessive 1 V, eau 3 V), en agitant vivement et sans discontinuer pendant les affusions et, quelques instants après, mettre le tout dans un matras d’un litre avec les eaux de lavage de ia capsule et agiter vivement; enfin, compléter le volume au litre, agiter encore et filtrer.

» S'il s'est formé des grumeaux au début de l'opération, les mettre dans un mortier et les pulvériser avec un peu d’eau; ajouter le tout dans la capsule et continuer comme plus haut. Le réactif ainsi préparé, conservé en flacons jaunes ou rouges, est inaltérable. »

Remarque. — Dans le commerce, on trouve plus facilement l'acide nitrique à 36° B (D — 1,33) que l'acide nitrique à 40° B (D — 1,39); or, l'acide à 36° B contient 85 p. 100 d'acide à 40° B. Dans le cas où l’on serait obligé d'employer l'acide à 36° B, 1l suffit de remplacer les 160 centicubes d'acide à 40°. B par 188 centicubes d'acide à 36° B.

Technique. — La prise de 50 centicubes d’urine ayant été portée à l’ébullition pendant une heure en milieu chlorhydrique ainsi que nous l'avons déjà indiqué, on laisse refroidir, on met le tout dans un vase à saturation, on ajoute 25 centicubes de réactif de Patein et on agite fortement. Puis on verse lentement et en agitant constamment de la solution d’hydroxyde de sodium (D — 1,33) diluée au quart jusqu’à réaction très franchement alcaline. Pour suivre la réaction, on emploie le papier de tournesol et le procédé à la touche afin d'éviter l'introduction de tout réactif interne, tel que la phtaléine, susceptible de gêner dans Ja suite, soit par sa solubilité dans les dissolvants organiques, soit par ses réactions colorées. Sans compter que dans le mélange trouble sur lequel on opère, tout virage interne est très difficile à saisir.

Il faut aussi éviter d'ajouter un trop grand excès de solution diluée d’hydroxyde de sodium, car il peut se produire une attaque du sel mercuriel, qui se traduit par un dépôt grisâtre.

ALP Gr es

Après avoir laissé reposer le tout pendant quatre à cinq minutes, on essore sur un entonnoir de Büchner, en s’aidant d’une trompe à eau ou d’une pompe à vide. Le volume du filtrat obtenu est ainsi beaucoup plus grand que celui que l’on pourrait obtenir par filtration simple sur papier. On recueille ce filtrat alcalin, on l’additionne de CIH jusqu’à réaction nettement acide au tournesol. On filtre, si l'addition de CIH a provoqué l'apparition d’un précipité. Ce dernier filtrat contient la morphine sous forme de chlorhydrate (il peut contenir aussi de l’oxymorphine, puisque ce dérivé est également soluble dans un très léger excès de solution d'hydroxyde de sodium).

Si l’on veut réduire les pertes d’alcaloïides au minimum, on peut laver le précipité resté sur le Büchner par de l’eau légèrement alcaline et traiter le filtrat ainsi obtenu comme le précédent : on extrait ainsi la plus grande partie de la morphine retenue par le précipité. Mais cette pratique n’a d’avantages que ,si la quantité de morphine contenue dans l'urine est supposée assez grande. En ellet, ce lavage entraîne fatalement quelques impuretés toujours gênantes, et l’embarras qu'elles causent est loin d’être compensé par la récupération douteuse de traces d’alcaloïde.

9° Extraction de la morphine. — Pour déplacer la morphine des liquides précédents convenablement acidifiés, on utilise le carbonate acide de sodium, et, pour l’extraire, on emploie le chloroforme après avoir ajouté de l’alcool de facon à obtenir un titre alcoolique égal à 30 degrés.

Les expériences üécrites précédemment ont montré que c'était la manière de faire la plus avantageuse au point je vue de la sécurité et du rendement.

On alcalinise donc la solution acide en lui ajoutant un léger excès de carbonate acide de sodium, que l'on élimine en filtrant sur du coton de verre. On ajoute à ce filtrat une quantité sulfisante d'alcool à 95 degrés pour obtenir un mélange à

30 degrés (soit 46 centicubes d'alcool à 95 degrés pour 100

centicubes de filtrat). Avec l'alcool que l’on doit ainsi ajouter,

CN

on lave le coton de verre qui a retenu l'excès de carbonate acide de sodium. On agite pour mélanger, on verse dans une ampoule à décantation, puis on ajoute un certain volume de chloroforme (environ 20 centicubes pour 50 centicubes de Solution alcoolique alcaline); on agite À nouveau l’ensemble pendant une à deux minutes, Au bout d’une demi-heure environ, On recueille dans une capsule en porcelaine le chloroforme séparé, après l'avoir filtré sur papier pour le déshydrater.

On ajoute dans l’ampoule à décantation une nouvelle quantité de chloroforme, puis on opère comme précédemment en recueillant cependant cette seconde solution dans une nouvelle capsule de porcelaine. On peut même faire une troisième Opération analogue si besoin. On évapore ainsi le contenu des deux capsules de porcelaine et sur chaque résidu l’on fait la recherche de la morphine comme il est dit plus loin.

Cette manière de procéder évite toute purifitation préalable, car, si le premier résidu est quelquefois légèrement coloré, le second et les suivants sont toujours absolument purs. De plus, la morphine n’est jamais complètement enlevée par une seule extraction rapide, même par le chloroforme en milieu alcoolique.

4° Caractérisation de la morphine et dosage. — Sur chaque résidu d'extraction, on effectue successivement les deux réactions de Marquis et de Dénigès, comme il est dit page 35.

La coloration verte finalement obtenue est très stable si le résidu sur lequel on opère est très pur. Dans le cas contraire, elle est moins stable, mais se conserve encore pendant plus de deux jours. Grâce à elle, on peut aussi juger approximativement la quantité de morphine extraite (Voir page 40), . mais sans attacher une importance exagérée à ce dosage. L'expérience que nous avons acquise au cours de nos recherches, nous a convaincu que tout dosage d’alcaloïde dans un examen de viscères ne donne qu'une illusion de précision; quelle que soit la technique utilisée, quels que soient les soins apportés à son application, les pertes sont inévitables, : el,

chose plus grave, elles ne sont pas régulières quoi qu’on fasse. Si bien qu'un dosage permet au plus de dire combien on à extrait d’alcaloïde, mais jamais combien d’alcaloïde était contenu dans les viscères; malgré son incertitude, ce résultat est cependant loin d’être négligeable.

Remarques. — Nous recommandons CRT d'effectuer aussi la recherche de la morphine dans les urines en employant cette méthode, mais sans faire bouillir l’urine avec l'acide chlorhydrique, car si CIH à chaud peut détruire les composés ‘’instables de la morphine formés dans l'organisme, il peut détruire aussi les éthers tels que l'héroïne, comme nous le verrons plus loin.

Quoi qu'il en soit, nos expériences, avec cette méthode de recherche utilisée sur des urines auxquelles nous ajoutions des quantités connues de morphine — à l’état de chlorhydrate — nous ont prouvé qu'on peut déceler ainsi, facilement, jusqu'à 1/5 de milligramme de morphine dans 50 centicubes d'urine. Nous avons essayé — sans améliorer les résultats — d'opérer sur 250 centicubes d’ urine que l’on concentre à un volume de 50 centicubes.

IT. — Recherche de la morphine dans les liquides ou tissus . très albumineux (viscères).

Nous avons tenté de désalbuminer le sang et les tissus à l’aide du réactif de Patein, mais les insuccès nombreux que

nous avons essuyés, comme on le verra plus loin, nous y ont

fait renoncer. Aussi, après de nombreuses expériences, nous sommes-nous arrêté à la méthode de défécation de Florence,

en modifiant certains détails.

1° Destruction des composés instables de la morphine. — Prendre un poids P de viscères, les placer dans un petit verre à expériences et les déchiqueter au moyen d’une paire de

ciseaux, ajouter un, poids d'acide chlorhydrique égal à 2

triturer le tout au mortier avec un poids d’eau égal au poids P |

de viscères, porter l’ensemble au bain-marie bouillant pendant une heure, puis laisser refroidir.

2° Obtention par défécation de la solution purijiée contenant l'alcaloïde. — Triturer au mortier la masse obtenue précédemment avec un poids P d’une solution d'acide trichloracétique à 20 p. 100 égal au poids initial de viscères, et porter au bain-marie à 35 degrés pendant un quart d'heure. Filtrer sur papier, puis laver la masse restant sur le filtre avec un poids égal à + d'une solution d'acide trichloracétique à 5 p. 100. Réunir le premier filtrat et le filtrat de lavage.

3° Extraction de la morphine. — Nous utilisons ici la méthode que nous avons indiquée déjà pour l'urine. Alcalinisation par le carbonate acide de sodium et extraction ensuite par le chloroforme en présence d’alcool.

4° Caractérisation et dosage de la morphine. — Exactement en suivant la technique que nous avons indiquée plus haut à propos de l'urine.

La moyenne de rendement de l’alcaloïde extrait, obtenue dans le cours de nos expériences, est loin d’être aussi élevée que celle indiquée par Florence; mais il est vrai que, au lieu d'opérer comme lui, sur des quantités élevées (100 milligrammes ou plus), nous avons toujours opéré sur des quantités de l’ordre du milligramme ou de la fraction de milligramme. Ce qui, à notre avis, correspond mieux à la réalité médicolégale.

Nous avons opéré, suivant cette technique, sur le sang, les reins, le foie, le cerveau, le cœur et les poumons, lestomac et le contenu stomacal, l'intestin et le contenu intestinal.

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