‹ Contribution à la Médecine Industrielle: Le Médecin d'UsineChapitre 10 sur 18 · I. — MÉDECIN D’USINE ET MAIN-D'ŒUVRE · texte numérisé non relu

I. — MÉDECIN D’USINE ET MAIN-D'ŒUVRE

Dans ce domaine le médecin d’usine, agit dans l'intérêt de lentreprise à laquelle il prête le concours de son art. Jugeant en toute conscience, il est appelé à donner son avis sur les candidats à l’embauche. Ecartant ceux dont les qualités physiques semblent insuffisantes pour l’emploi auquel on les destine, tachant d'employer au mieux de leurs capacités ceux que son examen aura retenu.

L'examen médical d'embauche.

Cet examen d'embauche constitue la base des rapports du médecin avec la main-d'œuvre. De la connaissance parfaite des conditions de travail, et de la comparaison aux aptitudes physiques et psychologiques des travailleurs soumis à son examen, il tirera d’utiles conclusions qui lui permettront de diriger ceux-ci vers le poste qui semble le mieux leur convenir. Au cours de ces examens, il sera amené à écarter d'emblée tout sujet dont la présence constante au milieu d’une collectivité constituerait un danger permanent.

Sans doute existe-t-il, dans ce travail de sélectionneur, une part de maquignonnage dont on à pu contester la moralité, certains mêmes ont voulu voir dans cet acte une entrave à la liberté du travail. Un médecin a-t-il ainsi le droit de refuser les ouvriers, condamnés à devenir des épaves à la charge de la Société? La réponse à cette question déborde le sujet de cette thèse, et nous ne pouvons mieux faire que de citer une phrase que le Docteur Fiel prononçait le 17 mai 1938 à la journée d'étude sur l'hygiène du travail et les maladies professionnelles :

« Empêcher l’ouvrier de se nuire à lui-même ou de nuire aux autres ne peut être considéré comme une entrave à la liberté du travail. »

Les mutations.

Dans ce domaine l’importance du rôle du médecin d’usine est incontestable, Il est évident que nul autre que lui — en dehors des capacités professionnelles, dont il ne saurait être

juge — ne connaît mieux ce qui convient ou ne convient pas a certains suJets.

IH doit savoir que tel ouvrier parfaitement adapté physiquement ou moralement, à un travail est incapable de tenir un autre poste. Toujours placé en dehors des considérations matérielles de l'atelier, il devra refuser, ou au contraire proposer de toute son autorité, le changement d’emploi d’un ouvrier.

Dans un certain nombre de cas, il proposera même un ouvrier pour un poste déterminé lorsqu'il aura jugé qu’étant obligé de continuer à travailler, il est incapable de gros efforts, ou incapables de faire des efforts particuliers. C’est ainsi qu’il est amené à faire dans l’usine le repérage de certains emplois, qu'il désignera sous le nom « de postes doux ». Ces postes doux pour être facilement utilisables doivent être aussi des « postes simples >» ne demandant ni de connaissances spéciales ni de longues mises au courant. En plein accord avec la direction il en disposera librement. Il y placera les blessés qui, désireux de reprendre leur tâche après consolidation, ne pourraient immédiatement occuper leur emploi primitif. Pour les femmes enceintes il aura en réserve de préférence quelques-uns de ces « postes assis » qui leur permettront de continuer à travailler durant les six premiers mois de leur grossesse, et les deux mois qui suivent leurs relevailles.

Il placera ainsi les fatigués et les vieillards.

Dans cette sorte de préoccupation entrera le problème de la réadaptation au travail des tuberculeux, consolidés, la solution en est parfois difficile et aucune loi générale ne saurait être proposée.

Les visites de reprise.

Ces visites présentent un intérêt immense au double point de vue de l’hygiène et de la prophylaxie.

Il semble banal d’insister sur le fait que le médecin d’usine devra s’assurer : que les convalescents de maladie contagieuse ont bien observé le délai légal d’éviction, qu’en tous les cas ils

re sont plus porteurs de germes.

MF os

D'autre part, au cours de ces visites, il aura la plupart du temps à examiner des gens débilités par une maladie récente, qui sont souvent des tuberculeux ou des prédisposés. Cet examen sera donc minutieux et méthodique. Son attention constamment tournée dans ce sens.

A côté de ces problèmes concernant la main-d'œuvre adulte, se pose avec encore plus de force : la question de l'orientation et de la surveillance des apprentis, c’est-à-dire de la maind'œuvre future. Il est parfois difficile d'apprécier quelles seront les qualités de l’homme dans un adolescent, néanmoins, le médecin d’usine s’emploiera de son mieux à apprécier les aptitudes et les inaptitudes des jeunes gens soumis à son jugement. Sa responsabilité est grande, aussi devra-t-il examiner fréquemment l'apprenti qui, en pleine évolution physique et intellectuelle, est un être instable et fragile. Il devra avoir le cas échéant le courage de se déjuger, plutôt que de compromettre, peut-être gravement, par un travail au-dessus de ses forces, la santé de ce futur ouvrier.

II. — MÉDECIN D’USINE ET PATHOLOGIE DU TRAVAIL. LES ACCIDENTS DU TRAVAIL.

L’attitude du médecin d’usine vis-à-vis des blessés du travail est particulièrement délicate. Doit-il ou non les soigner? La question est épineuse, li est évident qu’il s’agit d’une question d’opportunité.

Deux cas peuvent se présenter.

1° L'accident est peu grave, la blessure est légère ou en tous Cas en met pas la vie du blessé en danger immédiat. Un pansement précoce et correct améliorerait peut-être le pronostic, mais l’ouvrier est libre d’agir à sa guise, aucune pression ne saurait être exercée sur sa volonté.

2° L'accident est grave, la vie du blessé est en danger immédiat. Seul un traitement urgent est capable de la sauver. La question ne se pose évidemment plus, le médecin se doit d’intervenir sans délais.

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