CHAPITRE II
METHODES IONOMETRIQUES
En face de la rœntgenthérapie de voltage élevé, se pose donc le problème de la valeur de la méthode ionométrique. Rappelons, pour mémoire, les recherches déjà anciennes de Glocker [105, 106], qui avait comparé les méthodes d'ionisation, photométrique et photographique; en particulier, il avait tracé les courbes de variation, en fonction de la longueur d'onde : 1° du courant d’ionisation de la chambre; 2° de la brillance de l'écran radioscopique; 3° du noircissement du film radiographique.
La comparaison de ces courbes mettait en évidence, selon Glocker, d’une part, la sensibilité relativement faible de l'écran radioscopique, d'autre part, les discontinuités d'absorption du noircissement du film, dues à l'argent et au brome, ce qui permettrait de conclure à la supériorité de l’ionométrie.
Glasser et Rovner [103], comparant les valeurs de couche de demi-absorption obtenues par photographie et par ionisation, trouvent des discordances qui leur font préférer la méthode ionométrique.
En somme, Kave et Binks [191] paraissent se constituer les porte-parole du plus grand nombre, lorsqu'ils disent : « L’ienisation de l'air s'offre comme le plus convenable et le plus précis des moyens à employer. »
Et Wilsey [378] prévoit (en décembre 1934) : « La méthode ionométrique n'est pas près d’être détrônée en thérapie pro-
ae
fonde », en ajoutant même, quelque peu audacieusement, penseront certains : «ses indications sont les plus proches de l’eflet biologique ».
Holthusen [159], Glocker, Hayer et Jüngling [111] renforcent cette dernière assertion; ils pensent que, mis à part les rayons très mous (de Bucky), pour lesquels l’inhomogénéité d’absorption, pour différentes parties de la peau, joue un rôle important, un parallélisme complet entre l’érythème cutané et l’ionisation de l'air existe, indépendamment de la qualité de la radiation.
La supériorité de l’ionisation paraissant donc pouvoir être acceptée, les ionomètres actuels suifisent-ils pour la mesure des hauts voltages ? Faut-il les améliorer, et dans quel sens ? Et, en dernière analyse, en reconnaissant qu’ils ne semblent approcher la perfection que d’assez loin, quel est le moins mauvais ?
Ce sont là des problèmes toujours d’actualité, qu’on s'occupe de voltages peu élevés, de rœntgenthérapie pénétrante ou de très hautes tensions, ou même de radiumthérapie.
Et les essais de perfectionnement, soit de la chambre ionométrique, soit de l'appareil enregistreur, ne manquent pas.
Signalons entre autres :
— Ja création par Murdoch [252] d'une chambre ionométrique à contenu liquide, d'un volume de 2 mm (pour la mesure du rayonnement gamma au voisinage immédiat des tubes de radium);
— Ja mise au point par Glasser [96] d’une chambre 1ionométrique aux parois en baudruche, pour la dosimétrie des rayons de Bucky («grenz rays »), 1l est vrai, mais ce dispositif peut être retenu pour la rœntgenthérapie qui nous occupe:
— Ja construction par Broksch, en U. R. S. S. (Denier [691), d'un « dosimètre universel, avec trois chambres pouvant se substituer, l’une pour les longueurs d’onde au-dessous de 20 kV. l’autre de 20 à 200 kV. et une chambre pour les
micro Tr »,
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L'étude critique des ionomètres a été le fait de nombreux auteurs.
Quelques-uns, rares, nous semble-t-il, tels Leucutia et Corrigan [211], pensent qu’il est licite d'employer les ionomètres couramment utilisés en rœntgenthérapie pénétrante (le dosimètre de Hammer, l’un des plus fréquemment employés en Europe, est livré pour des tensions ne dépassant pas 250 KV.) pour les voltages plus élevés, plaidant que, pour la dose en profondeur, comme pour le rayonnement diffusé de surface, il s'agit de mesures relatives, éliminant donc à peu près entièrement l'erreur possible.
Certains [234| constatent, sans préciser davantage, que le Mékapion, comme le Hammer, montrent une tendance à « se conduire mal » aux hauts voltages.
D’autres, serrant de plus près le problème, font le départ entre ce qui dépend de la chambre et ce qui dépend du système des conducteurs reliant cette chambre à l'appareil enregistreur.
Mallet [223, 225] signale la nécessité de « s'assurer au préalable qu'il n’y à pas d’ionisation parasite du conducteur en dehors de la chambre d’ionisation », et c’est là pour lui une des raisons d'abandonner l'emploi d’ionomètres, « surtout à partir de 1 mètre » de distance focale.
Mais Belot [19], utilisant le dosimètre de Hammer, note : « les conducteurs ne sont pas influencés par le rayonnement, puisque la décharge se fait dans la chambre ionométrique elle-même ».
D'autre part, Belot et de Vulpian [21] ne manquent pas d'attirer l'attention, dans le cas particulier du Hammer, sur la cause d'erreur due à « la chute spontanée ». Ils donnent les nombres suivants :
4 r à l'heure, à l’arrêt; 5,4 r à l'heure, au voisinage d’une ampoule à 200 kV.;
6,4 r à l'heure, au voisinage d’une ampoule à 400 KV. pulsatoire:
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(avec évidemment, dans les deux derniers cas, protection
aussi complète que possible de la chambre, contre tout rayonnement direct).
De notre côté, nous avons mis en évidence l'infidélité du dosimètre de Hammer aux faibles filtrations. (La filtration courante, en rœntgenthérapie à 200 kV., étant de 2 mm. de cuivre au Centre anticancéreux de Bordeaux, nous considérons des filtrations de l’ordre de 1 mm. de Cu comme des filtrations relativement faibles.)
Nous avons procédé à des mesures de rendement dans Pair entre 200 et 320 KkV., en faisant varier la filtration.
Protocole (11 mars 1935) :
Tube n° 1 (320 kV.).
Dosimètre de Hammer n° 3.
Filtration primaire équivalente à 0,8 mm. Cu. Distance focale : 40 cm.
TagLeau I
FILTRATION ADDITIONNELLE VOLTAGE (ose, (en KV.) pour, 5 r.
0 mm. Cu 200
Nas La figure 3 est la représentation graphique de ces résultats. On voit que le rendement paraît passer par un maximum, qui correspond à une tension :
pour 0,8 Cu de l’ordre de 250 kV.;
pour 1,2 Cu de l’ordre de 280 kV.; pour 1,6 Cu de l’ordre de 300 KV.
1,2. Eu:
en"
0,8 Cu.
Fic: 3. — Variation du rendement avec le voltage pour différentes filtrations (dosimètre de Hammer).
Le voltage correspondant à ce maximum augmente avec la filtration, et il semble qu'avec la filtration habituelle de 2 mm. de cuivre, il se trouve au-delà de la tension de 320 kV. qui est la tension limite, pour la thérapie, du tube n° 1. |
Ces diverses constatations posent le problème de la protection de lionomètre. |
Mayneord et Roberts [234] estiment cette protection de
Ney es première importance, non seulement vis-à-vis du rayonnement incident primaire, mais aussi vis-à-vis du rayonnement diffusé du sol et des objets voisins. Ils protègent le mékapion de Strauss, dont ils font usage, par le moyen d'un manchon entourant l’appareil (chambre d’ionisation exceptée, évidemment), en plomb, de 1 cm. d'épaisseur.
Bacqué [7] enferme le dosimètre de Hammer « à l’intérieur d'une petite boîte revêtue de plomb pour éliminer les radiations secondaires ».
Nous avons nous-même fait établir pour l’ionomètre de Hammer un étui en plomb iormé de deux manchons, l’un d'une épaisseur de 8 mm., pour la partie de même diamètre
F16. 4. — Protection au plomb de l'ionomètre de Hammer.
que la chambre, l’autre d’une épaisseur de 4 mm., pour la partie plus volumineuse qui lui fait suite (et qui présente déjà une protection au plomb) (fig. 4).
Nous avons fait des mesures de rendement, soit dans l'air, soit à la surface du fantôme, avec ou sans cette protection, et n'avons pas trouvé de différences appréciables.
Ce résultat, ainsi que la difficulté accrue pour les mesures, du fait de l'encombrement et du poids de ce manchon protecteur, nous ont fait abandonner celui-ci.