Contribution à la myologie des rongeurs
Un des phénomènes les plus intéressants que présente l'étude de la Myologie est la mobilité de ce système organique, soit qu'on le compare d'une espèce à l’autre, soit qu'on l’envisage dans la même espèce.
Cette mobilité, cette aptilude à se modifier est un fait de Biologie générale. On le retrouve partout dans le règne animal, mais chez les Mammifères nul système plus que le système musculaire n’en porte les traces et il reconnaît des causes multiples.
Une des causes dont l’action est le plus facile à prévoir, est l'influence fonctionnelle. Comment douter que les agents du mouvement soient les premiers impressionnés par des genres de vie aussi différents que ceux des Coureurs ou des Fouisseurs ? Les adaptations de l'appareil locomoteur pour la marche, pour le saut ne sauraient être les mêmes que pour l’action de grimper.
Les muscles, dit Gratiolet (1), nous révèlent « le sens dans lequel se développent les mouvements de l'animal et, considérés comme instruments de ses volontés, ils nous racontent en quelque sorte sa nature et ses instincts. »
Même limité aux fonctions que présentent des espèces assez voisines, le problème peut être intéressant à
(1) GRATIOLET et Aix. Troglodytes Aubryi. Nouvelles Arehives du Muséum d'histoire naturelle de Paris, 2, 1866, p. 118.
poser et il constitue le foncé de la présente étude. On pourrait cependant l'élargir et envisager des espèces plus éloignées les unes des autres, embrasser dans un même parallèle les modifications qu’exigent de l'organisme le vol, la natation, la reptation. Mais l'écart entre les types comparés est peut-être trop grand, leur morphologie trop dissemblable et il m'a semblé que les influences fonctionnelles étaient mieux à même de ressortir en les recherchant sur des individus aussi semblables que possible par ailleurs.
Le problème est cependant plus complexe qu'on ne pourrait le croire au premier abord ; il est compliqué par les autres causes qui modifient les systèmes organiques et au premier chef le système musculaire, je veux parler des influences familiales ou génériques et des anomalies individuelles.
Les influences familiales sont indéniables. Les animaux qui appartiennent à un même groupe zoologique sont appelés par leurs affinités à présenter des traits communs. L'ensemble de ces traits forme la caractéristique, la fiche familiale qui permet de distinguer chaque type des espèces voisines. De fait, telle disposition peut n'avoir pour raison d'être chez un animal que sa présence dans tel groupe zoologique et réciproquement la morphologie, témoin des affinités organiques, est un élément de classification.
Certains anatomistes attachent une grande valeur au rôle que peut jouer la morphologie dans la détermination des groupes zoologiques. Parsons (1), qui a longuement étudié la myologie comparée et tout spéciament la myologie des Rongeurs, conclut que la dispo-
(1) « The arrangement of the muscles coïncided in a marked manner with the usual classification oi the order and seemed to depend much more upon the affinities of the animals then upon their habits and mode of life. » PARSONS. Zoological Record, 189%, vol. XXXI, p. 30.