HISTORIQUE
L'idée d'utiliser la voie transvésicale pour la cure
des fistules vésico-vaginales est de date assez ancienne, puisque Tredelenburg fit sa première opération en 1881. Celle-ci échoua, mais vit naître la
position inclinée à 459, que l’auteur y employa pour
la première fois. Une nouvelle tentative de Tredelenburg rapportée par Willy Meyer (1885) fut un nouvel échec. Mais, peu après, trois interventions, suivies de guérison, précisent la méthode. Dès lors, quelques interventions sont faites par Braun, Magdelung, Bardenhauer, Everke, en Allemagne; Mac Gill, en Angleterre; Léopold, en Amérique.
En France, la voie transvésicale est importée par Pousson en 1894.Celui-ci inspire la thèse de Teynac qui compte dix ‘observations et qui est suivie de près par la thèse de Doumerg (1895). Jusque-là, le procédé de suture intra-vésicale employé est l’avivement. En 1895, Duplay introduit dans la méthode le procédé du dédoublement. Dès lors, les tentatives, encouragées par les succès, se multiplient. A Paris, dés observations sont rapportées par Segond (1900), Delbet (1901), Schwartz, Imbert. A Lyon, la thèse
de Thiers (1903), inspirée par Rafin, rapporte dix nouveaux cas. Celle de Surin (1908), élève de Villard, en -classe vingt et un et insiste sur l’importance de la cystoscopie. De nouvelles observations sont publiées par Rochet et Müller (1910); par Chevassu (1912), inspirant la thèse de Gourvitch qui réunit vingt-cinq succès; par Cadre (Montpellier, 1913), qui juge encore la voie trañsvésicale « une méthode de pronostic grave ».
Cependant, on compte encore les cas publiés et, . dans leur important mémoire, paru en 1914, Paris et Francey ne peuvent retrouver dans la littérature que trente-trois observations, parmi lesquelles figurent six cas opérés par M. Marion. :
La guerre interrompt la série si heureusement croissante des succès.
Au lendemain de la paix, les publications vont reprendre, de plus en plus nombreuses. L
Les Américains (Mackenzie, Mayo, Ward, Chute) restent fidèles à la voie vaginale. Celle-ci leur donne des déboires : Mayo opère sept fois la même malade: Mackenzie compte 7, 12, 18 tentatives sur le même sujet ! Young (Saint-Louis, 1923) et:Judd essaient pourtant la voie {ransvésicale, mais, disent-ils, « la voie haute est grave et d'une mortalité plus élevée que la voie basse ». D'ailleurs, certains d'entre eux prétendent que le principal élément de guérison réside, non pas dans la voie d'accès, maïs dans les sutures el les soins post-opératoires :. c’est ainsi que
Frank, en de longues pages, insiste sur l’importanée
Te
de la mobilisation utérine; Ward et Chute ( 1921) s'étendent sur l'utilité de la sonde à demeure.
Les Anglais et les Belges, à l'exception de Karhausen (1921) restent muets sur la question.
Les Italiens abandonnent la voie basse pour la voie haute, mais tandis que Nicolieff (1921) fait l’apologie de la voie transpérilonéale, Perueci (1922) défend la voie transvésicale selon la technique de Marion. |
Les Espagnols restent fidèles à la voie basse. Mais Coderque (1922) et Barozzi ne cachent point leurs déboires : « Même entre les mains les plus habiles, la cure d’une fistule vésico-vaginale exige plusieurs tentatives. » Et Coderque cite le cas « d’une malheureuse qui fut opérée dix-huit fois et qui était à réopérer ».
Les Allemands (von Franqué, Füth, Rübsamen) restent fidèles à la voie transvésicale de Tredelenburg, dont ils suivent rigoureusement la technique.
En France, et depuis la guerre, c’est assurément notre maître, M. le professeur agrégé Marion, qui est devenu le protagoniste dé La voie transvésicale : quatorze de ses observations sont publiées dans la thèse de Davalos (1919). Dans plusieurs communications aux Sociétés de chirurgie et d’urologie (1919- 1920-1921), M. Marion insiste sur les avantages de celte voie, apporte des faits nouveaux,, précise ‘la manière de pratiquer le dédoublement « à lambeaux » et les sutures, démontre toute l'importance de la dérivation sus-pubienne des urines. Les discussions ani-
P. Viollet | 3
mées qui suivent ces communications prouvent l’inté-
rêt que soulève la question. Tandis que la Société
de chirurgie de Paris s'enrichit des observations de Toupet et de Lagoutte (1921), les autres Sociétés ne restent pas étrangères au débat. .
. A la Société de chirurgie de Lyon, M. le professeur Gayet vante les heureux résultats de la voie transvésicale, et « s'étonne que cette voie. ne soil pas plus employée ». La Société de gynécologie et d’obstétrique reçoit les communications d'André et Adam, Binet et Grandineau (1920), André et Grandineau (1923). Ces derniers auteurs, d’ailleurs, critiquent la méthode que Weiss qualifie de « méthode d’exception ».
La voie transvésicale est vivement combattue entre temps dans les thèses de Smilanitch, de Nancy, élève de Vautrin, et de Buzzi, de Paris, inspirée par M. le professeur Legueu. Ces thèses qui viennent de paraître (1923) sont l'apologie de la voie transpéritonéo-vésicale. Mais en même temps Cathelin et Yvon publient les avantages de la voie transvésicale. Et notre maître, fidèle à sa technique, amoncelle les succès et compte, au moment où nous rédigeons ces lignes, cinquante-quatre cas, traités par voie transvésicale, que nous allons maintenant analyser.
. Quant à l'emploi de la voie transvésicale dans la cure des fistules vésico-utérines, l’histoire n’en est point longue. La première opération de Tredelenburg était une fistule vésico-utérine : nous l'avons dit, ce fut un échec. Les tentatives ne se renouvelèrent
RÉSUMÉ DES MÉTHODES EMPLOYÉES DANS LA CURE DES FISTULES VÉSICO -VAGINALES
Nous ne ferons ici qu'un exposé très sommaire des méthodes employées dans la cure des fistules vésico-vaginales, nous réservant, dans un chapitre ultérieur, d'en comparer les indications et les résultats à ceux de la voie transvésicale.
Ces méthodes se groupent en deux catégories distinctes : + Les unes, curalives, tendent à la suture radicale et complète de la fistule elle-même ;
Les autres, palliatives,, renonçant à fermer la fistule, cherchent à assécher le vagin, par exclusion ou dérivation.