‹ Contribution à la myologie des rongeursChapitre 67 sur 96 · MOINE · texte numérisé non relu

MOINE

L’ischio-condylien (1) prend naissance avec le demimembraneux et la portion profonde postérieure du grand adducteur sous le chef ischiatique profond du biceps dont le sépare le nerf sciatique. Il descend derrière les adducteurs, sur la face postérieure de la cuisse. Lame charnue plate quoique assez épaisse, Indépendante du demi-membraneux, il ressemble à l’ischio-condylien de Sciurus, avec cette différence qu'il se divise prématurément en deux portions.

Fig. LXXXV. — Face externe de la cuisse gauche de la Gerboise: couche profonde. Grandeur naturelle. 1, Ischio-condylien, faisceau supérieur; ?, id , faisceau inférieur avec ses deux portions externe (2) et interne (2”) ; 3, Adducteurs ; 4, Jumeau externe ; 5, Crural; 6, Grand trochanter ; 7, Carré crural.

La portion courte(/ig. LXXXV, ]) ou supérieure se porte en avant et un peu en bas, pour se fixer au bord externe de la face postérieure du fémur, un peu au-dessous du niveau du petit trochanter (2). La longue portion, après un trajet

(1) Insertions sup.: LVI, 40,p. 192; inf.: LXIII, 4,7, 8, p. (2) Même disposition chez Pteromys, cet écureuil volant auquel la peau des flancs qui s'étend entre les jambes de devant et celles de derrière

vertical, se bifurque à une petite distance du creux poplité. La lame externe (#g. LXXXV, 2’)s’insère verticalement sur la face postérieure de l’os, au-dessus de l’espace intercondylien ; la lame interne (g. LXXX V, 2”), de volume à peu près égal, se fixe au-dessus du condyle interne, en dedans de la terminaison de la portion profonde postérieure.

Vers le milieu de la portion profonde postérieure se détache de sa face interne une bride fibreuse étroite (/ig. LXXXIV, 17), qui adhère à ses divers faisceaux aussi bien qu’à l’ischio-condylien et se porte sur la face interne de la jambe en croisant le demi-membraneux et le demitendineux. Elle recoit sur son bord antérieur une bride analogue qui vient du bord postérieur du droit interne (/g. LXXXIV, 1l1)et s’unit après un long trajet le long du jumeau interne, à l’origine du tendon d'Achille.

Le petit adducteur fait défaut.

Lepus cuniculus.— Le Lapin possède un pectiné et un moyen adducteur de volume réduit, un grand adducteur divisé en deux portions, un petit adducteur et un ischiocondylien fusionné avec le demi-membraneux.

Le pectiné (1) (jig. LXXX VI, 4) s'insère sur le bord pectinéal, en dedans du petit psoas, jusqu’à l'angle du pubis. Son insertion mesure en moyenne un centimètre de long. La lame musculaire, surtout épaisse sur son bord antérieur, se porte en dehors en se rétrécissant légèrement. Elle se fixe par une aponévrose au bord postérieur du fémur, audessous du petit trochanter.

Le moyen adducteur (2) (fig. LXXX VI, 5), de volume à peu près égal à celui du pectiné qui le recouvre aux deux tiers, se fixe sur le bord pectinéal et se termine en se rétré-

donne la faculté de se soutenir en l’air quelques instants et de faire de très grands sauts. En sus du faisceau inférieur de l’ischio-condylien dont l'insertion fémorale est étendue, il présente un faisceau très profond qui passe derrière le nerî obturateur et se rend à la partie supérieure du fémur. Parsons, loc. cit., 1894.

(1) Insertion sup. : LVII, 16, p.192 ; inf. : LXIV, 15, p. 201.

(2) Insertion sup, : LVII, 16; LXIV, 16.

SSS Ss>

Fig. LXXXVI. — Face interne de la cuisse droite du Lapin. Grandeur naturelle. 1, Quadriceps fémoral ; 2, Psoas-iliaque; 3 Couturier; 4, Pectiné; 5, Moyen adducteur ; 6, Droit interne ; 7, Grand adducteur; 8, Demi-membraneux ; 9, Ischio-tibial ; 10, Nerf sciatique ; 11, Faisceau interne du demi-membraneux : 12, Demi-tendineux; 13, Adhérence du droit interne au tendon du demi-tendineux; 14, Expansion fibreuse du demi-tendineux au tendon d'Achille; 15, Jumeau interne; 16, Droit interne ; 17, Ligament latéral interne du genou.

cissant sur un petit tendon plat qui se fixe au bord postérieur du fémur sous le précédent.

La portion superficielle ou antérieure (1) du grand adducteur (/g. LXXXVI, 7) forme une lame charnue plus épaisse que le moyen adducteur qui recouvre sa moitié externe. Elle nait de la face externe du pubis un peu en arrière du moyen adducteur, sous le droit interne.

Les fibres se terminent sur la face postérieure du fémur depuis le bord supérieur du tendon du pectiné jusqu’au quart inférieur de l'os. Quoique assez facile à séparer de la portion suivante, l’'interstice est cependant moins net, surtout au niveau des extrémités, que celui qui sépare le grand adducteur soit du moyen adducteur, soit de lischiocondylien.

La portion postérieure ou profonde (2) du grand adducteur (g. LXXXVI, 7) est une masse épaisse qui naît de la face externe de la branche ischio-pubienne par implantation directe de ses fibres sans intermédiaire de tendon. Les fibres qui sont antérieures à l'origine pelvienne descendent sur la face superficielle du muscle en formant une lame qui se fixe à la moitié inférieure de la face postérieure du fèmur. Elle se termine en pointe en dehors de l’ischio-condylien dont la séparent les vaisseaux fémoraux. Les fibres qui occupent la partie postérieure de l'insertion pelvienne sont transversales et gagnent en passant sous les premières la partie moyenne du fémur.

Petit adducteur (3).— Indépendant du grand adducteur, sous lequel il est caché, le petit adducteur nait derrière le orand adducteur, de la branche horizontale du pubis. Ses fibres, à direction presque transversale, se portent sous le grand adducteur vers le petit trochanter, derrière lequel elles se fixent par une lamelle fibreuse.

Lepus timidus.-- Le pectiné (4) et le moyen adduc-

(1) Insertion sup. : LVII, 12, p. 192; inf. : LXIV, 17, p. 201. (2) Insertion sup. : LVII, 12; inf. : LXIV, 24.

(3) Insertion sup. : LVII, 11 ; inf. : LXIV, 25.

(4) Insertion sup.: LVIII, 15, p. 193; LXV, 16, p. 202.

teur (1) sont petits comme chez Lepus cuniculus. Le second est reconnaissable au petit tendon par lequel il s'insère au-dessous du pectiné sur le bord interne du fémur.

Le grand adducteur (2) n’est pas distinct du petit adducteur, mais il est privé, comme dans le type précédent, de l’ischio-condylien, qui est fusionné avec le demi-membraneux.

Le grand et le petit adducteur forment une puissante masse charnue dont l'implantation occupe presque toute la face externe des branches ischio-pubienne et horizontale du pubis. Elle couvre de son insertion la presque totalité de la face postérieure de la diaphyse fémorale jusqu’au-dessus du condyle interne.

Elle forme presque à elle seule la moitié antérieure de la région postérieure de la cuisse, Pautre moitié étant formée par le demi-tendineux et le demi-membraneux. Sur la face interne de la cuisse elle est presque superficielle : on la met à nu en enlevant seulement le droit interne et le couturier. Sur la face externe du membre, elle est recouverte non seulement par le biceps comme chez Lepus cuniculus, mais encore par l’ischio-condylien, qui, fusionné au demi-mem-— braneux, reproduit la disposition décrite chez Sciurus et Dipus : insertion à la moitié inférieure du bord externe du fémur, couvrant entièrement la portion correspondante du grand adducteur.

Arctomys marmotta. — Le pectiné (3) assez gros, descend presque jusqu’au milieu de la cuisse, il s'insère au bord interne du fémur derrière le vaste interne. Le moyen adducteur (4) est au contraire mince et petit: son tendon terminal, étroit et plat, s’insère au milieu du bord interne du fémur.

Le grand adducteur comprend une portion superficielle,

(1) Insertion sup. : LVIII, 13, p. 193 ; LXV, 17, p. 202. (2) Insertion sup. : LVIII, 10; LXV, 18.

(3) Insertion sup. : LIX, 17, p. 194; LXVI, 12, p. 203. (4) Insertion sup, : LIX, 15; LXVI, 13.

divisée en deux faisceaux, l’un antérieur, l’autre postérieur, une portion profonde ou tendineuse et l’ischio-condylien.

La portion superficielle (1) est une lame large et épaisse recouverte en arrière par le droit interne. Elle naît de la partie externe et postérieure de la branche horizontale du pubis, en dehors de Pangle sous-pubien. Elle se divise en deux faisceaux entre lesquels passent, près du fémur, les vaisseaux fémoraux. L’antérieur s’insère sur le bord interne du fémur au-dessous du moyen adducteur : le postérieur passe derrière le précédent et s’insère à la partie inférieure du même bord au-dessus du condyle interne.

La portion profonde ou tendineuse (2), recouverte par la précédente, prend naissance à la partie inférieure de la branche horizontale de l'ischion par un tendon court; le corps charnu s'étale et s’insère à la moitié inférieure de la face postérieure du fémur. L'insertion se termine entre les branchés de l’ischio-condylien.

L'ischio-condylien (3) est gros. I naît sur la face externe de la tubérosité de l’ischion au-dessous du biceps, au-devant du demi-membraneux, dont il est indépendant. Il descend sur la face postérieure de la cuisse, recouvert par le demimembraneux. Il se divise vers son extrémité inférieure. La lame interne, plus petite, se fixe transversalement au-dessus du condyle interne : la lame externe, beaucoup plus importante, s'insère largement au-dessus du condyle externe et de plus remonte sur la moitié inférieure du bord externe en dedans du fémoro-coccygien.

Le petit adducteur (4) est très-puissant et entièrement charnu. Il se fixe d’une part sur la branche horizontale du pubis, de Pautre à la partie postérieure du petit trochanter et à la partie voisine de la face postérieure de la diaphyse.

RÉSUMÉ. — Quand on compare entre eux les divers types de Rongeurs qui viennent d'être décrits sans

(1) Insertion sup.: LIX, 13, p. 194; LXVI, 14, 16, p. 203. (2) Insertion sup. : LICE ini: LXVIHS:

(@) Mnsertion sup. 2 IX tint VIP 215

(4) Insertion sup. : LIX, 14 ; inf. : LXVI, 22.

ot

mettre d'étiquettes sur leurs faisceaux musculaires, en regardant par exemple les figures sans tenir compte des légendes, on éprouve un certain embarras à homologuer des muscles qui se multiplient ou se condensent d'une façon si variée, et les auteurs ont considéré ce rapprochement comme le plus souvent artificiel.

Par une étude attentive, on peut cependant, à mon sens, trouver des points de repère suffisamment précis pour guider dans cette recherche anatomique et leur exposé justifiera la classification que j'ai proposée au courant de la description. Il est nécessaire, avant de rechercher si la fonction imprime son influence sur ces groupes myologiques, d'apprendre à les reconnaître et à les homologuer.

1° Les points de repère sont au nombre de deux principaux, auxquels il faut ajouter les insertions osseuses. Le premier est la constance et l’uniformité du pectiné et du moyen adducteur. Ces deux muscles sont remarquabies par leurs dispositions toujours semblables. Les seules modifications d’après Parsons, qui a étudié un bien plus grand nombre de types que je n'ai pu le faire, se réduisent à des variations de volume. Tandis que chez Cavia, le pectiné s'arrête au tiers supérieur du fémur, chez Arctomys, il descend presque jusqu'au milieu et chez Castor il s'étend à toute la longueur de l'os. Mais il reste toujours indivis et facile à séparer des muscles voisins. Le moyen adducteur, placé en dedans du pectiné, est également bien isolé, indivis et de plus se termine sur un petit tendon plat qui se fixe vers le milieu du fémur. On trouvera donc toujours sans peine les deux premiers segments de la masse des adducteurs.

Le second point de repère est l'innervation, qui joue dans cette question comme dans bien d’autres problèmes de myologie comparée, un rôle capital. S'il en était besoin, malgré les observations précédentes, elle per-

mettrait de trouver sans hésitation le pectiné, puisque, seul parmi les adducteurs, ce muscle reçoit ses filets nerveux du crural. Mais c'est surtout pour la recherche de l’ischio-condylien que l’innervation est importante à établir.

L'ischio-condylien, présemimembraneux des Allemands, est un faisceau charnu mal fixé, extrêmement mobile dans ses connexions. Leche (1), par l'étude de plusieurs types d'Insectivores (Erinaceus, Centetes), a établi sa parenté avec le demi-membraneux. De même que l'obturateur intermédiaire se sépare petit à petit de l'obturateur externe, puis devient indépendant et enfin se soude au pectiné (2), de même le présemimembraneux se détache graduellement de ce muscle, et tantôt reste indépendant, tantôt se fusionne avec le grand adducteur. Chez les Rongeurs, Parsons (3) a établi une intéressante série de types de transition dans laquelle on voit graduellement l'ischio-condylien abandonner le demi-membraneux pour le grand adducteur. Chez Gælocenys, il fait corps avec le demi-membraneux et ne s'en sépare que vers la partie inférieure de la cuisse; chez Sphingurus, l'origine est commune mais la séparation immédiate ; chez Hystrix, l'origine des deux muscles est distincte ; chez Cricetomys, l'ischio-condylien est confondu avec le grand adducteur. Cette fusion, et c’est le point important, ne modifie pas l’innervation de l'ischiocondylien, qui continue à être fournie comme celle des muscles de la région postérieure de la cuisse par le sciatique, tandis que les adducteurs sont innervés par l'obturateur. Ce fait explique (4) d'abord la dualité ner— veuse bien connue que présente le grand adducteur dans

(1) BronN's Xlassen, lief. 42-43-44, p. 874.

(2) » lief. 40-41, 1893, p. 858.

(3) PARSONS, loc. cit., 1894, p. 286.

(4) ALezaAIs. L'innervation du grand adducteur, C, R. Soc. Buol. 1899, p. 563.

ordre

les espèces où ses deux portions, fémorale et condyhenne, sont confondues comme chez l’homme. De plus, il permettra, en se guidant sur la distribution des nerfs, de délimiter dans la masse qui compose le grand adducteur lorsqu'il est complet, la portion qui représente l’ischio-condylien. Ainsi chez l'homme, tandis que la presque totalité du muscle reçoit les filets de l'obturateur, les faisceaux internes qui représentent l'ischiocondylien sont innervés par une petite branche du sciatique.

C'est avec le demi-membraneux que les relations de l’ischio-condylien sont surtout étroites. Elles se manifestent même dans la myologie anormale de l’homme. La fusion du grand adducteur et du demi-membraneux peut être complète, jusqu’à faire croire à l’absence du demi-membraneux (cas de ZLoschge, Souza) (1) ou seulement partielle et formée par une anastomose charnue entre les deux muscles, comme j'en ai rapporté un exemple. Sur un homme de cinquante ans, porteur d’autres anomalies musculaires (m. présternal, abaisseur du tendon du grand sous-scapulaire, etc.), on trouvait à la cuisse gauche une bandelette charnue large de deux centimètres, unissant le tendon supérieur du demimembraneux à la partie moyenne du grand adducteur (2). Mais il est certain que l’origine de ce muscle variable est sujette à bien d’autres éventualités.- Chez les Rongeurs, il peut naître des vertèbres caudales chez Aulacodus (Octodontidés), Erethizon (Hystricidés), Lagostomus (Chinchillidés), Gerbillus, Mus decumanus, Mus barbarus, Mus rattus (Myomorphes) ; des vertèbres et de l’ischion chez Cricetus (Myomorphe), chez Sciurus ; de la tubérosité de l'ischion, soit isolément

(1) Poirier. Traité d'anatomie humaine, t. II, p.237. (2) ALEZAIS. Autopsie d’un sujet présentant des anomalies musculaires, Marseille Médical, 1886, p. 367.

ee

(Hystrix), soit uni au demi-membraneux (Cœlogenys, Dasyprocta), au demi-tendineux (Bathyergus) ou aux adducteurs (Sciuromorphes). J'ai montré que chez Cavia, son origine n’était pas indépendante, comme le dit Parsons, mais lui était commune avec le tendon du biceps et le demi-tendineux.

Quelle que soit son origine et sa situation, le présemimembraneux, grâce aux filets du sciatique qui le pénètrent, sera toujours facile à déceler au milieu de ces faisceaux tous tributaires de l'obturateur et cest pour avoir négligé cette recherche que les auteurs ont proposé des homologies erronées. Ainsi Cuvrer (1) avait décrit chez Nasua soctalis, sous le nom de long adducteur un muscle qui est innervé par le même filet du sciatique que le demi-membraneux, et Xrause (2) donne le grand adducteur du Lapin comme innervé par le sciatique. Il n'est pas téméraire d'estimer que ces auteurs ont eu en vue la portion adductrice du demi-membraneux, le pre— semimembraneux des Allemands, l’ischio-condylien.

Le petit adducteur est assez variable. Isolé chez Cavia, Sciurus, Lepus cuniculus, Arctomys, il est moins distinct chez Mus et disparaît chez Dipus, Lepus timidus.

On peut se baser, pour le retrouver, sur sa situation profonde et sur son insertion à la partie supéricure de la diaphyse fémorale et à la branche horizontale du pubis.

Lorsqu'on est ainsi arrivé à établir la topographie du pectiné et du moyen adducteur d'une part, de l'ischiocondylien et du petit adducteur de l’autre, la masse plus ou moins complexe qui reste forme nécessairement je grand adducteur, quelque divisé qu'il soit. Du reste, à la faveur des types intermédiaires, les différences qui sépa-

(4) CUVIER ET LAURILLARD. Anatomie comparée, 1849. (2) KRAUSE, Anatomie des Kaninchens, 1884,

rent les types extrêmes semblent moins profondes, et on arrive peu à peu à relier entre elles des formations de prime abord dissemblables.

Reprenons, en indiquant la distribution nerveuse, la topographie sommaire des portions du grand adducteur et nous arriverons à les rapprocher plus facilement.

Chez Cavia cobaya, la distinction est nette. Tandis que la portion condylienne, qui est indépendante, reçoit un filet du sciatique, la portion fémorale se subdivise en deux faisceaux, l’un supérieur, l’autre inférieur ou tendineux, recevant de l'obturateur deux filets qui pénètrent leur face interne. C'est une première trace de divi= sion du grand adducteur proprement dit.

Chez Mus decumanus, même indépendance de l'ischio-condylien innervé par le sciatique et de la portion fémorale du grand adducteur innervé par l’obturateur. Celle-ci est formée de deux faisceaux unis par une anastomose et leur morphologie est un peu différente. Le faisceau inférieur au lieu de présenter un long tendon, com -me chez Gavia, nait par de courtes fibres aponévrotiques. et de plus, caractère nouveau, il envoie jusqu’au tibia un large faisceau qui passe sur l’ischio-condylien, mais qu'on ne saurait confondre avec lui, grâce à leur innervation différente.

Chez l'Ecureuil, la complexité est autrement grande. Parsons se contente d’énumérer les cinq portions qui, d’après lui, constituent avec l’ischio-condylien mais, indépendamment du pectiné, les adducteurs de cet animal :

1° Faisceau distinct du pectiné, étendu de la ligne ilio-pectinéale au milieu du bord postérieur du fémur ;

2° Faisceau allant de la partie postérieure de la symphyse pubienne au condyle interne ;

9° Faisceau né derrière celui-ci d'une même origine,

OT

par un tendon épais, allant au tiers moyen du bord postérieur du fémur ;

4° Faisceau né de la tubérosité de l'ischion, allant obliquement au-dessus du condyle interne et à la partie postérieure du fémur au-dessus de lui ;

o° Epais faisceau charnu allant dela partie externe de la tubérosité de l’ischion à la partie supérieure du fémur.

On reconnaîtra sans peine dans le numéro 1, le moyen adducteur, dans le numéro #4, qui reçoit ses nerfs du sciatique, l'ischio-condylien, et dans le numéro 5, le petit adducteur, quoique d’après moi, son origine soit la branche horizontale du pubis et non pas la tubérosité de l’ischion.

Les numéros 2 et 3 forment le grand adducteur ; le numéro 3 est la partie profonde ou tendineuse déjà constatée chez Cavia et Mus, le numéro 2, la partie superficielle dont l’auteur anglais ne signale pas le dédoublement. Il parle seulement de sa portion postérieure et ne dit rien de sa portion antérieure, dont j'ai cependant constaté et décrit l’indépendance( fig. LXXXI7,6, p.265).

Le nerf obturateur, qui émerge entre l’obturateur externe et l'obturateur intermédiaire, se divise en deux filets : l’'antérieur donne un rameau qui aborde l’adducteur moyen au tiers supérieur de son bord externe : un rameau au droit interne, qui aborde le cinquième supérieur de son bord antérieur : un rameau à la portion antérieure superficielle qui se jette dans le tiers supérieur du bord externe. Le rameau postérieur se divise également en 3 branches ; une pour le petit adducteur, une pour la portion tendineuse du grand, une pour sa portion postérieure superficielle. Gumoëns(1) dit de son côté que chez Sciurus vulgaris, le grand adducteur

(1) Cité in BRoNN'S Xlassen, etc., 1895, liei. 42-43-44, p. 878,

(adductor magnus) est exclusivement innervé par l’obturateur ; il a trouvé, comme moi, l’ischio-condylien complètement séparé du reste du muscle.

Le pectiné reçoit sur le tiers supérieur de son bord externe un filet du crural, au niveau de l’origine du saphène interne : l’ischio-condylien est innervé par le sciatique.

Chez Dipus ægyptius, Parsons décrit un long adducteur qui, né de la partie antérieure du pubis sous le droit interne, va au côté interne de la rotule : un grand et un court adducteur étendus detout l'arc sous-pubien aux deux tiers supérieurs du dos du fémur. Il ajoute qu'une grande partie de la masse des adducteurs semble fusionnée avec le demi-membraneux.

Cette description est d'abord incomplète : elle passe sous silence le moyen adducteur, qui est cependant bien facile à isoler. Elle n’est pas entièrement exacte : l’ischiocondylien, reconnaissable aux filets du sciatique, et remarquable par sa complexité, est distinct aussi bien du demi-membraneux que des adducteurs. Nous avons vu que ses insertions fémorales n’occupaient pas tout le tiers inférieur de l'os; il faut étendre celles des adducteurs plus que ne le fait Parsons, et en effet toute la masse considérable que j'ai décrite sous le nom des différentes portions du grand adducteur est innervée par le nerf obturateur. Si on compare ces diverses portions à celles des espèces précédentes, on voit que le plus grand développement porte sur la portion profonde, celle qui, postérieure à l'os, agit comme extenseur du fémur, tandis que la portion superficielle, qui est plutôt interne et produirait l’adduction, est réduite comme les autres agents de ce mouvement. C’est cependant la portion superficielle qui envoie un faisceau à la rotule.

Chez Lepus cuniculus et Lepus timidus, la disposition est simple. L'ischio-condylien est uni au demi-

membraneux. Il reste pour le grand adducteur deux portions qu'innerve l’obturateur et qui sont fusionnées chez Lepus timidus avec le petit adducteur pour former une masse de gros volume qui occupe la face posté rieure de la cuisse et s’insère à la face postérieure du fémur dont elle produit l'extension.

Chez Arciomys marmotta, les divisions sont plus nombreuses ; on constate que le gros pectiné est innervé par le crural, l'ischio-condylien par le sciatique, et les autres muscles de larégion par l'obturateur. Après avoir éliminé le droit interne et le moyen adducteur, il reste trois grosses lames charnues que l’on peut rattacher au grand adducteur. Deux sont superficielles, elles reçoivent chacune un filet de l’obturateur, l’antérieure sur sa face superficielle, la postérieure sur sa face profonde. La dernière est profonde, et le filet de l'obturateur se jette sur son bord supérieur. Cette portion est munie à son origine d’un court tendon qui rappelle la disposition déjà vue chez Mus et mieux encore chez Cavia et Sciurus.

Je crois avoir démontré, du moins dans les types qui ontété soumis à mon observation, que les variations le plus nombreuses que peuvent présenter les muscles adducteurs sont surtout dues au grand adducteur et à l’ischio-condylien. Ces variations proviennent soit des rapports variables de l'ischio-condylien avec le grand adducteur et le demi-membraneux, soit des subdivisions du grand adducteur et de l'inégalité de leur développement.

À côté de ces considérations qui concernent l’homologie des muscles, il faut placer quelques remarques sur les variations que présente leur morphologie en dehors de toute influence fonctionnelle, que ces variations soient dues à l’action des parentés familiales ou à d’autres causes. Nous avons vu que l’ischio-condylien

avait une origine uniquement vertébrale chez Mus, une origine vertébrale et ischiatique chez Sciurus, chez les autres une origine uniquement ischiatique.

Ce muscle est indépendant sur toute son étendue chez Mus, Sciurus, Arctomys ; il est indépendant, sauf à son origine, chez Cavia, Dipus. Il est fusionné avec le demimembraneux chez Lepus cuniculus et Lepus timidus.

Le petit adducteur est indépendant chez Cavia, Sciurus, Lepus cuniculus, Arctomys; il est confondu avec le grand adducteur chez Mus, Dipus, Lepus timidus.

8° Au point de vue fonctionnel, il convient de signaler la tendance manifeste des adducteurs à se développer et à envahir la région postérieure de la cuisse dont ils deviennent des extenseurs, chez le Grimpeur, le Fouisseur et le/Sauteur. Comparons la figure LXXXI (p. 261), qui représente les insertions fémorales des adducteurs chez le Cobaye, et les figures LXXXIIT, LXXX V (p. 267 et 274) qui représentent l'ischio-condylien de l'Ecureuil etde la Gerboise. Comparons aussi les schémas don-— nant les insertions musculaires qui s'attachent à la face postérieure du fémur dans les divers types. La différence est frappante. Chez Cavia les adducteurs sont petits; ils s’avancent obliquement sur la face dorsale du fémur et leurs insertions sont loin de l’occuper tout entière. Chez les autres, le volume de l’ischio-condylien indique à lui seul le développement de la plus crande partie des adducteurs, et sa place indique leur topographie. Ils s'étalent franchement sur la face postérieure de la cuisse, s’imbriquant les uns sur les autres, et couvrant de leurs insertions toute l'étendue de la face dorsale du fémur. Ce sont des muscles extenseurs de la cuisse plutôt que des adducteurs.

On peut ajouter que chez le Grimpeur et chezle Fouisseur, les adducteurs sont plus divisés, c’est chez l’Ecureuil que le grand adducteur offre le plus de subdivisions,

tandis que chez le Sauteur (Lepus cuniculus, mais surtout Dipus ægyptius et Lepus timidus) ils sont massifs.

Les premiers, pour se suspendre, s’accrocher ou même pour creuser ont des mouvements variés à produire, les seconds sont adaptés à un effort puissant, toujours le même, l'extension brusque de la cuisse, et les muscles de la région, au lieu de conserver la faculté d'amener le membre dans des positions intermédiaires, se concentrent vers sa face dorsale.

Il semble donc que l’on puisse retenir de cette étude les propositions suivantes :

1° Les adducteurs de la cuisse se développent et tendent à devenir des extenseurs chez le Grimpeur, le Fouisseur et le Sauteur ;

20 Chez le Grimpeur et le Fouisseur, ils sont plus divisés : chez le Sauteur, ils sont plus massifs.

J’ajouterai qu'on ne saurait chercher dans les influences fonctionnelles l'explication de la mobilité de ces faisceaux musculaires, comme l'ischio-condylien, qui sont mal fixés et variables dans leurs attaches et leurs connexions.

Ainsi, quoique également développé sous l'influence de la fonction, chez le Lièvre et chez la Gerboise, l’ischio-condylien est indépendant chez cette dernière et soudé au demi-membraneux chez le premier.

Page 1