SUR LA GARNISON FRANÇAISE DE GALLIPOLI
Pendant les mois de Juillet et Août 1854.
ASIA Conditions antérieures à l'épidémie.
Constitution atmosphérique. — Pendant les douze jours qui précèdent l'invasion réelle de l'épidémie, du 25 juin * au 7 juillet, le baromètre se maintient à une hauteur moyenne (prise à midi) de 758"",8, hauteur qui parait peu s'éloigner de la moyenne générale à Gallipoli; sa plus grande élévation est de 761°"°,2, sa moindre de 755,9. — L'échelle des oscillations de la pesanteur atmosphérique est donc représentée par 7,7. Durant cette période, les variations diurnes sont généralement peu étendues ; le maximum d'amplitude correspond à 5°",5, le 50 juin (ce jour est marqué par un cas de choléra sporadique dont nous parlerons plus bas), C’est du 6 au 7, jour de l'invasion de l'épidémie, que le baromètre subit sa plus grande oseillation : en 15 heures il monte de 755°°,9 à 760°",6, valeur égale à + 57,4.
* Date à laquelle j'ai commencé mes observations météorologiques trihoraires.
Pendant la mème période, le thermomètre à maximum s'élève à 35°, 1; le minimum descend à 18°,6 (différence 14°,5). La moyenne est représentée par 22°,5. La plus grande variation diurne s'étend à 15°, le 27. La température s’abaisse depuis le- commencement de juillet jusqu'au 7. — Mais nous ne saurions voir aueune relation entre les phénomènes thermiques de l’atmosphère et le développement de l'épidémie qui nous occupe.
Nous avons constaté l'humidité à l’aide du psychromètre d’August. Nous trouvons une tension moyenne de la vapeur d’eau de 14°°,2 et une humidité relative de 52° (à midi). La valeur de cet élément météorologique est éminemment variable par jour et par heure, mais nous ne saurions saisir aucun rapport entre lui et la constitution médicale. Notons seulement que le chiffre de 52° indique une sécheresse de l'air plus grande qu'on ne l'observe, en moyenne, sous le climat de Paris.
L'état du ciel est généralement beau, et sa sérénité n’est troublée que par de légers cirrus ou de rares cirro-cumulus.
Enfin, pendant les derniers jours de juin, les vents soufflent du nord-est. Ils sont remplacés par ceux du sud-est pendant les trois premiers jours de juillet, pour céder la place, d'une manière durable, à ceux d’est-nord-est,.
Ces vents différents, qui ont traversé une partie de la mer de Marmara, ou qui soufflent de la mer Égée, ne paraissent pas différer sensiblement sous le rapport de la quastité d'humidité qu'ils amènent à Gallipoli.
Constitution médicale. — Les diarrhées séreuses sont prédominantes dans la garnison ; les déjections contiennent fréquemment des lombrics. Les médecins des corps observent trés-souvent Pensemble des phénomènes prodromiques du cho-
DE L'ARMÉE D'ORIENT. li
léra : vomissements, diarrhées, quelques crampes légères et fugitives. Chacun se plaint d'un malaise général, d'une grande fatigue musculaire, surtout pendant la première moitié de la journée ; l'appétit est faible, la langue saburrale.
Les purgatifs salins réussissent: nous employons aussi l'émétique en lavage; mais c’est surtout l'opium qui triomphe de cette disposition spéciale des voies digestives.
Du 25 au 50 il est apporté, à l'hôpital, trois malades appartenant, les deux premiers à la légion étrangère, le troisième au 6° régiment de ligne, en Orient depuis l'occupation. Ils offrent, chacun d’eux, les symptômes suivants : altération de la face, excavation des yeux, affaiblissement de la voix, crampes, refroidissement de toute la surface du corps, mais surtout des extrémités, vomissements et diarrhée séreuse, suppression des urines. Nous avions diagnostiqué choléra sporadique, et fait inscrire, sur les cahiers de visite, gastro-colite ? M. Barberet, médecin aide-major au 1° régiment de la légion étrangère, en envoyant à l'hôpital les deux militaires de son corps, avait également reconnu la nature de la maladie, mais ne l'avait point indiquée sur les billets d'entrée. Après quatre ou cinq jours de traitement, ces trois malades étaient guéris, et sachant que tous les ans, même en France, il se présente, pendant la saison des chaleurs, des cas de choléra sporadique, je n'aurais attaché que peu d'importance à cet épisode de notre constitution médicale, si mon attention n'y avait été reportée quelques jours après, par l'explosion de l'épidémie.
Pendant la période de temps qui nous occupe, les maladies de l’encéphale ne sont représentées que par des céphalalgies résultant de l'insolation, du séjour sous la tente, et parfois, sans doute aussi, de l’état des voies gastriques.
Les affections pulmonaires sont rares et sans gravité ; elles ne comprennent que quelques bronchites.
Toutes ces maladies sont franchement continues. Les affections du système musculaire sont nulles.
Élat des troupes. — Campement sur un plateau légèrement élevé, dominant la ville, largement balayé par les vents.
Exercices modérés ; peu de corvées.
Alimentation convenable et régulière ; distribution journalière d’une ration supplémentaire de vin ; eau abondante et de bonne qualité.
Toutes les troupes de la garnison sont récemment arrivées de France ; leur état moral est excellent.
Invasion et marche de l'épidémie.
Le 5 juillet, Le bateau à vapeur l'Alexandre déposait à Gallipoli 548 hommes appartenant au 5° régiment d'infanterie légère. Parti le 26 de Marseille, où de nombreux cas de choléra s'étaient déjà déclarés sur la garnison, l'Alexandre avait puisé dans cette ville les germes de l'épidémie, et la maladie s'était déclarée à son bord pendant la traversée. Trois hommes avaient succombé à des symptômes cholériques non douteux ; plusieurs avaient dù être déposés à Malte; cinq, gravement atteints, avaient êté débarqués à l'hôpital militaire du Pyrée, et deux cas enfin, étaient transportés à l'hôpital de Gallipoli. — De ces deux cas, l’un, offert par un soldat, était léger ; et, bien que la nature des symptômes fût caractéristique, ils ne présentaient qu'une faible intensité ; le second, chez un sous-officier, était grave, et l'on avait à redouter une issue funeste. Cependant, peu de jours après leur entrée, ils étaient guéris, Fun après un traitement simple, l'autre grâce à un traitement énergique.
Voilà done le choléra bien et dûment importé à Gallipoh,
par un bateau à vapeur arrivant d'une localité infectée. Cependant, en présence de la constitution médicale régnante, et dont nous avons esquissé tout à l'heure les principaux traits, en présence de trois cas non douteux de choléra, indépendants de toute importation, est-il bien permis de rejeter sur l’arrivée du steamer l'Alexandre toute la responsabilité de l'invasion du fléau, et n’est-on point autorisé à croire que les mesures sanitaires les mieux entendues ne se seraient point opposées à l'explosion du mal, qui trouvait ici les conditions nécessaires à sa manifestation, sans avoir besoin de les puiser au loin? Nous soulevons cette question sans chercher à la résoudre.
M. le médecin Inspecteur Lévy, qui avait débarqué à Gallipoli avec le détachement infecté du 5° léger, avait appelé lattention de l'autorité militaire sur l'état de santé de cette fraction de corps, et prescrit des mesures dont l'adoption lui semblait d’une rigoureuse nécessité. Ces mesures, empruntées surtout à la circulaire du conseil de santé des armées, furent soigneusement exécutées. Ainsi, sur la demande de ce haut fonctionnaire, le détachement du 9° léger était isolé ; il était alloué à chaque homme une ration supplémentaire de vin, indépendamment de celle accordée à toute la garnison ; on leur donna du café le matin ; on les exempta de toutes corvées.
Du # au 6, les troupes semblaient jouir d’un bon état de santé (à l'exception des diarrhées, avec embarras gastrique, qui continuaient à régner), malgré la crainte jetée par le mot de choléra, qui s'était bientôt répandu de bouche en bouche.
Mais le 7, dans la nuit, un capitaine du 5° léger est frappé de choléra : 1l meurt quelques heures après son entrée à l'hôpital. Le 8, un caporal du même régiment est apporté, avee la réunion de tous les symptômes qui constituent un choléra grave. Un sien cousin, soldat au même régiment, vient le voir dans la journée, et reste une demi-heure près de lui. Pendant
la nuit il est pris de choléra et vient mourir à l'hôpital, le 9. Cependant, le premier atteint, auquel on a caché cette triste nouvelle, après avoir parcouru toutes les phases de la maladie, finit par se rétablir.
Ces premiers faits indiquent, soit la contagion, soit l’infection ; mais d’autres surviennent bientôt, dans lesquels il semble impossible de saisir aucun lien entre l'invasion de la maladie et son origine. Ainsi, dès ce jour, nous voyons de nombreux sujets frappés appartenant à des corps différents, à des compagnies voisines ou éloignées les unes des autres. Beaucoup semblent n'avoir eu aucun contact avec des sujets préalablement atteints.
La marche du fléau est tellement rapide que, né le 7, ül atteint presque son apogée le 10, où 57 cholériques, appartenant à différents corps d'infanterie, sont admis à l'hôpital. Dès ce jour, l'épidémie nous enveloppe : tous les corps de la garnison y fournissent successivement leur contingent, l'infanterie d’abord, la cavalerie plus tard ; et sa marche, jusqu'au 24 juillet, n'offrira plus, désormais, qu'une série d’oscillations dans le nombre journalier des entrées et des décès.
Bientôt la population civile est elle-même envahie, malgré son peu de relations avec nous. Les Grecs et les Juifs sont surtout frappés ; les Arméniens et les Turcs le sont moins. Mais les uns et les autres échappent à l'influence par une émigration en masse : en peu de jours la ville est déserte. — Nous ignorons complètement le chiffre de leurs pertes ; l'absence d’état civil ne permet point de le constater.
Trois jours ont donc suffi pour faire arriver l'épidémie de son point de départ à son apogée numérique, qui commence du 10 au 11 et s'étend jusqu’au 25 ; mais ce n’est que du 15 au 14 que la mortalité commence à sévir avec violence, car, seulement alors, les décès se composent, et des hommes qui
suceombent à la période algide de la maladie, et de ceux qui avaient déjà franchi la période de réaction. Jusqu'au 10, les entrées à l'hôpital se mélangeaient de cholériques et de sujets atteints d'affections intercurrentes ; depuis lors, le règne de l'épidémie devient exelusif, elle constitue la pathologie toute entière.
Jusqu'au 15 environ, cependant, les malades en traitement à l'hôpital, présentaient encore une double physionomie ; les uns cholériques, les autres atteints d’affections diverses; depuis lors, le choléra envahit tout, et l’on ne trouve plus de différence que dans l'intensité des cas.
Dès la menace d’une invasion, un hôpital parüeulier * avait été disposé pour recevoir les cholériques ; et tous les cas, soit venus du dehors, soit déclarés à l’intérieur, étaient d’abord scrupuleusement réunis dans l'enceinte qui leur était réservée, et qui pouvait contenir 55 malades, avec toutes les conditions de traitement indiquées par l'instruction du conseil de santé. Mais bientôt l'encombrement survint; nous fümes débordés dès le premier jour; force fut alors de placer les nombreux malades dans les lits que la mort laissait vacants, et de laisser les malades surpris à l'hôpital par l'épidémie, dans le lit qu'ils occupaient auparavant. Salles, cabinets, baraques, tentes, tout était plein.
Nous signalerons, à cette occasion, la confusion extrème qui survint dans la partie administrative du service des malades, qui ne permit plus, souvent, de reconnaitre leur identité, et mit obstacle à l'inscription régulière au bureau des entrées et sur
* C'était l'hôpital des blessés, situé dans l’intérieur de la ville, dont les malades avaient été évacués sur le grand hôpital. J'ai vivement regretté de n’être point consulté pour le choix de cet établissement : je l'aurais combattu de tout mon pouvoir. J’ai exprimé cette opinion à M. le médecin chef, aussitôt que J'ai connu la détermination prise.
les cahiers de visite. Ainsi, il arrivait fréquemment qu'un malade, voyant mourir son camarade dans un lit voisin, abandonnait le sien ; un entrant survenait, s'emparait du lit vacant, désertait quelquefois lui-même pour laisser la place à un troisième ; de sorte qu'à l'heure de la visite, on s’adressait à un autre malade qu'à celui qui était régulièrement inscrit, et que deux ou trois venaient, au moment des distributions, au même numéro, réclamer leur part de prescriptions.
Si longtemps que les infirmiers militaires purent suffire à la tàche, les prescriptions médicales furent bien exécutées ; mais la plupart tombèrent : ils furent remplacés par des soldats pris dans les corps, surtout au 1° régiment de la légion étrangère, et les médecins, insuffisants par le nombre, durent cumuler leurs fonctions avec celles d’infirmiers : les prescriptions n'étaient exécutées qu'à cette condition. L'administration désignait, chaque soir, un nombre convenable d'infirmiers de garde, et pas un ne paraissait dans les salles durant toute la nuit. D’affreuses scènes de désordre se passaient près des malades ; — et les prières, les exhortations, les menaces, rien ne pouvait ramener au devoir ces hommes démoralisés! Je pourrais, cependant, citer plus d’une honorable exception, et plus d'un de ces infirmiers improvisés a bravement succombé à son poste, tandis que d’autres, plus heureux, ont échappé au fléau après avoir montré la plus grande énergie pendant toute sa durée.
Cependant, on reconnut bientôt encore que les locaux, appartenant aux deux hôpitaux, étaient devenus insuffisants, et que l'infection semblait s’y être développée à tel point que tout malade qui y entrait était voué à une mort certaine. Nous sollicitâmes donc, de l’autorité, un local assez vaste pour qu'on püt y évacuer tous nos cholériques du petit hôpital, et qui püt répondre à toutes les éventualités du service ; assez près des
*amps pour éviter un long trajet aux malades, assez éloigné des centres d'habitation pour ne pas laisser craindre de répandre l'infection dans le voisinage, assez abondamment pourvu d'eau pour suffire à tous les besoins.
L’enclos de Barout-Hané fut choisi par M. le sous-intendant Blane de Moline et M. le médecin principal Méry, qui était en passage à Gallipoli, et que l'autorité militaire avait consulté.
Ce local, enceint d’un vaste mur, est à moins de 2 kilomètres de la ville, au bord de la mer, à la partie basse du plateau où sont campées les troupes, et renferme plusieurs puits qui contiennent d'excellente eau ; il offrait quelques baraques dispomibies, pouvant loger immédiatement 105 malades, d’autres baraques en construction, et l'emplacement pour un nombre considérable de tentes. Le petit hôpital y fut évacué Le 19, et de ce Jour, tous les nouveaux malades y furent admis. L'hôpital du haut fut bientôt désempli par suite de quelques sorties journalières et de nombreux décès.
Le génie fit marcher ses travaux à grands pas ; de nouvelles baraques nous furent successivement livrées, et cet établissement put contenir plus de #00 malades, partie dans les baraques, partie sous les tentes.
Ces malades ont pu être divisés en catégories depuis que le défaut de place ne nous a plus forcés à vivre au jour le jour, et nous avons eu soin de séparer les cholériques, les non cholériques et les convalescents.
Depuis les premiers Jours de l'épidémie, les évacuations sur l'hôpital de Nagara avaient été suspendues. Elles sont recommencées aujourd’hui que nous n'avons plus à craindre d’infecter de nouveau cet établissement.
Cependant, durant la période épidémique que nous venons de traverser, le chiffre de la garnison de Gallipoli était loin
d'être identique; et les courriers réguliers, qui arrivent de France six fois par mois, non moins que de nombreux bateaux de transport, apportaient incessamment de nouvelles victimes à l'épidémie, malgré la mission qui avait été confiée à M. Valette et à moi, d'examiner un à un tous les arrivants, et de signaler ceux dont l’état de santé pouvait nous paraitre douteux. —- Ainsi, le 10, l'Égyptus apportait 496 hommes du 5° léger; et ce détachement, après avoir perdu un certain nombre de malades pendant la traversée, envoyait, à son débarquement, 20 cholériques à l'hôpital de Gallipoli. — Le 11, le Zenri IV apportait son contingent de 111 dragons et de 201 chasseurs à pied du 1% bataillon. — Le 15, l’Indus jetait sur notre plage 900 hommes appartenant à divers corps, et donnait un vigoureux coup de fouet à l'épidémie.
Enfin, le 21, un heureux arrivage était signalé. Le Sinaï, porteur de 172 hommes de divers corps, était parti de Marseille avee patente nette, avait été admis en libre pratique à Malte, à Syra et à Smyrne, et n'avait point eu de malade dans sa traversée. Dès lors, l'épidémie semblait done parfaitement localisée, et paraissait n'avoir plus à craindre de nouvelles importations. C'est de cette époque, en effet, que date la période décroissante de l'épidémie, tant sous le rapport du chiffre des entrées que sous celui du nombre journalier des décès.
Le tableau suivant fera ressortir la marche oscillante du fléau, et l’on y reconnaitra aisément que les arrivages de France sont généralement signalés par une augmentation notable des entrées. |
QE LG LC A PC RL TT SR UP HE VD Te RS SSSR TIGNERRRERSS
‘j40do1 F ‘987 ve mmy,panofne 949[9,8 [1,nb suosuad snou ‘smdop ossedop a19 e ce/ OSTFl'XAYLOT, cry GCOFl'7 F PER 190 9p JOU0-UI02pOUr O[ AEd PAOGE,P PUUOP “OAJIO 99 4 ES 9% IGOY ‘S2P999P SoiteJITu S9P TYLOL y 0 Gr 9c 6£ d 2 A à ù + «+ «sdio9 ne a e 0 VT LC 7 SG Les ER ES e Th c c CT le | # ki | CSL 72 IENdOUT 8 sypoooq 8 0 GI og | &L £& : SUOAN OI] SNON “TS 9p S0ast$o a 9 } FF 07 0£ 6G AUS SJU9SUL 939 Juiod quo,u inb xn99 39 vaeSeN er 1 me 11 ; : ÿe z9 1G -H10U9 say 197n0{e quouepes qney [1 ‘S,09p Sp 24yIU9 ny A 6 17 T8 0G | OSGT “SUIOYE SALEIIUT SOP IVLO 8 | é yy | 09 6F F4 D Fu S id SOC, : : : oc 79 QT go Ur te COMITE d— £ (prewixordde) d. "sn * a endoï,r w-soddez L G 9 68 à “4 : SIUEAINS SOA SO ISUIE SUOANOA SNON “9JU9} EI SNOS 0G G 7 TG F8 Re 19 [eyrdou] v spfoauo 979 Futou +: it me. £ 7 € 97 79 7 2009 anbionb ‘yr0s 69 nb syjouu PU io G V} Gr G9 Sy “LOS O petbo *SodronIE B91 ND As01E RE vroth te be it 8£ ch A “ Sp nhsin ON € ; v 4 AA à AS Fe. QU9 JUTAUOO [[ ‘ATU9P à EC ç 84 [2 Squtaqje sopeçeux so o1putof À p o100u9 quel da 0€ YY #: ) # HP as a1pejeU ounone Diane “e Es 6G OF 0€ 6 GS F1 « JT s ; . b 99416 UOISPAUT, le | 1 t< L ST 5 “ed ou HOM)eJU,] Ep SjuuEIO 8j nb (A 0& 6G : à à HAQU, I 8 Saaquo SoUuOUy “A # Pa Q satuaid sa qjuepuod J10$ ‘jueae 710$ LEFOQULIE 85 - £ L? S0p 104 JUOUOAISNIOXO IUANO} 919 E 10 DIS E 0AQI9,8 QAJIUO 97) 98 + . N B L L L “1edou,r & anol9s nor iuepuod anmpprds,r 18d siutae 919 en 66 | Sc NS à s l'wmnfe UOTAUO [I ÉEAPIOUD 9p ons ded S99MU BTE 2P 12107 00 V
À # "SHAUILNA ‘SAHLVO *SNOILFAUASAHO ‘SH94Q l'SHAAULNA SALVA SH944 |'SAAU
L'épidémie a done enlevé 1021 individus à la garnison de Gallipoli, forte en moyenne de six anille hommes (non compris le 2° régiment de la légion étrangère, campé à Boulair, distance de 12 kilomètres, qui n’a envoyé à l'hôpital que quelques cas isolés) *.
Ajoutons, enfin, que les corps d'infanterie ont, les premiers, cédé à l'influence épidémique ; que la cavalerie a été frappée, d’une manière générale, à une époque plus avancée ; enfin, que des trois corps qui composalent notre effectif de cavalerie, hussards, dragons et cuirassiers, les derniers ont notablement plus souffert que les deux autres.
Le chiffre des officiers, enlevés par le choléra, s'élève à 55, dont 2 généraux, 2 offfciers supérieurs, 6 médeeins et 2 pharmaciens.
Symptômes et transformations.
Jusqu'ici nous n'avons considéré notre épidémie qu'au point vue purement statistique : abandonnons maintenant les chiffres et suivons sa marche au point de vue médical, avec ses transformations successives et sa physionomie aux différentes périodes de son développement.
Au début de l'épidémie, les phénomènes caractéristiques sont : les crampes dans les extrémités supérieures, et surtout dans les inférieures ; les contractions douloureuses des pieds et des orteils, des mains et des doigts, qui semblent, après quelques
* Des malades assez nombreux ont succombé à des phénomènes typhoïdes consécutifs au choléra. Nous n’avons dû comprendre, dans nos chiffres de décès, que ceux chez lesquels les accidents typhoïdes ont succédé immédiatement au choléra, mais nous n’y avons pas fait entrer ceux chez lesquels ces phénomènes morbides n'ont paru qu'après un temps plus ou moins long de guérison, au moins apparente, du choléra. — Ces décès doivent faire partie d'un autre relevé statistique.
heures de maladie, comme ratatinés et macérés dans un liquide ; la eyanose est assez prononcée, couvre surtout les membres, et s'étend plus rarement au trone ; cependant, elle n'atteint jamais un haut degré d'intensité. Toute la surface extéricure est froide, ainsi que l'orifice des muqueuses ; le faciès subit rapidement une altération profonde ; la voix est éteinte. Les vomissements et la diarrhée caractérisent le début de la maladie, et ont même constamment précédé les autres symptômes ; cette diarrhée, riziforme, persiste, le plus souvent, longtemps après la cessation des vomissements ; beaucoup de malades rendent des lombries en abondance par la bouche et surtout dans les excrétions alvines. Les urines sont complètement abolies et ne se rétablissent que lorsque la réaction est complète. Celle-ci s'opère avec une facilité variable ; mais elle dépasse fréquemment le but, et détermine un état congestionnel dans les organes thoraciques. Les malades accusent alors presque toujours une douleur vague, soit à l'épigastre, soit dans quelques points de la poitrine, avee un étrange sentiment de constriction et de menace d’asphyxie qui leur fait avidement rechercher un air vif, Dans des cas très-rares, seulement, cette congestion réactionnelle porte son action sur le cerveau ; dans ces cas, surtout, les malades poussent de longs et profonds gémissements.
Vers le 20 juillet, c'est-à-dire environ 15 jours après l'invasion de l'épidémie, la physionomie de celle-ci semble se modifier : la maladie débute moins habituellement par des crampes ; chez le plus grand nombre, il y a peu ou point de cyanose ; la réaction est plus facile, et les congestions pulmonaires ou encéphaliques plus intenses. Alors, les caractères propres au choléra s’effacent, le calme parait se rétablir, les vomissements disparaissent, la diarrhée diminue, les urines coulent normalement : on s'attend, en un mot, à une heureure terminaison,
lorsque surviennent des phénomènes typhoïdes ; les idées s’obscureissent ; la langue, les dents et les lèvres s'encroutent d’une couche fuligineuse ; la diarrhée reparait avec violence, mais les excrétions sont séro-muqueuses et non plus riziformes ; le pouls s'irrégularise et s'atténue, et la mort, plus ou moins rapide, vient enlever un grand nombre de nos malades.
Depuis lors, on peut affirmer que moitié, peut-être, de Ia mortalité a été le résultat de cet état typhoïde consécuuf au choléra *.
Enfin, depuis le 27 ou le 28, les cas de choléra diminuent notablement en nombre et en gravité, et cette redoutable maladite présente, dès lors, un mélange de formes pathologiques qui indiquent le règne moins exclusif de l'épidémie. L'influence automnale semble se faire Jour, et une intermittence vague vient se mêler aux symptômes cholériques. — Des parotides viennent fréquemment juger les accidents typhoïdes, mais elles déterminent rarement une crise salutaire. De larges plaques d'urticaire couvrent les membres d’un grand nombre de malades ou de convalescents. Une diathèse furonculeuse se manifeste souvent.
Jusqu'au 15 août, jour de l'apparition des deux derniers ças de choléra, la transformation continue à s’opérer, les atteintes diminuent de jour en jour ; les diarrhées, les fièvres intermittentes et les fièvres typhoïdes prennent, au contraire, un développement marqué. Parfois encore, quelques symptômes cholériques fugitifs viennent les compliquer ; mais, à partir du 15, nous pensons qu'on peut considérer cette cruelle épidémie comme étant arrivée à son terme définitif.
Le fléau, qui nous a plus que décimés, a donc été marqué, depuis son origine, par trois phases dictinctes : phase cholé-
* Voir la note précédente.
rique proprement dite ; phase à physionomie typhoïde ; phase à phénomènes intermittents. Mais ces modifications dans la succession des caractères essentiels de l'épidémie, nous les avons étudiées concurremment avec la marche des phénomènes atmosphériques, et nos observations nous ont permis de saisir encore quelque parallélisme entre la constitution médicale et certaines conditions météorologiques.
Ainsi, la moyenne barométrique s'élève généralement depuis les premiers jours du mois jusqu’au 12, puis éprouve un abaissement subit de 6"" environ. C’est à cette époque que le choléra commence à exercer ses plus grands ravages. Du 18 au 20, les malades accusent presque tous un grand malaise ; les gémissements retentissent dans toutes les salles, plus qu'à toute autre époque de l'épidémie ; plusieurs malades, sur lesquels je fondais grand espoir, sont brusquement enlevés. Pendant ce temps, le baromètre oscillait entre 751°°,5 et 759°°,5. — Du 22 au 28, l'instrument reste à peu près stationnaire et la marche de l'épidémie éprouve un notable ralentissement. Enfin, de nouvelles oscillations, du 29 au 51, établissent encore une recrudescence manifeste,
L'influence de l'humidité atmosphérique m'a paru moins évidente ; cependant il m'a semblé que les jours de recrudescence étaient ordinairement signalés par une moindre tension de la vapeur d'eau.
La diminution d'intensité de l'épidémie à coïneidé avec un abaissement de la moyenne thermométrique. Y aurait-il là autre chose qu'une simple coïncidence ?
Les vents de la zône-nord-est ayant presque constamment soufflé, il est fort difficile de se rendre compte de leur influence; cependant le vent sud-est a régné pendant les 17, 18 et 19, et j'ai déjà signalé le malaise qui a suivi cette période.
Enfin, les journées pendant lesquelles nos sensations indi-
quaient une grande tension électrique, ont été remarquables par l'intensité des atteintes et le nombre des décès ; mais cette force n'a pu être soumise à aucune mesure rigoureuse.
Symptômes précurseurs et prédispositions.
Dans cette grave épidémie, les phénomènes prémonitoires ont eu, généralement, une grande valeur, et Je ne connais pas un cas d'invasion d'emblée chez un homme courageux, sobre et jusque-là bien portant. Les sujets affaiblis par des maladies antérieures et surtout par la diarrhée, ont montré les plus funestes prédispositions ; le plus grand nombre des hommes parus de France avec une irritation chronique des portions inférieures du tube digestif, étaient fatalement soumis à l'influence épidémique, et c'est parmi eux qu'elle a choisi le plus de victimes. Nous avons souvent porté un fâcheux pronostic sur ceux qui se laissaient trop vivement entrainer au souvenir de la famille ou du clocher. Les hommes mariés, que préoccupait la pensée de leur femme et de leurs enfants, ont payé un large tribut à la maladie, et la tristesse habituelle de certains individus a été plus d’une fois, pour nous, l'indice d’une prochaine invasion.
La force morale et une grande énergie de volonté nous ont donc paru les conditions les plus favorables pour résister à l’influence cholérique ; et si nous en exceptons quelques hommes qui ont succombé aux exigences impérieuses de leur profession, nous pouvons affirmer que, chez un grand nombre, le choléra a été le résultat de la peur du mal et d'une dépression de la force morale. Les exemples que nous pourrions en citer se pressent en foule sous notre plume.
Les écarts de régime ont entrainé la mort d'un nombre con-
sidérable de malheureux. Beaucoup de soldats sont passes, sans transition, de l'ivresse à l’algidité cholérique.
Quoi qu'il en soit de ces prédispositions, la maladie n’a jamais débuté d'emblée ; mais, nous le répétons, elle a toujours été précédée de dérangement dans les fonctions digestives : inappétence, vomissements, diarrhée. Ces phénomènes précurseurs ont eu une durée indéterminée ; plusieurs jours pour les uns, quelques heures seulement pour les autres.
Thérapeutique.
Nous dirons deux mots seulement des traitements que nous avons mis en usage contre l'épidémie qui vient de nous occuper.
L'acélate d'ammoniaque a été constamment administré dans la période algide, à la dose de 10 à 50 grammes, suivant les indications du conseil de santé. — L'action de ce stimulant à toujours été secondée par des frictions énergiques faites sur les membres et le long du rachis avec une infusion concentrée de moutarde. Ces frictions nous ont semblé préférables aux sinapismes qui, trop souvent oubliés lorsque lattention ne peut se porter exclusivement sur quelques malades, entrainent à leur suite des suppurations intarissables et mortelles. Nous avons quelquefois appliqué de larges vésicatoires ammoniacaux à l'épigastre.
La térébenthine, intùs et extrà, à été employée avec des résultats douteux ; la même observation peut s'appliquer à l’essence de menthe.
L'opium, que nous avons administré sous plusieurs formes et à doses variables, n'a réussi qu'au début de la maladie ; il a constamment échoué lorsqu'il était administré quelques heures
après l'invasion. Ce médicament nous a donné lieu de répéter une remarque que nous avions faite déjà dans les épidémies de méningite cérebro-spinale : c'est la grande tolérance de l'économie pour cet agent chez les cholériques, où on peut le porter, sans danger, à des doses extrêmement élevées.
Nous avons pu, deux fois, administrer l'extrait de hasehich*, préconisé dans ces derniers temps; les deux malades ont succombé sans avoir obtenu de réaction.
Nous avons réchauffé les malades à l’aide de briques dont la température avait été artificiellement élevée. Dans les derniers temps de l'épidémie, 1l nous a paru plus commode d'employer des tuiles creuses, qui s’adaptaient mieux à la forme des membres. Nous n'avons pu utiliser les tuyaux calorifères que nous avions fait confectionner. Les chemises de flanelle ont été employées dans la proportion de nos ressources.
Nous avons administré des boissons stimulantes et diaphorétiques.
Dans la réaction, nous avons quelquefois cherché à nous opposer aux congestions par des émissions sanguines, locales ou générales. Dans une circonstance, nous les avons poussées fort loin (12 ventouses scarifiées, 60 sangsues, 2 saignées), et la congestion s'est opérée avec la même violence. Nous avons done renoncé aux émissions sanguines. — L'opium a souvent
* Chez le général duc d’Elchingen et chez son domestique.
Ce général m'avait, antérieurement à sa maladie, exprimé toule la confiance que lui inspirait le haschich, et le désir qu'il avait qu’on lui en fit prendre s’il était atteint par épidémie régnante. Il avait ce médicament dans ses pruvisions de campagne.
Je dois cependant ajouter que je ne partageais pas la confiance de l’excellent et honorable général, et que cette médieation n’a été considérée par moi que comme un accessoire à toutes celles qu'il m'a été possible du tenter pour conserver une vie si précieuse à sa famille et à l'armée.
DE L'ARMÉE D ORIENT. > y;
réussi à arrêter la diarrhée. L'eau de riz et le thé ont été, dans cette période, les boissons préférées.
Enfin, diverses médications, les antispasmodiques, par exemple, sans rentrer dans un cadre tracé à l'avance, ont trouvé leur application dans certains cas particuliers.
Il conviendrait de signaler ici d'importantes mesures d'hygiène publique, et des travaux d'assainissement de la ville, exécutés de concert, par l'autorité militaire française et l'administion turque. — Mais nous ne pouvons aborder cette question dans un travail de la nature de celui-ci.
P.S. Nous ne saurions terminer ce rapport sans remercier nos collaborateurs du zèle et du dévouement sans bornes avec lesquels ils ont secondé nos efforts. Dans les conditions périlleuses que nous venons de traverser, si nous avons été assez heureux pour obtenir quelques bons résultats, c’est à eux qu'en revient tout le mérite.
Gallipoli, le 19 août 1854.