‹ Contribution à l'histoire de la pharmacie en SavoieChapitre 7 sur 43 · OR · texte numérisé non relu

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en la dominant, subsiste en grande partie, ainsi que l'escalier placé dans un angle de la piscine et qu'on prenait pour y descendre du promenoir. Les deux autres piscines, qui occupent d’autres salles, étaient de forme quadrangulaire et paraissent avoir été plus petites. Il reste des vestiges des hauts et larges degrés qu’on descendait pour y entrer, et de grands morceaux du revêtement de marbre blanc qui habillait ces gradins et les bassins: (22):

La période postérieure est obscure, en ce point comme en beaucoup d’autres.

De longs siècles s’écoulent.. Nous ne savons rien d'eux.

Les premiers apothicaires surgissent du passé grâce à leurs relations avec la cour de Savoie. Fournisseurs de médecines diverses, leurs noms sont conservés dans les Comptes des Trésoriers généraux et des Châtellenies. Une recherche systématique a permis d'en dresser une liste qui s’échelonne sur tout le xive siècle. Ouverte le 12 juillet 1275 par Martynus appothecarius de Vienna, elle rassemble des praticiens d'origines diverses : à côté de Micheletus (1302), Girardus (1309), Francescus (1334), Andrenetus (1338)..., gens de Savoie, on trouve Johannes de Castellario (1318), Johannes florentinus (1325), Leonardus de Taurino (1334), Garinus de la Roche appothecatius parisiensis (1339... (23).

Au seuil des années treize cents, la profession pharmaceutique a acquis le droit de cité. Ses limites et ses prérogatives demeurent incertaines. La tutelle du phisicus est toujours pesante ; le commerce des épices, de la cire ou autres denrées, se mêle étroitement à la manipulation des drogues médicinales.

Préparateur et débitant de remèdes, préparateur et débitant de torches et de chandelles, tels sont bien alors et pendant longtemps encore les deux aspects de l’apothicaire savoyard.

La Bibliothèque Nationale de Turin abrite un document qui constitue aux yeux du professeur Carbonelli « 2 piu antico scritto

(22) G. PÉROUSE. La vie d'autrefois à Aix-les-Bains. Chambéry, 1922, DO; . (23) UMBERTO TERGOLINA. GHISLANZONI. BRASCO, Alcune speziali dei Conti di Savoia (Secolo XIV). Estratto dal fascicolo di giugno del Bolletino QIT Farmacista italiano. La scienza del Farmaco ». Roma, LOS

medico piemontese conosciuto »: le De Sanitatis custodia, écrit en 1341-1342 par /acobus Sabaudus (24).

Carbonelli s'est attaché à montrer que ce mot de Sabaudus ne doit pas être pris dans son sens strict : que, depuis la réunion de la Principauté de Piémont, fief de la branche d’Achaïe à l'Etat savoyard, les mots pedemontus et sabaudus étaient souvent employés l'un pour l'autre. /acobus Sabaudus ne peut être que Giacomo Albini, natif de Moncalieri, médecin de la famille princière d'Achaïe.

Quoi qu'il en soit, cette œuvre nous intéresse. L'art médicopharmaceutique ne devait guère différer de part et d’autre des Alpes, dans les terres d'Aimon le Pacifique. De plus, Giacomo Albini a séjourné longuement à Chambéry ; il y soigna la comtesse Yolande.

Les sources médicales de ce recueil de préceptes propres à assurer la santé, se situent dans les trois écoles de Grèce, d'Arabie et de Salerne, avec une prédominance marquée de la seconde sur les autres. On relève les noms d’Aristote, Boezio, Senèque, Epicure, ceux du divin Hippocrate, de Galien, ceux de l’hispanoarabe Averrhoès, des arabes Avicenne, Rhazès, Mésué..…, celui de Constantin l’Africain. Leurs ouvrages ont fourni la trame de ces chapitres.

Maître Giacomo pratiquait essentiellement la médecine arabe. Sa pharmacopée en fait foi avec l’anis, la bourrache, le camphre, la casse, le galanga, les myrobolans, le pavot blanc, la rhubarbe, la rose, le sang-dragon, le santal, le tamarin..., les pierres précieuses, l'alcool, le vinaigre... les sirops, les pilules, les infusions, les conserves, les électuaires... Selon ses indications thérapeutiques, nous pouvons classer parmi les emménagogues lache, le safran, le persil, le calament, le bouillon de pois chiche...,

parmi les laxatifs l’eau d'orge, la thériaque.…., parmi les purgatifs la pulpe de casse, le suc de grenade, la rhubarbe, le séné, le polypode.…., parmi les émollients l'huile d'amande douce,

l'huile de rose, de violette, de camomille, de lis, la graisse de poule, de canard, la moëlle de veau..., parmi les diurétiques le fenouil, l’anis, la cannelle.., parmi les antiseptiques l’infusion de feuilles de noyer, de saule, de rose, de violette, le camphre, le thym, l'aloës, le sang-dragon, l'écorce de chêne, l'huile de gland..., parmi les antithermiques le pavot, le pourprier, la bourrache, la laitue, le sirop de rose...

(24) Giovanni CARBONELLI. 11 « De Sanitatis Custodia » di maestro Giacomo Albini di Moncalieri con altri documenti sulla storia della medicina negli Stati Sabaudi nei secoli XIV e XV. Biblioteca della Societa Storica Subalpina XX XV. Pinerolo, 1906.

«Cum mulier ad tempus pariendi propinquat..… si cum dificultale et periculo parere consuevit. balneetur ante partum in. aqua tepida in qua sint bullita malva. bismalva. mellilotus. camomilla et similia et opus fuerit adatur semen lini et jenu grecum.…. »

«Fricare dentes cum pulvere infrascripto longe a comestione ipsos conservat. Recipe cornu cervi combusti. semina tamariscr. ciperi. rosarum. Spice. partes equales. salis gemme quartam unius partis. hec omnia terrantur et cribrentur et ex hoc pulvere dentes fricentur ».

«… Et si frigus sit multum intensum accipiatur pannus lineus mollis et subtilis et inbalsemetur umguento infrascriplo. Recipe cere terebentine rasine alba ana partem unam. oler masticis partes duas. bulliantur simul et colentur. et in colatura inbibatur pannus mollis et actu calidus involvantur pedes et tibie » etc... (25).

A la publication de ce texte, Carbonelli a joint des extraits d’un manuscrit des Archives de Turin. On y trouve rassemblés, anonymes, quelques morceaux médicaux de langue française de la fin du xive et du xv® siècle,

«Estiomenus est le feu de Saint Anthoine et la dissipation du membre et de la vie et vient pour trois causes l’une quant le membre ne peut recevoir la vie qui luy est envoye du coer comme de tres grande froideur en fort yver ou par trop grand chalour et pour ligature trop estroite ou concussion dun cop de piere ou de mace ou cop de cheval... La cure premièrement soit faite la diecte dicte en andrat et soit oimg le leu dongnement de bolo arminico terre sigillata et vin aigre. Et se ce ne vault soit faite scarpilacion par tout le lieu et soit lave tousiours le lieu de aigue salee et vin aigre et jus de vermicularis et de luye distillée par dessus y sont tres bonnes. Et a don soit fait par consolide. Et se tu ne puis par cestes manieres il nest aultre remede que de trenchier le membre au vif ».

«Confection pour faire dormir malades quant on veult talier ou cauterizier affñin qui ne le sent. Recipe opii succi jusquiami succi jsoatij agreshis non mure seminis lactuce ana v. 7. misceantur simul et ponantur in vase et puis prent esponge et la baigne ou suc et la met au soleil jusque le suc soit consume et bien cuit puis prent la dicte esponce et la met en aigue chaulde et la met ou narines du pacient tant qui soit endormis. Et puis fait operacion car il ne le sentira point et se fait sans peril. Et quant tu le vourras riveillier prent une autre esponge et la baigne en vin aigre et la met souvent es narilles pour odorer et suc de rue et il se eveillera teni mais pour reveillier prenis une esponge baignee en vin aigre

(25) G. CARBONELLI, "lac til, D SITE ere:

cit: : Pons

boulli et lapplique souvent aux genetises si se eveslira et garde qui ne dormit trop.

Autrement pour faire dormir Recipe mandragora semen papaverts mgr1 jusquiami ana et soit fait pouldre subtile ».…. etc.(26).

Au même titre, la procédure instruite à la mort d'Amédée VII est pour nous pleine d'intérêt. Il s’y ajoute la curiosité que suscite le sort malheureux d’un apothicaire (27).

Nous sommes en été 1391. De retour du Val d'Aoste, le Comte Rouge a rejoint la cour de Savoie en sa résidence chablaisienne de Ripaille. Il y a introduit un médecin que le hasard a mis sur sa route, Jean de Grandville, soi-disant « phisicien de Monseigneur de Borbon». Le nouveau venu s’est imposé très vite ; Bonne de Bourbon, veuve du Comte Vert, s’est attachée ses services.

« Du comandament de Madame», Grandville chevauche bientôt vers Chambéry ; il va quérir les médecines nécessaires aux soins qu'il doit prodiguer. Il a pour compagnon l’apothicaire Pierre de Lompnes.

Depuis 1338, les comtes de Savoie ont auprès d’eux un apothicaire, apothecarius domini. Ne possédant pas de pharmacie personnelle, en raison sans doute de leurs multiples déplacements, ils ont confié au titulaire de cette charge le soin de préparer chez quelque confrère les médicaments prescrits, de les prendre en garde et de les distribuer au fur et à mesure du besoin. Successeur de /ohannes Marcus, Pierre de Lompnes est également receptor cerarum et Specierum, scutlifer domini; personnage de confiance, il tient depuis près de trente ans la comptabilité de la dépense de l'hôtel des Comtes.

Le médecin et l’apothicaire arrivent le 13 août à Chambéry. Pendant un mois, en l'ovriour de Pierre Bellen, ils élaborent électuaires, lavements, emplâtres…

« Recipe seminis apii seminis fenugreci ana maralri ameos macis galange sanamomorde origanti piloselle spice gariofali nucis muscate ciperi seminis et ute semini eruce seminis cubendi domesticr ana onciam unam semis limature ferri pluries secundum artem ablute et in aceto bulite onciam unam semis aut dramas duas cassie ligni croci costi papaveris albi rose mastice ana onciam unam panis zucari quod sufcit. Fiat electuarium in bolis de quantitatibus demostratis …

Unguentum quod appellat squilicitium. Recipe squille uncias

‘duas capsie elebori ana onciam unam piperis nigri piretri castoreti

(26) G. CARBONELLI, loc. Cit., P. 137, 144. " SE (27) M. Brucuet. Le Château de Ripaille. Paris, 1907. Pièces justifi-

catives, p. 275.

euforbii senapis ana unciam semis. Hec omnia pulverizentur et cum olio buliantur laurino demum addatur cere uncias duas viride eris uncias semis. Ungantur menbra gravata specialiter et avecti nervi et desuper ponatur pellis arictis uncta talcte.

Item in receptis predictis invenitur libra una aque ardentrs. Ilem uncia una euforbii.

Item quedam confectio quam dicit nominari Confectio de Magnete cujus hec est recepta. Recipe euforbii epithimis ana dramas quatuor galbani dramas tres croci ortularii magnetis croct orientalis mirre mastice oppoponaci castoreti coluprini corticum mandagore ana dramas duas piperis longi amomi seminis levisticr ana dramam unam seminis fenugreci quatuor mellis rosati quod sufficit. Fiat mollis confectio ut opinata.

Ttem hic pulvis.

Item cumini dramas duas pulveris radicis genciane farina nigelle pulpe colloquitide ana dramam unam et semis radicum yreos vubee majoris et urtice siccarum ana dramam unam eleborrs nigri dramam Semis pulveris euforbii semis. Fiat pulvis valde subtilis » (28).

Amédée VII, inquiet de son état de santé, désolé de sa précoce calvitie, se livre au thérapeute.

«Primo post ablocionem capillorum ablotum est caput suum cum lixivio edere que virdrs et husta et incinerata et cum gumma sua prodest caparti et nervis suis item in eodem lixivio fuit dissolucio ovorum vitellorum item in eodem lixivio infusa fuit merra in saculo et bulivit satis et tunc ablutum fuit caput merra enim aufert omnes extraneas et inhabiles humiditates locionum. Item tandem ad majorem confortahionem capitis ablutum est caput suum cum vino albo clarissimo in quo infusa fuit gumma ase fetide que specialis est apud confortationem capitis loci Item post aliquos dies ablutum est capud Suum lacte in quo fuit per noctem merra infusa in ovis ac infusione ase fetide ut supra Item post quamlibet ablocionem positum fuit implastrum ad custodiam capitis in quo fuit puluis betonice et puluis avelanarum adustarum et puluis cumini cum melle et infusa asa fetida item in secunda vice quando sibi non placebat odor ase fetide adducta fuit aqua labentinata in qua fuit dissolutum balsami oleum et fuit de odore sibi placente… » (29).

Le 25 octobre, le Comte Rouge indisposé s’alite. Persuadé qu'il est victime d’un empoisonnement, il fait enfermer Grandville et appelle à son chevet les médecins que la faveur subite de l'étranger avait écartés. Pierre de Lompnes met à contribution l'officine thononaïse de l’apothicaire Mellan.

(28) M. BRUCHET, oc. cit., P. 400.

(29) M. Brucuer, doc. cif,, p' 407.

€... pro una pelle corei empta apud Thononium ad jaciendum unam bursam clistrerii pro domino …

… pro rebus infrascriptis captis per magistrum Aniquinum bhsicum domine videlicet uno quarterono olei camomillii et rosati et dimidium quarteroni olei castoreti Mellano appothecario 4 s. item captis per Petrum de Lompnis pro domino videlicet una libra cactie fistolle eidem Mellano 4 s. 6 d. una libra comini eidem 45. 4 libris et dimidia olei elive eidem 6 s. 4 onciis olei rute eidem 35. una oncia gerepigre et una oncia bardane eidem 3 $s. 4 oncits olei lilit eidem 4 s. uno quarterono diatrionpiperum eidem 18 4... pro una bursa clisterii facta pro domino de corio tenero quia alia facta die precedenti erat nimis aspera.… 72 solidis monete qui dati fuerunt de mandato dominorum de Cossonay et Otthonis de Grandissono consiliariorum domini pro rebus infrascriptis dictatis per magistrum Bonum phisicum domini... ad facienda quedam balnea et alia necessaria pro domino videlicet 43 libras olei olive qualibet libra 16 d. 57 S. tribus quartis scioridis arabici 4 s. 6 d. 5 onciis scicadi citrini 2 s. una libra mellis loci 4 s. dimidia libra aneti IS à. 26 libras mellis' albi... dimidium quarti spice 3 s. 6 d. 2 oncüs coshis 2 s. dimidia libra laudini 3 s. uno quarto et dimidio oler petroli una libra et dimidia castoreti 9 s. 4 onciis euforbii 16 s. 72 libras cassie fistole 36 s. una libra et dimidia marjerane 9 S.... » (30).

Tout s'avère inutile ; le comte expire à l'aube du jour des Morts.

La dernière fourniture de l’apothicaire Mellan est faite «ad imbassamandum et in bono odore tenendum corpus illustris principis… videlicet 3 onciis aloes mirre achacie una oncia galiemustri muscate sandali muscali hignr aloes 3 onciis cimini 2 oncris alaynnis una oncia nUCIS Ciprissi una ONCia nUCis inde Una ONCIA NUCIS MUScate 3 quarteronis gingiberis albi uno quarterono gariofñli.…. » (31).

La tombe d'Amédée VII s'est à peine refermée en l'abbaye d'Hautecombe, que l’on apprend les aveux de Jean de Grandville, tombé aux mains du duc de Berry, beau-père du défunt. Le Comte Rouge est mort du traitement officiellement destiné à lui rendre sa chevelure.

« Ledit maistre Jehan fit laver la teste dudit conte de lissive faicte d’esdre dans laquelle lissive avoit de mirre et amprès ce le fit rayre et piquer sur le cou menuement avec ung razor et ce fist fere affin que l’ongnement et lavement que lui fist mettre en sadicte teste intrassent mieux dans la teste et corps dudit conte et amprès ce fait lesdis piquamens sur le cou lui fist fort freter par deux fois ladicte teste une paravant qu'il le feist

(30) M. BRUCHET, loc. cit., P. 391, 392.

(31) M. BRUCHET, loc. cit., P. 392.

rayre et autre amprès qu’il fut ras et piqués telement que par force de freter et du feu par devant lequel le tenoit et le fesoit fort chauffer et ledit contes et sadicte teste et le cou fort eschauffés et incontinant ce fait le fit oindre fort en fretant ladicte teste affin que fusse plus eschauffée d’un oingnement fait et confiz des chouses qui s’ensuientp remièrement de miel, d’ole et de poldre de cumin et de poldre de creux d’avellanes et de oncgnement opiat appelé assa fetida et pour ouster la mauvaise oudour de assa fetida il y mist un pou d’uylle de trementine et puis dudit oingnement mesme lui fist ung emplastre lequel lui mist sur ladicte teste lequel lui fist pourter par certain temps. Et en ce faisant disoit toujours au dit conte que ce fesoit pour li fere mettre cheveux et bonne couleur et amprès ce quand ledit maistre Jehan santi que la teste dudit conte estoit bien eschauffée il lui fit ouster ledit emplastre et incontinant la lui fist laver de certaines eaux restrictives et enfrigiditives lesquelles estotent de agrimonia d’escorce d’olive de aminal chascune faicte par soy à part en alambi et puis les mesla et y mist mais de layt de savina et de albuns des eux et di tout ce ensemble lui fit laver ladicte teste affin que ladicte teste qui estoit chaude et les poyres ouvers la froydure dudit lavement intrast par ladicte teste et d'ilec descendist.. au corps dudit conte et cheust en parletiquement et fusse espaumis et ensemble tout ce affin que ledit conte fut plus tost parelitiques non nonobstant tout quanque il lui fesoit hors du corps il lui donnait brevaige d’un lectuaire appelé safferoignes fait de plusieurs chouses desquelles ne lui recorde.. » (32).

Le médecin a suivi les ordres de Bonne de Bourbon, perfidement conseillée par Otton de Grandson, ennemi secret du comte.

Les passions politiques soulevées par cette affaire tournent court rapidement, de par la volonté des personnages en présence. L'opinion publique, troublée, mal renseignée, attend un jugement, un coupable; on lui livre l’apothicaire de Lompnes!

L'infortuné, jeté dans un cachot du Château de Chambéry, soumis à la question, est promptement condamné à mort. En vain, persuade-t-il l’ecclésiastique Françon de son innocence, lui Cafflermant sur la dampnacion de l’aune de lui que tout ce qu’il avait confessé.. estoit mensonge et l’avoit dit contre vérité par force de geyne et de tourment ». Il est traîné « parmy la ville de Chambéry jusques ou lieu ou lon ly tailla la teste ». Son corps est découpé en trois morceaux qui sont salés et expédiés en différents endroits de l'Etat ; la tête fichée sur une colonne de bois apprend aux habitants de Bourg-en-Bresse l'horreur du crime et son châtiment.

(32) M. BRUCHET, loc. cit., p. 408, note ro.

Quatre ans plus tard, Grandville mourant rétracte ses accusations. Amédée VII était décédé des suites d’une blessure qu'il

s'était faite à la chasse. La mémoire de Pierre de Lompnes est réhabilitée.

L'énigme de Ripaille demeure. Des historiens qui se sont penchés sur ce drame, certains ont conclu à l’'empoisonnement, d'autres ont parlé plus simplement de cette plaie « étroite mais parfonde de moult parfondeur » consécutive à une chute de cheval (33). « La bonne harmonie aurait régné à la cour de Ripaille, sans aucune arrière-pensée la thèse de l'infection tétanique l’emporterait ; un médecin n'en voudrait pas admettre d'autre. Mais l'historien, même si son opinion personnelle l’incline à croire à la fatalité du mal qui devait terrasser, à 31 ans, l'héritier du Comte

Vert, restera préoccupé par quantité de questions troublantes. » (34).

Ces documents permettent de se faire quelque idée de l’activité pharmaceutique de l’apothicaire de Savoie.

L'officine est pourvue de cette multitude de drogues née de la confiance des médecins en la thérapeutique arabe ; l’incessant trafic commercial des Alpes en facilite l’approvisionnement auprès des marchands de Gênes et de Venise. Drogues simples, médicaments composés, ce sont les mêmes noms que l’on trouve dans les Codes universels de ce temps, l’Antidotaire de Nicolas, le Circa instans de Platearius, le Grand Herbier.. Tout le savoir, toute l’habileté de l’apothicaire se mesurent dans la préparation selon l’art de ces imposantes formules qui s'appellent T'hériaque, Mithridate, Aurea Alexandrina... Nous sommes encore loin de la rigueur scientifique, et, à côté des remèdes dont l’action est contrôlée par l'expérience, il en est dont les vertus sont étayées par la superstition et le mystère ; la fabuleuse licorne dont on a pu citer à trois reprises l'emploi à la Cour de Savoie est de ceux-là (35).

Ce qui ne nous est pas révélé, ce sont les conditions d'exercice de la profession pharmaceutique, la vie du praticien.

Il est permis de penser que la concurrence était sévère, si l’on considère que Chambéry, ville de 3.000 habitants à peine,

(33) M. BRUCHET, Loc. cit.

M. Sequanus. La mort d'Amédée VII dit le Comte Rouge. Lyon, 1879.

G. CARBONELLI. Gli ultimi giorni del Conte Rosso e à processi per la sua morte. Biblioteca della Societa Storica Subalpina LX VI. Pavia, 1912, etc. :

(34) R. Avezou. La mort du Comte Rouge. Revue de Savoie, 127 trimestre 1941, P. 24. :

(35) 13901, 1418, 1419. M. BRUCHET, loc. cit, p. 44, note 2.

possédait à la fin du xve siècle une quinzaine d'apothicaires (36). D'autant que l’on se passait parfois d'eux. Rabelais nous a conté comment : «… Un des symptômes et accidents de peur, est que par luy ordinairement s'ouvre le guichet du serrail ou quel est à temps la matière fécale retenue. Exemple en messere Pantofle de la Cassine, Senois, lequel, en poste passant par Chambéry, et chez le sage mesnagier Vinet descendant, print une fourche de l’estable, puis luy dist : Da Roma in qua 10 non son andato del corpo. Di gratia, prglia in mano questa forcha, et fa mi paura. Vinet, avec la fourche, faisoit plusieurs tours d'escrime, comme feignant le vouloir à bon essient frapper. Le Senois luy dist : Se tu non fai altramente, tu non fai nulla. Poro sjorzarti di adoperarli piu guagliardamente. Adonc Vinet de la fourche luy donna un si grand coup entre col et collet qu'il le jetta par terre à jambes rebidaines. Puis, bavant et riant à pleine gueule, luy dist « Feste Dieu, Bayart, cela s'appelle Datum Camberraci ». À bonne heure avoit le Senois ses chausses destachées, car soubdain il fianta plus copieusement que n’eussent faict neuf beufles et quatorze archiprestres de Hostie. En fin, le Senois gracieusement remercia Vinet, et luy dist : Zo #1 ringratio, bel messere. Cosi facendo tu m'hai esparmiato la sheza d'un servitrale » (37).

Aussi, bien que l’on relève les noms de deux apothicaires sur la liste des cinquante chambériens les plus fortunés d’alors (38), l’ensemble des praticiens devait tenir assez fermement au revenu constitué par le commerce des articles de cire et d’épicerie.

L'importance de ce second aspect de l’apothicaire apparaît bien dans les comptes laissés par l'administration municipale de la capitale savoyarde.

(36) Archives de la Ville de Chambéry, Série HH, Titre VIII, n° 1043.

F. PREVET. Les Statuts et Règlements des Apothicaires. Paris, 1950, TOME TMADErO2E.

Archives de la Ville de Chambéry, Série BB, Titre II, n° 70, rer volume des Délibérations de la Ville de Chambéry, folio 10.

Archives départementales de la Savoie. Fonds Bouvier, 87.

(37) Le quart livre des Faïicts et dicts héroïques du Noble Pantagruel composé par M. François Rabelais, Docteur en médecine. Chapitre LXVII.

« Briesve déclarations d’aucunes dictions plus obscures contenues on quatrième livre des Faicts et dicts héroïques de Pantagruel :

… Da Roma, etc. Depuis Rome jusques icy je n’ay esté à mes affaires. De graces, prens en main ceste fourche et me fais paour.

Se tu non fai, etc. Si tu ne fais autrement, tu ne fays rien. Partant efforce toy de besoigner plus gaillardement.

Datum Camberiaci. Donné à Chambéry.

Îo ti ringrazio, etc. Je te remercie, beau seigneur. Ainsi faisant, tu me as espargné le coust d’un clystère ».

(38) T. CHAPPERON. Chambéry à la fin du xXIve siècle, Paris, 1863, P. 245.

Archives départementales de la Savoie. Fonds Bouvier, 99.

« Libraverunt die XX VII mensis februari anno dom. 1391 in occasione dont facti domino duci Burgundie qui dictis die et anno fuit Chamb. tendendo Mediolanum ad dom. comitem virtutum pro equs jocondo adventu de volontate consiliariorum et burgensium dicte ville Chamb. Petre Belligny appothecario habitatori Chamb. primo in emptione trigenta sex torchiarum cere ponderantium unum quintale quadraginta libras cere qualibet libra duobus Den. obl. gross. et viginti librarum confitture emptarum simili precio subscripto... »

« Libraverunt Ardiczono de Bosio appothecario... pro speciebus et torchiis illustrib. domicellabus Bone et Johanne de Sabaudia in iSparum adventu novites chambre facto ex ordinacione plurium ex notabilibus et consilariis dicte ville pro honore dicte ville nomine umiversitatis dicte ville graciose donatis...»(23 janvier 1390.)

« Libraverunt Jojanni Balen appothecario habitanti Chamb. in emptione et pro precio vigenti torchiarum cere.…. quarum duodecim fuerunt portatae faciendo processiones post natum illustris Anthonii de Sabaud. geniti dom. nostri Sabaud. comitis nati in Castello Burgeti die dominica ultima mensis septembris anno 1408... »

« Libraverunt Thome Fornerii apothecario in emptione duarum torchiarum cere consumptarum in processione facta die vicesima sexta mensis martii anno Dom. 1412 et in missa celebrata ad laudem Dei ratione nativitatis illustris Ameder de Sabaudia.….. »

« Libraverunt prenominati syndicii.. Johanni Baligny pro duabus torchiis... pro processionibus factis pro joconda nativitate dicte domicelle nostre... » (septembre 1415).

« Libraverunt Petre Monoce apothecario burgensi Chamb. pro precio sex vigenti torchiarum cere... » (9 février 1423).

« Libraverunt Stephano de Valle appothecario pro quatuor candelis cere et duabus torchiis pro processionibus factis tam pro tempore pluviarum quam occasione dom. nostri Sabaud. ducis qui erat ultra montes pro guerra facienda dom. ducis Mediolant I fl. 8 D. gross. » (1426).

« Libraverunt Bonifacio Salloris apothecario pro precio duar. candel. cere.. pro processionibus factis die octava junii et aliis diebus sequentibus anno predicto 1439 tam in ecclesia Ste Clare quam aliis ecclesiis dicte ville... »

« Libraverunt.… Anthonio Coquaz appothecario pro precro quadraginta facium sive torchiarum cere… pro sepultura... domini Philippi de Sabaudia.…

Libraverunt ex ordinacione dom. consiliarorum et burgensium dicte ville Anthonio Virgillie appothecario pro precio duorum exportinorum videlicet unius ficum et alterius racemorum datorum per eosdem domino Ludovico de Monteolo presidenti dicti venerabilis consilij post latam sententiam …

liem Librav. Anthonio Millanesit et Anthonio Cauqua appothecariis pro precio unius exportini racemorum umius libre confecture et unius libre pulveris fini dat. venerabili viro dom. Anthonio Cariony ipsa de causa...» (1445).

«Libraverunt… servitori Johannis de Sancta Maria appothecarij… pro precio duarum candelarum cere.. pro processionibus factis in dicte ville Chamb. tam pretextu nativitatis ultimo gemiti illust. principis et dom. nostri quam serenitatis temporis » (1446).

«Libraverunt Aymoneto Garety appothecario pro precio duarum candelarum cere.… pro processionibus factis pro victoria quam Gabriel rex de Chipro contra infidelis…

Librav eidem pro duabus aliis candelis emptis pro processiontibus factis pro pesto et pro duabus aliis candelis empts pro processionibus factis quando dom. noster dux accessit ad serenissimum francherum regem... » (1451-1452).

«Libraverunt Jacquemino Cervelle appothecario pro precro duarum torchiarum sive fassium et duarum candelarum cere… pro processionibus factis pro joconda nativitate illustres filer ull. principis domini Amederï... » (1452-1453).

«Libraverunt Anthonio Virgilie appothecario pro prehio quatuor quartelletorum et unius picoti de ypocras sex torchiarum cere… et sex libr. confitturarum datarum dom. ambassiatoribus regis fran cie pro pena et labore per ipsos jabilis in tractatu pacis... » (18 mars 1457).

« Libraverunt pro precio quatuor librarum de salpetre emptarum de precepto supradicti dom. capitaner a Jojanno de Sancta Maria appothecario pro reparando et de novo implicando in pulvere bombardarum et coulouvrinarum ville... » (1462).

« Ttem libraverunt ex ordination: facta die decimo tertio decembris anno millesimo quatercentesimo sexagesimo sexto manu clerici ville signata quam reddunt pro sepultura primi rectoris hospitalis vernetorum videlicet pro quatuor facibus emptis a Constancio appothecario.…. »

CLibraverunt Gallesio Jaquemardi appothecario pro pretio et emplione decem octo torchiarum cere..…. in sepulturam nobilis Johannis Belletruche capitanei ejusdem communitatis …

Libraverunt supradicto Gallesio Jaquemardi appot. pro pretio seu valore duarum torchiarum cere.…. duarum boytiarum conficture….. item duarum cimesiarum de ypocras et unius duodene pernicum per dictos sindicos libratarum domino marescallo sabaudie ex dono sibi facto per dictam communitatem.…. » (janvier-avril 1467).

«Libraverunt dicti sindici Georgio de Gonchiatoribus appothecario factori nobilis Guigonis de Andacio pro duodecim torchiis cere.… datis per diclam communitatem in sepultura nobilis Gaspardi Belletruchie capitanei ejusdem communitatis.…. » (x septembre 1473).

« Libraverunt Anthonio Millanesii appothecario… pro rebus hibratis ut injra dono dato illustri principi Tarente et domino bastardo Burgundie 24 jebrarii anno domini 1475. Et primo 24 torchie… Item pro 24 libris confecturarum.…. Item pro duodecim quartelletis de vpocras.…. Item pro novem quartelletis cum dimidio malvexie.….. »

« Libraverunt Gallesio Jaquemardi appothecario pro pretio seu valore duarum torchiarum cere.… Item pro uno quarterono de Ypocras et uno quarterono malvasie datis et libratis per dictos sindicos. magmfco domino cancellario Sabaudie qui sigillavit gratis ticteras confirmationum franchesiarum et plurium libertatum concessarum per dominum dicte communitati…. » (1477).

« Libraverunt..…. Petro Scarronis appothecario…. pro quatuor facibus... de quo jactus fuit ignis gaudii ob nativitatem filii serenissimi imperatoris…. » (12 juillet 1527).

« Libraverunt magis commendabili Petro Franzon appothecario pro vino albo et clareto per egregium Theodulum de Mornis de mandato dictorum dominorum sindicorum domino comiti Guilliaume cappitaneo lanchiquinetorum … » (1536).

« Libraverunt.. Pevyreti appothecario... pro vino per dictos dom. sindicos donato magnifico domino de Greignant…. » (1538) (39).

Ces apparences diverses de l’apothicaire se reflètent dans des textes élaborés par les pouvoirs publics.

Le chapitre XXVI du livre troisième des Statuta Sabaudiae est pour nous la première manifestation officielle de la Pharmacie (17 juin 1430).

« Appothecarijs, speciarijs drogueriarum et medicinarum confectoribus, hoc edicto iubemus ne theriacam, mitridatum aut alias medicinales confectiones, seu res simplices vel compositas, ad augumentandum eorum quantitatem et deleriorandum qualitatem, sophisticare vel falsificare praesumant. In compositione torchiavum, cereorum et candelarum quas vendunt, picem, turbentinam, pulverem fabarum vel quicquid aliud cerae de qua eas component, admiscere non audeant. Ommnes el singulas Species aromalicas, grossas el minulas, droguerias, confectiones et omnia alia, ad unum solum pondus videlicet quindecim unciarum vendant et ponderent, exceptis dumlaxat his quae per consilium medicorum ponuntur in medicinis compositis, quae ad pondus delerminalum per ipsos medicos in cedulis receptarum debeant ponderari. Arsenicum vero et quodcunque aliud tossicum nulli noto vel ignoto vendant

(39) F. Ragur. Extraits tertuels des comptes des syndics de la ville de Chambéry du 22 janvier 1348 au 23 novembre 1551. Bibliothèque municipale de Chambéry. Manuscrits 43-44. 1° volume : 1348-1451, folios 39, 41, 64, 78, 84, 88, 9I, 103, 105, 121, 134, 137; 2° volume :-1451-1551, fohos 1, 3; 11, 23, 28, 29, 43, 40, 55, 140, 142, 144.

vel vendere seu tradere attemptent, nisi vocatis et presentibus tribus vel pluribus personis honestis et fide dignis, in quarum praesentia interrogetur per apothecarium ipsum 1s qu petit vendi dictum arsenicum vel tossicum ad qui faciendum vult ipsum emere ; qui se dicat et asserat apothecario seu medico eius vuramento quod non pro aliquo malo inde perpetrando, sed lantummodo pro muribus inter ficiendis, tunc sibi tradere poterit idem apothecarius cum una ulna fili in signum capistri more Solito, in praesentia praedictorum testium, retinendo in scriptis penes se nomina et cognomina 1psius emptoris et dictorum testium una cum anno, mense et die traditionis dicti tossici, ut si in futurum aliquod sintstrum inde succederet, posset delinquens sciri et comprehendi. Si quis autem apothecarius in transgresione huius edichi nostri vel alicuius partis. eiusdem repertus fuerit culpabilis pro qualibet transgressione, poenam centum solidorum fortium fisco nostro applicandam se noverit incursurum » (40).

«Aux apothicaires, débitants de drogues et préparateurs de médecines, par cet édit ordonnons de ne pas oser sophistiquer ou falsifier la thériaque, le mithridate ou autres confections médicinales, soit choses simples ou composées, en en augmentant la quantité et gâtant la qualité. De-ne pas essayer de mêler dans la composition des torches, chandelles et cierges qu'ils vendent, de la poix, de la térébenthine, de la poudre de fèves ou quoi que ce soit d'autre, à la cire avec laquelle ils les préparent. De vendre et peser toutes et chacunes espèces aromatiques, grosses et petites, drogues, confections et toutes autres choses, selon un seul poids, à savoir de quinze onces, étant exceptées seulement celles qui, sur prescription médicale, sont employées dans les médecines composées, qui doivent être pesées selon le poids fixé par les médecins eux-mêmes dans les ordonnances. De plus, de ne vendre ni de songer à vendre ou donner de l’arsenic et quelqu'autre toxique à aucune personne connue ou inconnue, à moins que, trois ou un plus grand nombre de personnes honnêtes et dignes de foi étant appelées et présentes, il soit demandé en leur présence par l’apothicaire lui-même à celui qui réclame la vente dudit arsenic ou toxique, dans quel but il veut l'acheter : s'il dit et affirme par serment à l’apothicaire ou au médecin que ce n'est pas pour accomplir quelque méfait, mais seulement pour détruire les rats, alors le même apothicaire pourra lui remettre avec une aune de fil 2n signum capistri selon l'usage établi, en présence des susdits témoins, en conservant dans ses écrits les noms et surnoms du même acheteur et desdits témoins en même temps que l’année, le mois et le jour de la livraison dudit toxique, de façon à ce que, si dans l’avenir quelque malheur en découle,

(40) Arch. dép. Sav.

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Tabula generalis Sabaudiae. J. Blaeu, Amsterdam, 1724.

(Archives Départementales de la Savoie.)

Cliché Guy, Chambéry.

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Statuta Sabaudie. — Livre III, chapitre XX VI.

(Archives Départementales de la Savoie.)

Cliché Guy, Chambéry.

le coupable puisse être connu et appréhendé. D'autre part, si quelque apothicaire est reconnu coupable d'infraction à cet édit ou à quelque partie de cet édit, qu'il sache qu'il encourre la peine de cent sous forts à verser à notre fisc ».

Le 22 novembre 1495, les syndics de Chambéry expriment au Conseil d'Etat du duc Charles II le mécontentement de leurs concitoyens devant les agissements des apothicaires : « .. conficient et conficere faciunt torchias et candelas cere, tam magnas et grossas quam parvas, et omne opus cere faciunt ex cera falsificata et maista pice, collosoma, terbentina et altis rebus aillicitis, item specias pistatas ex aliis rebus quam puris speciebus mistas componunt, et alia quam plurima in eorum arte reprehensione digna commaictunt...» Le 15 décembre, le Conseil arrête les mesures nécessaires. La vente des articles litigieux est tolérée jusqu’au 17 février 1496 ; à partir de cette date, torches et chandelles seront faites de cire nouvelle, leurs mèches confectionnées d’après des règles très précises ; les apothicaires devront y apposer leur marque. Les drogues pilées seront exemptes de substances étrangères destinées à en augmenter le poids. « .… Quod nullus appothecarius futurus possit facere nec exercere artem appothecariatus in villa Chamberiaci nisi prius juret in manibus castellani et sindicorum ville Chamberiaci qui pro tempore fuerint, artem ipsam bene, probe et legaliter exercere, ac capitula predicta omnia et in cunctis passibus et punctis eorum observare, 1tem quod totiens quotiens fuerit opportinum.…. fiat visitatio ipsorum appothecariorum quod premissa superius capitulata et alia 1psam artem appothecariatus concernencia, per 1psos sindicos ville Chamberraci, in presentia castellani ipsius locr vel ejus locuntenentis, vocato prius magis probo, famoso et experto appothecario non suspecto 1psrus ville Chamberiaci per ipsos sindicos eligendo.. Qu'à l'avenir, nul apothicaire ne puisse faire et exercer son art en la ville de Chambéry, qu'il n’ait d’abord juré entre les mains du châtelain et des syndics de la ville, d'exercer cet art convenablement, honnêtement et légalement, et d'observer tous les chapitres susdits, en tous leurs points ; que soit faite, aussi souvent qu'il apparaît opportun... une visite des apothicaires, à propos de ce qui a été dit plus haut et de toutes autres choses concernant leur art, par les mêmes syndics de la ville de Chambéry, en présence du châtelain du même lieu ou de son représentant, après avoir convoqué parmi les apothicaires non suspects de la ville, le plus honnête, renommé et expert, choisi par les mêmes syndics.. » (41)

Ces prémices de règlementation professionnelle sont maintes fois rappelées aux intéressés, plus précisément en ce qui concerne

(41) Archives de la ville de Chambéry, Série HH, Titre VIII, n° 1043. F,. PREVET, loc. cit., P. 1625.

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la «fabrique et œuvre de la cire». Déclaration de janvier 1526, ordonnances confirmées par patentes ducales de décembre 1526, avertissements de février 1564, mars 1575... prouvent la vigilance des notables chambériens (42).

Ces dates nous engagent très avant dans la seconde moitié du xvIe siècle.

L'évolution générale de la pharmacie amène les apothicaires, dont le nombre se restreint, à abandonner peu à peu leurs activités annexes, et à se consacrer à ce qui est leur raison d’être, le médicament.

Les initiatives prises à cette époque à Turin ouvrent un

chapitre très particulier dans l’histoire des institutions de l'Etat Savoie-Piémont.

(42) Archives de la ville de Chambéry, Série HH, Titre VIII, F, PREVET, loc. cit., p. 1629, 1631.

Archives de la ville de Chambéry, Série BB, Titre II, no 74, 5° volume

des Délibérations de la ville de Chambéry, n° 77, 8e volume des Délibérations de la ville de Chambéry.

Arch. dép. Sav. Fonds Bouvier, 87.

IT

DE LA SECONDE MOITIÉ DU XVI° SIÈCLE A LA FIN DU XVIlle

Les profondes réformes entreprises par Emmanuel-Philibert ne pouvaient pas ignorer le domaine de la santé publique.

Les décisions d’abord réservées aux apothicaires de Turin ou de Verceil ,prennent bientôt une allure générale et affectent tous les praticiens de l'Etat.

Le 21 novembre 1565, désireux de mettre un terme aux abus nés de l'ignorance ou de la malice, le duc confie à son médecin personnel, au proto-medico Marc Antoine Capra, le soin de visiter toutes les officines de ses terres, « aussi bien deçà que delà les monts ». Nul ne peut exercer désormais l’art d’apothicaire s'il n'a été examiné et reconnu capable par cette haute autorité ou son délégué (43).

Le 20 octobre 1568, après avoir confirmé Capra dans ses fonctions de « superintendant et principal ministre en l’art de la santé », il édicte les règles que doivent observer médecins, chirurgiens, barbiers, apothicaires (44).

Le 8 août 1576, pour prévenir de manière efficace les offensives de la peste, il crée à Turin le Magistrat général de Santé.

(43) Editti antichi e nuovi de Sovrani Principi della Real Casa di Savoia delle loro Tutrici e de Magistrati di qua da monti raccolh d'ordine di Madame Reale Maria Giovanna Battista dal senatore Gio. Battista Borelli. Turin, 1681. Partie troisième, livre X, Titre XI, p. 968.

Raccolta per ordine di materie delle Leggi, Edith, Manifesthi ecc. pubblicati dal principio dell'anno 16817 sino agli 8 dicembre 1798 sotto il felicissimo Dominio della Real Casa di Savoia in continuazione ed a compimento di quelle del senatore Borelli compilata dell'avvocato Felici Amato Duboin. Tome X. Turin, 1834, Livre VII, Titre XII, chap. 2, p. 22, note.

F. PREVET, loc. cit., p. 1636.

(44) BORELLI, loc. cit., p. 965.

DuBoIn, loc. cit., chap. 2, p. 22, note.

F. PREVET, loc. cit., p. 1640.

I1 le complète en avril 1577 d'un Magistrat de Santé en la ville de Chambéry (45).

Cette œuvre sera durable. Jusqu'à la fin du xvirie siècle, les Chefs de la Maison de Savoie ne feront que l’assurer, la développer, selon les nécessités de l'heure. L’Ofice du Protomédecin va devenir la référence essentielle pour tout ce qui touche à l’art de guérir.

Le 26 avril 1588, Charles-Emmanuel rétablit le Magistrat de Santé de Chambéry supprimé en 1583 (46).

Le 10 février 1608, Jérôme Vacca succède au protomédecin Bocco. Le 9 mai, son auditeur Michel Barletti reçoit l’ordre de visiter les boutiques (47).

Le 1° avril 1609, «informé de plusieurs abbus qui se commettent par les cirurgiens, barbiers, et appothicayres habitants de nos pays et provinces de Savoye, la plupart desquels s’ingèrent de l’exercice des médicaments et autres cures sans congé et permission de qui a l'autorité de ce faire, oultre plusieurs manquements qui se font aux drogues médicinales », le duc mande au protomédecin de se « transporter rière les lieux requis de notre pays delà les monts, ou tel autre que vous commettrez expérimenté et cappable.…. » (48).

Le 4 juin 1611, Vacca modifie le tarif établi par son prédécesseur pour les drogues et compositions les plus courantes. (49)

La 1er avril 1618, Charles-Emmanuel confirme les ordonnances du 20 octobre 1568 (50).

Le 8 mai, Orlando Fresia, nouveau protomédecin, demande à ses administrés, médecins, chirurgiens, apothicaires.. «et tout autre qui professe quelque art appartenant à la médecine, directement ou indirectement », de respecter les règlements (51).

Le 8 octobre de la même année, rappel de l’édit d’'Emmanuel-

(45) DUBOIN, loc. cit., chap. 3, p. 254, chap. I, p. tr.

(46) Arch. départ. Sav. Sénat de Savoie, 1434, folio, 60.

Compilation des anciens Edits des Princes de la Royale Maison de Savoye, Chambéry, 1679, p. 90.

DuBoin, loc. cit., Tome III, seconde partie. Turin, 1826. Livre III, TETE OS 7

(47) DuBoin, loc. cit., Tome X, Livre VII, Titre XII, chap. 2, p. 20.

(48) Arch. dép., Savoie. Sénat de Savoie, 1437, folio, 120.

F. PREVET, loc. cit., p. 1651.

(49) DUBOIN, loc. cit., chap. 2, p. 37.

(50) BORELLI, loc. cit., p. 974.

DUBOIN, loc. cit., chap. 2, p. 42.

F. PREVET, loc. cit., p. 1656.

(51) DuBoin, loc. cit., chap. 2, p. 44.

Philibert, répété le 17 avril 1624 à l’occasion de la nomination du protomédecin François Fiochetto (52).

Le 20 novembre 1631, Victor-Amédée 1er recommande la stricte observance des ordres antérieurs (53).

Le 6 septembre 1632, le Conseil d'Etat de Savoie, reconstitué après l'occupation française, se voit attribuer ce qui regarde « le fait de la santé jouxte l'établissement et coutume qu'a eu cydevant le Magistrat général établi sur ce fait de ladite santé delà les monts » (54).

Le 17 mars 1633, rappel pressant de l'ordonnance de 1631 (55).

Le 10 novembre, Victor-Amédée déclare sans effet un tarif de drogues fait par la Chambre des Comptes ; seul, celui élaboré par le protomédecin a force de loi (56).

Le 2 novembre 1634, le prince précise quelques devoirs attachés aux professions médicales (57).

Le 25 octobre 1638, sa veuve « Christine, sœur du roi très chrétien. », confirme les décrets du passé (58).

Le 11 juin 1642, confirmation de l'autorité du protomédecin (59).

Le 23 avril 1643, l'Office du Protomédecin est pourvu de deux titulaires, Isoard Guigonio et Pierre Boursier (60).

Le 30 avril 1644, les syndics des villes sont invités à remettre

(52) BORELLI, loc. cit., P. 975.

DuBoix, loc. cit., chap. 2, p. 46.

F. PREVET, loc. cit., p. 1666.

(53) BORELLI, loc. cit., p. 978.

DuBoIn, loc. cit., chap. 2, p. 23, note.

F. PREVET, loc. cit., p. 1672.

) Dugoin, loc. cit, Tome III, première partie. Turin, 1826.

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