CONCLUSIONS
Un siècle après la découverte du benzène, son emploi s'était révélé suffisamment dangereux pour que la loi du 17 Janvier 1931, classe, parmi les maladies professionnelles, celles engendrées par «la benzine brute ou rectifiée (C,;H, et homologues) ».
L'importance et le nombre des intoxications industrielles dues au benzène Justifiait son étude toxicologique.
Nous avons, tout d’abord; recherché si, parmi les méthodes de dosage proposées, l’une d’entre elles pouvait nous donner des résultats satisfaisants et nous permettre de doser le benzène, dans l’atmosphère, d’une part, dans les tissus animaux, d'autre part.
Nous avons mis au point une méthode basée sur le fait que le benzène possède un spectre d'absorption dans l’uitra-violet permettant son identification. L’œ1il étant insensible à cette région du spectre, les mesures d'absorption ne peuvent pas se faire directement, mais les bandes sont facilement mises en évidence par la photographie. Sur la plaque, on obtient, après développement, une image présentant un noircissement variable avec les différentes longueurs d'onde envisagées et dépendant, pour certaines d’entre elles, de la concentration en benzène.
Il n’est malheureusement pas possible de déduire directement, du noircissement de la plaque en chaque pomt du spectre, l'intensité du rayonnement qui l’a impressionnée, de nombreuses causes extérieures influençant ce noircissement.
On ne peut donc envisager qu'un dosage comparatif.
Nous avons adopté le dispositif de R. FABRE et L. Amy [59] permettant d’affaiblir, dans des proportions connues, le noircissement donné par le témoin (alcool pur) et d'obtenir, pour
certains points, légalité de noircissement avec la solution à doser, d’où possibilité de déduire le titre de cette solution.
Nous avons appliqué cette méthode au dosage du benzène dans l’atmosphère, le sang et les organes.
Dans les deux derniers cas, le benzène se trouve fixé énergiquement sur les lipides, dont on ne peut le séparer que difficilement. La plupart des auteurs effectuent l’extraction par une simple distillation d’une bouillie aqueuse d’organes, mais ne vérifient leur méthode que sur des viscères additionnés de benzène. Si le rendement obtenu est ainsi relativement satisfaisant, il en est autrement lorsqu'ils opèrent sur des organes d'animaux intoxiqués où la fixation du solvant est infiniment plus intime. C’est pourquoi, nous avons repris l’étude de l'extraction du benzène des organes. Nous avons pu mettre au point le mode opératoire suivant : nous extrayons le benzène, d’une façon satisfaisante, par distillation après digestion préalable du sang ou des organes, dans une solution alcoolique d’acide picrique. Pour les tissus très riches en lipides et tout particulièrement pour la graisse, il est indispensable d’utiliser une solution de titre alcoolique élevé.
Possédant une méthode de dosage susceptible d’être appliquée à la toxicologie nous avons entrepris l’expérimentation sur l’animal.
Nous avons dû, tout d’abord, choisir le toxique à utiliser afin de réaliser des intoxications benzéniques typiques.
Dans l’industrie, elles se produisent généralement, par inhalation de benzol, produit impur de composition très variable, dont deux échantillons peuvent être très différents l’un de l’autre. Or, il est établi que, dans le benzol, le constituant auquel sont dus les accidents toxiques est le benzène, corps parfaitement
défini. C’est donc ce dernier que nous avons utilisé pour reproduire les intoxications.
Un autre point devait être fixé, la voie d'introduction. La plupart des auteurs qui ont réalisé des intoxications benzéniques expérimentales ont utilisé la voie sous-cutanée. Quoique ce mode d'administration donne des résultats expérimentaux satisfaisants nous avons préféré employer la voie respiratoire, les
intoxications industrielles se faisant toujours par inhalation du toxique. Nous avons réalisé un dispositif permettant de telles intoxications, dans les conditions les plus favorables, en renouvelant constamment l’atmosphère toxique dont la concentration, soigneusement déterminée, était constante pendant la durée de Pexpérience.
Désirant obtenir des intoxications aiguës et des intoxications chroniques, nous avons établi, pour les unes comme pour les autres, la dose nécessaire pour produire, chez un animal donné, l’effet désiré. Ayant enfin, mis au point les techniques hématologiques et chimiques que nous utiliserions pour déterminer les modifications sanguines produites, nous avons pu aborder l’étude complète et minutieuse des intoxications benzéniques expérimentales.
Les intoxications aiguës ont été réalisées sur le Chien et le
Cobaye.
Les intoxications chroniques ont été entreprises successivement sur le Chien, le Lapin, le Cobaye et le Rat.
Nous avons noté, tout d’abord, des différences notables dans le comportement des diverses espèces animales vis-à-vis du benzène ; le Lapin et le Rat se montrant nettement plus sensibles. Sur le Chien plus résistant, nous avons pu néanmoins réaliser une intoxication typique.
Outre les symptômes classiquement décrits, nous avons constaté chez tous les animaux des modifications sanguines importantes. Nous ne pouvons pas reprendre en détail les résultats obtenus, mais nous tenons à souligner deux points : tout d’abord, l’abaissement constant de la calcémie et ensuite, une augmentation des lipides allant de pair avec une hypercholestérolémie notable. Nous pouvons attribuer les changements observés à l’intoxication benzénique car celle-ci était signée par une leucopénie qui, on le sait, est caractéristique.
Enfin l’étude de la localisation du benzène, dans les organes des animaux intoxiqués, nous à permis de mettre en évidence le rôle indiscutable joué par les glandes endocrines et tout particulièrement par la surrénale dont le taux en benzène est
toujours très élevé. D'autre part, nous avons pu montrer l'électivité du toxique pour le tissu graisseux.
es conclusions d’un ordre beaucoup plus général se dégagent de notre étude sur la localisation du benzène.
Au fur et à mesure que la durée de l’intoxication se prolonge, la répartition du benzène dans l’organisme se modifie. Dans l’intoxication suraiguë, la teneur du sang en benzène est relativement élevée, elle diminue d'autant plus que la mort survient plus tardivement, le toxique se répartissant alors dans les différents viscères. Dans les intoxications chroniques le taux de benzène d’un organe quelconque est plus élevé que celui du sang.
L'électivité du poison pour le système nerveux, lors des intoxications aiguës, et pour la moelle osseuse, lors des intoxications chroniques, est nettement mise en évidence et ceci cadre parfaitement avec les symptômes observés : excitation puis narcose, dans le premier cas, modification de la formule sanguine dans le second.
++ Vu, bon à imprimer : Viui:
Le Président de la Thèse, Le Doyen de la Faculté, P. LEBEAU. Pau GUÉRIN.
Vu et permis d'imprimer :
Le Recteur de l’Académie de Paris, S. CHARLÉTY.
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