‹ Contribution à l’étude de la neurasthénieChapitre 7 sur 9 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION I. Dégénérescence et transmissionhéréditaire.{i)

M. et Mme B... sont arthritiques, nés d'arthritiques ; on trouve dans leurs antécédents des obèses, des rhumatisants chroniques, des migraineux simples. Ils sont cousins germains. Ce sont des commerçants aisés, vivant bien et heureux ; ils ont deux enfants, l'un meurt à 15 jours, on ne sait de quoi, le second est un peu chétif, mais ne présente aucun accident diathésique. M"'f B. devient enceinte une troisième fois, mais à ce moment son mari perd sa fortune, la gêne succède à l'aisance, les soucis et les peines accablent jewwe menace. Sur ces entrefaites M"ie B... accouche d'un enfant idiot. Quelque temps plus tard, les ennuis ont un peu diminué, mais la gène persiste, un quatrième enfant naît et peu après sa naissance, il est couvert d'eczéma.

OBSERVATION II. Dégénérescence et transmission héréditaire. (2)

Mme Zig. .. est une femme petite bien portante, jamais elle n"a eu d'autres maladies que la variole en 1870. Ses parents sont morts très âgés sans avoir jamais présenté de troubles arthritiques ; ils habitaient la campagne, cultivaient la terre et vivaient fort bien du fruit de leur travail. Jamais ils ne faisaient d'excès.

Mme Zig... a connu tousses grands parents, ils ne présentaient aucune tare pathologique ; ils sont morts très vieux.

Cette dame vint à Paris et épousa un ouvrier peintre en décors. Ce dernier ne comptait dans sa famille aucun arthritique, lui môme ne présentait pas les signes de cette diathèse. Il y a quatre ans, il devint

(1) Isch-Wall. Arthritisme et Cancer. Thèse Paris 1890.

(2) Doct. Isch-Wa[,t.. Arthritisme et Cancer. Th. Paris1890.

phtisi(|ue à la milite (h^ inibères (il do i)riviilic)iis de lonlc naliirc. Le travail manquait, il y avait à la maison trois enfants à noiii'i'ir, on vivai dans un galetas ; les soucis, la /aim, hi vie dans un iinlieu insaliihve eurent vite raison de sa santé. A ce moment, sa femme devenait enceinte d'un quatrième enfant. Or, les trois premiers, nés pendant que la famille était dans une aisance relative sont bien portants, et vigoureux la quatrième est une lillette de 14 ans d'assez bonne apparence, mais nerveuse, sujette aux migraines et ayant déjà présenté une attaque de rhumatisme articulaire subaigu,

OBSERVATION III. Neurasthénie Troubles gastriques. Herzog.

Marie Schultz, 21 ans: antécédents héréditaires bons. Anémique depuis le moment où elle a été réglée. Aurait soufïert de l'estomac depuis 20 ans. Elle a eu des conditions d'existence misérables {préoccupations, soucis, excitations dues d des amours malheureuses).

Etat général mauvais, appétit disparu ; il est survenu des malaises et des douleurs de tête, maux d'estomac, renvois et vomissements, pas d'hématémèses.

Douleur de toute la région stomacale non augmentée parla pression. Examen du suc gastrique :

essai. — Acidité totale = 4 pour 1000 dont :

0,13 pour 1000 d'acides volatils 0, 3 « » d'acide lactique 3,43 » » » chlorhydrique.

2« essai. — Acidité totale = 3 pour 1000 dont :

0,16 pour 1000 d'acides volatils 0,26 » » d'acide lactique 2,5 » > » clilorhydrique.

3e essai. — Acidité totale — 'i,32 pour 1000 dont :

0,08 pour 1000 d'acides volatils 0,31 » » d'acide lactique 3,74 » » » clilorhydrique La inotricité est normale.

OBSERVATION IV (1). Troubles gnstricfies . Neuraslheme.

Début de la maladie à 22 ans ; le sujet a commencé à vomir quatre années plus tard. Il ressentait des douleurs intenses à l'épigastre après le repas, et se soulageait en provoquant des vomissements, qui étaien d'une acidité extrême. Après un premier renvoi alimentaire, il rejeta une ou deux heures plus tard, une quantité de liquide clair, beaucoup plus considérable que celle ingérée et qui le brûlait au passage.

Depuis ce moment, le malade suit un traitement (charbon de Belloc, craie préparée, beaucoup d'alcalins); il a pris aussi delà noix vomique^ Les antécédents héréditaires ne donnent rien d intéressant Le suje est un nerveux, qui n'a pas eu de maladies -^érieui^s Z.s ™ eut une influence manifeste sur sa fonction stomacale. Il n a jamais eu d'hématémèses ; jamais de mélœna.

OBSERVATION. V - Neurasthénie. Troubles gastriques. (Malade

suivi en ville) (2).

X 35 ans, artiste peintre, sans antécédents nerveux héréditaires Antécédents personnels. - Aucune maladie avant ou après le début de latïection. Apparition des douleurs gastriques il y a 12 ans, a la suite de l'absorption de 4 ou 5 absinthes, le sujet étant ordinairement d'une sobriété parfaite; douleurs à l'estomac, pyrosis, vomissements acides Un mieux notable s'est produit pendant assez longtemps, puis sous V influence de contrariétés, la gastralgie a reparu. Jamais les vomissements n'ont contenu de sang; pas de mélœna; pas d attaques d'hystérie, mais état nerveux marqué.

Le malade a consulté à ce moment Raspail, qui lui a fait la prescrip-

tion suivante: ,

Bains d'eau sédative. Au moment des douleurs, prendre une tasse de bourrache contenant un grumeau de camphre. Lotions d'eau sédative au creux épigastrique. Prendre tous les deux jours de la rhubarbe. Il s'est produit une légère amélioration qui n'a pas persisté longtemps.

(1) Mounier. Th. Paris 1890, d'après le Dr Rémond.

(2) Thèse Mounier. Paris 1890.

Les douleurs continuant toujours, le patient a pris successivement de la pepsine, puis de la quassine, ce qm lui a procuré pendant un mois environ un soulagement notable.

A ce moment, il recevait d'un empirique le conseil de boire chaque matin un verre de son urine et lorsque ses douleurs gastriques le reprirent, illit consciencieusementce remède. Pendant lli jours il absorba chaque matin un verre de ses urines et, chose intéressante, s'il n'en obtint aucun soulagement de sa gastralgie, il n'éprouva du moins aucun trouble sérieux, n'eût jamais de maux de téte, jamais de vomissements.

En 1888, il alla consulter notre maître le professeur Debove, qui lui prescrivit 60 grammes de poudre de viande à prendre par jour, délayée dans 3 verres d'eau, et additionnée de 6 grammes de bicarbonate de soude et de 5 grammes de craie préparée ; le tout devait être absorbé au moyen du tube.

Le malade qui se traitait chez lui eut une amélioration presque subite' mais ayant été gêné dans ses affaires, et ne pouvant entrer à l'hôpital il suspendit son gavage, qui n'avait été pratiqué que pendant un temps insuflisant. Malgré cela le mieux était tel, que le malade se crut guéri et ne soigna que fort peu les quelques accès douloureux qu'il avait de loin en loin.

Etat actuel. — X. est maigre, d'un aspect chétif; il n'a pas de pyrosis, mais des crampes fort douloureuses, 2 ou 3 heures après le repas : s'il marche au moment de ses crises, il vomit et est aussitôt soulagé. 11 n'a jamais vomi le matin à jeun ; le ballonnement du ventre est conaiixxii, et nous n'avons pas trouvé de dilatatio7i de V estomac. Au moment des crampes apparaissent des vertiges, puis 2 heures après les repas, surviennent des bâillements. La bouche est pâteuse et amère le matin au réveil, la langue est toujours très chargée.

La gaieté inflite beaucoup sur l'état du malade et s'il a mangé en compagnie d'amis sa digestion se fait bien. Le temps orageux l'énervé au possible et sous cette influence ses douleurs s'exagèrent. L'insomnie est fréquente chez lui, et la sensation de vide cérébral alterne souvent avec l'état gastrique

N'ous n'avons trouvé chez lui aucun signe d'hystéri(>, mais c'est un nerveux lacilement émotionnable. Il est très-sobi'e, fume un peu la cigarette

sans que la diminution ou l'augmentation de la (luantité de tabac consommée par jour, ait d'influence sur son état gastrique.

Il se sonde lui-môme facilement avec le tube, et se fait de temps en temps quelques lavages dont il retire un soulagement momentané ; jamais en se sondant à jeun il n'a ramené daliments de la veille qui n'auraient pas été digérée.

Le 11 juin, nous administrons au malade un repas d'épreuve composé de 1/-2 litre de lait et un petit pain blanc. L'estomac est vidé au moyen du tube; on retire 400 ce. d'un liquide blanchâtre, ne contenant que quelques petits grumeaux peu nombreux. Le tube a été amorcé avec un

peu d'eau.

Réaction de Gunzburg très-nette.

Hcl — 2,47 pour 1000.

Réaction franche du biuret.

Pas de réaction d'Ulïelmann.

Nous avons prescrit au malade des lotions froides sur le thorax (qui sont souvent aussi bonnes et moins coûteuses que des douches), puis 1 (jr de bromure de sodium par jour.

Sous l'influence de ce traitement, ses douleurs sont moins violentes; il se sent plus fort et dans quelque temps pour compléter les chances de guérison nous le mettrons au gavage.

OBSERVATION VI. — Netirasthénie. Troubles gastriques. (1). M. D... agent de change, 40 ans.

Antécédents personnels. — Une tuberculose du poumon droit, accompagnée d'hémoptysie, avec carie des troisième et quatrième côtes gauches. Guérison (les crachats, examinés vingt ans après à l'occasion d'une grippe intense, ne contenaient pas de bacilles, et le malade ne s'enrhume jamais).

Existence très agitée, préoccupations vives et nombreuses, fatigues.

(1) KYRIA.KIDÈS. Contribution à Vétude des dilatations gastriques. Th. Paris 1891 .

Après une série d'opérations de bourse très pénibles, douleurs d'estomac, perte de l'appétit et des forces.

A ce moment, nous voyons M. D... il est pâle, amaigri, la physionomie est triste, l'esprit sans cesse préoccupé : idées hypocondriaques Constipation opiniâtre ; dégoût des aliments, la physionomie est celle d'un cancéreux. Traité antérieurement par H G 1 qui a aggravé l'état.

L'examen du suc gastrique montre un excès notable d'acide chlorhydrique. L'estomac est très dilaté : le bruit de clapotage est perçu nettement à 4 travers de doigt au dessous de l'ombilic.

Traitement. — Doucher froides. Bicarbonate de soude, par paquets de 5 grammes au moment où apparaissent les douleurs (4 heures environ après les repas). Régime : œufs, viande, pas de féculents.

Amélioration notable dès les premiers jours du traitement. Mais l'amélioration ne fait de sérieux progrès qu'après un changement complet d' existence {repos à la campagne.)

OBSERVATION VIL Neurasthénie. Troubles gastriques. (1).

D... 34 ans. Employé dans un grand magasin de nouveautés, fatigues, soucis, aération insuffisante. Hyperchlorhydrie nette. On lui prescrit 5 grammes à prendre au moment ou apparaissent les malaises caractéristiques. Ce malade a continué le traitement pendant six mois. Au bout de ce temps, les malaises ont disparu et l'acidité gastrique est normale. Il est vrai de dire qu'en même temps, les conditions d'existence ont Absolument changé.

OBSERVATION VIII. — Neurasthénie. Vomissements pituitaires. (2)

X... 32 ans. Pas d'antécédents héréditaires intéressants. Il a peut-être eu la syphilis, ses déclarations ne sont pas précises à ce sujet. 11 y a

(1) Thomas Kyriakidés. Contribution à l'étude des dilatations gastriques. Th. Paris 91.

(2) F. MouNiER. Thèse. Paris 1890, tirée du mémoire du docteur Rémond.

trois ans, après une série de contrariétés, il se mit à vomir après avoir eu pendant les semaines précédentes des accès de pyrosis. Le malade vomit deux fois par jour, 2 ou 3 heures après le repas. Le matin, à jeun, il rendait de l'eau qui peu à peu a renfermé de plus en plus d'aliments.

L'estomac est distendu, le matin, à jeun, on perçoit le clapotement à quatre travers de doigts au dessous de l'ombilic. Par la sonde, on retire une pleine cuvette d'un liquide gris, sale, mélangé d'aliments et d'une odeur insupportable; ce liquide très acide donne la réaction deGunzburg.

OBSERVATION IX. Neurasthénie, dilatation de Vestomac, entéroptose, entérosténose, due àl'obligeance de M. le docteur Œttinger, médecin des hôpitaux.

Madame X... âgée de 29 ans a toujours joui d'une bonne santé, jusqu'à l'année 1890. A cette é])oqne, îilsi suite de très vives et très violentes émotions morales causées par des chagrins domestiques, elle commença à maigrir et à se plaindre de troubles digestifs ; ces troubles n'ont fait que s'accentuer progressivement jusqu'à Tannée 1892, environ dix huit mois après le début des accidents.

A cette époque, elle présentait tous les signes d'un état général grave : amaigrissement extrême (le poids du corps a diminué de quarante livres depuis le début des accidents) fatigue continuelle, impossibilité de se livrer à un travail physique ou intellectuel quelconque.

Le caractère a notablement changé ; il est devenu irritable à l'excès et les moindres choses sont l'occasion de préoccupations et de soucis exagérés.

Le sommeil a presque disparu ; c'est avec peine, que Madame X. .. peut s'endormir le soir. S'il lui arrive de s'éveiller vers deux heures du matin, par exemple, elle ne peut plus se rendormir avant la fm de la nuit, vers .5 ou 6 heures. Elle se réveille brisée, fatiguée. Pas de céphalée^ mais de la lourdeur de tête et delà perte de la mémoire. C'est surtout du côté de la digestion que les troubles sont prédominants : la constipation est tenace, opiniâtre, dure le plus souvent cinq ou six jours, ou même davantage, les digestions sont lentes, pénibles, s'accompagnent d'éructations et surtout d'une sensation pénible de pesanteur dans la région épigas-

trique et de douleurs angoissantes dans la région dorsale ; Tappétit,

malgré cela est conservé.

L'examen démontre que l'estomac, à jeun, 5 à 6 heures après les repas, est très notablement dilaté : le clapotage s entend, en effet, à trois travers de doigt au dessous de l'ombilic.

La palpation abdominale montre, en outre, que soit sur le trajet du colon transverse, soit sur celui de l'S iliaque, le gros intestin est comme rétracté sur lui-même, formant une véritable corde. Cet examen est facilité du reste par la grande flaccidité des parois abdominales, amaigries et distendues par deux grossesses antérieures.

La menstruation a complètement cessé depuis 9 mois.

Diagnostic : Neurasthénie ; dilatation de l'estomac avec entéroptose et entérosténose.

Ici la neuraslhénie ne semble guère trouver son explicalion que clans des causes momies, de très grands chagrins domestiques, abandon du domicile conjugal par un mari volage, pertes d'argent.

La prédisposition même, n'est que difficilement établie, car il s'agit d'une jeune femme d'une bonne santé antérieure et dont les parents, père et mère, n'ont présenté aucune tare névropathique. On no retrouve aucun accident de ce genre du côté des ascendants collatéraux.

OBSERVATION X. (Personnelle). Neurasthénie essentielle cérébrogastrique.

H... actuellement 30 ans.

A. H. Grand-père paternel mort à 87 ans. Grand-père maternel mort à 79 ans. Grand-mère maternelle morte subitement à 53 ans. Grand-mère paternelle obèse, morte à 63 ans. Père très bien portant, a aujourd'hui 57 ans. et n'a jamais été malade; mère morte à 60 ans d'hémorrhagie cérébrale, a une sœur ayant eu à 12 ans un rhumatisme articulaire aigu, et derenue obèse à 32 ans.

A. P. Rougeole à 12 ans, très bien portant jusque l'âge de 26 ans.

En juillet 1888, éprouve de grands ennuis dont il se frappe énormément ; de très gai, il devient sombre ; ses nuits se passent dans l'insomnie, le travail intellectuel devient difficile et bientôt H.--, accuse

une sensation particulière de contriction de la tête (casque des neurasthéniques) et de vide cérébral, qui lui font croire qu'il est atteint d'une affection organique du cerveau. Étudiant en médecine, lit alors avec avidité, tous les livres traitant des maladies cérébrales, il croit toujours être atteint, après ses lectures, de la dernière maladie qu'il vient d'étudier.

H..., après un séjour de quelques mois à la campagne, séjour qui a amélioré légèrement son état, rentre à Paris où ses préoccupations le reprennent: l'insomnie reparait plus tenace que jamais, le sommeil, quand il existe, est peuplé de cauchemars, de sorte que le malade est absolument brisé au réveil; la céphalée, qui s'est accrue est remplacée à certaines heures par une sensation étrange de vide cérébral, de légèreté de la tête qui fait croire au malade qu'il est atteint de ramollissement cérébral ou de paralysie générale; l'amyosthénie est alors considérable, l'impotence fonctionnelle du cerveau est complète, cérébraslhenie, et H..., qui a déjà abandonné ses études ne peut même plus lire un journal sans fatigue : il est alors sujet à des contractions fibrillaires aifectant surtout la face, principalement l'orbiculaire des paupières. Le malade absolument surexcité par son état , effrayé par tous les symptômes qui l'accablent, s'adresse alors à un grand nombre de médecins, qui le considèrent tous comme un hypocondriaque, lui conseillant simplement comme traitement, la vie au grand air, le repos intellectuel et les exercices physiques. 11 se soumet pendant un mois rigoureusement à ces indications, toujours poursuivi par les mêmes idées fixes, qui le portent à croire qu'il ne guérira pas. Il a alors de véritables accès de crises neurasthéniques, passe des journées entières à pleurer dans sa chambre, ne mange presque plus et après le repas il ressent une sensation de douleur et de plénitude dans l'estomac; des bouffées de chaleur lui montent au visage- Après les repas le besoin de dormir se fait énergiquement sentir, mais après une demi-heure de sommeil. H..., se réveille la tête lourde et douloureuse avec une sensation de lassitude générale. La constipation est alors opiniâtre et les borborygmes assiègent le malade jour et nuit; on peut alors observer chez lui tous les signes d'une véritable flatulence: ballonnement de l'estomac, et météorisme abdominal, éructations; H..., est souvent pris de vertiges qui lui font craindre de traverser les grandes

places (agoraphobie) ; il tombe d'ailleurs plusieurs fois sur le parvis Notre-Dame en se rendant à l'Hôtel-Dieu ; quelquefois ses vertiges sont desimpies étourdissements; d'autre fois, ils se produisent avec sensation d'oscillation du sol et de chute.

A ce moment (Janvier 1889) on traite alors H. pour une dilatation de l'estomac; après un repas d'épreuves, l'analyse du suc gastrique est consciencieusement faite; on porte le diagnostic de hyperchlorhydrique, on conseille le lavage de l'estomac, bicarbonate de soude à haute dose, antiseptie intestinale et régime sec. H.... ne doit boire qu'un verre d'eau à chaque repas.

C'est alors que les troubles généraux s'aggravant de plus en plus, la céphalalgie et la cérébrasthénie ne quittent plus le malade, la dilatation de l'estomac est d'ailleurs nettement accusée, le clapotage s'entend à trois traversdedoigts au-dessous de l'ombilic; et en moins dequatremois de régime le malade a perdu énormément de son poids, il ne boit plus et est absolument déséquilibré : il s'etfraie de la grandeur de ses pupilles qui sont très dilatées et inégales : il a de plus de l'asthénopie et de la photophobie; H... n'a plus de volonté et il faut que ses amis l'encouragent constamment pour lui faire supporter sa douloureuse existence. L'un deux lui conseille alors un traitement anti-nerveux qu'il déclare avoir vu donner de bons résultats dans certains cas analogues. — Le malade a l'ordre de ne plus s'occuper de son estomac, de s'efforcer de manger, il prend de 'i à 6 grammes de bromure de potassium par jour pendant trois mois, suit un régime tonique et reconstituant. Le verre d'eau est successivement remplacé par de l'eau rougie, voir même un peu devin pur, un peu de café et d'alcool qui sont très bien supportés, grâce au bromure qui paraît lùniter leur action exitante. Les douches également ordonnées et d'abord mal supportées, ainsi que l'électricité statique, améliorent de plus en plus l'état du malade; la constipation disparaît et avec elle les borborygmes ; la cérébrasthénie elle-même s'atténue et H. . . dont le sommeil est revenu au bout de quinze jours de ce traitement, se sent beaucoup moins fatigué au réveil ; ses préo?,cupations morales, bien que persistant toujours ne retentissent plus aussi douloureusement sur son état général. H... est plus résigné, s'affecte beaucoup moins au sujet de sa santé, son irritabilité est diminuée, la céphalalgie n'est plus quotidienne et six mois après le

début du traitement anti-nerveux, H... a pu reprendre ses études et il ne lui reste actuellement (4 ans après le début de ses accidents neurasthenques) qu'un estomac toujours dilaté, (le clapotage est encore très net),une certai ne irritabilité de caractère et un peu d'affaiblissement de la mémoire Il lui est aussi resté une diminution assez considérable du pouvoir de l'atention (hétérophémie) et surtout de la dyslalie neurasthénique qui fait que H... trouve difficilement le mot dont il a besoin dans la conversation et qu'il en prononce souvent plusieurs avant de trouver celui qu'il cherche ; il lui arrive encore quelquefois de demander un objet pour un autre par exemple un livre pour son journal. A l'heure actuelle, le travail intellectuel est redevenu relativement facile ; H... a repris toutes ses occupations et études et sa santé est suffisamment prospère.

Un certain nombre des observations suivantes nous ont été communiquées par notre ami le LeviUain dont on connaît l'intéressant travail sur la Neurasthénie. Ces observations nous paraissent concluantes dans le sens de l'interprétation étiologique que nous proposons. Toutefois le D'" Levillain croit jusqu'à nouvel ordre devoir réserver son opinion sur l'intensité d'actioQ et la fréquence des causesmorales dans le développement de la neurasthénie.

OBSERVATION XL Ne itr asthénie cérébro-gastrique. (Levillain).

P Médecin. 57 ans, n'a pas d'antécédents héréditaires morbides. A 26 ans, ijnpression morale vive due à la perte d'un enfant. Dernièrement, perte de sa femme, ce qui l'a vivement affecté.

Exercice médical très fatigant, préoccupations intellectuelles, politiques et autres.

Le malade paraît être un névropathe de longue date.

A seize ans, il a vu mourir sous ses yeux son frère noyé: à partir de ce moment, la mémoire a diminué. Il raconte avoir eu une émissions permatique involontaire au moment d'une composition écrite inachevée a l'heure voulue.

De 30 ù 40 ans, le malade a fréquemment des poussées d'herpès, soit au niveau du genou, soit sur la région lombaire.

Le malade accuse des douleurs fulgurantes au bras gauclie, affaiblissement musculaire général, atonie gastro-intestinale provoquant de la dyspepsie Hatulente avec pyrosis, atonie du gros intestin entraînant un peu de prolapsus rectal,

Sommeil pénible, diminution du réflexe rotulien. Céphalalgie en casque, affaiblissement du sens génital. Ces différents symptômes ont persisté pendant 25 ans. Aujourd'hui l'état s'est amélioré les forces musculaires se sont un peu relevées. Mais ce qui fatigue surtout le malade ce sont les sensations douloureuses en plaque, au niveau de la région occipitale, la rachialgie et l'atonie gastro-intestinale.

Le travail exagéré ou la fatigue physique favorise l'apparition de la gastralgie.

Grande indécision dans le caractère.

Le traitement suivi par le malade a varié à l'infmiil a épuisé les eupeptiques, les toniques, les douches etc, et la seule chose qui l'ait réellement soulagé est le traitement électrothérapique.

OBSERVATION XIL Nem-asthénie, forme gastro-intestinale

(Levillain).

Eug... P. notaire, 36 ans — A. P. migraines vulgaires. Hérédité arthritique (père rhumatisant).

Bien portant jusqu'en 1889, où, il éprouva une série de chagrins. Longue maladie de sa femme, mort de son père et surtout mort imprévue d'un de ses amis, qui l'ont vivement affecté et paraissent avoir été le. point de départ de ses accidents.

Début par des vertiges avec agoraphobie et surtout phobie pour la foule et les réunions bruyantes; a dû quitter l'Exposition Universelle, bien qu'il y fût venu pour se distraire et s'enlever aux idées tristes et à l'inquiétude causée par la mort brusque de son ami. Dés lors, le malade s'étudie et son attention se porte vers les voies digestives. Bientôt il ressent de la pesanteur après les repas, des crampes et des envies fréquentes d'aller à la garde-robe avec lacoccydmie de Beard: grande prostration psychique et physique. Arayosthénie intense, céphalée (casque

avec visière) élut vertigineux, « en niarcliant, il me semble que je suis ivre ». Sommeil très léger avec rêves. Impuissance génitale, rêves d'enterrements et d'accidents : phobie des voyages à la suite d'un accident de voiture.

Impressionnabilité extrême. Abattement et irritabilité, désemparement complet et impossibilité de travailler.

OBSERVATION XIII, due au Dr Levillain. Neurasthénie, forme

gastrique

Mar... .Tos..., 3^2 ans journaliste. A. H, père vivant, 89 ans, sciatique, mère morte à 60 ans d'apoplexie cérébrale, oncles et tantes très nerveux.

A. P. rougeole et pneumonie dans renfance,pas d'autres maladies, mais toujours un peu nerveux, très sensible aux orages, jeunesse gâtée, situation de fortune permettant alors toutes les distractions : pêche, chasse, voyages ; fait ses études et prend ses diplômes sans fatigue, puis à 26 ans dès revers de fortune l'obligent à chercher une situation. Il entre dans le journalisme où les soucis d'argent Qi l'obligation d'un travail inaccoutumé paraissent présider au début des accidents. L'état actuel est caractérisé par les principaux symptômes de la neurasthénie: céphalée, douleurs oculaires et battements temporaux, sensation de vide, accès douloureux, migraine se produisant àla suite detravauxpénibles; compte rendus de cour d'assises où il éprouve des impressions morales désagréables, durant seulement 1 à 2 heures : pas de casque ni de constriction habituelle.

Hachialgie et scapulalgie très acceutuées, maux de reins fréquents et lourdeur de plomb sur les épaules.

Troubles gastriques légers, inappétence, un peu depyrosiset de pesanteur après les repas, constipation.

Sommeil agité, quelquefois rêves pénibles, (enterrements, accidents,) soubresauts musculaires et crampes.

Troubles sensoriels : fourmillements dans les extrémités, bourdonnements d'oreille, bruissements pendant le travail de rédaction, sensations pénibles de chaleur sèche aux. extrémités.

Etat mental : instabilité, colères violentes, brise ce qu'il a sous la main;

très émotif, im})ressionn!ible jusqu'aux larmes pour des futilités, un ])eu de pathopliobic, craint d'avoir une lésion rénale ou d'être menacé de tuberculose pulmonaire par déchéance progressive de ses forces.

Traitement psychique au cours des séances de Franklinisation, séjour à 500"> (Royat) eau thermale légère, grande amélioration en 4 semaines Depuis, nouvelles de guèrison complète.

OBSERVATION XIV. due au Di Levillatn. Neurasthénie, Arthrittsme.

C... de C..., avocat 31 ans. Vivant dans ses propriétés et s'occupant très activement de questions sociales et agricoles.

A. H. arthritisme, migraines chez la mère, rhumatisme chez le grandpère maternel.

A. P. lui-même a eu à diverses reprises, des poussées d'eczéma, toutefois se porte habituellement très bien, physionomie respirant la santé, dehors très mondains, plein d'entrain et d'apparente gaité : car, au fond de lui, couve un chagriti profond du à la mort imprévue de sa jeune femme, chagrin qui parait avoir présidé à l'éclosion de ses malaises ; ils datent de cette époque et sont caractérisés par de la céphalée à forme de pression et de constriction, de l'insomnie ou des sommeils troublés par d'affreux cauchemars, le matin il se réveille hrisé, avec amyosthénie douloureuse, la tête lourde, les idées confuses et la sensation intracrânienne d'une outre pleine à en crever.

Il n'a plus la môme énergie qu'autrefois, ni le même zèle pour l'étude des questions qui le passionnaient. Il dissimule sous un extérieur élégant, une tristesse et un découragement profonds. L'éducation de son fils et ses convictions le rattachent seules à la vie; car il est hanté par des idées de suicide. Les désirs génitaux, autrefois intenses, font complètement défaut; constipation, pas de troubles dyspeptiques autres qu'un peu de gonflement après les repas, de temps en temps, accès de fièvre, dont l'un fut un jour, immédiatement enrayé par le bain statique.

Traitement franklinique simple, disparition delà céphalée et de l'amyosthénie qui était un des phénomènes dominants; sommeil de 6 heures,

iV'vos moins fréquents et moins tristes et surtout guérison complèted'une parésie des meml)res inférieurs que lo malade trainait avant le trnit( ment.

OBSERVATION XV, due au DrLEviLLAiN. hi/stéro-neîirasthénie.

Art/irilisme

M""" Bu... 40 ans rentière, mariée à 23 ans, pas d'enfants.

A. H. Père rhumatisant et névropathe, mère très nerveuse, oncle ayant eu de la « faiblesse cérél)ral3, avec scrupules exagérés. »

A. P.migraines avec vomissements dès sa jeunesse, mais en dehors de cela très bonne santé, aucune maladie ni trouble spécial jusqu'à l'âge de 35 ans où sa mère meurt rapidement de congestion pulmonaire.

Alors émotion momie ivès vive et début d'une série d'accidents divers constituant un mélange de désoidres gastriques et neurasthéniques dont les plus saillants ont été des troubles de la sensibilité, sensation de froid et d'engourdissement dans les membres inférieurs qu'elle ne pouvait réchaulïer,même en pleine été •.prostration psychique et physique considérable l'obligeani» à garder le lit ; crises de larmes, vomissemetns à tout propos sous l'influence de la plus petite contrariété. État mental de tristesse et d'insousiance refusant de voir qui que ce fût même ses parents et son mdix'wpseudo-rjrossesse avec développement de l'abdomen, gonflement des seins, arrêts des règles, et guérie subitement dans une crise de colère contre son médecin ; celui-ci lui ayant annoncé brutalement quelle n'était pas enceinte ;r-eii/irtiee, pression, bandeau de fer, impossible de trouvera assembler ses idées ; plaque cervicale et sacrée ; troubles gastriques dlge^^xoTiB lentes, ballonnement et rougeurs du visage après les repas, sommeil assez bon, mais rêves fréquents et toujours pénibles-

Amiosthénie du matin tellement accusée qu'elle a le plus grand mal à se lever. Etat vertigineux permanent, légère agoraphobie ; pas de stigmates permanents de l'hystérie.

Franklinisation, cure thermale, peu d'amélioration immédiate, atténuation de la plupart des troubles neurasthéniques à la suite d'une nouvelle cure électro-statique.

OBSERVATION XVI, due nu D' Lf.vill.mn. Neurasthénie. A rthnlisme. Gam. banquier.. 44 ans.

Dès l'enfance, bronchites fréquentes et crises d'asthme nocturnes. Ces accès dC asthme ont disparu à l'Age de 34 ans et ont été remplacés par des accès de migraine :àQXem^Q en temps a présenté des plaques d'herpès aux lèvres et à la verge.

Vétat neurasthénique qu'il présente actuellement paraît ne s'être développé qu'a la suite cVémotions morales très pénibles : d'abord la perte d'une femme très aimée : « dès le lendemain de la mort, dit-il, je fus pris d'une sorte d'engourdissement général, d'alfaissement profond, avec frayeur pour la santé de mon enfant ». Un an après cet enfant mourut subitement la nuit au cours d'une crise convulsive et c'est de là que date la céphalée permanente, en forme de casque, quelquefois unilatérale, à prédominance frontale.

Le sommeil est assez bon, mais très agité par des rêves pénibles. Au réveil c'est un sentiment de découragement, de lassitude profonde, de dégoût de la vie.

Sensations de fatigue musculaire très accusées surtout le matin et dans les membres inférieurs.

Troubles gastriques. Gonflement l'obligeant chaque jour à se déboutonner, renvois fréquents, constipation opiniâtre.

Etat menfa^ :hyperexcitabilité considérable, colères violentes pour des niaiseries, pleure comme un enfant, ne tient pas en place, idées noires, etc..

Un nouveau mariage, dans des conditions fâcheuses (femme trop jeune, famille désagréable) n'ont fait qu'aggraver tous ces phénomènes au point que le malade a dû renoncer à ses occupations.

OBSERVATION XVII. (Personnelle) Neurasthénie cérébro-cardiaqu* .

Madame S. 22 ans.

A. H. Père et mère nerveux.

A. P. Maladies de l'enfance bénignes, rougeole, varicelle. A onze ans quelques troubles gastriques.

Très iniprcssionnble, elle est frappée de In mort d'iino de ses comp:v gnes de pension vers l'âge de 12 ans. Alors les idées mystiques et religieuses s emparent de la jeune lille. D'une gaieté apparente on société, elle ne coniie ses peines intimes qu^'i ses amies et ne laisse rien paraître de ses accès de mélancolie.

Profondément el longtemps contrarie dans ses projets et ses affections, vers l'âge de 18 ans, les troubles nerveux s'accentuent de plus en plus et bientôt la neurasthénie se confirme. Le début de la névrose est assez lent. Ce ne sont d'abord que quelques symptômes vagues : vide cérébral, insomnie avec cauchemars, pholjies diverses principalement photophobie, nosophobie, angoraphobie el phophopliobie, puis apparaissent les véritables manifestations de la névrose cérébro-cardiaque.

Mme S. accuse des palpitations des sensations angoissantes d'angine de poitrine. Deux fois elle a des vertiges qui aboutissent presque â la syncope.

La céphalalgie est intense la malade se plaint d'avoir la tiHe serrée comme dans un étau sa tête se prend, comme elle le dit. Bientôt elle est hantée par la crainte d'être gravement malade, elle s'occupe continuellement de sa santé et tourne à la véritable hypocondrie. Elle a ressenti à un tel point la sensation du vague cérébral qu'elle raconte avoir été à certains moments obligée de se secouer violemment pour se rappeler à Vexistence (expression de la malade). L'aspect du monde extérieur lui paraît changé, la maladé dit à son entourage qu'elle n'est plus elle.

Un séjour de quelque temps à la campagne améliore l'état de Mme S. mais bientôt survient une lièvre scarlatine à 19 ans qui ramène à nouveau une recrudescence de la névrose.

Mme S. se marie peu de temps après, à vingt ans, et le mariageexerce sur elle une influence salutaire, la plupart des phobies s'atténuent.

Un traitement tonique {suralimentation) et sédatif par le bromure de potassium à la dose de quatre grammes par jour pendant trois mois avec douches froides très courtes, quinze secondes en jet ris e, fait dis" paraître la plupart des symptômes de la névrose ;les palpitations, seules, paraissent vouloir persister : bien que leurs manifestations soient moins fréquentes.

OBSERVATION XVIIl. Neurasthénie. Accès d'angine de poitrine ; obs. due à notre ami M. Cautru, interne des hôpitaux.

C. industriel, 50 ans. Arthritique, rien à signaler dans l'enfance. Dans l'âge adulte ; migraines fréquentes, hémorrhoïdes, eczéma, constipation opiniâtre.

Malgré un travail physique très dur, des voyages répétés, des veilles prolongées, nécessités par une industrie pénible C. a toujours joui d'une bonne santé et était d'une gaîté remarquée de tous. Les affaires allaient bien, C. voyait sa fortune prospérer.

Mais il y a 10 ans à la suite (Veniiuis prolongés, de perles d'argent, C. devint triste en pensant que ses enfants pourraient en souffrir. Il oui dès cette époque une idée fixe: la crainte de la ruine. G. passe une partie des nuits assis sur son lit, livré à des idées noires. Jamais il ne dort plus de 3 heures chaque nuit.

Après des alternatives de gaîté et de tristesse sombre coïncidant toujours avec l'état de son industrie C, à la suite de nouveaux ennuis fut pris, au mois de décembre 1890, ettout à coup, de crises de fausse angine de poitrine qui se répétaient 2 à. 3 fois jaar jour. Les crises débutaient par une sensation de constriction au niveau des poignets puis le long des bras et enfin une douleur violente, atroce, au niveau de la région cardiaque «'irradiant jusque dans la région épigastrique. Cette douleur s'accompagnait de pâleur du visage, arrêt presque complet delà respiration, sueurs froides, et quelques minutes après, tout était fini. Ces crises durèrent 15 jours à 3 semaines. En même temps un amaigrissement notable commença, C. perdit 33 livres en quelques mois.

Insomnie, cauchemars avec réveils brusques C. se préoccupe alors de son amaigrissement, il se croit atteint d'une maladie grave, craint la mort surtout pour les siens. Il vient consulter le professeur Hayem qui ne lui trouve rien.

En môme temps la virilité diminue.

Cet état d'amaigrissement, ces insomnies, ces céphalées, ces cauchemars, cette amj^osthénie, cet affaiblissement du sons génital, dnréi'cnt six mois environ avec des périodes de calme et des reclinlos.

Puis lessoucis ayMiit presque complètement cessé, G. retrouve le calme et sa santé s'améliore peu à peu.

Aucun des phénomènes précités ne persiste sauf un état d'inquiétude qui s'exaspère quand G. a des craintes au sujet de sa fortune.

Aujourd'hui l'état général est bon et G. ne ressemble en rien à c-^ qu'il était pendant sa période de neurasthénie.

OBSERVATION XIX. Neuraslhë'iie . Obsessio7is professionnelles.

(Dr Levillâin.)

Rouss. 37, grand industriel.

Hérédité névrosique,mère hystérique et arthritique, oncle goutteux.Surmenage intellectuel très manifeste ayant, dès l'âge de 20 ans, déterminé des céphalées passagères (douleurs sourdes de pression, avec incapacité de tout travail intellectuel) ; à 31 ans vives préoccupations d'affaires, gros soucis d'intérêts et c'est alors qu'apparaissent les troubles gastriques longtemps considérés comme primitifs et «pourtant, disait le mal ade,quand je suis tranquille, sans préoccupations ni soucis, je mange bien et digère parfaitement ». Autrement, gonflement très pénible après les repas, renvois, gaz intestinaux et constipation. Depuis ont. apparu succe.ssivement ime rachialgie intense qui a fait mettre des pointes de feu, une amyosthénie surtout accusée dans les membres inférieurs, des insomnies f)-équentes avec obsessions professionnelles, une diminution notable de mémoire, de l'impuissance génitale, des vertiges presque continuels que le malade attribue à de grands soucis d'affaires qui les ont précédés, une hyperexcitabilité sensorielle et mentale très intense, avec incapacité de travail l'ayant obligé à quitter ses alïaires, de l'irritabilité du caractère avec indécision, violences, découragement, émotivité. Ces phénomènes multiples ont été considérablement atténués par la cure climatérique thermale et franklinique : les vertiges, l'amyosthénie et la céphalée sont disparus : le caractère s'est notablement amélioré.

OBSERVATION XX. Neurasthénie, AnUiropophobif. Trouhle^ cjas/ri-

ques. (Hrrzog.) (1)

M..., barbier; rien du côté de ses antécédents héréditaires. Aurait déjà souffert de l'estomac avant 1883.

Douleur, renvois, pyrosis, malaises et vomissements qui se produisent de temps en temps; ces troubles réapparaissent à intervalles éloignés. Le malade attribue son état à clea chagrins considérables {amour contrarié, suicide d'un de ses parents), il s'effraie facilement, aune sensation d'angoisse dans la rue, en présence de la foule, souvent une sensation de boule à l'estomac et des chatouillements au front, comme si une mouche s'y promenait.

Appétit capricieux, langue chargée : alternatives de diarrhée et de constipation. Renvois, sensation vague dans la région de l'estomac, mauvais goût dans la bouche. Le malade donne l'impression d'un homme rangé et on peut le croire (juand il affirme qu'il n'a jamais fait d'excès. On ne trouve aucune lésion organique.

Examen : Réactions de coloration

Pas de réaction de l'acide lactique, Acidité totale 2,54.

Motricité. — Au bout de~ deux heures, l'estomac n'a éliminé qne 33 gr. 45 d'huile sur 100 grammes.

OBSERVATION XXI. (Personnelle). Neurasthénie. Nosophobie.

X... employé. A. H. Père robuste, sanguin, alcoolique, mort d'hémorrhagie cérébrale à 60 ans.

Mère vit encore, 62 ans, bonne santé.

A. P. Rougeole à 3 ans, onanisme dés l'enfance. A 18 ans, excès sexuels; àce moment violente contrariété, son père l'ayant forcé malaré lui à prendre le métier de charpentier. - Névralgies, palpitations "de cœur, idées de persécution, il se figure que son père veut le torturer • angoisses, fausse angine de poitrine.

(1) Th. MouNiRR. Paris 1890.

A 28 ans, il quitte sou inétier de cliarpentier i»our reprendre ses études mais il constate que sa mémoire est fortement ali'ailjlie. A 27 ans il demande une jeune fille en mariage et comme il fait des pertes d'argent sérieuses, les parents de la jeune fille s'opposent à cette union, dès ce moment, son état s'aggi-ave, il est pris de phobies, en particulier de la peur des maladies. Malgré son caractère doux, il s'impatiente facilement, devient très sensible à la joie comme à la douleur, est très agité au moment de ses examens, pense toujours à l'avenir et craint continuellement de tomber malade. Alors, il a de l'insomnie, de l'amyosthénie, des mouvements fibrillaires des muscles, de la céphalée frontale qu'il compare à un cercle de fer lui étreignant la tête. Il est sujet à l'embarras gastrique ; son ventre se ballonne, il a des alternatives de diarrhée et de constipation, langue sale, etc., puis douleurs rhumatoïdes.

A la suitede nouveaux ennuis à l'occasion de la perte d'une propriété, les phénomènes s' accentuent,le sommeil devient de plus en plus léger,troublé par des cauchemars. Impuissance. Plaques d'hyperesthésie cutanée, ce qui fait qu'à certains moments, il ne peut plus même supporter le poids de ses draps. — Les digestions sont pénibles, sa figure rougit après les repas, tremblement accusé de la langue, perte de la suite de ses idées pendant la conversation, troubles sexuels très prononcés, spermatorrhée.

OBSERVATION XXIl. Neurasthénie. Claustrophobie. (Levillain.) Sir. 44 ans, s. p. - A. i? et P. arthritiques.

Bien portant jusqu'à 30 ans. Alors, émotion vive, (mort rapide de son frère), début par rachialgie et paresse des membres inférieurs puis apparaît l'a céphalée, les insomnies, l'irritabilité, l'émotivité du caractère, la pathophobie d'une myélite, la claustrophobie (n'a jamais pu monter à la tour Eifiel à cause de l'étroitesse des cages de l'ascenseur; 10 fois y est entré, 10 fois en est sorti) quelques vertiges, des troubles gastriques légers et intermittents (inappétence,ballonnement), de l'impuissance sexuelle et un état de découragement profond et d'asthénie générale qui lui donnent des idées de suicide, mais il avoue n'avoir pas le courage nécessaire pour les mettre à exécution.

OBSERVATION XXUl. Neicrasthénie. Peurs morbides Traitement parle bromure de potass ium, amétioralion.Ohs. due à l'obligeance de notre ami Gauïru, interne des Hôpitaux.

G R. 51 ans, négociant.

Mère morte de cancer du sein, père mort de vieillesse. Deux frères à intelligence peu développée. Deux sœurs nerveuses ; a eu quatre fils, tous nerveux.

Rien du côté des antécédents pathologiques.

A la tête d'une grande maison de commerce de Paris, C... a toujours vu ses aft'aires prospérer et jouit d'une belle fortune. Tout allait bien, quand il y a quatre ans, il vint à éprouver une perte d'argent considérable; la grande émotion qu'il en éprouva mit G. dans un état mental tout particulier.

Il devint sombre, éprouva des céphalalgies intenses avec douleurs constrictives et térébrantes au niveau du frontal gauche; ces douleurs s'accompagnaient de peurs morbides. Il avait peur d'être compromis dans des affaires politiques, peur du feu, faisait à chaque instant visiter sa maison, reviser ses polices d'assurance.

Insomnies, rêves pénibles, réveil en sursaut. Le séjour à la campagne avec la chasse et la pèche pour distractions, améliora beaucoup son état. Revenu à Paris, les troubles mentaux reparaissent avec plus ou moins d'intensité, mais cependant atténués.

G... prend tous les jours 4 ou 5 grammes de bromure de potassium et depuis il s'est produit une amélioration considérable de tous les symptômes.

OBSERVATION XXIV. Neurasthénie, Peurs morbides. (Levillain) M me T. . . 40 ans.

Début de la neurasthénie quelques années après son mariage - préoccupations d'affaires — ennui de ne pas avoir d'enfants. Vive inquiétude à la suitp d'une bronchite ayant duré plusieurs mois. Contrariétés assez vives avec son mari, hérédité névroi)athique et arthritique.

Céphalée légère «.Ihabitude mais accès de migraine à la suite d'émotions énibles. Insomnie liabituelle, amyosthénie matutinalerobligeantà garder la chaise longue. Troubles gastriques, rougeurs du visage, ballonnement après les repas, ra<;hialgie intense, syncopes nocturnes la réveillant en sursaut avec peur de la mort. Etat mental hypocondriaque, tristesses, larmes, irritabilité et colères, appétence exagérée pour l'éther et les stimulants en général... aucune lésion organique.

OBSERVATION XXV. (Personnelle). Neurasthénie. Peurs morbides.

D. C. qui a rempli les fonctions les plus diverses, vient du service du Di- Ballet à Saint-Antoine, où il a été. traité comme alcoolique.

C'est un individu intelligent, lettré, parlant trois langues, qui, à 16 ans, commença à souffrir moralement et physiquement à la suite de revers de fortune, k 18 ans,apparaissentles premiers symptômes de la maladie. Il a delà céphalalgie, en casque, des douleurs fulgurantes dans le bras gauche, des vertiges, des crises de gastralgie, affaiblissement musculaire, il devient timide, n'ose plus parler dans la crainte du ridicule.

Ennuyé de voir sa famille dans la misère il vient à Paris, se place employé de commerce, sa situation s'améliore, son état de santé s'en ressent et la plupart des symptômes disparaissent, il ne reste qu'un peu d'insomnie et de temps à autres, des crises de gastralgie. Il a cependant toujours cette peur du ridicule qui l'empêche de parler ; il craint qu'on ne 86 moque de lui parce qu'il bégaye.

En 1870, il s'engage et assiste au siège de Paris; malgré la fatigue, les privations, sa santé s'est complètement rétablie, tous les symptômes ont disparu. Après la guerre, il se place comme gérant d'une maison de bijouterie et l'état de santé reste satisfaisant pendant deux ans, mais à cette époque surviennent des revers de fortune qui le replongent dans la misère la plus noire. Il ne peut trouver aucune place, il végète, vivant au jour le jour et n'ayant pas toujours de quoi manger.

Les symptômes neurasthéniques sont réapparus dans toute leur intensité ; les crises de gastralgie sont presque permanentes; pas de sommeil, des rêves affreux, une incapacité complète de travail physique ou Intel-

lecluel, la mémoire a diminué ; céphalalgie et rnchialgie intenses ; appétit presque complètement perdu, amaigrissement considérable. C'est dans cet état que le malade entre à l'hôpital Saint-Louis.

OBSERVATION XXVI. (Personnelle). Neurasthénie. Agoraphobie.

J... B... Toujours bien portant jusqu'en 1878 où il eut la fièvre typhoïde, étant au régiment.

Au mois de juin 1880, à la suite de travaux excessifs et de chagrins de famille, B... éprouve des symptômes de neurasthénie : douleur, à la nuque; incapacité intellectuelle, le malade ne peut écrire une lettre, si ce n'est sous la dictée. Agoraphobie. Vertiges.

Traité en Angleterre pour tout autre chose que la neurasthénie, le malade revient en France et la fatigue du voyage occasionna chez lui une grande surrexcitabilité cérébrale. Traité alors à La Rochelle par le bromure et les douches, il est rétabli au bout de deux mois et achevé sa convalescence à la campagne.

Revenu à Paris, il installe un commerce, qui ne réussit guère, éprouve des déceptions et en juillet 89 retombe malade (prostration et abattement). Il entre alors à Cochin, dans le service de M. Dujardin-Baumetz, où il se rétablit après quatre mois de traitement.

Une fois guéri, notre malade se lance dans le journalisme, où il se surmène outre mesure. Nouvelle attaque de neurasthénie traitée à- Beaujon par le D'' Hirtz qui diagnostique « Neurasthénie » et administre le bromure et les douches. De Beaujon, le malade passa à la Pitié, chez le Dr Gilbert qui porta le même diagnostic « Neurasthénie » et lui fait prendre du bromure de potassium et du sirop d'opium.

Rétabli après quelques jnois de traitement le malade a repris sa vie habituelle et est devenu beaucoup plus calmeet moins excitable, il paraît pour le moment complètement guéri.

L'agoraphobie que ce malade accusa à une certaine période de sa maladie, présente cela de particulier, c'est que ce n'était pas une impulsion comme celle qu'on observe dans les psychoses. Le malade le dit lui-môme :

« J'étais d'une faiblesse extrême, j'avais peur d'aller dans la rue, au restaui-ant, de traverser une voie, craignant de ne pas y arriver » en un mot, il raisonnait sa peur.

OBSERVATION XXVII. Due au D' Levillain. Neurasthénie. Monophobie.

Spi.k2ans grand commerçant à Boston. Célibataire, pas d'excès sexuels ni alcooliques, pas d'antécédents héréditaires, parents encore vivants et très-sains, homme d'apparence robuste, était^à la tète de grande industrie avec associé : or celui-ci tombe malade et on doit l'enfermer. M.Spi. est d'abord très frappé par la maladie de son associé dont la brusque disparition laisse toute la responsabilité de la maison entre les mains de M. Spi. : d'où surmenage d'affaires et vives préoccupations.

Peu ù peu il sent son énergie diminuer, le courage lui manquer pour son entreprise : il est de plus en plus au-dessous de la tâche qui lui est incombée : ses préoccupations et ses soucis redoublent. Un beau jour il est à bout de forces et quitte les affaires pour se reposer pendant quelques mois : puis il s'y remet et peu à peu apparaissent les symptômes de la neurasthénie.

Cep/iaZee : sensation de vide dans toute la tête, pesanteur surlevertex, impossibilité de travailler sans augmenter cette céphalée.

Troubles gastriques légers : inappétence, gonflement et renvois après les repas, constipation habituelle.

Asthénie générale : n'a pas le courage de faire ses courses se fatigue très vite, amyosthénie matutinale.

Somm eil, insomnie au début, puis réveils en sursaut avec sensations d'angoisse et frayeur d'être seul, la monophobie est ici très accusée, au point que le malade a dû faire venir son frère de Boston pour lui tenir compagnie pendant sa cure de Royat : cet américain aux grandes entreprises, a besoin d'être gardé la nuit comme un enfant.

Etat mental : en outre de la monophobie, instabilité de caractère, colères, impatiences, tristesse, émotivitè exagérée, larmes très faciles.

Absence complète de désirs sexuels, pas d'érection ni de pollution. Amélioration notable par la franklinisation et une cure thermale de 3 semaines complétée par une cure d'altitude à TOOm .

OBSERVATION XXVIII . Neurasthénie-Hypocondrie. Obs. due à M. Dufournier. interne des hôpitaux.

X. entre à la charité dans le service de M. Constantin Paul; il est atteint d'un herpès rebel du gland et dépense tout ce qu'il peut en consultations médicales et produits pharmaceutiques.

Cet homme est neurasthénique, il a de la céphalalgie, de l'hyperesthésie du cuir chevelu, des rêves pénibles, de la difficulté du travail et de l'attention, il est en proie au découragement, se figurant qu'il ne survivra jamais à son affection. Tous ces symptômes ne sont apparu que depuis qu'il est atteint de cet herpès du gland dont il s'affecte beaucoup.

OBSERVATION XXIX. Neurasthénie Hypocondrie. Due à M. Dufournier, interne des hôpitaux.

X. pharmacien qui n'a jamais présenté aucuns troubles morbides, se croit depuis quelques années syphilitique. Poursuivi par cette idée, il attribue à cette maladie tous les symptômes qu'il éprouve.

Il est sujet aux migraines, aux douleurs delà nuque, éprouve des crises de gastralgie et accuse surtout un affaiblissement général qui fait qu'il ne peut supporter la moindre fatigue ; il est devenu mélancolique.

Ces symptômes qui relèvent delà neurasthénie, il les attribue à la syphilis et ne veut suivre aucun autre traitement que le traitement antisyphililique ; cependant on n'a pu jamais trouver chez lui la moindre trace de syphilis pas plus dans ses antécédents que sur son corps.

OBSERVATION XXX. Neurasthénie, arthritisme , Jiypocondrie ,

(Levillain).

Mme Rch. 31 ans, Martiniquaise, père névropathe, mère arthritique, très bien portante jusqu'à 28 ans, époque à laquelle un de ses enfants fait une fièvre typhoïde grave, inqiétudes très cives et nuits passées au chevet du malade.

Début par troubles gastriques (pesanteur et renvois), puis au cours d'un voyage en mer, abordage du paquebot et danger de naufrage, émoion vive, la neurasthénie s'accuse alors rapidement : céphalalgie et névralgie générale vague, sensation de pression sur le vertex et de visière sur le front et les yeux. Rachialgie, sommeil assez bon, peu damyosthénie, ballonnement et renvois après le repas, légère dilatation stomacale, état mental hypocondriaque, très préoccupée ; tristesse et larmes faciles, iriitabilité très vive, impressions sensorielles très pénibles.

Cure thermale à Royat et franklinisation ; au bout de 20 jours amélioration. Lorsque arriva la nouvelle du terrible cyclone de la Martinique (août 91) rechute immédiate et aggravation notable de tous les pliénomènes qui s'étaient atténués.

OBSERVATION XXXI. Neurasthénie traumatique . (Levillâin. )

X. jeune docteur surmené par la clientèle, présentait depuis quelques temps des symptômes d'une lassitude très grande, c'était de l'affaiblissement musculaire et une certaine paresse intellectuelle, mais tout cela n'était pas suffisamment accusé pour empêcher X de s'adonner à sa profession .

Un soir X fait une chute dans l'escalier, il éprouve une vive frayeur se croit mortellement blessé, quoiqu'il n'ait reçu que quelques égrutignures.

A partir de ce jour se développent avec la plus grande intensité tous les symptômes de la neurasthénie la mieux confirmée.

C'est d'abord la céphalalgie [en casque, persistante, tenace, affaiblissement musculaire excessif ne permettant au malade aucun effort.

Troubles dyspeptiques accusés, flatulence, gastralgie, perte d'appétit.

Sommeil léger avec rêves pénibles. Hyperesthésie cutanée surtout au niveau de sa blessure du cuir chevelu. L'état mental est aussi notablement troublé, X... se figure qu'il va mourir, ne se préoccupe que de sa santé et se trouve dans l'impossibilité de se livrer à aucun travail intellectuel.

Cet état dure depuis 3 mois avec des améliorations et des recrudescences de la maladie.

OBSERVATION XXXII. {Pev^onnelle). Neurasthénie. Hypocondrie.

B. étudiant en pharmacie a toujours joui d'une excellente santé. Pendant ses études il contracta une blennorrhagie qui laissa subsister une ooutte militaire, B. n'éprouva oucun trouble neurasthénique pendant tout le temps qu'il séjourna à Paris.

Mais, sur le point de se marier, il s'inquiéta des conséquences que pouvait avoir pour sa femme sa blennorrhagie rebelle à tout traitement. Cette idée le poursuit partout, le hante continuellement et il no tarde pas à entrer dans la neurasthénie la plus noire.

Insomnie, rachialgie avec plaque sacrée. Céphalalgie. Sensations de fatigue et de courbature douloureuses. Troubles gastriques, flatulence, congestion de la face après les repas.

Impotence fonctionnelle du cerveau. Découragement complet qui fait que le malade voit sa position et son avenir perdus. Hypocondrie qui fait que B. s'occupe continuellement de son affection.

Palpitations surtout nocturnes avec sensations d'angoisses.Cet état persista avec intensité pendant plusieurs mois; le bromure de potassium à dose de 4 grammes par jour pendant un mois, une nourriture substantielle et des douches quotidiennes ont beaucoup amélioré B. qui s'affecte maintenant ])eaucoup moins de son état.

OBSERVATION XXXIII. Neurasthénie. Crises douloicreuses {i).

X. n'avait pas d'antécédents nerveux héréditaires ni personnels. 11 eut une lièvre typhoïde grave à forme ataxo-adynamique, vers l'âge de quinze ans. Il lui était resté consécutivement à cette maladie un catarrhe chronique de l'oreille droite. Signalons encore ce fait que le malade avait des hémorrhoïdes qui causaient, de temps en temps, des pertes sanguines considérables.

Bien portant jusqu'à l'âge de 31 ans, il avait éprouvé entre 24 et 30

(1) MouNiER Th. Paris 1890 d'ai)rès mémoire du D"" Rémond.

ans, pendant plusieurs années de suite, une série d'ennuis graves de tout genre.

A 31 ans, environ, il fut atteint pour la première fois d'une crise gastrique nette, qui fut suivie jusqu'à sa mort d'un grand nombre de crises semblables. Elles siégeaient au creux épigastrique avec irradiations douloureuses dans le dos et vers les membres supérieurs. L'intensité de la douleur était telle que le malade criait ou se plaignait presque sans interruption.

Au début, ses soulfrances duraient environ 6 heures; plus tard, elles se prolongeaient quelquefois, avec des intervalles de rémissions et de paroxysme jusqu'à 60 heures.

Leur retour était irrégulier; le malade vomissait peu, difficilement, et cette complication ne se produisit que quelques fois pendant le cours de la maladie. Ces crises étaient provoquées par une contrariété, une colère, une fatigue intellectuelle sérieuse, une excitation morale quelconque. Leur évolution était d'ailleurs quelquefois retardée par la volonté du malade ; ou, en d'autres termes, quand, au cours d'une crise, il était distrait d'une façon violente, les douleurs cessaient, pour ne reprendre que lorsque la cause perturbatrice avait disparu et suivre alors leur cours régulier.

Le malade n'a jamais eu d'affection hépatique, jamais d'ictére. L'estomac était sain dans l'intervalle des crises. Jamais il n'y eut d'hématémése, jamais de mélœna, et la santé du malade restait parfaite en dehors des périodes douloureuses à l'exception d'une constipation légère. Celle-ci augmentait pendant les crises.

Le système nerveux était intact, le réflexe rotulien conservé; jamais le malade n'a ressenti de douleurs fulgurantes; jamais il n'a éprouvé de troubles du côté des organes des sens ; enfin il n'y avait pas de signes d'athérome, ni d'angine de poitrine.

Les crises commençaient à s'espacer, et à se faire de plus en plus rares, lorsque le malade se trouva de nouveau en proie à des inquiétudes et à des souffrances morales extrêmement vives. Ces ennuis qui durèrent plus d'un an, amenèrent une recrudescence notable dans l'intensité et la durée des crises : enfin le malade mourut à 52 ans, brusquement sidéré à la suite d'un accès plus violent que les autres.

Les crises survenaient tantôt brusquement, tantôt après quelques symptômes prémonitoires, consistant en pesanteur stomacale ou en migraine ophtlialmique. Enfm elles étaient fréquentes, lorsque le malade était épuisé par un tlux hémorrhoïdaire abondant.

OBSERVATION XXXIV. Neurasthénie. Forme à accès. Impulsions

génitales. (Levillain.;

Lar. Eng. avoué. 84 ans.

Souffre des symptômes classiques de la neurasthénie depuis 3 ans» Céphalée (lourdeur et vide) presque constante, impuissance inlellectiielle, hypomnésie très accusée, insomnies fréquentes avec cauchemars et rêves génitaux, troubles gastriques (crampes et ballonnement), amyosthénietrés intense le matin au point d'être obliiié de s'asseoir pour faire sa toilette, diminution de l'énergie morale, abattement, irritabilité, etc.

Mais ces phénomènes se produisent ou redoublent d'intensité sou forme de véritables accès en général provoqués par une émotion morales C'est ainsi que ce malade qui est un génital, avoue que s'il désire unefemme et la poursuit sans résultat, il entre bientôt dans un de ces accès vraiment aigus qui l'empêchent de continuer ses occupations pendant quelques jours.

OBSERVATION XXXV. Neurasthénie, Troubles mentaux. Obs. due à l'obligeance de M. Oreillard, interne des hôpitaux.

X..., 34 ans. Vint, il y a dix ans environ à Paris II prend une maîtresse dont il a un enfant, ce qui lui occasionne des ennuis du côté de sa famille. Il est alors obligé de se suffire seul avec son faible traitement de clerc de notaire.

Bientôt il commence à se plaindre de phénomènes du côté du cœur, analogues aux fausses attaques d'angine de poitrine, accès de palpitations qui le forçaient, disait-il t'i s'aliter. 11 vit à ce moment de nombreux médecins, qui tous s'accordaient pour ne rien lui trouver. On lui conseilla les douches et la distraction.

Cet état persiste plusieurs années pendant lesquelles les phénomènes ne firent que s'accentuer : insomnies, maux de tête, idées noires, accès de découragement ; puis les phénomènes changèrent de caractère. Il fut pris de douleurs de reins, engourdissement dans les jambes, comme s'il eut été atteint d'une maladie de la moelle. Il consulta toutes les célébrités médicales dont il «"ixigeait des certificats. Les médecins ne voyaient en lui qu'un neurasthénique. « C'est pour me tranquilliser, disait-il, qu'on me donne des certificats, mais je sens bien mon mal » et de luimême, il se fait appliquer de chaque côté de la colonne vertébrale, une série de cautères à la pâte de Vienne, larges comme une pièce de cinq francs et part à Lamalou, faire une saison. Là-bas, il voit des ataxiques, cause avec eux, tant et si bien qu'à son retour il ressent tous les symptômes du tabès dorsalis: l'incoordination des mouvements, la sensation de tapis, les douleurs fulgurantes, n'avaient i)lus rien d'inoonnu pour lui. Malgré tous ces symptômes, dont il se plaignait surtout lorsqu'il était livré à lui-même, qu'il oubliait lorsqu'on savait le distraire, il fournissait encore une somme très suffisante de travail et il devint premier clerc dans une des grandes études de Paris.

Peu à peu les phénomènes d'ataxie disparurent de son imagination et son attention se tourna vers l'appareil respiratoire : il se crut tuberculeux. Il faisait, chaque jour, examiner ses crachats, il fut pris d'étouffements, de toux quinteuses, surtout le matin, d'extinctions de voix, de sueurs nocturnes, de points de côté, (etc) . En plein été, vêtu de fourrures, de gilets de laine ; venait-on, à lui parler il ne répondait qu'à voix basse, parlait la main au niveau du larynx, comme quelqu'un que la parole fatigue, puis au cours de la conversation, s'il s'animait peu à peu, il oubliait tout et causait très bien une heure ou deux sans fatigue ; la discussion venait-elle à languir, il s'attendrissait sur son sort, disant : « J'ai tort de causer tant, je paierai cela demain ».

Il vit alors une nouvelle série de médecins et aucun ne lui trouva même un râle dans la poitrine.

Malgré cela, il exigea d'un de ses amis, étudiant en médecine, qu'il lui mit des pointes de feu. Il ne les trouvait jamais ni assez abondantes, ni assez profondes. Il se couchait à neuf heures, se levait à huit, mangeait de très bon appétit et fournissait dix heures de travail à son étude, tout

en se trouvant très malade. Bientôt, il passe des journées entières au lit, buvant des tisanes ; on lui olïre une place de clerc principal, car on le savait très intelligent, et très versé dans le droit, il refuse à cause de son faible état de santé ; il quitte même la place qu'il a pour aller dans le midi avec sa maîtresse et son enfant, vivre d'une petite pension que lui fait sa famille.

Sa maîtresse devint à son tour neurasthénique et malade imaginaire. Elle aussi se crut atteinte de tuberculose et une de ses amies ayant eu une salpingite, elle en ressentit tous les symptômes et entra à l'hôpital où il fallut lui faire un simulacre d'opération sous le chloroforme.

OBSERVATION XXXVI. Accidents neurasthéniques. Cancer du foie. Obs. due à l'ol^ligeance de notre ami M . G autru, interne des hôpitaux.

F... industriel. Toujours bien portant jusqu'en 1889, malgré un grand surmenage intellectuel et surtout physique.

En 1880 F... est pris de douleurs lombaires revenant par accès. Cette douleur, quelquefois intolérable, le rend triste et agacé. Une dort plus la nuit et comme il maigrit un peu, que ses forces viriles diminuent beaucoup, il s'inquiète et vient consulter à Paris. L'absence de tout phénomène du côté des organes, foie, reins, poumons, cœur, la conservation des réflexes, la présence de la rachialgie, de l'amyosthénie, de l'insomnie persistante et l'état mental particulier font penser à la neurasthénie.

En 1891, l'état s'est aggravé, il y a dilatation légère de l'estomac et vomissements surtout nocturnes.

Un nouvel examen négatif, pratiqué par deux médecins des hôpitaux fait confirmer le diagnostic de neurasthénie grave. M. F... est envoyé à Royat, tantpourle distraire, que pour lui faire suivre un traitement électro et hydrothérapique.

Sous l'influence du séjour à Royat, des douches électriques, de la distraction, l'état mental s'améliore. F... est moins sombre il souffre moins, il dort un peu mieux, mais il maigrit de trente livres en 22 jours. Il revient à Paris, est examiné à nouveau et l'on ne trouve aucune lésion organique ; le foie ne déborde pas les fausses côtes, les autres organes sont sains également.

Au mois de septemy^re delà même année 1891, c'est-à-dire trois mois après, F. meurt d'un cancer du foie. Au milieu de septembre le foie débordait les fausses côtes d'un travers de main, il était marronne ; et l'on sentait cette fois très nettement les nodosités de sa surface.

OBSERVATION XXXVII. (Personnelle) Neurasthénie. — Amélioration

par hrornure de potassium.

Mme L. W..., souffre pendant l'iiiver d'engelures très douloureuses, en dehors de cette période, elle accuse des sensations de chatouillementtrès pénibles dans les pieds. Obsédée par ces souffrances continuelles, ne pouvant ni sortir, ni aller dans aucune réunion, forcée de porter continuellement des pantoufles et de garder la chambre, elle se frappe de sonétal, et s'en attriste beaucoup, elle tombe bientôt dans la neurasthénie.

Elle se plaint de vide cérébral et de palpitations, elle a de la torpeur intellectuelle et de la faiblesse musculaire. Bientôt elle accuse des troubles gastriques. Gastralgie, tlatulence et inappétence.

L'état d'hypocondrie s'accuse de plus en plus, elle se croit destinée à vivre continuellement dans l'état où elle se trouve. Elle a consulté beaucoup de médecins qui n'ont pu la soulager.

Un traitement au bromure de potassium (4 grammes par jour pendant 2 mois) une alimentation tonique et reconstituante, amènent une amélioration rapide et font disparaître promptement ce début de neurasthénie.

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