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Nous lisons notamment sur un vieux tesson corinthien qui se trouve aujourd’hui au Musée de Berlin ( Inscription . Graecae antiqu. 2013 cf. Larfeld, op. cit. p. 505), une liste alphabétique mutilée, qui ne va que de l’e au t : mais elle est pour nous d’un intérêt spécial par les représentations graphiques quelle donne des sons = s. Dans ces représentations, I (l) est à la place du Zajin, J (Samech) à la place du Ssade et /V\ (Ssade = San) à la place du Schin, de l’ionien ^ (Sigma) (i). Le dernier signe manque et doit par conséquent avoir disparu déjà très tôt dans l’écriture corinthienne. Une liste alphabétique de la colonie achéenne de Métaponte est étroitement apparentée avec la précédente : toutefois outre le J y est également tombé. Nous reconnaissons donc, qu’à une époque fort reculée les deux signes I et ï furent naguère concurremment en usage à Corinthe, sans que nous osions toutefois revendiquer le Samech = J comme expression abrégée du composé k -f s. Car les listes chalcidiennes déjà citées nous apprennent que le Samech était encore employé en occident alors qu’ici les signes complémentaires + (J) N/ = H qp x étaient déjà usités; la liste de Métaponte, qui est d’accord avec celle de Corinthe pour la position du /V\, indique à la fin les signes (J) \[/ + = 9 x H. Nous sommes par conséquent amenés sans plus à considérer le signe J pour l’écriture corinthienne archaïque comme l’expression du son — s doux, sonore, à côté du ss = /V\ dur, aigu, et du ds = J sonore.
Cette hypothèse est pleinement vérifiée par deux inscriptions corinthiennes fort anciennes, de l’Antiquarium de Berlin, publiées par P.Kretschmerdans les Athenische Mittheilungen XXII, 1897, p. 343/4. Nous trouvons ici le nom de Zeuç écrit J B Y M, en quoi nous ne pouvons certes pas lire le premier caractère comme un H, mais non plus ainsi que le veut Kretschmer comme un ds (£); puisque le vieil alphabet corinthien possède pour ceci le signe du zajin phénicien.
(1) D'après cela, l’appellation dorienne du San ne fait aussi nulle difficulté : car elle s’appuie sur le nom du Schin, dont le Ssade a pris la place. Le même phénomène s’est-il peut-être produit en Ionie pour le nom du Samech avec l’assimilation du Sigma (= Schin)?
Même observation pour l’île de Théra, où dans une inscription sur un rocher apparaît de même la graphie J E Y M (cf. Kretschmer : Athenische Mittheilungen , XXI, 1896, p. 432). Nous reconnaissons ici de très anciennes relations entre l’alphabet théréen et le vieil alphabet corinthien, relations qui nous sont encore indiquées par d’autres formes de lettres (voir la table). Nous ne nous trompons donc pas si nous établissons pour une époque extrêmement reculée d’étroites corrélations dans l’écriture entre les îles doriennes de Crète, Théra et Mélos et la partie nord-est du Péloponèse, à laquelle se seront jointes les populations les plus rapprochées (Attique, Achaïe).
Mais si dans le vieil alphabet corinthien le Samech J a eu la valeur de la sifflante sonore, cela nous ramène à une époque du développement de l’écriture, qui ne connaît pas encore les signes complémentaires ioniens du B et du y, admis plus tard. Car avec l’équation J — B cadre le \J/ ionien dans le sens du ip, lettre rare qui aura été difficilement empruntée aux Corinthiens sans le B. Ceci est également confirmé par une ancienne inscription corinthienne isolée ( Inscr . Graec. antiqu. 36\ p. 170) dans laquelle le ip (dans ëYpaipev) est exprimé par la liaison Cf) [\f\ (î). Et si nous contestons d’après cela l’emploi de ces deux lettres complémentaires dans l’écriture corinthienne archaïque, nous devons en conclure son étroite parenté avec le vieil alphabet attique : car celui-ci possède à la vérité les lettres complémentaires cp et x empruntées aux Ioniens, mais il ne renferme pas H et ip : sans doute pour des raisons phonétiques. Certes, pour cette époque reculée, les rapports phonétiques souvent hésitants ne sont pas entièrement connus ; mais nous pouvons toutefois affirmer ce fait que le composé H = k + s n’a pas été prononcé dans toutes les contrées de la Grèce, mais qu’à la place du k il renfermait une spirante gutturale. C’est pourquoi l’on écrit dans les Cyclades et en Attique jusqu’à la fin du ve siècle ^ ; à Naxos même (Inscript. Graec.
antiqu. 407, cf. Kretschmer, Athenische Mittheilungen
(l) Le béotien \J/ ^ à côté de -{- = B est peut-être un effet de ce développement.
XXI, 1896, p. 421 suiv.), on a été jusqu’à distinguer de l’H(eta) = EL le signe [] pour exprimer cette spirante et l’on a transcrit Z = Q $ (trois fois). Même phénomène sans doute pour le cpcr corinthien = attique et le \|/ = ttct oriental.
A l’ouest, le manque de signes particuliers pour les composés xtf et cpcr dut toujours se faire sentir et la double consonnance plus fréquente dut notamment réclamer une expression abrégée. En etfet, dans les îles de Théra et Mélos il a été fait droit à cette exigence en ceci que l’on adopta le signe ionien \|/ pour exprimer le Z (cf. Pollak, Athenische Mittheilungen , 1896, p. 221. Kretschmer, Athen. Miith. XXI, 1896, p. 431, et la table), le Samech J possédant toujours la valeur de la sifflante douce et n’étant pas encore sans objet. Vu l'étroite parenté que nous avons constatée entre l’alphabet théréen et le vieil alphabet corinthien, nous pouvons admettre également pour Corinthe l’équation \]/ = Z ; et l’on obtient pour une phase de développement fort reculée de l’écriture archaïque de Théra et de Corinthe les valeurs suivantes des signes complémentaires ioniens : \|/ = H, cj) = cp, + =* x* Mais cette phase ne peut être aujourd’hui déterminée plus exactement. Le composé t rcx (et cpcr) qui est relativement fort rare n’a point reçu de signe abrégé, parce que ! exprimait encore la sifflante sonore, cependant que l’alphabet ionien avait trouvé sa forme sans qu’un signe fût devenu libre pour ip.
Si nous comparons maintenant cette suite plus ancienne 4es signes complémentaires corinthiens (= théréens) avec les formes généralement adoptées du groupe alphabétique occidental, nous constatons une concordance frappante pour autant que des deux côtés le ip (cpcr) manque d’un signe particulier et que les signes Z et x apparaissent confondus. Car on écrivait :
à Théra et en vieux-corinthien \|/ (J) + <p<L
par contre en grec occidental + (J) \|/ <ptf- C’est pourquoi nous rangerons sûrement l’ancienne écriture corinthienne dans le groupe des alphabets occidentaux, dont elle a dû faire partie d’après les considérations générales que j’ai précédemment émises.
Nous avons de la sorte accompli un grand pas en avant dans l’explication des alphabets occidentaux. On est même près d’admettre que l’écriture grecque occidentale postérieure est sortie de l’alphabet ionien par l’intermédiaire du vieil alphabet corinthien (ou d’un autre très rapproché). Il est compréhensible de cette manière que pour le y nous manquions dans l’ouest d’un signe propre, tandis que le signe du Samech J n’j est d’aucun emploi : en fait, le développement de l’écriture était terminé, lorsque ce signe fut repoussé comme superflu. En même temps, le changement répété et étonnant d’une liaison phonétique sifflante avec une spirante est ramené à la simple permutation, ouvertement voulue, de deux signes.
On pourrait citer d’ailleurs un cas analogue ; car, quand on admit YQ ionien dans les Cyclades, ce signe de l’o le plus fréquemment employé fut pris précisément dans l’acception, tout à fait contraire, de l’o bref, et c’est absolument la même chose que la confusion de \|/ et + à l’ouest. Dans l’Q, il s’agit de la différenciation de la voyelle longue et brève, dans l’H et le x de l’échange des signes d’une spirante et de la même spirante -b s (xcr) (1). Au point de vue physiologique même, la ressemblance est constante.
Où s’est produite exactement cette transposition des deux signes, voilà ce que nous sommes en dernière analyse hors d’état de discerner. Toutefois, deux endroits seulement qui au vT et au vne siècle ont occupé une place prépondérante dans la Grèce occidentale, peuvent entrer en ligne de compte, Corinthe elle-même ou Chalcis en Eubée. Comme fondement de cette opinion, on pourrait peut-être invoquer ce fait que l’on aura exprimé d’une façon caractéristique; aussi bien dans l’écriture que dans le système monétaire, l’unité du domaine commercial, et que l’on aura voulu donner aux produits de ce domaine, aussi bien dans la signature que dans la lettre d’envoi, une indubitable garantie d’authenticité. Les diffé-
(1) Le pénétrant essai d’explication présenté par Kretschmer ( op . cit. 1896), se basant sur la physiologie phonétique, pourrait, sauf modification,, être ramené à mes conclusions actuelles, mais cela nous conduirait à de telles subtilités que je renonce à le contredire en détail.
rences locales d’alphabets purent être maintenues, tout comme l’on conserva à Corinthe et en Eubée les divisions variées d’une unité monétaire équivalente. Toutefois, la diffusion des listes alphabétiques modifiées a dû partir des villes que j’ai nommées et s’accomplir vers l’occident, pendant qu’Athènes demeurait dans un degré plus ancien d’écriture, qui ne connut comme signes complémentaires que qp et x-
Un développement secondaire mena ensuite à Corinthe à une assimilation des signes complémentaires à la série ionienne, après que l’on eut laissé tomber le Samech comme expression de la sifflante. Cette phase ne peut pas être placée avant la fin du viie siècle; sinon, la prédominance de Corinthe, qui à cette époque n’était pas contestée dans l’occident, se serait réflétée également, sans nul doute, dans l’écriture. Je voudrais la mettre en corrélation avec le mouvement commercial et politique qui rapprocha les tyrans Périandre de Corinthe et Thrasybule de Milet. Mais ces rapports entre Corinthe et Milet n’ont pas été durables, puisque, à l’époque de Solon, Athènes, la vieille cité fédérale du groupe oriental, passa à la ligue des puissances commerciales occidentales, ce qui ralluma la vieille lutte entre Corinthe et Mégare, si étroitement liée à Milet. Tel fut probablement le motif pour lequel la réforme de l’alphabet à Corinthe resta en plan : à la vérité, on n’abolit pas les signes complémentaires orientaux d’introduction récente avec leurs graphies faciles et conséquentes des lettres H et ip, mais on conserva pour le reste les particularités du vieil alphabet local corinthien.
Ainsi nous avons reconnu dans le vieil alphabet corinthien l’échelon intermédiaire qui nous fait comprendre le développement de l’écriture dans l’occident grec. Par le fait même, nous avons supprimé la plus grande difficulté que présente l’histoire de l’écriture grecque, puisque nous avons trouvé le pont qui réunit entre eux l’alphabet ionien étendu et les alphabets spéciaux de la mère-patrie et des colonies grecques occidentales.
Louvain, typographie de Ch. Peeters, rue de Namur, 20