V. O. D. = i/io E. A. V. O. G. '= 1/20 E. A
Un examen attentif du système nerveux fait par l’éminent névrologiste Dr Guimbail ne donna rien à signaler; cependant il trouva utile de conseiller des applications électrostatiques qui servirent à améliorer les conditions générales de l’enfant.
L’examen ophtalmoscopique, qui est fatigant et incertain, ne fait pas voir des lésions endoculaires, mais donne seulement une hypermétropie d’une dioptrie ou une et demie aux deux yeux. Mais l’enfant, assez intelligent, assure que le plus léger verre sphérique lui fait diminuer la vue.
Il est absolument impossible de déterminer l’astigmatisme cornéen. La rotation des yeux apparaît normale dans tous les sens.
Je ne pus obtenir aucune amélioration en cherchant à corriger avec des verres soit cylindriques, soit sphériques, même à cause de l’impossibilité qu’a l’enfant de fixer.
J’ai essayé alors une série de diaphragmes au devant de chaque œil, afin de l’obliger de chercher de voir au travers. De cette expérience, j’obtins la vue du mouvement apparent des objets qu’il cherchait à voir.
Après quelques expériences, je réussis à obtenir avec des figures grossières, à cause de son amblyopie forte, l’image binoculaire du stéréoscope.
Je l’obterîais mieux et plus nette si j’obligeais le patient à regarder dans le stéréoscope du professeur Reymond que dans le simple ; et je l’obtenais encore mieux, quand il portait les diaphragmes du diamètre 2mm 1/2 que quand il ne les avait pas. Je fis porter régulièrement à l’enfant pour quelques demi-heures chaque jour, et sans interruption les diaphragmes, tout en l’obligeant à faire des exercices quotidiens au stéréoscope Raymond, d’une durée d’une heure.
Le mouvement apparent des objets vus au travers des diaphragmes disparut après une quinzaine de jours. L’enfant commençait à distinguer pour quelques instants ce mouvement apparent à peine les diaphragmes enlevés. On remarquait une grande fixité de l’œil au dessous des diaphragmes et la disparition aussi du mouvement de la tête quand il les portait.
Vers la fin de février, ce mouvement de tête disparaissait complètement, même sans les diaphragmes, le mouvement oscillatoire des yeux au strabomètre de Laurence était réduit de moitié.
O. D. V. = 2/10 E. A. O. G. V. = 1 /io E. A.
Après un mois de cet exercice quotidien, j’ai obtenu la disparition complète du mouvement de la tête, et le nystagmus disparaissait également si on permettait à l’enfant de regarder au travers des paupières, légèrement ouveites de façon que le muscle orbiculaire aide à donner une certaine fixité aux bulbes. Quand les paupières étaient bien ouvertes, il se manifestait encore un faible nystagmus momentané. Autant que j’ai pu déterminer l’astigmatisme cornéen avec l’appareil de Javal et Schiotz, qui demande une immobilité absolue de l’œil, à l’œil droit, j’ai rencontré un astigmatisme cornéen d’une dioptrie et demie et de trois dioptries à l’œil gauche.
La correction tentée selon les données de l’ophtalmomètre a donné tout de suite une amélioration assez notable, portant le visus à 2/7 aux deux yeux.
Actuellement l’enfant ne présente plus le nystagmus, même quand il se sent observé ou s’il est sous l’impression d’une émotion quelconque ; il est parfaitement guéri.
Le visus sans corrections est de 2/7.
Les résultats obtenus à la suite de cette cure patiente et longue ont dépassé de beaucoup ce que l’on pouvait attendre.
Aussi ai-je pensé qu’il n’était pas superflu de la noter comme un succès, reconnu dernièrement par mon maître, le professeur Reymond, de Turin, qui a bien voulu étudier le malade et essayer le même traitement dans un cas pareil et avec un résultat égal, que luimême a bien voulu me présenter il y a quelques jours.
Monaco, le 25 Juin 1899.