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INTOXICATIONS INDUSTRIELLES

L'industrie du benzol s’est tout d’abord développée en Allemagne, où l’on utilisait ce corps pour la préparation du phénol, de laniline et des matières colorantes et produits chimiques qui en dérivent.

En 1914, les nécessités de la défense nationale obligèrent les belligérants à développer la production du benzène. L'Amérique, l'Angleterre et la France montèrent des usines. Après la guerre, ces pays durent trouver des débouchés pour le benzol désormais produit sur une grande échelle.

C’est de cette époque que date la généralisation de l'emploi du benzol comme solvant industriel en raison de ses propriétés dissolvantes supérieures à celles de l’essence de pétrole.

C’est de cette époque également que date l’accroissement du nombre des accidents dus à son emploi, augmentation telle que l’on peut placer le benzène, à côté du plomb, parmi les plus importants toxiques industriels.

Le benzène, en effet, est très volatil et l’inbalation de ses vapeurs peut produire des intoxications chroniques ou des intoxications aiguës et subaiguës, parfois mortelles.

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Toutes les fois que ce corps sera utilisé et que des mesures de protection suffisantes ne seront pas prises, on pourra déplorer des accidents, que ce soit au cours de sa fabrication ou lors de son emploi industriel. Nous allons rapidement rechercher les sources d’intoxications benzéniques et tout d’abord examiner comment celles-ci peuvent se produire au cours de la fabrication.

Notons que les intoxications sont assez rares dans les installations modernes où l’appareillage est plus perfectionné et l’ouvrier mieux protégé. Toutefois, à la suite d’un fonctionnement défectueux, on peut observer, chez les ouvriers, de la céphalée et des vertiges. Quant aux cas graves ou mortels, ils sont presque toujours dus à des erreurs de manipulation : nettoyage ou réparation de chaudières ou réservoirs insuffisamment ventilés, ou encore à des accidents fortuits, tels que fuite dans une canalisation, explosion d’un appareil.

Plus fréquentes sont les intoxications se produisant lors de l’utilisation industrielle du benzène.

On l’utilise, soit lors de la préparation de divers composés chimiques : nitrobenzène, phénols, aniline et couleurs d’aniline, matières colorantes, produits pharmaceutiques, parfums, explosifs.. soit comme carburant, concurremment avec l’essence de pétrole. Mais ce sont surtout ses propriétés dissolvantes qui sont mises à profit dans de très nombreuses industries : industrie des graisses, des engrais, industries textiles, industrie des chaussures, du cuir artificiel, fabriques de plumes, de chapeaux de paille, industrie du linoléum, du celluloïd, des laques, fabriques d'appareils électriques, industrie de la peinture, du bronzage, de la dorure.

Dans l’industrie des imperméables gommés on emploie des solutions, au 1/5, de caoutchouc dans le benzène et chaque ouvrier manipule, en moyenne, 300 à 350 g. de benzène par jour.

Les propriétés dissolvantes du benzène sont également utilisées pour la préparation de produits à «séchage rapide », répandus dans le commerce sous des noms de fantaisie, et pour l’obtention du vernis à l’acétate de cellulose, employé dans l’industrie aéronautique ou automobile et pour enduire l’intérieur des réservoirs

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ou des cuves. Notons aussi son emploi dans l’industrie de la teinture et du dégraissage et nous n’aurons donné qu’une faible idée de la multiplicité des usages du benzène et, malheureusement aussi, des causes possibles d'intoxication.

Dans «The Lancet», en 1862, sous le titre «Un nouveau poison industriel », on trouve la description d’un cas mortel d’intoxication par inhalation de vapeurs, et ingestion d’un liquide contenant du benzène. Aussitôt après l’absorption, on observa de la somnolence, puis l’apparition de cyanose, l’affaiblissement du pouls et la mort. L’autopsie révéla de la :congestion de différents organes et des taches hémorragiques sur la muqueuse gastrique.

La première description d’une intoxication chronique est due à C. G. SANTESSON [177] qui, en 1897, rapporta 9 cas, dont 4 mortels, survenus chez des ouvriers manipulant un mélange adhésif à base de benzène, dans une usine de pneus de bicyclettes, à Upsala en Suède.

Le début en fut insidieux et les symptômes n’attirèrent l’attention que lorsque les malades furent dans un état grave.

L'auteur nota des maux de tête, de l’inappétence, de la fatigue, des vomissements de sang, des hémorragies des muqueuses nasales, gingivales, vaginales et l'existence de taches purpuriques sur la peau.

La même année, LENOIR et CLAUDE [135], en France, décrivirent un cas analogue chez un ouvrier travaillant dans une teinturerie. En 1907, L. Lewin [139] rapporta un cas typique d'intoxication aiguë produite au cours du nettoyage d’une cuve qui avait contenu un mélange de naphtaline et de benzène. Ce récipient, vide depuis 24 heures, avait été lavé à plusieurs reprises et, malgré ces précautions, l’ouvrier fut gravement intoxiqué.

L. SezuinG [185], en 1910, rapporta trois cas d'intoxication chronique, dont deux se terminèrent par la mort. Il montra que ce n’est pas l’hémorragie qui caractérise essentiellement l’intoxication chronique, mais la diminution massive du taux des globules blancs aboutissant à la leucopénie.

Depuis lors, les observations cliniques d’intoxications benzé-

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niques se sont multiphiées. J. RamBousek [173] pouvait déjà, en 1910, grouper 22 cas d’intoxications aiguës, et actuellement les cas décrits d’intoxications aiguës ou chroniques se chiffrent par centaines.

C’est ainsi que ADLER-HERZMARK {1] cite 27 cas d’intoxication benzénique, dont 5 mortels, survenus, en 1931, dans une usine de Wiener-Neustadt (Autriche). H. DimmEez [42], en 1933, signale dans une usine allemande, 66 cas d’intoxication dus au benzène, dont 15 graves et 5 mortels.

La même année, G. Dumas [46] relate une intoxication benzénique survenue dans une importante fabrique de chaussures des environs de Nancy. Dans cette usine, occupant 600 ouvriers et ouvrières, plus de trente cas de purpura, avec dermatites, hémorragies, asthénie, furent constatés et attribués au benzène ; sept furent mortels.

Ces descriptions cliniques ont attiré l’attention des toxicologues et ont suscité de nombreuses recherches expérimentales qui ont contribué à éclairer la pathogénie de l’intoxication benzénique. Déjà C. G. SANTESSON [177], après avoir observé les accidents précédemment indiqués, tenta de reproduire l’intoxication sur des Lapins, en utilisant comme voie d’introduction, les voies cutanée, sous-cutanée et respiratoire.

L’intoxication n’a pu être reproduite par voie respiratoire ; par contre, par voie cutanée (application sur la peau rasée d’un coton imbibé de toxique), la mort survient en quelques jours.

De même, en injectant aux Lapins des doses élevées de benzène (plusieurs centimètres cubes par jour), C. G. SANTESSON [177] vit apparaître un état de somnolence, de l’hypothermie, des troubles de l’équilibre, symptômes rapidement suivis de la mort des animaux.

J. P. LaxGLois et G. DesBoutis [120], en 1907, soumirent des animaux de laboratoire à l’inhalation prolongée de benzol. Ils notèrent, chez le Lapin, le Cobaye et le Pigeon, une augmentation du nombre des hématies, mais les résultats de ces auteurs ont été infirmés par la suite.

Un progrès sensible dans la connaissance du mécanisme de l’intoxication benzénique fut réalisé grâce aux travaux de

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L. SELLING [186]. Par injection sous-cutanée de benzène à des Lapins, il put obtenir expérimentalement, après une phase d’excitation passagère, la leucopénie qu’il avait mise en évidence cliniquement.

Il montra que, parmi les globules blancs, ce sont les petits lymphocytes qui semblent les plus résistants au poison, les polynucléaires étant beaucoup plus sensibles sont atteints les premiers.

Il mit en évidence une aplasie complète des tissus générateurs des éléments figurés du sang, l’atteinte de la moëlle osseuse étant plus accentuée que celle des organes lymphatiques.

A. PAPPENHEIM [164] émit l'hypothèse que les leucocytes disparaissent du sang périphérique, partie par empêchement de leur formation au niveau de la moëlle osseuse, partie par accumulation dans les capillaires des organes tels que le foie, le poumon, la rate. Il n’y aurait pas, pour cet auteur, destruction des éléments sanguins, mais déplacement de ceux-ei de Ja périphérie vers la profondeur.

Mais cette hypothèse, admise par I. SoHN [194], fut rejetée par la grande majorité des auteurs et, en particulier, par L. Launoy et M. Lévy-BruxL [121] qui montrèrent que la leucopénie, observée dans l’intoxication benzénique, était une leucopénie vraie due à la destruction des globules blancs.

H. G. WeIsKOTTEN et ses collaborateurs [207] [208], opérant, suivant la technique de SELLING, sur des Lapins normaux ou splénectomisés, ont trouvé que, d’une manière presque constante, la baisse leucocytaire se faisait en deux temps : la prophase, chute initiale suivie d’un relèvement notable, puis la deutérophase, nouvelle chute suivie d’une remontée définitive à la normale. C’est ce qu’ils nomment la « leucopénie diphasique », sans avoir pu, jusqu’à présent, établir la cause de ce phénomène. Ces chutes sont accompagnées d’une diminution marquée du nombre des polymorphonucléaires.

En 1929, N. M. NikozaJew et L. A. ScHPARO [157] reprirent l'étude du mécanisme de l’action du benzène sur les organes sanguiformateurs. Ils réalisèrent, sur des Lapins et sur des Cobayes, des intoxications chroniques par injection sous-cutanée

de solutions huileuses, en évitant les doses fortes employées par L. SELLING [186] et A. PapPeNHEIM [164], de façon à pouvoir prolonger l’intoxication pendant plus d’un mois.

Ils émirent une hypothèse au moins ingénieuse. Le benzène ne s’attaquerait pas aux leucocytes, mais seulement aux hématies qui subiraient l’érythrophagie du système réticulo-endothélial, ceci expliquerait les dépôts pigmentaires constatés par certains auteurs et, en particulier, par W. NEUMANN [156]. Le taux des hématies du sang circulant variant très peu au cours de l’intoxication, celles-ci sont done régénérées. Pour les auteurs, les cellules du système réticulo-endothélial donnent des proérythroblastes à partir des produits de dégradation des hématies, évolution susceptible d'aboutir à des hématies ou à des lymphocytes. Le système réticulo-endothélial formerait, dans l’intoxication benzénique, presque uniquement des hématies et la leucopénie naîtrait de l’exagération de la fonction érythropoïétique.

G. BEYER [12], expérimentant sur le Lapin, montra qu'il existait au début de l’intoxication une leucocytose passagère. Plusieurs auteurs ont, du reste, indiqué que si le benzène à doses relativement fortes provoquait la leucopénie, à doses faibles il déterminait la leucocytose.

En 1932, G. O.E. Licnac [141] réalisa, chez la Souris, des tableaux de leucémie et, s'appuyant sur trois observations de P. DELORÉ et J. BorGAMANO [40], de H. $. MARTLAND [146] et de P. Émile Wæiz [204], chez des ouvriers respirant des vapeurs de benzène, conclut que ce toxique agissant longtemps à très faibles doses pouvait provoquer la leucémie.

R. TELEKY [197], en 1933, contesta le bien-fondé de l’interprétation que donne G. O. E. Licnac [141] des cas cliniques observés. Aucune indication des quantités inhalées n'avait été donnée par les cliniciens et celles-ci devaient être élevées, car elles avaient provoqué, dans l'atelier où se situe le cas de P. DeLorE et J. BORGAMANO [40], un épistaxis abondant chez un ouvrier et, dans un autre cas, une intoxication benzénique chronique mortelle, Quant aux doses administrées par G. O. E.

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LiGNac [141] on ne peut les qualifier de doses faibles étant donné l'animal auquel elles s’adressaient et le fait que, sufisamment répétées, elles finissaient par produire des phénomènes d’intoxication aiguë plus ou moins prononcés.

Pour D. TELEKY [197], les cas de leucémie apparus sont dus à une prédisposition individuelle.

Si l’action sur les leucocytes et sur les organes sanguiformateurs doit être mise au premier plan de l’intoxication benzénique, il ne faut pas oublier diverses actions également intéressantes.

L. SELLING [185] avait, dès 1910, signalé, dans l’intoxication benzénique, une diminution du taux des plaquettes sanguines ou thrombocytes.

W. W. Duxe [45], en 1913, puis H. G. WEeIskoTTEN et ses collaborateurs [209] obtinrent, chez le Lapin, une thrombopénie manifeste par intoxication benzénique.

S. H. Hurwirz et C. K. DrINKER [102], en 1915, trouvèrent des résultats comparables et notèrent que la diminution de la prothrombine dans le sang expliquait le retard à la coagulation et les hémorragies observées dans les intoxications benzéniques.

G. FoxTaANA [69], en 1922, devait retrouver la thrombopénie chez les Cobayes.

F. Sarrorius et M. Supxues [178], en 1933, ne trouvèrent pas de modifications importantes du nombre des plaquettes par l'intoxication prolongée de: Lapins avec des doses faibles de benzène.

Toutefois l’existence d’une thrombopénie benzénique ne doit pas être mise en doute et, en 1933, au cours d'une étude statistique M. M. NrxuziNa et A. N. Trrowa [159] signalent une diminution appréciable du taux des plaquettes sanguines chez 90 p.100 des ouvriers travaillant dans des ateliers où l’on manipule le benzène,

Cette modification apparaît avant la leucopénie, mais ne suit pas une courbe parallèle.

Le benzène, lésant les tissus et les cellules spécialisées dans la défense de l’organisme contre les infections, il doit s’ensuivre un affaiblissement de la résistance de l’individu se traduisant, en particulier, par une diminution des anticorps spécifiques.

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Ces faits ont été vérifiés expérimentalement.

W. E. Camp et E. À. BAUMGARTNER [25], réalisant des réactions inflammatoires sur des Lapins intoxiqués, constatèrent qu'il n'y avait pas d’afflux leucocytaire au point lésé comme cela à lieu chez l'animal normal.

J. P. Srmmowps et H. M. Jones [188], en 1915, utilisant comme antigène, d’une part, les hématies de Mouton et, d'autre part, les Bacilles typhiques, trouvèrent, chez les Lapins benzénisés, une diminution des anticorps. De même, G. Y. Rusk, [174] trouva une diminution des hémolysines, précipitines et agglutinines pour les globules de Mouton, accompagnant des lésions typiques de la moëlle osseuse.

Après de nombreuses expériences, L. HEKTOEN [96] conclut que le benzène pouvait diminuer la résistance aux infections de trois manières au moins : par diminution de la production des anticorps, par réduction du nombre des leucocytes et par affaiblissement de leur activité phagocytaire.

F°. Sarrorius., et, M'Supaurss 1781 enml03 purs E. LEMÉTAYER, en 1934, par administration de petites doses de benzène, les premiers au Lapin, le second au Cheval. obtinrent une augmentation de la production d'anticorps. Cependant, dans l’intoxication benzénique habituellement observée, intoxication avec leucopénie, on trouve une diminution de la production d'anticorps avec moindre résistance des individus aux infections. M. C. Winrernrrz et A. D. HrrsoH- FELDER [212] notèrent ce fait pour la pneumonie expérimentale et W.C. Wuxite et A. M. Gammon [210] pour la tuberculose. Pour M. LéÉvy-BruzL [138], si l’action leucotoxique et les lésions graves des centres leucopoïétiques sont pour une part dans cette diminution de résistance, les graves lésions viscérales produites par le benzène entrent certainement en ligne de compte.

Prophylaxie de l’intoxication benzénique industrielle.

Nous laisserons de côté, au cours de ce travail, le point de vue purement clinique, renvoyant pour la bibliographie aux travaux

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récents de C. P. Mac Corp [145], en Amérique, et Z. Ovary [161], en France, mais nous tenons à dire quelques mots de la prophylaxie de l’intoxication benzénique.

Si des doses très faibles, respirées pendant un temps suffisamment long, peuvent être la cause d’intoxications chroniques, la prédisposition individuelle joue également un grand rôle, ce

qui rend le problème de la prophylaxie particulièrement complexe.

On ne peut songer à interdire l’emploi du benzène ou du benzol et à les remplacer par d’autres solvants moins dangereux, tel le toluène, dont le prix de revient est beaucoup plus élevé et le débit commercial restreint,

Il faut donc prendre des dispositions susceptibles de protéger les ouvriers de l’atteinte du benzène.

Diverses précautions sont à envisager :

1° La diminution de la quantité de benzène inhalée par l’ouvrier peut être obtenue par une ventilation appropriée des ateliers, en tenant compte de la densité élevée des vapeurs de benzène, et par une réduction de la durée du travail.

Dans certains cas, les ouvriers pourront être munis de masques, mais ce mode de protection ne peut être que temporaire. Dans d’autres cas, pour la peinture au pistolet, par exemple, l’ouvrier pourra être protégé par une cage de verre ventilée l’isolant de l’atmosphère toxique.

2 La sélection des ouvriers et l'élimination des sujets prédisposés à l’intoxication sont des précautions importantes. Parmi les facteurs prédisposants à l’intoxication benzénique, il convient de signaler : l’âge, les jeunes étant moins résistants, et le sexe, les femmes, plus particulièrement les femmes enceintes, étant plus sensibles au benzénisme. De plus, pour la femme, les risques d'hémorragies sont plus grands. Il existe également des facteurs morbides : cardiopathie, affections de l'appareil respiratoire, tendance aux hémorragies, alcoolisme, qui prédisposent à l'intoxication, ainsi que certains facteurs SOCIaux : fatigue, dénutrition, ete.

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32 De fréquents examens des ouvriers permettront le dépistage de l’intoxication. L’ouvrier travaillant dans une atmosphère renfermant des vapeurs de benzène devra être suivi périodiquement, tant au point de vue hématologique, qu’au point de vue de l’état général. L’intoxication est souvent signalée par des maux de tête, de l’inappétence, de la fatigue, de la gastralgie, de petites hémorragies nasales et gingivales ; c’est la période de prébenzénisme, bien décrite par F. HEIM DE Bazsac [93]. À ce moment, le dépistage de l’intoxication peut se faire avec fruit.

Le «National Safety Council » considère comme le meilleur test de benzénisme, une diminution du taux des leucocytes de 25 p. 100, par rapport à la normale, fixée, en moyenne, à 7.500.

4° Les travailleurs seront instruits du danger qui les menace et des mesures de prophylaxie facilement réalisables seront prescrites : douches, changements de vêtements après le travail, etc. Les mains seront protégées du contact du benzène par des gants ou par une couche d'huile ou de glycérine.

INTOXICATIONS THÉRAPEUTIQUES

Nous n'avons volontairement considéré jusqu'ici que les intoxications industrielles et les travaux qu'elles ont suscités. C’est qu’en effet, elles tiennent la première place, laissant loin derrière elles les intoxications accidentelles ou d’ordre thérapeutique. |

L'odeur pénétrante du benzène, sa saveur brûlante, mettent en garde ceux qui pourraient l’ingérer par erreur, de plus, sa toxicité per os est relativement minime, en raison de sa faible solubilité dans les liquides aqueux qui s’oppose à son absorption au niveau des muqueuses stomacale et intestinale. En outre, il provoque des vomissements qui l’éliminent en grande partie.

Les symptômes observés, après ingestion d’une forte dose (30 g. environ) de benzène, consistent en brûlures d’estomac, vomissements, dysphagie, faiblesse, pâleur avec refroidissement des extrémités et affaiblissement du pouls. La mort survient par défaillance cardiaque.

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L'usage thérapeutique du benzène est relativement ancien et. dès 1848, Simpson préconisait son emploi comme anesthésique, mais rapidement on l’abandonna en raison de son action convulsivante.

Mais sa principale utilisation thérapeutique date des travaux de L. SELLING [186] et de la connaissance de son action leucolytique. A.V. Koranvr[117]etson élève G. Kirazvr1[113] le préconisèrent dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique, principalement dans les cas rebelles aux rayons X. Pour obtenir un résultat, il faut employer des doses assez fortes et prolonger le traitement.

Son administration se fait par voie buccale, à la dose journalière de 3 à 4 g., en capsules gélatinées, chaque capsule renfermant 0 g., 50 de benzène mélangé à son poids d’huile d'olive. S'il est mal toléré per os, on peut l’administrer par voie rectale : 80 à 100 gouttes dans 20 g. d’huile d’arachide. L'action se fait sentir après une ou deux semaines. Après une faible augmentation passagère, le taux des leucocytes, prodigieusement élevé (parfois plusieurs centaines de mille par mm’), diminue lentement d’abord, puis rapidement, tandis que l’anémie régresse.

L'action du médicament doit être suivie, à cette période, par des examens de sang quotidiens et le traitement supprimé totalement lorsque le taux leucocytaire atteint 20.000. On surveille également les urines afin de déceler l’albumine ou l’hématurie.

Malgré les accidents bénins (purpura, hémorragies légères) ou graves plusieurs fois observés, ce traitement longtemps discuté a maintenant acquis droit de cité. En règle générale, le benzène bien manié donne, dans les états leucémiques, des résultats satisfaisants : baisse progressive du nombre des leucocytes qui revient au voisinage de la normale, amélioration de l’état général, régression des principaux symptômes physiques et fonctionnels.

On a également préconisé l'emploi du benzène, dans les mêmes conditions que précédemment, pour diminuer la réaction leucocytaire dans l’ostéomyélite aiguë.

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Le benzène entre dans quelques préparations pour l’usage externe. Il est utilisé en pommades pour le traitement de la gale ou la destruction du Phthirius pubis. Enfin, grâce à ses propriétés dissolvantes, il sert à préparer certains emplâtres.

De l'usage thérapeutique du benzène, ce qu'il faut surtout retenir c’est qu'une indication clinique à été basée sur le principal symptôme de l’intoxication chronique : la leucopénie.

Ceci indique la surveillance attentive que nécessitera son emploi, dans les cas de leucémie, si l’on ne veut pas dépasser le but recherché et voir apparaître les symptômes typiques du benzénisme.

Mais, si nous avons mentionné des accidents apparus lors du traitement, ils sont relativement rares et, dans les statistiques d'intoxication benzénique, ils n’occupent qu’une très petite place à côté des intoxications industrielles, malheureusement encore fréquentes.

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