‹ Contribution a la pathologie et a la therapie du goitre exophthalmique [electronic resource]Chapitre 2 sur 2 · SL f cL C G · texte numérisé non relu

SL f cL C G

Le 21 mai, ce malade revint me trouver ; il avait suivi exactement mes prescriptions, et je fus agréablement surpris du ciiançement heureux qui s'était opéré en lui dans l'espace de moins de deux mois : le goitre avait complètement disparu ; les yeux étaient rentrés dans leurs orbites; à peine l'œil gauche, en le regardant très attentivement, paraissait-il un peu plus saillant que le droit ; il n'y avait plus d'ailleurs ni strabisme m diplopie.

Sans avoir récupéré ses 2U kilogrammes perdus, il avait nolablen.ent entfraissé, surtout, dit-il, depuis sa seconde cure cl eau de la Bourboule; son teint était iniininient meilleur, et lasullusion pigmcntairc du front et des tempes était beaucoup moins toiicee ; • le pouls reslait fréquent, quoique ralenti, il oscillait entre 90 et i 10 -mais il convenait d'attribuer une partie de cetle trequencc à l'cxlrème impressionnabilité du malade et à 1 émotion que lui causait mon examen. Dès .pie je l'ausculle, le cœur bat avec violence et fait entendre à l oreillc le frémissement métallique,

nui lésullo du choc de sa pointe contre la paroi tlioracique, cl un roulement syslolique, du peul-ôtre à l'énergie de la contraclion vcntriciilaire.

Les o-ano-lions précervicauK restaient tumelies, et 1 on retrouvait les signes caractéristiques de l'adénopalliie tracliéo-broncliique du côté droit, et le tremblement des bras et des jambes se montrait toujours dans les conditions indiquées plus haut.

11 ne me parait pas douteux que la résolution du goitre cl de revophlhaluiie ne dût être attribuée à l'emploi de la teinture d'iode, car l'usage de l'eau de la Bourboule, pendant un mois, n'avait pas empêché le goitre de se dévclo|)per et n'avait pas diminué la saillie des yeux. Cependant, j'ai engagé le malade a y revenir, en la faisant alterner avec la teinture d'iode, parce que cette eau m'a paru avoir une réelle efficacité dans les affections lymphatiques, et que je ne pouvais m'empècher d'attacher une sérieuse importance à l'adénopathie trachéo-bronchique.

Je conseillai donc au malade d'insister sur l'usage alternatif de cette eau minérale et de la teinture d'iode à l'intérieur, en même temps qu'il continuerait avec persévérance des applications exlérieupes de cette teinture sur le côté droit de la poitrine. Je remplaçai les bains arsenicaux, dont il avait pris huit ou dix, par des bains avec les eaux mères de Salies-en-Béarn.

Le io juin, le malade peut être considéré comme guéri, il ne reste plus de trace ni du goitre ni de l'exophthalmie, le tremblement des membres a complètement cessé et les signes d'adénopathie trachéo-bronchique sont beaucoui^ moins accusés; la peau reprend graduellement sa teinte naturelle. Pour confirmer ces résultats j'envoie le malade à la Bourboule respirer l'air des montagnes en suivant une cure hydrolhermale qui ne peut que lui être très utile.

Ainsi chez ces quatre malades nous voyons le goitre exophthalmique compliqué de troubles de l'innervation cérébro-spinale qui chez deux d'entre eux stimulent la chorée, chez deux autres consistent dans un tremblement qui s'accuse dans certaines attitudes et dans certains mouvements. Il y aura à rechercher si ce tremblement ne serait pas plus fréquent qu'on ne pourrait l'inférer des observations publiées jusqu'ici, et si on ne l'a pas signalé parce qu'on ne l'a pas cherché. Chez ma première malade, oij les troubles cérébro-spinaux se montrent à leur plus haut degré d'expression, on observait en même temps des congestions rapides et passagères qui semblaient accuser une altération momentanée de l'action vaso-motrice: congestions et troubles vasomoteurs qui ne sont pas rares dans les affections cérébro-spinales et en particulier dans l'ataxie.

J'ai noté chez trois de mes malades l'engorgement de» gan-

olions Irachéo-bronchiques du côlé droit. Je ne Ta. pas chercludans le quatrième. Quoique je me tienne en défiance contre 1 entraînement qui porte les observateurs à s'exagérer l'importance d'un sujet qui a attiré spécialement leur attention, je ne puis m'empècher de croire que cette importance est plus grande qu'on ne l'a soupçonné jusqu'ici, et qu'elle est justifiée par les rapports anatomiques intimes qui unissent les ganglions traclieobronchiques aux pneumogastriques. Tous les anatomo-pathologistes reconnaissent la fréquence extrême de rengorgcment de ces ganglions ; on l'observerait plus souvent encore s, pendant la vie "on cherchait à constater cette adénopathie à l'aide de ■ signes qui, quoique délicats, sont faciles à déterminer avec un peu d'habitude. Et, d'une autre part, quoi d'étonnant que 1 état congestif de ces ganglions provoque une incitation morbidedans un nerf auquel ils sont contigus dans une grande étendue? et faut-il être surpris que cette incitation puisse se traduire par des troubles fonctionnels très nombreux et très variés, quandonsonge cruel est ce nerf, un des faisceaux nerveux les plus importanls du corps humain, qui préside cà la plupart des fonctions de la vie de nutrition, et à quelques-unes de la vie de relation, comme la phonation : faisceau si multiple dans ses attributions, qu on peut le considérer comme un centre nerveux et comme la moelle de

la vie organique?

Je m'arrête à cette constatation; je ne me demanderai pas s, cette coïncidence de l'adénopathie et du trouble centro-nerveux qui produit le goitre exophthalmique est purement accidentelle ; ou si ce trouble, encore indéterminé, ne pourrait pas avoir, dans certains cas, une origine périphérique, comme ces myélites, ces scléroses des cordons postérieurs qui paraissent avoir eu pour cause déterminante, ou au moins incitante, une lésion d un nerf périphérique?

Ce serait s'avancer au-delà des limites des hypothèses kg.1,mes, c'est-à-dire de celles qui dérivent par induction directe de faits rigoureusement établis; et la pathogénie du goitre cxopu- Ihalmique est encore enveloppée de trop d'obscurités pour qu on puisse tirer des données que la science nous a fourmes jusqu ic. sur le processus morbide qui lui donne naissance aucune conclusion inattaquable. J'ai voulu, comme jcl'a. exprime dans c lilrequejedonneà ce travail, apporter ma contribution a a solution de ce problème -l appuyer l'opinion soulonuo par plu-

sieurs médecins qui vont chercher les origines de celle singulière alVeclion dans une lésion de l'innervation.

Chez mon quatrième malade j'ai signalé l'existence d'un dépôt pigmentaire très accusé sur la face comme- s'étant manifesté en même temps que la maladie deBascdow ; c'étaitla première foisquc, je constatais cette coïncidence, mais j'ai appris qu'elle avait déjà été signalée par d'autres observateurs et qu'il en est fait mention dans plusieurs observations qui se trouvent analysées dans le Répertoire de M. le professeur Hayem.

Ce fait m'a d'autant plus frappé que jusqu'ici la mélanodermie m'avait toujours paru liée à une incitation anomale des nerfs abdominaux et principalement du plexus cœliaque ; aussi j'ai cherché avec soin chez mon malade s'il n'existait pas quelque lésion des viscères abdominaux , s'il n'y avait pas chez lui quelque adénopathie mésentérique, comme il y avait de l'adénie du thorax et du cou. Rien ne m'a autorisé à l'admettre et je me suis demandé si, comme était disposé à l'admettre M. le docteur Greenhow dans une communication récente au congrès international de Londres, une incitation morbide du pneumo-gastriquc qui a une part si grande dans la formation du plexus solaire ne pourrait pas, comme les irritations directes de celui-ci, favoriser la production du pigment et son dépôt sur les téguments.

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