Carré pronateur
Ce muscle, d’après Parsons (1), serait ordinairement bien développé chez les Rongeurs, variant d’étendue entre le tiers et la totalité de l’espace interosseux, généralement plus étendu chez les Hystricomorphes que chez les Sciuromorphes et les Myomorphes. Chez Aulacodus et Dasyprocta, il occuperait tout le long des bords contigus du radius et du cubitus ; chez Cœlogenys, les trois quarts inférieurs ; chez Lagostomus, les deux tiers inférieurs ; chez Ceredon, la moitié inférieure ; chez Castor, le tiers moyen; chez la plupart des Sciuromorphes, le tiers inférieur.
Dans la sphère limitée de mes observations, j'ai constaté que la présence de ce muscle était liée, comme on pouvait s’y attendre, à la mobilité de l’avant-bras. Quand Parsons évalue à un huitième de cercle le mouvement de rotation du radius chez les Rongeurs, il donne une moyenne bien générale qui ne traduit pas exactement les faits. En réalité, la pronation existe, même assez développée chez un certain nombre de Rongeurs, et dans ce cas on peut trouver le carré pronateur. J’ajouterai que ce sont surtout des Grimpeurs ou des Fouisseurs. Chez les autres il est absent.
Mus decumanus (2). Le carré pronateur forme un petit
(1) Loc. cit. 1894, p. 268.
(2) Insertion XXIII, 54, p. 69.
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plan charnu mince et étroit qui s’insère sur les trois quarts inférieurs du bord des deux os qui limitent l’espace interosseux.
Chez Sciurus (1), la pronation de la main, qui peut être de 90°, appartient pour la moitié à la rotation radio-cubitale, l’autre moitié étant due à la flexibilité des articulations carpiennes. Le carré pronateur forme un petit plan trañsversal qui occupe la partie tout inférieure de lavant-bras.
Même mobilité chez Arctomys (2), même disposition anatomique avec une plus grande étendue pour les insertions qui occupent le quart inférieur de l'avant-bras et remontent un peu plus sur le cubitus que sur le radius.
Dans les autres types, Cavia cobaya, Lepus cuniculus et Lepus timidus, le carré pronateur fait défaut ainsi que sur la Gerboise, malgré ses mouvements de pronation ; mais le fait est peu surprenant à raison de l’atrophie du membre.
Résumé. — L'étude comparée des fléchisseurs des doigts montre que ces muscles sont surtout développés chez Mus, Sciurus, Arctomys. Sciurus présente seul les cinq faisceaux qu'a le fléchisseur perforant lorsqu'il est complet. Au développement des corps charnus, s'ajoute chez lui la tendance à leur subdivision, dont il présente d’autres exemples. Chez Arctomys dont le membre court et trapu est formé de masses charnues épaisses, les faisceaux du fléchisseur sont volumineux, sans présenter cependant la disposition décrite chez un autre fouisseur (Bathyergus), chez lequel les chefs condyliens forment la partie superficielle du tendon qui devient profonde comme sur le tendon d'Achille. Parsons (3) a signalé que chaque tendon digital de ce rongeur recevait des fibres d’origine condylienne et cubito-radiale. |
(1) Insertion, XXIV, 16, p. 69.
(2) Insertion, XX VIII, 7, p. 72.
(3) PARSONS, Journal of Anatomy, XXVIÏ, p. 414.
Cavia et Lepus ont au contraire des fléchisseurs moins puissants. Chez Lepus timidus, ce faible développement est manifeste. L'avant-bras grêle et allongé (ig. XL VI, p. 148) contient de longs tendons et des corps charnus amincis. Il est à noter que Cavia et Lepus sont les seuls chez lesquels les faisceaux épitrochléens soient prépondérants : chez tous les autres, même chez Dipus, ce sont les faisceaux antibrachiaux qui l’emportent par le volume et fournissent le tendon principal auquel viennent se souder ceux des parties accessoires. Ce groupe contient les Grimpeurs et le Fouisseur. La Gerboise en fait partie, parce que ses doigts sont adaptés à la préhension, tandis que dans le premier groupe, c’est le Coureur qui réalise le mieux les caractères indiqués. Il semble donc que l’on puisse dire d’après l'examen des types en présence, que le fléchisseur perforant est surtout un muscle antibrachial lorsqu'il est puissant et bien développé (type Grimpeur, Fouisseur), tandis qu’il reste surtout épitrochléen lorsque son développement est moindre (type Coureur), La morphologie humaine vient du reste apporter un appoint sérieux à cette donnée d'anatomie comparée, car elle nous montre chez le sujet dont les doigts ont acquis le plus haut degré de perfectionnement, le fléchisseur perforant comme ayant totalement perdu à l’état normal ses rapports avec l'humérus pour devenir un muscle essentiellement antibrachial et ne les retrouvant qu'accidentellement, grâce au faisceau de Gantzer que lui donne le fléchisseur superficiel, cinq fois sur trente-six sujets d'après Wood (1).
Au point de vue de la valeur anatomique des divers faisceaux qui entrent dans la constitution complexe du fléchisseur perfoi ant, il est permis de voir dans le radial profond le fléchisseur propre du pouce et dans le cubital
(1) Porrter. Traité d'Anatomie humaine, T. II, p. 117,
profond les faisceaux qui, chez l’homme, forment le muscle presque à eux seuls. Comme le fait remarquer Leche (1), les insertions concordent assez exactement avec cette interprétation, puisque le premier de ces muscles naît spécialement du radius et le second du cubitus et du ligament interosseux. Il convient cependant de rappeler la disposition trouvée chez l’Ecureuil ; le tendinet du rudiment du pouce est émis non par le chef radial profond, mais par le second chef épitrochléen radial (fig. L, 12, p. 157), au moment où il s’unit au tendon commun.
On peut encore admettre que l'un des faisceaux épitrochléens radiaux représente le fléchisseur de l'index quiestisolé chez quelques singes (2) (Gorille, Chimpanzé), et l’on voit en effet chez Sciurus (/ig. XLI V, 12 p. 129), le tendon de ce muscle, après avoir fourni le rudiment du pouce, constituer la portion du tendon commun, qui est destinée au deuxième doigt. Mais il resterait encore à expliquer le troisième faisceau épitrochléen qui se soude à côté du précédent sur le tendon commun.
La vérité est qu'on ne peut pas établir des homologies rigoureuses entre la disposition des fléchisseurs chez l’homme et les espèces inférieures Chez ces dernières on ne peut que constater la tendance singulière des corps charnus à se multiplier et à s’isoler, tandis que les tendons, d'après l’affinité qui rapproche les diverses portions du pronato-flexor mass d'Humphry, sont étroitement soudés en une lame commune.
(1) BRONN’S Ælassen und Ordnungen, etc., lief. 40-41, 1893, p. 822. (2) TESTUT. Anomalies musculaires, p. 467.
B. — Région de l’extenso-supination