LES APOTHICAIRES ET LES AUTRES CORPORATIONS
a) Apothicaires et chirurgiens. — Tous les historiens de la pharmacie ont mis en lumière les rivalités existant sous l'Ancien Régime entre les Apothicaires et les chirurgiens. Cela tenait évidemment aux limites peu précises, malgré les statuts existants, entre les deux professions. Les apothicaires empiétaient facilement sur le domaine réservé aux médecins et aux chirurgiens ; les chifugiens, encore plus aisément, mêélaient à leurs attributions celles de préparateurs et vendeurs de drogues et médicaments. De plus, les barbiers et chirurgiens ne furent admis qu’au milieu du xvirre siècle dans les professions libérales, leur culture était sommaire, non moins que leur respect des édits, règlements, lettres patentes.
Il est souvent difficile de discerner qui avait raison dans les multiples conflits qui ne cessèrent de s'élever jusqu’au xix® siècle. Dans bien des communes le chirurgien faisait fonction d’apothicaire en l’absence d’un spécialiste. Lorsque celui-ci fondait une officine, il devait, fort souvent, justifier de ses droits et prérogatives devant la justice du lieu, s’il voulait rompre les traditions établies et, bien souvent, s’il obtenait satisfaction en droit, la clientèle continuait en fait à se fournir chez le chirurgien.
Le gouvernement se préoccupa de ces heurts dès 1596 (Lettres patentes obtenues par Herouard, premier médecin du Roi, en 1611, Edit de 1617).
Le procès entre l’apothicaire de Montlhéry, Nicolas Rogier, et Jean Moreau, procès tranché par les Maistres Gardes de : Paris en 1630, se trouve signalé à propos des apothicaires de Montihéry.
En 1681 les apothicaires de Pontoise, qui possèdent leurs
Faute.
statuts depuis 1653, s'assemblent pour envisager les moyens de lutter contre les chirurgiens et mettre fin aux abus que ceux-ci commettent aux préjudices de la Communauté! :
« Du jeudi 5ème febvrier 1681. La compagnie assemblée au mandement des jurés en la maison de Mtre Jean Destamples l’un des maistres d’icelle par respect à cause de son incommodité, scachant que rien ne se faict sans l’ayde de Dieu qui met le bon ordre en touttes choses et qu'on ne le peut mieux obtenir que par l'intervention des saincts, a résolu que les articles 12 et 13 de leurs statuts seront dorenavant observés, au moins qu'il sera dict tous les ans le 9eme jour de May une messe basse de Saint Nicolas protecteur et patron d’icelle compagnie et le lendemain 10ème une autre messe des Trépassés pour le repos des ames des anciens maistres deffuncts. Et sur le rapport faict qu’il se commet quantité d’abus par les maistres chirurgiens tant de la ville que des environs au préjudice des statuts et règlements faicts avec eux, il a esté arresté que l’on s’assemblera tous les premiers lundys des moys à une heure de relevée au logis dudit Jean Destamples lorsqu'il sera incommodé, sinon au logis de Nicolas Chesneau pendant le temps de sa jurande pour prendre conseil et délibération sur ce qui sera proposé contre lesdits abus. Et que cependant chacun des Mtres appres s’enquestera soigneusement et tacitement des personnes qui auroient esté malades à la campagne et qui les aura traictées et médicamentées affin que le rapport faict à la première assemblée de la compagnie, l’on puisse prendre le meilleur conseil que faire se pourra pour retrancher les abus qui se commettent au préjudice des droicts et privilèges de ladicte compagnie. Et l’on est demeuré d’accord qu’en cas que tous les maïistres ne puissent pas se trouver à ladicte assemblée le jour cy dessus marqué et aux autres assemblées qui se pourraient faire dans l’interim pour le bien de ladicte communauté, pourveu que les actes et délibérations qui y seront prises soient signées seulement de trois desdits maistres, que les autres maistres absents seront obligés de contribuer aux frais qu'il conviendra faire sur ce qu’il y aura esté resolu et arresté. Qur les lettres, tittres, papiers et actes concernants ledict art seront mis et posés ensemblement en un coffre ou armoire presentement et dont Nicolas Chesneau soit chargé, qui les a receus de Jean Destamples pour y avoir esgard quand besoing en sera.
Desgroux. Chesneau. Destamples. Chesneau. Escouvette ».
Le premier lundi du mois suivant, les apothicaires s’assemblent à nouveau :
« Du lundy 3ème mars 1681. La compagnie des Mtres appres s’est assemblée chez Nicolas Chesneau, l’un des jurés, où estoient