SÉRIE IL
Pour décider si le gain en azote constaté dans nos essais avec le lupin, le haricot et l’orge a son origine dans l’utilisation des traces d’'ammoniaque diffusée dans l'atmosphère ou dans celle
de l'azote élémentaire, soit par assimilation directe par la
plante, soit par absorption par les micro-organismes du sol, il faut évidemment : 1° produire ces plantes dans une atmosphère exempte d'azote combiné, et 2° établir avec précision les apports et les pertes en azote qui peuvent intervenir dans le cours de leur végétation.
Les très sérieuses difficultés matérielles que rencontre la réalisation d’une pareille expérience permettent seules d’expliquer pourquoi cette question capitale n’a pas encore obtenu jusqu’à ce jour une réponse définitive, quoique Boussingault ait montré, depuis longtemps déjà, la voie à suivre.
Ces difficultés sont d'autant plus grandes que l’on veut opérer, non sur un ou quelques sujets élevés sous une cloche, pour se trouver finalement en présence d’une perte ou d'un gain de quelques milligrammes d’azote, mais sur un nombre
de sujets d’essai assez considérable pour obtenir un résultat dont l'importance numérique ! l'élève au delà des erreurs inévitables de l’expérimentation et l’impose en quelque sorte aux conclusions du rapporteur.
Nous croyons avoir réalisé une installation qui permet la solution du problème énoncé.
La planche jointe à ce travail représente, dans son ensemble, la disposition adoptée ; la légende explicative permettra de se rendre aisément compte de la construction et de la marche de l'appareil; quelques explications de détail sont cependant nécessaires.
C’est dans des cases de végétation maçonnées ? que nous avons exécuté la seconde série des expériences de 1890, comme nos expériences de 1889.
Les plantes d’essai devant être élevées dans une atmosphère dépouillée de combinaisons azotées, nous avons fait construire une grande cage vitrée de 7,20 de longueur, de 1,20 de largeur et d’une hauteur moyenne de 1",10, la toiture ayant une légère pente d’arrière en avant. Cette cage couvrait entièrement les cases de végétation, en formant six compartiments distincts, parfaitement fermés et isolés, chacun d’un volume d'air de 1m3,592. L’encadrement a été construit avec Île plus grand soin en pitch-pin 3; il s’appliquait exactement
! Dans les expériences de M. Ville, faites sous le contrôle de MM Dumas, Regnault, Péligot et Chevreul, délégués de l’Académie de Paris, les
différences entre l’azote des graines (a) et l’azote de la récolte (b) étaient les suivantes :
RSS he as D 0.0099 0.0097 — 0.0002 AL el es, 0.0077 0.054) + 0 0563 EN re LE Mare » » +- 0.0250 NP ET DÉTUUS |
2 Voyez dessin et description : Mémoires couronnés et autres mémoires publiés pur l’Académie royale de Belgique, 1889, t. XLIII.
5 On eût pu objecter à l’emploi d'un encadrement métallique que celui-ci eût soustrait les plantes d’essai à la tension électrique à laquelle M. Berthelot attribue la possibilité d’une combinaison directe de l'azote avec les principes ternaires des végétaux.
aux bordures des cases en pierre de taille, préalablement
recouvertes d’une couche de mastic de vitrier. Grâce au poids considérable de la cage entièrement garnie (600 kilogrammes environ), le mastic se fixant dans tous les interstices a donné une fermeture hermétique. Les glaces, de 4 à 5 millimètres d'épaisseur, ont été également placées et mastiquées avec le plus grand soin; toute la boiserie a été, à plusieurs reprises, imprégnée d'huile de lin et recouverte de deux couches de couleur. Pendant la durée de l’expérience, on a entretenu en bon état la boiserie et les Joints en appliquant de temps à autre une couche de couleur. Nous verrons plus loin quel résultat nous avons obtenu quant à l'étanchéité de la cage.
L'arrosage a été réalisé à l’aide d’un serpentin en plomb étamé, soudé à un robinet en cuivre, vissé dans l'encadrement. Une tubulure en cuivre, dépassant le robinet, permettait d’y adapter un entonnoir. Toujours remplie d’eau, cette tubulure empêchait la rentrée d’air au moment de larrosage et permettait de s'assurer de la parfaite étanchéité des robinets. D’autre part, l'entrée de l’air par le tuyau de drainage de chaque case a été rendue impossible, en allongeant ce tuyau de manière à pouvoir le plonger dans le contenu des récipients, réalisant ainsi une fermeture hydraulique.
Les cases ont été mises en communication par un système de tuyaux en fonte de 8 centimètres de diamètre intérieur, d’une part avec un aspirateur d'air, d'autre partavec des laveurs en grès que nous avons fait construire spécialement. Le tuyau d’arrivée d'air, d’un calibre en rapport avec celui de la tuyauterie en fonte, descendait presque jusqu'au fond du laveur; le tuyau de sortie s’ajustait an tuyautage en fonte par un manchon soigneusement luté. Le jointage des canaux en fonte a été obtenu par le joint-caoutchouc des thermo-siphons. Leur adaptation à l'encadrement des cages s’est faite à l’aide de boulons comprimant une rondelle en caoutchouc.
Le volume intérieur de chaque laveur était de 48 litres.
Les deux laveurs du premier système ont été remplis avec
de la pierre-ponce, en morceaux de la grosseur d’un œuf, et