‹ Contribution à l’étude de la cirrhose alcoolique hypertrophiqueChapitre 7 sur 8 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Traitement.

Le traitement de la cirrhose alcoolique hypertrophique ne diffère pas de celui de la cirrhose atrophique.

Comme dans cette dernière, la première condition à réaliser, c’est la suppression de l’agent pathogène des altérations hépatiques, c’est-à-dire de l’alcool.

Les boissons alcooliques supprimées, la lésion du foie pourra s’arrêter dans son évolution, et même reculer, mais elle ne s’effacera pas complètement. Aussi s’est-on préoccupé de découvrir quelque substance médicamenteuse capable de séparer les désordres produits par l’alcool.

L’iodure de potassium paraît rendre de grands services. Leudet l’administrait à faible dose : M. Lancereaux le donne à celle de 2 à 3 grammes par jour dans l’espoir que « ce médicament arrêtera sans doute l’inflammation embryonnaire péri-veineuse et empêchera la formation de brides scléreuses cicatricielles dans le foie ». (De la cirrhose alcoolique, Bull, méd., 1890). Mais un certain nombre de médecins n’admettent pas comme démontrée cette action de l’iodure de potassium.

Le calomel peut revendiquer les propriétés attribuées

à l’iodure de potassium : la dose de 0,01 centig. à 0,0*2 centig. prolongée pendant plusieurs mois fait disparaître ces symptômes de la cirrhose, c’est de cette manière que le prescrit M. le professeur Bouchard.

Les hémorrhagies, les troubles digestifs, l’anémie, seront combattus par les moyens appropriés bien connus de tout le monde.

L’ascite nécessite surtout habituellement une intervention pressante. Pour la combattre, les sudorifiques, les diurétiques, les purgatifs et la ponction peuvent être isolément ou concurremment employés.

Différents diurétiques ont eu la préférence des praticiens, le copahu, la digitale, la caféine et le nitrate de potasse ont été employés avec succès.

M. Millard emploie de préférence la potion suivante, dont il donne la formule dans sa communication à la Société médicale des hôpitaux du 23 novembre 1888.

Baies de genièvre, 10 gr.

Faire infuser dans eau bouillante, 200 gr.

Ajouter :

Nitrate de potasse : 2 gr.

Acétate de potasse : 2 gr.

Sirop des 5 racines : 35 gr.

Oxymel scillitique : 30 gr.

Cette potion facilement acceptée par les malades doit être prise chaque jour en quatre ou cinq fois ; son usage peut être continué quotidiennement pendant des mois entiers.

Do.

Les malades trouveront dans le lait en môme temps qu’un aliment complet d’une digestion facile, d'une innocuité absolue pour le foie, le plus puissant des diurétiques.

L’action bienfaisante du lait avait été observée par Chrestien, dès l’année 1832, ce médecin faisait du régime lacté la condition sine qua. non , non seulement de la guérison mais même de la vie dans le cours de la cirrhose.

Depuis, ce régime a été recommandé. Semmola au congrès d’Amsterdam en 1879, rapporta des cas de guérison de cirrhose par le régime lacté absolu, mais les malades dont il parle, ne sont pas toujours seulement alcooliques, quelquefois même ils ne le sont pas du tout et la cirrhose n’est qu'une manifestation de l’impaludisme. D’après cette communication et le cours du professeur, nous voyons que les cas qu’il a signalés doivent d’après lui être considérés comme des cirrhoses atrophiques dans leur stade d’hypertrophie.

Le lait, d’après M. le professeur Sée, n’agirait que par la lactose qu’il contient. Un cas de guérison de cirrhose rapporté par M. Gaucher, à la Société clinique (1889), a trait à l’emploi de la cure de raisin, le sucre de raisin ayant les mêmes propriétés que le sucre de lait.

Nous reproduisons cette observation que M. Gaucher a eu l’obligeance de nous communiquer.

« Il s’agit d’un cafetier de 45 ans, alcoolique invétéré, n’ayant aucun antécédent morbide, pas de syphilis, pas d’impaludisme, soigné par M. Gaucher, du 5 juillet au 27 septembre 1884, pour une cirrhose à gros foie ascite, congestion pulmonaire. Dyspnée. Épanchement pleural à droite.

Le foie descend jusqu'à l’ombilic.

On lui prescrit comme traitement le régime lacté absolu, iodure de potassium, 1 gr. par jour, quelques pilules bleues de 8 en 8 jours et de l’extrait mou de quinquina.

Au commencement d’août, l’ascite est considérable, il y a de l’orthopnée rendant la ponction imminente. Avant de la pratiquer, M. Gaucher fait prendre au malade une livre de raisin par jour, en plus du traitement précédent. Diurèse et diarrhée abondantes qui, en dix jours, amènent la disparition de l’ascite.

La cure de raisin a donné lieu à de la glycosurie passagère.

Le malade se rétablit assez rapidement, le 27 septembre, il commence à se lever et sort à la fin d’octobre complètement guéri ; le foie reste gros et déborde de de deux travers de doigt les fausses côtes.

Le malade reprend peu à peu son régime ordinaire et ses occupations fatigantes, il engraisse, va très bien, si bien même que malgré les conseils du médecin, il recommence à faire quelques excès de boisson. Il reste néanmoins complètement guéri jusqu’en février 1887.

A ce moment, la gêne de la respiration recommence : congestion pulmonaire ; un peu d’ascite. On le remet au régime lacté qui est suivi très imparfaitement ; iodure de potassium. De temps en temps infusion de digitale.

Le malade se rétablit, mais il recommence à boire et toute l’année il est obligé, de temps en temps, de se remettre au régime lacté, qu’il se refuse de suivre plus de quinze jours environ chaque fois.

L’année 1888 se passe comme 1887 avec quelques

retours de l’ascite et de la congestion pulmonaire dus aux excès alcooliques. Le foie reste gros; néanmoins, le malade continue ses occupations jusqu’en décembre 1888. A cette époque, il est obligé de s’aliter (20 décembre). L’ascite est de moyenne abondance ; mais la congestion pulmonaire est bilatérale, il y a une dyspnée qu’on ne peut calmer. Pas d’albuminurie. Le malade succombe asphyxié le 6 janvier 1889.

Les purgatifs employés de préférence sont l’eau-devie allemande, la scammonée, le calomel dont les propriétés diurétiques et cholagogues, s’ajoutent à l’effet purgatif.

Lorsque l’ascite est considérable, lorsqu’elle engendre des vomissements opiniâtres et surtout une gêne respiratoire considérable résultant du refoulement du diaphragme, il faut avoir recours de suite à la ponction qui devient alors une opération d’urgence. Il ne faudra pas se lasser d’y avoir recours, car nous voyons dans l’observation VI l’ascite ne cesser de se reproduire qu’après la cinquante-troisième ponction.

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