Grand fessier : fémoro-coccygien
Le grand fessier est surtout développé chez l’homme en raison de la station bipède ; dans les autres espèces il est généralement réduit
s DODRER
Cavia cobaya (1).— Plan triangulaire et mince dont le bord antérieur s'étend du tubercule iliaque antéro-externe au milieu de la diaphyse fémorale. Le bord postérieur longe le biceps et couvre à peu près exactement le bord postérieur du moyen fessier ; le bord supérieur répond au niveau de la symphyse sacro-iliaque. Il est rattaché aux épines lombosacrées et coccygiennes par une forte aponévrose, portion fibreuse du deltoïde fessier, qui couvre le moyen fessier et les muscles spinaux. De leurs insertions sur le bord iliaque antérieur et l’aponévrose lombo-sacrée, les fibres convergent, en croisant la face externe du quadriceps, vers un petit tendon aplati qui s’insère au troisième trochanter, vers le milieu du bord externe du fémur.
Pas d'expansion au fascia lata (/9. LXX VI, 8, p. 228).
Mus decumanus (2). Mus musculus.— Le corps charnu est relativement plus étendu. Son bord supérieur répond aux apophyses transverses des vertèbres lombairesetl’aponévrose d'insertion rachidienne est relativement plus étroite que chez Cavia. D'autre part, le bord postérieur dépasse notablement le bord postérieur du moyen fessier et l’articulation coxo-fémorale. Il est accolé au biceps dont il est difficile à séparer, comme chez les Myomorphes en général (3), et qui le recouvre près de son insertion vertébrale, Pas d'expansion aponévrotique. L'insertion terminale se fait au 3° trochanter qui siège au tiers supérieur du fémur.
Sciurus vulgaris (4). — Le grand fessier est relativement développé surtout dans sa partie postéro-externe qui est assez épaisse. La portion antérieure est fibreuse (fig. LXXV, 2, p. 223), tandis que l’aponévrose d'insertion au rachis lombo-coccygien est étroite. Le bord postérieur du muscle couvre le grand trochanter. L'insertion fémorale siège immédiatement au-dessous de cette apophyse.
(1) Insertions sup.: LITT, 1, p. 190 ; inf., LX,5, p. 198. (2) Insertions sup. : LIV,6, p. 191; inf., LXI, 6, p. 198. (3) PARSONS, loc. cit. 1896, p.178.
(4) Insertions sup. : LV, 1, p. 191 ; inf., LXII, 4, 6, p. 199
Au grand fessier se rattache manifestement, chez Sciurus, le fémoro-coccygien, qui forme une lame charnue épaisse dont l’origine, indépendante du grand fessier, siège sur le dos du rachis caudal au niveau du tendon latéral. L'insertion contourne la partie latérale de la queue, grâce à une arcade fibreuse qui se fixe avec les fibres inférieures du muscle aux apophyses transverses des premières vertèbres coccygiennes. Le bord postérieur est recouvert par le chef sacré du demitendineux. La lame musculaire ({q. LXXV, 6) descend sur .la face externe de la cuisse, un peu oblique en avant et en bas, entre le grand fessier et le biceps. Sa face interne est croisée par le nerf sciatique (/g. LXXV, 3, 8). L'insertion terminale se fait au bord externe de la face postérieure du
Fig. LXXV. — Face externe de la cuisse gauche de l'Écureuil. 1, Tenseur du fascia lata; 2, Grand fessier ; 3, Nerf sciatique ; 4, Chef sacré du demitendineux ; 5, Carré crural ; 6, Fémoro-coccygien ; 7, Biceps fémoral ; 8, Nerf sciatique ; 9, Musculus tenuissimus ; 10, Quadriceps fémoral,
fémur par une lamelle fibreuse. Elle commence au-dessous de l'insertion du grand fessier et s'arrête au-dessus du condyle externe du fémur.
Le fémoro-coccygien est innervé par une branche du filet du sciatique qui se rend au grand fessier. Ce filet naît très haut dans le bassin ; il apparaît sous le bord inférieur du moyen fessier et se divise immédiatement en deux branches, l’une qui est destinée au grand fessier et l’autre au fémorococeygien. Il sera intéressant de comparer ce mode d’inner-
vation avec celui que nous observerons dans des cas où le.
fémoro-coccygien est plus difficile à reconnaître.
Dipus ægyptius (1). — Le grand fessier est réduit à l'état d'une mince bandelette charnue qui s'étend du tubercule iliaque au bord antérieur du biceps. Quelques fibres naissent de l’aponévrose qui unit le bord supérieur du muscle aux vertèbres et dont la transparence laisse voir le moyen fessier, mais la presque totalité du grand fessier est constituée par l'étroit faisceau d’origine iliaque. Celui-ci se rétrécit en s’approchant du biceps et se termine sur un tendon filiforme, sans connexion avec le fémur (fig. LXXXIX, 29, p. 292) qui descend au-devant du biceps dont il reçoit quelques fibres et se fixe à la partie externe de la rotule.
Cette disposition intéressante témoigne de la tendance déjà signalée chez Mus decumanus, qui porte le grand fessier à s'unir au biceps. Cette union est surtout nette chez les Insectivores et Æumphry l'a également décrite chez les Cryptobranches (2).
Lepus cuniculus (3). Lepus timidus (4). — Le grand fessier du Lapin semble formé de deux parties dont l’unité morphologique est démontrée par la disposition que présente le Lièvre. Chez le premier, ces deux portions sont presque
(1) Insertion sup.: LVI, 1, p. 192.
(2) Bronw’sS Xlassen, etc., 1893, lief. 40-41, p. 846.
(3) Insertions sup. : LVIT, 1, p. 192. ; inf., LXIV, 6, p. 201. (4) Insertions sup. : LVIÏI, 1, p. 193 ; inf., LXV, 4, p. 202.
entièrement séparées par une lame fibreuse au point qu’on les prendrait au premier abord pour deux muscles distincts : elles sont manifestement continues chez le second.
Chez Lepus cuniculus, la portion antérieure est triangulaire : elle naît du tubercule iliaque antéro-externe et de l'aponévrose fessière suivant une ligne quiunirait ce tubercule au grand trochanter. Les fibres se dirigent d'avant en arrière et convergent vers le 3° trochanter. La portion postérieure, plus grosse, forme une lame quadrilatère, transversale, qui s’épaissit d'avant en arrière et se place sous le biceps. Elle naît du sacro-coccyx par implantation de ses fibres et se termine sur un fort tendon plat qui passe sur la face externe du grand trochanter pour s'unir au tendon de la portion antérieure au moment où il s’insère à la partie supérieure du 3° trochanter. Entre les deux corps charnus, on ne trouve qu’un petit nombre de fibres musculaires insérées en bordure sur la vaste aponévrose qui couvre la plus grande étendue de la région fessière : elles se terminent sur le tendon commun. Il est nécessaire, vu leur petit nombre, d'apporter une certaine attention à leur recherche et leur constatation n'est pas indifférente car on pourrait être tenté, sans elles, de réduire la description du grand fessier à celle de sa portion antérieure.
Chez Lepus timidus, le grand fessier est plus homogène. Il présente un bord inférieur assez épais, qui est uni en avant au tenseur du fascia lata, tandis qu’en arrière il est indépendant et croise perpendiculairement le vaste externe. Le bord supérieur décrit une courbe concave en avant dont le sommet répond au grand trochanter. Ce bord s’insère sur l’aponévrose fessière qui couvre le moyen fessier et se fixe à la crête antérieure de l’ilion et aux apophyses sacrées. Le bord postérieur, qui unit transversalement le rachis au grand trochanter, forme une lame épaisse recouverte par le biceps. On peut dire que les deux portions extrêmes du grand fessier du Lapin sont unies chez le Lièvre par une portion moyenne moins atrophiée qui établit nettement leur continuité. Toutes les fibres convergent vers le 3° trochanter, les postérieures par l'intermédiaire d'une forte lame aponé-
vrotique qui glisse sur le grand trochanter. L'insertion terminale est unique et envoie au fascia lata une large expansion fibreuse.
Ne pourrait-on pas se demander sila portion postérieure du grand fessier, qui vient d'être décrite, n’est pas en réalité un fémoro-coccygien intimement soudé à ce muscle ? Lorsque le fémoro-coccygien se soude au grand fessier, il reste en effet limité à la cuisse supérieure (Leche). Cependant Leche(1) croit plutôt trouver chezle Lapin le fémoro-coccygien dans le muscle que Xrause décrit comme premier chef du biceps. Je me rallie d'autant plus volontiers à cette hypothèse que linnervation lui est favorable. Nous avons vu chez Sciurus, nous allons voir chez Arctomys que la partie postérieure du grand fessier est innervée par un filet du sciatique qui se dédouble et jette un de ses rameaux dans le fémoro-coccygien. Or, chez le Lapin, ce filet se Jette dans le chef sacré du biceps. La similitude d’innervation de ces deux faisceaux me paraît un argument sérieux en faveur de leur homologie.
Arctomys marmotta (2). — Le grand fessier est relativement développé. Le bord inférieur, qui s'étend du tubercule iliaque au troisième trochanter, couvre le moyen fessier et arrive au contact du quadriceps : le bord postérieur est vertical ou un peu oblique en arrière et en bas. Le supérieur, oblique en arrière et en dedans, va du tubercule iliaque au rachis. Quoique assez étendu, le muscle n’est épais que dans sa partie postérieure qui reçoit un petit faisceau du fémorococcygien.
Les fibres convergent vers un petit tendon plat, très court, qui se fixe au troisième trochanter ; les fibres antérieures répondent à sa partie supérieure, les postérieures à sa partie inférieure. | |
Le fémoro-coccygien (3) forme un gros faisceau charnu qui prend naissance par une lame fibreuse sur le sacro-
(1) BRoNN'S Ælassen, etc., lief. 40-41, 1893, p. 849.
(2) Insertions sup.: LIX, 1, p. 194; inf., LXVI, 4, p. 203. (3) Insertion inf.: LXVI, 20.
coceyx au-devant de la racine de la queue. Elle est recouverte par l'insertion sacrée du demi-tendineux. Le corps charnu, oblique en bas et un peu en avant, descend entre le grand fessier et le biceps. Dés son origine, se détache de son bord antérieur un petit faisceau charnu qui se rend au grand fessier. Ilse termine sur le quart inférieur du bord externe du fémur par une lame fibreuse.
L’innervation du fémoro-coccygien est fournie comme chez Sciurus par le filet du sciatique qui se rend au grand fessier. Il apparaît sous le bord postérieur de ce muscle et se divise en une branche externe qui lui est destinée et une branche interne qui passe sous le faisceau anastomotique et se rend au fémoro-coccygien.
Le grand fessier produit surtout l'abduction de la patte postérieure, de telle sorte que sa face externe se dirige en haut. Aussi est-il atrophié chez la Gerboise, dont les membres inférieurs sont toujours en adduction, au point que l'on ne peut les porter en rotation externe sans déchirer une partie des adducteurs.