‹ Contribution à la Bactériothérapie du Bubon Chancrelleux: Traitement par le Vaccin T. A. BChapitre 41 sur 45 · AN DT · texte numérisé non relu

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Le vaccin spécifique, en effet, devrait provoquer dans l’organisme une certaine immunité vis-à-vis de l'infection par le bacille de Ducrey; or, plusieurs cas de récidives ont été enregistrés, survenant quelques jours après une guérison qui paraissait définitive.

D’autre part, les différents traitements biologiques donnent des résultats analogues à ceux du vaccin spécifique. La proportion de succès obtenus sur le bubon est à peu près la même (T. A. B.—86,50 % ; Nicolle et Durand — 93,85 %). Quant à la lésion ulcéreuse sur laquelle les effets du vaccin spécifique de-

vraient se faire particulièrement sentir, nous enregistrons : TAB — 35,75 % et Nicoille — 38 % de succès. Le nombre des injections et le temps moyen pendant lequel les malades sont obligés d’interrompre leurs occupations, sont sensiblement les mêmes (TAB—5 piqûres en 10 jours ; Nicolle — 4 piqûres en 12 jours).

Enfis, la rapidité, la brusquerie de la réaction, son analogie avec des réactions consécutives à des injections non spécifiques, l’apparition (rare il est vrai : 3 cas) de poussées d’herpès permettent de penser que le processus de guérison n’est pas spécifique.

On peut donc admettre que, dans le traitement des manifestations chancrelleuses par le vaccin de Nicolle et Durand, on ne doit pas attacher une très grande importance à la spécificité et à l’action vaccinante, tout au moins au point de vue curatif. L’explication des résultats favorables obtenus avec de telles méthodes thérapeutiques doit être cherchée, comme l’écrivait Hudelo en 1925, soit dans une action pyrétogène, soit dans une action protéinothérapique.

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Îl importe pourtant, avant d’envisager ces deux hypothèses, d'accorder une certaine valeur à la spécificité du vaccin de Nicolle et Durand, mais aux deux points de vue biologique et diagnostic. Au point de vue biologique, en effet, il mène à une conception toute nouvelle de l'infection chancrelleuse, « maladie - locale à retentissement général ».

Au point de vue diagnostic, l’intradermoréaction apporte des précisions intéressantes et ses résultats ont toujours concordé avec la clinique. Ito et Reenstierna en ont proposé une première technique en 1913. Ce dernier en publia une deuxième en 1923; enfin, Nicolle, avec son vaccin, obtient des résultats analogues à ceux de Reenstierna. L’intradermoréaction est nettement supérieure à la « mutilante autoinoculation ». Négative, elle indique que le sujet n’a été ni n’est victime d’une infection streptobacillaire ; positive, elle témoigne que le sujet est, ou a pu être, porteur de cette infection.

Les essais sommaires d’intradermoréaction faits avec le vaccin T. A. B. n’ont donné aucun résultat. Sur 17 sujets, 3 fois l’intradermoréaction fut plus ou moins positive ; 14 fois elle fut négative.

À Aubert, de Lyon, revient le mérite d’avoir été le vulgarisateur du traitement par la chaleur (1882). Ainsi qu'il nous le dit lui-même, ses recherches furent inspirées par les travaux de Chauveau sur l’atténuation et la modification des virus par la chaleur. A la suite de ses expériences, ayant remarqué que le chauffage agissait défavorablement sur l’agent pa-

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thogène du chancre mou (maintenu 16 à 18 heures entre 37° et 38°, il perd toute activité), Aubert préconisa le grand bain à 42°-45°, pendant 12, 15 et même 20 heures. « Il élève, dit-il, suffisamment la température centrale, aux environs de 39°, et augmente, à la fois, la chaleur périphérique des parties immergées. On peut espérer détruire avec lui, dans un temps très court, peut-être du jour au lendemain, la virulence des surfaces chancreuses. » Ce proëéédé est pourtant difficilement réalisable, même avec le demibain, les compresses froides sur la tête et les cordiaux. Des cas mortels se sont produits. On a encore réalisé cette thérapeutique par les applications chaudes « loco dolenti », soit par la chaleur rayonnante, soit par l’eau chaude à 50°, circulant dans des tubes de plomb (Welander, 1892), soit par une solution de permanganate de potasse à 50°, mise en contact pendant 2 heures (Arning), soit enfin par l’insufflation d'air à 70°, au moyen de différents appareils, par exemple un thermocautère transformé. Quelques bons résultats ont été obtenus.

C'était le prélude d’une pyrétothérapie antichancrelleuse. Ce qui manquait très probablement à cette méthode, à côté de l’élévation thermique provoquée, c’étaient, sans doute, les perturbations produites par un choc dans le milieu humoral. Ce sont ces deux éléments que la plupart des traitements biologiques actuels ont heureusement associés.

C’est ainsi que Reenstierna réunit la sérothérapie spécifique et la pyrétothérapie en ajoutant à son sérum de béliers des cultures de bacilles d’Eberth py-

— rétogènes. Son intention était d’associer dans une même thérapeutique l’anticorps spécifique et la fièvre. En 1915, Almkvist a fait des injections de tuberculine et d’acide nucléinique. Plusieurs auteurs emploient d’autres préparations fébrigènes: cultures de gonocoques, lait, vaccin de Delbet, etc. Une maladie aiguë intercurrente (pneumonie par exemple) amène une régression du processus chancrelleux. Simon cite le cas d'une prostituée atteinte d’un érysipèle de la face pendant l’évolution duquel les chancres n’avaient pu être traités; ils guérirent spontanément, mais ultérieurement reprirent leur virulence avec moins d’intensité, il est vrai.

Cette réaction fébrile, considérée comme désagréable, inopportune, inefficace (Sauvez nie, en effet, son action parce que les résultats sur les chancres sont nuls), que certains auteurs essayèrent d’éviter, semble bien, d’après les travaux les plus récents, avoir une action thérapeutique.

Les auteurs allemands, sans vouloir parler de « fiebertherapie », lui concèdent tout de même un certain rôle quand elle existe.

D’autres auteurs, Ichikawa et les médecins argentins Penna, Torres, Dessy, s’armant d’audace, firent, pour la provoquer, des injections intraveineuses dont l’action était infiniment plus rapide que celle des injections sous-cutanées utilisées jusqu'alors. Les travaux de Saxl, de Miller ont contribué à lui donner une partie de sa valeur. Tous les médicaments employés en pyrétothérapie ne semblent agir que par la fièvre qu'ils provoquent, par les modifications concomitan-

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tes du milieu sanguin et par l’augmentation des échanges organiques.

Culver, en employant des microbes divers, n’a noté que des différences insignifiantes et discutables dans les phénomènes consécutifs, certains microbes seulement auraient produit une éruption d’herpès, que nous devons signaler, pour notre part, dans notre observation XXVI, après injection de vaccin de Weill et Dufourt et dans 2 ou 3 cas de bubon traités par le vaccin spécifique. Quel que soit l’agent hyperthermisant injecté, l'amélioration suit souvent la même marche, variable surtout avec l’intensité de la réaction fébrile, le tempérament du malade et la gravité de l’affection.

C’est, en effet, avec les substances pyrétogènes, vaccin de Nicolle, T. A. B., Delbet, lait, que les résultats les plus favorables sont obtenus dans le traitement du bubon chancrelleux. Dans la bactériothérapie faite avec le vaccin T. A. B., il semble même nécessaire qu’une certaine température (39°-40°) soit atteinte et qu’elle reste à peu près identique (1° ou 1° 1/2 d'écart au maximum) à la suite des différentes injections successives. De l'avis de M. le Professeur Nicolas, l’autohémothérapie, traitement sans réaction générale violente, non pyrétogène, donne une proportion plus faible de succès (3 fois sur 4 environ). La fièvre étant certainement un phénomène de défense de l’organisme, c’est surtout l’élévation brusque et transitoire qui paraît salutaire.

Dans la pyrétothérapie, la coagulabilité du sang, la densité, la tension superficielle du sérum se trou-

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vent modifiées; toutes les qualités du milieu sanguin sont bouleversées et ces variations sont jusqu’à un certain point parallèles à la courbe de la température. La période latente entre l'injection et l'apparition du frisson paraît être une période réfractaire d’inexcitabilité thermique variable suivant les sujets.

Mais, écrit Titus Konteschweller, « la médication pyrétogène se compose des mêmes médicaments que la thérapeutique par le choc » Les différentes modifications humorales, que nous venons de citer, se trouvent également dans ce nouveau mode de traitement. Il semble donc logique qu’à côté de son action pyrétothérapique certaine, la bactériothérapie antichancrelleuse possède aussi une action protéinothérapique, à laquelle reviendrait une part prépondérante dans les heureux résultats obtenus.

Depuis quelques années, en effet, la thérapeutique a vu surgir et se développer une méthode nouvelle qui se propose de combattre des maladies très diverses par l'introduction dans l'organisme d’albumines hétérogènes.

Jusqu’alors la thérapeutique était dominée par la notion de spécificité; les mots de vaccination, de sérothérapie évoquent nécessairement l’idée d’un processus spécifique. À l’heure actuelle, des vaccins, des sérums même sont utilisés sans tenir compte de leur pouvoir spécifique, uniquement parce qu'ils représentent un complexe albumino-lipoïdique; c’est la protéinothérapie qui n’est qu’un chapitre de la vaste question de la colloïdothérapie ou thérapeutique par

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le choc, ouverte en 1912 par Widal et ses élèves, et dont la bactériothérapie n’est elle-même qu’une partie. C’est elle qui nous intéresse tout particulièrement. Avec elle, on est arrivé à traiter des affections hautement spécifiques, comme le chancre mou par exemple. En 1893, Rumpf publia des cas de typhoïdes guéris par des injections de cultures stérilisées de bacilles pyocyaniques. Von Kraus obtint des succès avec | « hétérobactériothérapie ». En 1914, Delbet et Beauvy faisaient usage de protéines microbiennes. Cest ainsi que Nicolle et Blaizot améliorèrent des tuberculeux en leur injectant du vaccin antistaphylococcique, que Mauté put juguler des dothienentéries en inoculant un vaccin préparé avec un microbe quelconque non pathogène, isolé d’une eau de source. En 1925, M. le Professeur Nicolas obtint la guérison de bubons, suivant le même principe, en déclenchant un choc par l'injection intraveineuse de vaccin T. AA.

Qu'est-ce qu’un choc ? « C’est de ces choses dont on parle beaucoup sans savoir en quoi elles consistent et, jusqu’à maintenant, ignorant la nature du phénomène, nous nous sommes borné à constater son existence, à étudier ses effets et à les utiliser en thérapeutique. » Quant au mécanisme intime des chocs, on ne peut qu’émettre, pour le moment, des hypothèses. Les auteurs, suivant leurs observations, mettent au premier plan telle ou telle conséquence de l’injection et lui attribuent toute l’action thérapeutique. Widal pense que ces substances non spécifiques semblent agir en troublant l’équilibre colloïdal du

plasma sanguin (« rencontre heureuse entre colloides ») et en provoquant de cette manière une réaction plus ou moins violente des appareils régulateurs de cet équilibre. Dans la bactériothérapie du chancre mou, ce que nous cherchons, c’est ce que Widal appelle le choc proprement dit, créé de propos délibéré pour obtenir un déséquilibre violent et soudain dans un but thérapeutique. Dans cette conception tout est ramené à des phénomènes physico-chimiques de floculation.

Certaine théorie explique l’action de la protéinothérapie par les modifications de la formule sanguine; on l’a attribué soit à une exagération soudaine du pouvoir des phagocytes, soit par la mise en liberté d’une grande quantité de ferments lytiques et d’anticorps dont la production serait accrue par l'apport d’albumines étrangères. Schmidt pense qu’il existe une proportion entre le degré de la réaction thermique et celui de la formation d’anticorps. « Ce mécanisme est analogue à celui qui explique l’heureuse influence des maladies fébriles intercurrentes sur la marche des dermatoses ou des infections chroniques. »

A côté de la théorie colloïdale se trouve la théorie nerveuse : l’état de choc relèverait d’une perturbation brutale et soudaine de l'équilibre harmonieux qui existe normalement entre le sympathique et le vague. Si l’un de ces nerfs prend une action brusquement prédominante, il se produirait un choc. « Presque tous les chocs sont dus à une exaspération du vague. » (Dufourt). Arloing et Langeron estiment

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que le rôle du système vague est capital dans la production d’une leucopénie brusque.

Tout ceci est du domaine de l’hypothèse, mais ce que les auteurs ont pu constater, c’est que les injections d’albumines étrangères (vaccins, cultures microbiennes) déterminent une série de phénomènes, témoins de l’existence du choc résultant de la brusque pénétration dans notre économie de substances étrangères à elle. Grâce à la voie intraveineuse qui se prête merveilleusement à la réalisation de cette thérapeutique, il suffit d’une quantité relativement minime de protéines microbiennes dans une veine pour déclencher de violentes réactions.

Un choc se traduit par une crise hémoclasique, véritable test physio-pathologique et des symptômes cliniques; chez l’homme, cette crise suit immédiatement la cause provocatrice et se déroule sans que le sujet en éprouve le moindre malaise. Malgré leur intensité souvent extrême, ces troubles, lorsqu'ils ne sont pas mortels, se dissipent avec une rapidité surprenante et ne laissent dans l’économie aucune trace matérielle de leur passage.

Les principaux phénomènes de la crise hémoclasique sont : une hypotension surtout marquée pour la pression maxima; une leucopénie souvent intense ; quelques modifications du temps de coagulation peu sensibles d’ailleurs; une inversion de la formule leucocytaire et enfin une raréfaction des plaquettes.

Quant aux traductions cliniques du choc, elles ne semblent pas être en rapport étroit avec la nature de la cause provocatrice; elles n’ont pas, en général, de

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