‹ Contribution à l’étude des névrites peripheriques infectieuses aiguësChapitre 6 sur 9 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Symptomatologie

Tous les auteurs s'accordent à dire qu'il est impossible de donner de la névrite périphérique un tableau pouvant se rapporter à tous les cas. M. Raymond (1) dit que la symptomatologie delà névrite multiple est très changeante, que la paralysie et l'atrophie musculaire sont les seuls symptômes constants, qu'elle est plus sujette à des variantes, plus polymorphe que la poliomyélite; Eichhorst (2) n'insiste pas moins sur la variabilité des symptômes de cette affection; Hirt (3) dit qu'il n'y a pas de description générale possible. En effet, si l'on parcourt les observatigns on a bientôt fait de s'assurer de cette variabilité.

La description de Raymond est certainement la plus complète et la plus méthodique que nous ayons rencontrée, aussi lui ferons-nous denombreux emprunts,

(1) Raymond. Leçons sur les maladies du système nerveux. Paris, 1889. p. 357 et suiv.

(2) Eichhorst. Pathologie interne. Maladies des nerfs périphériques avec lésion anatomique. 1889, t. III, p. 682 et suiv.

(3) Hirt. Pathologie et thérapeutique des maladies du système nerveux. 1891, p. 377 et suiv.

soit comme plan, soit comme symptômes; car nous croyons utile avant d'examiner nos observations de faire d'après les auteurs un tableau de la polynévrite.

Nous commencerons donc d'abord par les symptômes que l'on rencontre généralement, puis nous étudierons ceux qui ne se montrent que plus rarement.

Souvent la polynévrite débute avec l'apparence d'une maladie infectieuse, par de la fièvre, des sueurs, des frissons intermittents, quelquefois plus insidieusement, ne déterminant que de la gène ou un malaise général, enfin quelquefois les malades ne se plaignent que d'une lassitude insolite, d'une faiblesse générale, surtout dans les membres inférieurs.

Puis surviennent des phénomènes de paresthésie, sensation de froid, d'engourdissement, de fourmillements dans les membres, en même temps qu'apparaissent des douleurs superficielles ou profondes et dans ce cas surtout sar le trajet des nerfs.

Puis survient, si elle n'est déjà apparue, la faiblesse des membres qui vont être atteints, dans certains cas, d'une façon brusque, apoplectiforme ; progressive, au contraire, dans d'autres, aboutissant à la gène des mouvements, à la parésie; le malade est obligé da s'aliter, car ce sont généralement les membres inférieurs qui sont les premiers touchés; les jambes sont le siège d'une paralysie flasque qui va gagner les membres supérieurs.

Nous sommes en présence de la paralysie motrice, les muscles paralysés seront bientôt envahis en masse par l'atrophie en même temps qu'apparaissent les

troubles de la sensibilité (1), anesthésie cutanée, et défaut de localisation des impressions périphériques perçues. Pendant ce temps les douleurs s'exagèrent, douleurs spontanées dans les muscles atrophiés, dou- , leur à la pression sur le trajet des nerfs.

Si l'on a examiné l'état des nerfs et des muscles, on constate que leur excitabilité, soit galvanique, soit faradique, a rapidement diminué, pour faire place à une réaction de dégénérescence que M. Raymond distingue de la réaction de dégénérescence vraie.

Les réflexes cutanés, tendineux, quelquefois même le réflexe testiculaire sont abolis, mais le plus constamment atteint est certainement le réflexe rotulien (2).

Mais, chose remarquable, les sphincters restent généralement indemnes et il n'y a pas d'escarre sacrée, ce qui d'après les auteurs servirait à diff'érencier la polynévrite de la poliomyélite antérieure.

Tels sont les symptômes que l'on rencontre habituellement, mais à ce tableau si simple, il faut ajouter les symptômes insolites et ils sont nombreux.

Nous avons dit que le début peut varier depuis l'apparence d'une maladie infectieuse avec température élevée, jusqu'à l'invasion la plus insidieuse. Un fait signalé par M. Raymond c'est dès le début une accélération du pouls en désaccord complet avec la

(1) Barrs. Des troubles de la sensibilité tactile de la peau dans les névrites périphériques. American Journ. 1889, 2.

(2) H. Eichhorst. Sur la névrite des diabétiques et ses rapports avec la perte du réflexe rotulien. Arch. f. pathol. Anat. u. Physiol. CXXVIII, 1.

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température, accélération qui va en augmentant comme si le pneumogastrique participait aux lésions ; du reste nous verrons dans nos observations des cas de ce genre.

Les troubles de la sensibilité accompagnent généralement les autres manifestations, mais il n'est pas exceptionnel de les trouver très légers (Fuscari, Lunz) (1), ou de n'en pas trouver du tout ce qui rend le diagnostic d'avec la poliomyélite antérieure difficile; dans d'autres cas, comme celui de Grocco, par exemple, on a noté des douleurs en ceinture, ou des douleurs épigastriques, voire même des douleurs viscérales très intenses; des crises gastriques ont été observées par Atwood (2). Enfin la rachialgie a été notée et l'on a voulu faire de ce signe un argument en faveur de la nature infectieuse des névrites périphériques (3).

Mais ce ne sont pas seulement les nerfs des membres qui sont atteints, ce sont ceux du tronc (4), du diaphragme (5), du voile du palais, ceux du larynx et aussi

(1) Lunz. Uber die Affectionen des Nervensystems nach acuten infectiosen Processen. Arch. f. Psych. XVIII, 3, 882.

(2) Atwood. Loc. cit.

(3) Feré. Loc. cit.

(4) Rosenheim. Zup Kenntniss der acuten infectiosen multiplen Neuritis. Arch. f. Psych. XVIII, 3.

(5) Waldo. Paralysie du diaphragme dans deux cas de névrite périphérique. Brit. Med. Journ., 23 juillet 1892.

— Suckling. Notes cliniques sur la paralysie du diaphragme. Brit. Med. Journ., 28 mai 1892.

— Otto Holmer. Un cas de névrite dégénérative avec mort. Eira, 1890. XIV, 7.

comme nous le verrons dans nos observations des nerfs crâniens, sensitifs, comme le nerf optique ou moteurs (1), comme l'oculomoteur commun ou l'oculomoteur externe. On voit alors du strabisme, généralement convergent, du ptosis, du nystagmus, la perte du réflexe lumineux ou de la cécité (2).

Le cerveau lui-même prend part aussi au processus et Ton voit survenir du délire, des hallucinations non seulement chez les alcooliques mais aussi chez des malades ne présentant aucun antécédent de cette nature, comme le prouvent les observations de Ross (3), Korsakow (4), Tilling et une des nôtres.

La paralysie a une marche quelquefois très irréguh'ère; souvent elle frappe un groupe de muscles isolé,

(1) Max Knies. Rapports de l'organe visuel avec les maladies générales. Wiesbaden, 1893.

— Graddy. Névrite crânienne multiple idiopathique. New- York med. record, 1888, 14 avril.

(2) Lœwenfeld. Etiologie de la névrite périphérique. Mûnch. Woch. no 37, 1888, 1889, n» 24.

— Despaignes. Etude sur la paralysie faciale périphérique. Th. de Paris, 1888.

— Uhthoff. Loc. cit.

— Fukula. Loc. cit.

— Dejerine. Névrite motrice généralisée en marche subaiguë avec paralysies des nerfs oculaires et bulbaires. Sem. méd. 29 avril 1891.

— Hubbell. Névrite optique comme forme de névrite périphérique. New-York med. journ. 23 janvier 1892.

(3) Ross. Sur les troubles psychiques de la névrite périphérique. Journ. of ment, se, avril 1890.

(4) Korsakoff. Arch. f. Psychiatrie, 21, 3, II, 17.

d'autres fois un membre, d'autres fois, les quatre rriembres, le tronc et la face (1).

L'atrophie n'est pas toujours précoce, elle peut être tardive, ou peutêtremasquée par une pseudo-hypertrophie ainsi que l'a montré M. Annëquin (2).

La réaction de dégénérescence est la règle, mais on peut voir comme Remak, Baur, Hosslin, la disparition complète de toute excitabilité, de même que Bernhardt (3) a vu la réaction n'être pas modifiée dans deux cas suite d'influenza.

Les réflexes peuvent persister comme dans les cas deKender (4), Bernhardt; ils peuvent rîiême être exagérés comme dans le cas de Finny (5).

Nous avons dit que la miction et là défécation ne présentaient pas de troubles en général, mais il n'en est pas toujours absolument ainsi comme le montre les cas de Schultze, de Muller et de Rossolîmo (6). Dans

(1) Hoffman. Paralysie périphérique isolée sus-scapulaire d'origine rhumatismale. Neurologisches Centralblatt, 1888.

— Ross. Quelques formes de la paralysie après la fièvre typhoïde. Neurol. centr., 1889.

(2) Annequin. Des myopathies pseudo-hypertrophiques d'origine névritique. Lyon méd., n°s 25 et 26, 1891.

(3) Bernhardt. 2 cas de paralysie suite d'influenza. Zeit. f. klin Med. 1890 XVII.

(4) Kender. Polynévrite infectieuse aiguë. Americ, 27 décembre 1891.

(5) Finny. Dublin Journ. of med. science, Janvier 1891, n<» l,p.l.

(6) Rossolimo. Du réflexe anal, sa pathologie et sa physiologie. Neurol. Centr. bl. 1891, 257.

un cas de Eulan le malade avait du tenesme vésical, dans celui de Starr de rincontinence d'urine, et dans celui de Kender, de la rétention.

On a noté également des troubles vasomoteurs, de l'œdème, de la cyanose, un abaissement de la température locale dans les membres atteints (1).

Enfin les troubles sécrétoires et trophiques ne sont pas rares du côté des ongles qui s'exfolient et cassent, fait observé par Vogel et Bielschowsky (2), des poils qui s'allongent et s'hypertrophient, de l'épiderme qui s'épaissit ; enfin parfois des troubles de la sécrétion sudorale, ou d'autres sécrétions comme dans le cas de Rossbach (3), de Brasch (4) et de Feilchenfeld (5). Des troubles trophiques plus curieux ont été signalés par Pitres et Vaillard, et la gangrène des extrémités, parRakhnîaninofï(6). Lœwenfelda vu l'épaississenient des gaines tendineuses, les tenosites, des hypertrophies, le gonflement des articulations et l'œdème

(1) Grocco. Sur un cas de polynévrite avec anasarque. Rivista gen. ital. di clin, nied., 1892, n" 458, p. 74 et 186.

(2) Bielschowsky. Troubles trophiques des ongles dans la névrite périphérique. Neurol. Centralbl. 1890, p. 741.

— Erlenmeyer. Troubles trophiques et sécrétoires de la peau dans la névrite. Centralblatt f. Nerv. 1889, p. 225.

(3) Rossbach. Multiple Neuritis und Urobilinurie. Deutsch. Arch. f. klin Med., B. XLVI, p. 409.

(4) Brasch. Contribution à l'étude des névrites multiples. Neurol. Cent, bl., 1891, p. 260.

(5) Feilchenfeld. Névrite multiple avec glycosurie. Deutsch. med. Woch, 1890, n° 19.

(6) Rakhmaninoff. Contribution à l'étude de la névrite périphérique. Rev. méd., 1892.

périarticulaire, il est vrai chez des malades qui étaient sous l'influence d'une diathèse rhumatismale.

Lœwenfeld a signalé des mouvements involontaires des doigts analogues à ceux de l'athétose, Rernak, qui a observé les mêmes particularités, ies a dénommées mouvements de pianiste. Nous avons vu nousmême des mouvements de ce genre chez un malade du service de M. le professeur Lépine, qui a, du reste, fait à ce sujet une communication à la Société des Sciences médicales de Lyon, ainsi que dans ceux des observations V et XIII.

Remak a observé, chez le même malade, du tremblement des membres à l'occasion de mouvements intentionnels, des grimacements de la face, de l'embarras de la parole.

Enfin, Freund cite une malade ayant du tremblement convulsif d'une jambe, en même temps qu'une paralysie faciale, de l'accélération du pouls, de l'arythmie et de la dvsurie.

Tels sont les symptômes rencontrés dans les cas de polynévrites infectieuses; mais encore ces mêmes symptômes peuvent varier à l'infini, tantôt c'est la sensibilité qui tient le premier rang, tantôt la motilité, tantôt les deux facteurs sont égaux, comme dans les névrites observées au cours de la tuberculose. Quelquefois il semble que certains groupes soient atteints de préférence. Mœbius a remarqué que dans la puerpéralité le médian et le cubital étaient plus souvent frappés, soit tous les deux, soit plus particulièrement à la main droite, dont on fait plus volontiers usage.

Nous allons examiner maintenant nos observations

et, pour cela, nous avons admis que nous pouvions diviser Thisloire de la maladie en trois périodes :

1° Une période dH^ivasion, commençant à l'apparition des phénomènes nerveux et durant tant qu'il vient s'ajouter quelque phénomène nouveau au tableau clinique ;

2° Une période d'élat, durant depuis l'apparition de ce dernier symptôme, jusqu'au -premier signe de régression ;

3* La période de régression, durant de ce moment à la disparition de tout trouble nerveux.

§ 1. PÉRIODE d'invasion.

A la période d'invasion la fièvre est notée sept fois (observations I, III, VI, VII, VIII, IX et X); on note son absence complète deux fois seulement (observations IV et V), les cinq autres fois (observations II, XI, XII, XIII et XIV, nous sommes sans aucun renseignement.

Remarquons que dans les deux cas où l'on note l'apyrexie, on note aussi l'absence de troubles généraux, et dans les deux cas il s'agit de névrite due au surmenage; quant aux cas où la fièvre est notée, nous trouvons des variations de 3S°d à 40°, ce sont ceux pour lesquels nous avons admis une origine nettement infectieuse, et la fièvre, due au processus infectieux, est d'autant plus marquée que les phénomènes névritiques apparaissent à un moment plus rapproché de l'affection initiale ; nous pourrons donc dire que dans les cas où la névrite paraît à la suite d'une maladie nettement microbienne, la fièvre existe en général et est en rapport avec celle qui existait dans l'affection initiale.

A côté de la fièvre nous avons placé immédiatement la recherche de la présence de l'albumine dans les urines de nos malades et nous avons constaté que dans tous les cas les urines avaient été examinées au point de vue de l'albumine, dans beaucoup au point de vue du sucre.

Dans onze observations, les urines sont claires, sans albumine ni sucre. Dans l'observation VII, la recherche de l'albumine était rendue difficile par suite de l'état purulent des urines; enfin deux fois (observations VI et VIII) on note de l'albumine en grande quantité dans les urines à l'entrée du malade. Or les malades des observations VI et VIII étaient des individus où le processus infectieux était des plus nets, que nous avons notés comme atteints manifestement d'influenza. Nous trouverons d'autant moins étonnant que l'albumine ait été constatée, que ces malades ont été vus à une époque peu éloignée de la maladie initiale. Nous conclurons que l'albuminurie, lorsqu'elle existe, est sous la dépendance du processus infectieux et que jamais la présence du sucre n'a été notée dans nos observations.

Les autres troubles généraux sont très variables et nous n'hésitons pas à dire que ce sont les conséquences naturelles de l'affection primitive; troubles digestifs, respirations, etc. quan4 Taffection primitive avait frappé d'abord le tube digestif ou le poumon; mais il ne ressort pas de nos observations qu'il y ait un ensemble symptomatique qui accompagne l'invasion des phénomènes paralytiques. Deux fois cependant et dans des cas bien différents (observations IV et V)

nous notons l'insomnie, laquelle était persistante ; nous ■n'osons pas en faire un symptôme habituel de la névrite périphérique et nous concluerons que la névrite périphérique, dans les cas infectieux comme dans les autres, ne s'accompagne pas dans nos observations de phénomènes généraux marqués, particuliers, personnels, et que ceux que l'on peut observer ne sont qu'un reste de ceux de l'affection initiale.

Dans l'observation V, nous notons comme premier symptôme, apparaissant tout à fait au début, en même temps que trouble moteur ou sensitif, des troubles intellectuels. Ceci nous engage à étudier ce symptôme avant les autres.

Troubles cérébraux. — Nous n'en trouvons que dans un cas, mais si nous nous reportons à cette observation V et à la note dont l'accompagnait M. le Docteur Devic, dans la Province médicale (n"^ 9 et 10, 1892) nous voyons que les cas de psychose, au début ou au cours de la polynévrite, ne sont pas rares, bien que peu connus en France; fréquents dans les cas de névrite, d'origine alcoolique, on les rencontre quelquefois dans les cas de névrite infectieuse (Leyden, Zeii. /wr. klin. Med, 1880. — Vierordt, Jrch. f. Psychiatr. 1883). Notons donc la possibilité de troubles de l'idéation dans les cas de névrite périphérique, même à la période d'invasion.

Douleur. — Les symptômes douloureux semblent être nous ne dirons pas fréquents, mais presque constants dans la névrite périphérique et, en plus, sont des symptômes qui apparaissent de bonne heure. En effet, dans nos quatorze observations nous notons

douze fois la douleur spontanée dans les membres atteints. Dans deux cas, la malade de l'observation I, qui n'a jamais souffert ou du moins dont l'observation esl absolument muette à ce sujet, et le malade de l'observation VII, pour lequel il n'est pas noté de phénomènes douloureux, on trouve que ce symptôme manque; mais, dans la plupart des autres, il semble apparaître le premier; dans une seulement, il vient en seconde ligne (observation II) et dans une autre (observation V^^, la douleur semble être apparue un peu tardivement. Mais pour ce dernier cas nous devons faire une restriction et nous souvenir que l'état mental de la malade devait rendre cette recherche bien difficile. Quant à la nature de la douleur, elle est très variable ; c'est tantôt une simple sensation de fourmillement, tantôt une douleur térébrante, revenant sous forme d'éclair, arrachant des cris aux patients; constante, ou simplement ramenée par la marche, elle semble affecter quelquefois le trajet des nerfs, comme le sciatique, enfin elle est tantôt diffuse : il semble que ce soient les masses musculaires qui sont douloureuses. Quelquefois ce sont les mouvements de la marche qui la réveillent, tantôt la pression même légère des masses musculaires ou des nerfs est douloureuse.

En somme, une douleur variée comme siège, comme forme, comme intensité, mais presque toujours constante et la première en date, voilà ce qui semble résul ter.de nos observations.

Troubles moteurs. — Ce sonteux qui suiventgénéralement le symptôme douleur : ils frappent tantôt les membres inférieurs, lantôt les membres supérieurs,

tantôt les muscles du tronc ou de la tête. Nous pensons que l'étude des troubles moteurs sera mieux placée ù la période d'état, alors qu'elle pourra nous donner un tableau plus complet de l'affection qui nous occupe ; nous n'indiquerons donc ici que l'ordre dans lequel les phénomènes sont apparus et les parties de l'individu atteintes.

DansnostreizecaSjCe sont lesmembresinférieursqui ont été atteints les premiers, au point de vue de la motilité, et cela dans un espace de temps qui a varié de trois jours à deux mois après le début de l'affection commençant par une simple parésie devenant plus ou moins rapidement une paralysie complète, qui rend la marche absolument impossible et arrive finalement à l'immobilité absolue.

Dans 11 cas sur 14, les membres supérieurs sont atteints, toujours après les membres inférieurs; seules les observations I et VI ne présentent pas de troubles de la motilité du côté des membres supérieurs. Une fois seulement les membres supérieurs sont seuls atteints. Une fois aussi seulement (observation VIII) les muscles du tronc sont atteints.

Trois fois (observation III, IV et IX) les muscles de la face participent au processus.

Enfin, 2 fois, le diaphragme parut intéressé (observations II et III).

Ce qu'il nous semble résulter de cet exposé c'est une diffusion facile des troubles moteurs, sans ordre bien précis, atteignant la face sans avoir passé par les bras, du moins en apparence, car nous verrons ultérieurement que si certains groupes semblent avoir été

respectés, c'est en apparence seulement, ou par ce qu'on n'a pas songé peut-être au moment vouli; à observer s'il n'existait pas de ce côté des lésions légères.

Troubles de la sensibilité. — Les troubles de la sensibilité : hyperesthésie, analgésie, anesthésie, dysesthésie ont été cherchés et trouvés chez nos malades, mais cela surtout à la période d'état, car peu de nos malades ont été vus à la période d'invasion et il est ici tout-àfait impossij^led'obtenird'euxunrenseignementprécis.

Néanmoins, dans l'observation IV nous les trouvons notés au septième jour, localisés sur le trajet du sciatique et gagnant les membres supérieurs au quinzième jour; dans l'observation V, on croit les avoir trouvés au vingtième jour, mais on ne peut être affirmatif, étant donné l'état niental de la malade, Enfin, dans l'observation X, ils sont notés au quinzième jour. Pour les autres il n'en est pas question. Tout ce que nous pouvons déduirede là, c'est que quand les malades ont pu être observés à la période d'invasion, les phénomènes sensitifs ont suivi de près les phénomènes moteurs, et les ont accompagnés d'une façon asse^ constante dans leur marche envahissante.

Troubles irophiques. — Dans seulement cinq de nos observations, sont notés des troubles trophiques pendant la première période (IV, V, VIII et X), apparus du quinzième au vingtième jour; dans l'observation I, on note seulement un peu d'amaigrissement. Nous pouvons donc conclure que quand les malades ont pu être observés l'atrophie a semblé marcher parallèlement aux troubles moteurs et sensitifs.

Réflexes. — Nous avons mis à part les réflexes ; à la^ période d'invasion nous trouvons notés, pour les' mêmes raisons, seulement trois fois (observations IV, V et X) l'abolitioii du réflexe rotulien et cela du quinzième au vingtième jour ; une fois (observation IV) l'abolition du réflexe crémastérien. Nous reviendrons plus tard sur l'examen du réflexe ; nous nous contenterons de signaler la disparition dès le début de ces phénomènes dans la généralité des cas.

Réacliori électrique. — Dans nos observations^ elle n'a pu être observée dans aucun cas à cette période de la maladie.

Pour nous résumer nous croyons pouvoir dire que dans les cas que nous avons sous les yeux, dès le début, la névrite périphérique se montre sous forme de phénomènes douloureux, que suivent de près des troubles moteurs, sensitifs et trophiques qui débutent toujours par les membres inférieurs, pour s'étendre suivant l'intensité des cas au tronc, aux membres supérieurs, au cou, à la face et donner le complexus symptomatique que nous allons trouver à la période d'état ; qu'il ne semble pas que suivant l'origine plus ou moins nettement infectieuse il y ait un début diff'érent.

§ 2. Période d'état.

Nous suivrons pour la période d'état le même ordre dans l'étude des phénomènes présentés par nos malades que pour la période d'invasion, et d'abord les

Phénomènes généraux. — Peu marqués à la période d'invasion, il ser^ble qu'il y ait à la période d'état une recrudescence des phénomènes généraux ; mais cela

ne paraît plus étonnant si l'on songe qu'à ce moment de leur maladie, nos malades se trouvent dans une impotence complète et que toutes les fonctions de l'économie se ressentent de la gêne des membres, quand elles ne sont pas directement intéressées par l'envahissement des phénomènes paralytiques, attaquant le diaphragme et la déglutition.

La fièvre néanmoins semble avoir diminué, soit parce qu'il s'agissait bien au début- d'un reliquat d'état fébrile dù à la maladie initiale, soit que la température notée tint à l'invasion même de la névrite, ce que nous n'avons pas admis. Nous ne la trouvons que dans deux cas et il nous est facile de l'expliquer dans l'observation I, par un état général mauvais, une congestion delà base gauche et une pleurésie droite; dans l'observation VII, par l'existence de troubles urinaires persistants, une cystite purulente, peut-être de la pyélo-néphrite. Dans l'observation III, on note bien un mouvement fébrile passager, mais il coïncide avec une angine et un état gastrique; en dehors de ces trois cas, tous les malades sont apyrétiques, même ceux chez lesquels les phénomènes sont le plus accusés.

L'albuminurie se retrouve dans les deux cas où elle avait été notée au début, les observations VI et VIII ; dans l'observation VII les urines sont toujours purulentes.

L'albuminurie, lorsqu'elle existe au cours diune névrite périphérique, est due à une lésion du rein, le processus névriticjue ne semble pas comporter la présence de l'albuminurie dans les urines, c'est du moins ce qui nous paraît résulter de l'absence dece symptôme dans douze observations.

Mais nous sommes pkis vivement frappé de la présence dans trois cas (observations II, IV et V) d'un symptôme que nous avons rencontré deux fois déjà au début, l'insomnie, insomnie absolue ; et lorsque nous regardons l'étiologie de l'affection nous voyons que les malades II et IV sont des surmenés et que la malade V est une femme à tendance au nervosisme et que nous l'avons considérée un peu comme une surmenée. Ne pourrait-on rapprocher ce fait de ce que l'on observe chez les neurasthéniques ?

En dehors de ces faits nous notons des troubles dépendant de la maladie même plus ou moins directement : l'escarre fessière dans les observations V et VIII, tenant au décubitus probablement; de la dyspnée, quand le diaphragme est atteint; de l'accélération du cœur, dû peut-être à une lésion du même ordre du pneumogastrique; enfin des troubles de la miction ou de la défécation que l'on est peut-être en droit de rapporter aux lésions nerveuses.

Les troubles cérébraux ne semblent pas faire partie du cortège, car indépendamment de ceux observés dans le cas V, nous n'osons pas mettre les hallucinations notées dans l'observation IX sur le compte de la , névrite.

La douleur existe toujours chez les malades où on l'a notée au début, mais si l'on se reporte aux observations, il semble qu'elle est moins vive et a une liendance à disparaître ; elle siège dans les parties du corps atteintes par les troubles moteurs.

Troubles moteurs. Ceux-ci sont nombreux et variés et nous devons les étudier un à un dans les membres

pour nous rendre compte du tableau que présente le malade.

Membres inférieurs. Ils sont toujours atteints, treize cas sur quatorze et l'on peut dire que c'est la paralysie complète. Non seulementlemalade ne peut pas marcher, mais il est incapable de détacher le talon du lit, il n'y a pas que les muscles de la jambe, mais aussi ceux de la cuisse qui sont pris. Les mouvements qui persistent les derniers sont ceux d'abduction, ainsi que nous le constatons dans l'observation II, où le tableau est des plus complets. Dans tous les cas nous constatons une paralysie flasque, jamais de contracture à cette période, le pied est tombant, on peut faire exécuter aux membres tous les mouvements, on ne sent pas de résistance ni des muscles ni des articulations. Quant à savoir si les extenseurs sont atteints de préférence aux fléchisseurs, nous pouvons simplement dire que la paralysie des extenseurs est plus apparente, par suite des déformations auxquelles elle donne lieu, (orteils en griffe par exemple), et peut-être plus souven notée; la caractéristique de la névrite périphérique est son extrême diffusion, les membres sont pris en masse, et il n'est pas possible d'assigner au processus une préférence pour tel ou tel muscle ou groupe de muscles.

Membres supérieurs. Nous notons encore une diffusion extrême et sans aucun ordre. L'observation II nous donne un tableau complet de la paralysie desmembres supérieurs ; le bras est inerte, fléchi, les doigts en griffe ; ici encore, l'action des fléchisseurs prédomine.

Mais si les jambes sont toujours atteintes, les bras échappent quelquefois (observations I et VI), c'est-àdire dans un cinquième des cas, sans du reste qu'on puisse dire à quelle cause nous pouvons attribuer cette faveur. En outre, la paralysie est moins complète en général, et nous ne notons que trois fois (observations II, V, VII) une paralysie complète; dans les autres cas, le malade pouvait mouvoir ses bras, plus ou moins faiblement. Enfin, tandis que pour les jambes, les deux côtés semblent avoir été frappés en même temps et avec la même intensité, nous voyons plusieurs fois les bras atteints l'un après l'autre, ou bien (observation II) un bras inerte tandis qu'il y a encore quelques mouvements dans le bras opposé. Une autre remarque c'est que comme pour les membres inférieurs, ce sont les parties les plus excentriques qui sont les plus atteintes, les doigts plus que l'avant-bras, l'avantbras plus que le bras.

Rappelons que dans l'observation XII les bras seuls ont été atteints.

Ajoutons enfin que dans l'observation Via malade a présenté des mouvements athétosiques des doigts et que le malade de l'observation X, présentait des mouvements involontaires des doigts, tendant à les amener à la flexion par une série de petites secousses ou de mouvements partiels et que celle de l'observation XIII a des mouvements involontaires.

Après les troubles des membres supérieurs nous: trouvons, par ordre de fréquence, des phénomènes du: côté de la Face. Trois fois la tête a été intéressée (observations III, IV et IX). Dans deux cas il s'agit d'une

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paralysie faciale, qui, d'abord seulement à gauche, s'établit ensuite du côté droit (observation III) et occupe d'emblée les deux côtés dans l'observation IV. Enfin dans l'observation IX on note également des troubles du côté de la face caractérisés par de la paralysie des paupières et des joues. Nous nous proposions ici de nous rendre compte des phénomènes les plus constants, des muscles les plus souvent atteints et, pour cela, nousn'avons trouvé rien de mieux, pour mettre quelque ardre dans les faits, que de prendre un à un les nerfs crâniens et de voir quels sont ceux qui ont été touchés dans lessymptômes observés et dans quelles conditions ils ont été touchés.

; C'est ce que nous allons faire : Et d'abord nous commencerons par éliminer les observations où il n'a été' noté aucun symptôme du côté de la tête, de cette façon, il ne reste plus que les observations III, IV, IX et XII.

• Les nerfs olfactif, optique, oculomoteur commun, pathétique n'ont jamais été atteints dans nos observations.

Le trijumeau semble avoir été atteint dans l'observation XII au point de la sensibilité, mais sa fonction motrice ne nous a jamais paru atteinte, non plus que sa fonction vaso-motrice.

L'oculomoteur externe semble avoir été atteint du côté gauche dans l'observation IV, où il est dit que le malade présente de la diplopie qui est attribuée par l'observation même à une parésie du moteur oculaire externe gauche.

Facial. — Il a été atteint dans les trois observations que nous avons signalées (III, IV, IX). Dans l'observation III, la paralysie s'établit dès le premier mois, toute passagère d'abord, devenant bientôt permanente. Elle intéresse non-seulement le facial supérieur (sourciller, frontal, abaisseur du sourcil), mais aussi tous les muscles dépendant du facial inférieur (l'orbiculaire des paupières, la luette ef la langue). Ces phénomènes de paralysie du facial apparaissent à leur tour au troisième mois du côté droit avec les mêmes caractères.

Dans l'observation IV, la paralysie faciale s'établit au douzième jour, double, maisplusprononcéeàgauche; nous notons que les deux orbiculaires des paupières sont intacts, ont échappé au processus paralytique.

Dans l'observation IX, nous constatons également, une paralysie faciale mais incomplète, n'atteignant d'abord que les joues et les lèvres dont les mouvements s'exécutent difficilement, et respectant au début l'orbiculaire des paupières, pris plus tard, et le voile du palais.

Nerf auditif. — Nous ne trouvons qu'une seule fois notés des bourdonnements d'oreille coïncidant avec une diminution de l'acui té auditive ; c'est dans l'observation III. Dans l'observation IV, on note, au contraire, l'intégrité de l'ouïe. Il n'est question de rien d'analogue dans l'observation IX.

Nerf glosso-pharyngien. — Nous ne voyons notés nulle part de troubles de ses fonctions sensorielles pu > sensitives ; et sa fonction motrice ne semble pas avoir , été atteinte, car nous trouvons notée dans deux cas

(IV, IX) l'absence de toute gêne de la déglutition.

Pneumogastrique. — Il nous semble que nous devons mettre sur son compte les troubles que nous avons notés du côté de la respiration ou du côté du cœur dans les observations VIII et IV.

Nerf spinal. — Dans un seul cas nous verrons qu'il a peut-être participé au processus, car, dans l'observ-ation IV, on note une légère parésie des muscles sterno-mastoïdiens et partie supérieure du trapèze. A ce propos, nous nous permettrons d'insister sur ce fait que le cou n'a été que dans ce seul cas atteint, et que ces deux muscles ont été les seuls atteints. Dans toutes. les autres observations, ou bien il n'est pas question du tout des muscles du cou, ou bien on note leur intégrité.

Nerf grand hypoglosse. — Il semble avoir été touché dans l'observation IV; mais, dans ce seul cas.

Avant de terminerce qui est relatif aux nerfscraniens nous noterons chez le malade de l'observation II, qu'on a constaté, au moment où les phénomènes avaient leur plus grande intensité une gène de la déglutition, en dehors de tout autre phénomène du côté de la face; ce qui semblerait indiquer que le glosso-pharyngien aurait été touché seul de tous les nerfs crâniens.

Nous voyons que, à l'exception des nerfs olfactif, optique, oculomoteur commun, patrhétique, tous les autres ont participé aux phénomènes de paralysie, mais que le nerf facial a été le plus souvent atteint (trois fois sur trois), et que, dans le domaine de ce nerf.

la répartition sans ordre des phénomènes paralytiques, l'immunité, dont ont joui certains muscles par rapport aux autres dans certains cas, permettent de penser qu'il s'agit bien d'une névrite ayant son point de départ à la périphérie.

Voici les muscles que nous constatons comme atteints, en dehors de ceux que nous venonsd'étudier:

Cou. Nous avons déjà signalé la parésie du trapèze et du sterno-cleido mastoïdien, dans l'observation IV à propos du spinal. Nous n'avons pas trouvé d'autre cas, partout ailleurs on a noté l'intégrité des muscles du cou.

Mais dans cette même observation IV on note encore la parésie des muscles des goullières vertébrales, que nous savons innervés par les branches postérieures des nerfs rachidiens, et de ce fait nous rapprocherons les troubles de la sensibilité, la dyseslhésie et les douleurs en ceinture signalées dans l'observation II.

Dans cette même observation II nous constatons ia parésie des muscles abdominaux, ainsi que le prouvent les troubles apportés à la défécation, chez notre malade, et qui donnerait à penser que les branches abdomino-scrotales du plexus lombaire et les nerfs intercostaux ont été intéressés.

Chez le malade de l'observation II, nous notons encore la faiblesse des mouvements respiratoires, caractérisée par une véritable dyspnée causée par la parésie du diaphragme constatée du reste, et nous trouvons le même fait reproduit dans l'observation IX ; le phrénique aurait donc dans deux cas participé au processus.

Dans deux cas nous voyons l'incontinence des matières fécales, cela veut-il dire (observations V et IX) que les sphincters participaient à la paralysie?

Nous le croirons d'autant plus volontiers que dans les deux cas il s'agit d'un processus très étendu et dans lequel les muscles et les nerfs ont été profondément atteints.

Enfin dans un seul cas on a signalé Vinconiinence d'urine; est-ce un phénomènedu même ordre, et faudraitil admettre la même explication, parésie musculaire ; pourles faits notés plusieurs fois de la constipation et celui noté une fois (observation II), de la disparition du besoin, chez un malade qui disait pouvoir rester douze heures sans uriner ; ce sont des faits que nous nous garderons bien de trancher.

Troubles de la sensibilité. Les troubles de la sensibilité sont plus difficiles à constater. A la période d'état nous ne les trouvons notés que dans sept cas seulement (observations III, V, VI, IX XI, XII et XIII.) Dans quatre cas (observations II, IV, XI et XIV), on note au contraire l'intégritéde la sensibilité, mais comme il nous est facile de remarquer une discordance dans l'observation IV, par exemple, entre les phénomènes sensitifs notés au début, hyperesthésie dans le domaine du sciatique, et ceux notés à la période d'état, sensibilité intacte, nous croyons pouvoir penser que les troubles sensitifs toujours peu intenses, peuvent varier à des époques relativement rappprochées, soit du fait même de la maladie, soit du fait de l'exploration. En d'autres termes, ne pourrait-on admettre que les troubles de la sensibilité sont passagers, qu'ils sont moins étendus.

OU moins diffus que les troubles moteurs, que leur constatation demande une recherche minutieuse et complète, et que peut être disséminées par plaques, ils peuvent quelquefois échapper à l'observateur ? Néanmoins nous constatons dans la moitié des cas leur existence.

Quant à la nature de ces troubles, nous trouvons six fois de l'anesthésie et une fois de l'hyperesthésie. Si nous examinons la date à laquelle s'est produite (observation IX} cette hyperesthésie, nous voyons que c'est au douzième jour, et si nous nous rappelons (observation IV) que l'on avait constaté également de l'hyperesthésie au début de l'affection, ne sommes-nous pas en droit de supposer que, au début, il y a probablement une hyperesthésie dans le domaine des nerfs atteints et que cette hyperesthésie correspond peut-être à une période congestive du côté des nerfs, mais que plus tard elle fait place à la période atrophique, à de l'analgésie ou de l'anesthésie?

Quont à la distribution des troubles de la sensibilité,: ils correspondent, quand ils existent,'aux troubles de la motilité, mais ne les accompagnent pas toujours, de même que l'on trouve (observation IV) des troubles de la sensibilité dans des régions où la motilité ne paraissait pas atteinte.

Troubles trophiques. Nous pouvons dire que la période d'état est celle ou les troubles trophiques sont le plus marqués, car alors même qu'il ne semble pas que de nouveaux muscles soient atteints par la paralysie, leur atrophie progresse souvent encore.

Les muscles fondent pour ainsi dire, de flasques

qu'ils étaient au début, ils se réduisent à l'état de corde au niveau des tendons et leur masse semble disparaître.

Si la fréquence est en rapport assez net avec les troubles de la motilité, la concordance paraît moins nette avec les troubles de la sensibilité, comme le prouve l'observation II. En effet, tandis que, aux diverses périodes, dans tous les cas, nous trouvons des troubles trophiques, nous n'avons noté que sept fois des troubles sensitifs.

Les troubles trophiques ne portent pas seulement sur les muscles, ils frappent également les autres parties de l'individu telles que les ongles (observation II), la peau (observation VIII), les extrémités articulaires ou les articulations (observation VIII).

Mais dans aucun cas nous n'avons vu mentionnés de troubles trophiques appréciables du côté de la face, alors que nous avons vu trois fois des paralysies faciales.

Réflexes : bien que nous étudions ici la période d'état, nous jetterons au point de vue des réflexes, un coup d'œil d'ensemble sur la maladie dans nos observations.

Le réflexe rotulien est aboli, onze fois sur quatorze. Dans l'observation XIII il est peut-être exagéré, dans l'observation XI il est conservé, dans l'observation XII il n'est pas noté.

Le réflexe crémastérien est noté deux fois seulement. Une fois il était aboli (observation IV) ; notons que l'observation IV est une de celle où la maladie a pris le plus d'extension sous le rapport de la motilité.

Le réflexe abdominal, noté cinq fois, est toujours conservé; nous trouvons ce fait absolument rationnel, étant données la terminaison de la névrite périphérique d'une parÉ et d'autre part la gravité pronostique de l'abolition du réflexe abdominal.

Enfin le réflexe plantaire cherché trois fois, a été trouvé aboli deux fois, conservé une fois.

De là, nous concluerons à la presque constance de l'abolition du réflexe rotulien^etnous remarquerons que cette constance cadre parfaitement avec l'intensité des phénomènes moteurs et sensitifs ; mais nous ajouterons que pour les autres réflexes il ne nous est pas permis de nous faire une opinion d'après nos observations.

Réaction électrique.— Nous plaçons e'galement ici une étude d'ensemble de la réaction électrique.

La réaction galvanique n'a été cherchée dans aucun cas.

La réaction au courant faradique se trouve indiquée dans sept observations sur quatorze. Dans ces sept cas, elle est notée une fois (observation II) comme intacte, dans les six autres (observations I, III, IV, V, VII et XI) elles est ou très diminuée ou abolie, suivant le moment où elle a été cherchée. Ne sommes-nous pas en droit de conclure de là que l'abolition de la contractilité faradique est très fréquente, sinon la règle dans la névrite périphérique soit infectieuse, soit chez les surmenés? Le seul cas où elle a été trouvée intacte est le cas d'un alcoolique surmené.

Pour résumer les faits que nous avons constatés chez nos malades à la période d'état, nous dirons qu'il

nous a paru que la névrite périphérique ne semble pas s'accompagner de phénomènes généraux tenant au processus nerveux lui-même, que les phénomènes douloureux n'augmentent pas en proportion des parties atteintes, et semblent au contraire avoir une tendance à la diminution ; que les troubles moteurs peuvent atteindre successivement presque tous les muscles de l'économie, mais sans que les troubles sensitifs suivent une extension comparable ; enfin que les troubles trophiques s'établissent à cette période assez rapidement ; que le réflexe rotulien est toujours aboli et la contractilité faradique généralement diminuée.

§ 3. PÉRIODE DE REGRESSION.

Ce n'est pas brusquement que les phénomènes s'arrêtent dans la névrite ; aussi est-il difficile de saisir le moment de réapparition de tel ou tel phénomène.

Les phénomènes généraux sont les premiers à disparaître, la fièvre disparait complètement, sauf pour l'observation VII, où elle est entretenue par des phénomènes de cystite purulente et ne tombe que le jour oii l'on rétablit le cours normal des urines. Si nous la voyons revenir dans les derniers jours chez le malade de l'observation IX, c'est que cet homme a une escarre et qu'il doit à l'infection par cette voie, les phénomènes graves que nous notons chez lui à cette période. Donc pas de température à la période de réparation.

L'albumine a disparu également dans les cas où elle avait été notée, nous ne la trouvons à cette période que dans l'observation VIII.

Les autres troubles généraux ont tous disparu.

Les troubles cérébraux notés dans deux cas, mais dont nous avons vu que nous ne pouvions tenir compte que dans l'observation V, sont les premiers à disparaître dans cette observation; nous n'en trouvons plus d'accusés à partir du 147' jour de la maladie, alors que les mouvements ne reparaissent pas avant le 212" jour; mais néanmoins nous voyons notée une certaine faiblesse des fonctionsintellectuelles et il serait peut-être à craindre encore qu'une impression vive les ramenât ; la malade reste craintive, timorée, et c'est le motif que nous avons entendu invoquer par notre maître, M. le Docteur Bouveret, pour retarder toute intervention chirurgicale chez cette malade.

Si nous examinons ce qui .se passe dans nos observations au point de vue de la douleur, nous constatons qu'elle est un des premiers symptômes à disparaître ; nous avons déjà noté son atténuation à la période d'état; à la période de réparation, nous notons sa disparition, complète, bien avant le retour des autres fonctions. Elle va d'abord s'atténuant, ce ne sont plus des douleurs fulgurantes, ce sont de simples fourmillements, qui finissent par disparaître complètement. Nous n'avons pas trouvé de rapport entre l'intensité de la, douleur au début et sa durée. Elle se termine par de l'engourdissemeut ou du fourmillement plus ou moins fréquent, mais le devenant de moins en moins et disparaissant bientôt pour toujours.

Les troubles moteurs sont disparus à des époques très variables, et nous ne pourrions assigner des limites précises ; nous essaierons à propos de la marche de délimiter la période à laquelle apparaissent les mouve-, ments; contentons nous de remarquer ici que le cas

OÙ ils sont revenus le plus rapidenfient est celui du malade de l'observation IX où l'on note que le malade détache le talon du lit au 31^ jour, mais il semble que la marche de la réparation dans ce cas n'ait pas été en rapport avec la précocité du retour du mouvement que l'on a noté, car au 56" jour le malade ne peut encore remuer que la pointe du pied.

Quant à l'ordre dans lequel se fait la réapparition des mouvements, il est très variable ; cependant il nous semble que ce sont les muscles les plus extraordinairement frappés, comme le diaphragme, qui se réparent les premiers, les bras sont en général réparés avant les jambes, mais nous notons en même temps que dans les mêmes cas les muscles des membres supérieurs avaient été moins atteints que ceux des membres inférieurs, et il nous a semblé que la réparation commençait partout en même temps, mais qu'elle était d'autant plus rapidement visible ou tangible que les muscles avaient été moins modifiés par la maladie.

Nous dirons la même chose pour les troubles de la sensibilité^ leur disparition coïncide avec celle des troubles de la motilité et est d'autant plus rapide et plus complète que ces troubles avaient été moins marqués, et que ce sont les premiers points malades qui sont les premiers guéris.

L'observation IV nous fournit un bel exemple de ce fait, l'hyperesthésie sur le trajet du sciatique est un des premiers phénomènes notés, c'est aussi le dernier que nous observons; un an après que le malade marche, on constate encore de la douleur à la pression sur le trajet de ce même nerf.

Les troubles trophiques ont une tendance ù disparaître dès que l'action des muscles revient, et cela nous paraît d'autant plus naturel que le volume de ces muscles est en raison directe du mouvement.

Mais se fait-il là un redilus ad inelgrum complet? L'observation V, nous montre ce qui se passe dans les cas graves et surtout prolongés. Nous voyons chez la malade qui nous occupe dans ce cas qu'il a pu se produire des dégénérescences secondaires des muscles et des tendons, que du tissu fibreux a pu remplacer la fibre musculaire et que le membre est en quelque sorte fixé dans une position d'où on ne peut le sortir qu'au prix d'efforts violents ou d'une intervention chirurgicale. De même dans l'observation VIII où nous avons noté des déformations articulaires, nous croyons qu'elles ne disparaîtront plus, et que la récupération complète des mouvements ne pourra plus avoir lieu par suite des modifications de surface des parties articulaires des os.

De là à conclure que les muscles peuvent ne pas se réparer complètement il n'y a pâs loin et nous ne serions pas étonné que le malade retrouve tous ses mouvements mais ne soit jamais aussi fort que par le passé, malgré ce que nous voyons dans l'observation IV où le malade a fait, il y a un an, 16 kilomètres à pied dans la nuit après une journée passée à ses occupations ordinaires.

En résumé les troubles trophiques se réparent d'autant mieux que la maladie a duré moins longtemps.

Il nous suffît de jeter un coup d'œil sur les réflexes pour voir qu'eux aussi suivent dans la réparation

l'ordre inverse de l'invasion, que l'abolition du réflexe rotulien est non-seulement le phénomène qui persiste le plus longtemps, mais aussi celui qui disparaît le dernier ; il est encore aboli alors que les mouvements sont déjà tous revenus plus ou moins complètement ; et, nous ne chercherons pas d'autre raison de ce fait que celle que nous avons donnée pour les autres phénomènes que nous avons étudiés, à savoir la profonde altération.

Quant à la contractililé faradique, nous voyons qu'elle reparaît en même temps que reviennent les mouvements, elle revient lentement, met un temps considérable à redevenir normale.

Pour résumer en quelques mots ce que nous avons observé en étudiant la période de réparation dans nos observations, nous dirons que dans tous les cas, la réparation se fait dans l'ordre inverse de l'apparition, que la durée de cette période semble en rapport avec l'étendue des phénomènes, et que nous croyons à la possibilité du retour complet à l'état normal, sauf pour les cas où des modifications essentielles des éléments rendent ce fait impossible sans le secours d'un artifice.

; § 4. Marche. — Durée. — Terminaison.

Lunz(l) nous dit comme conclusions d'un travail où il relate 13 observations de polynévrite :

1" Les troubles nerveux surviennent à la fin de la maladie ou pendant la convalescence.

(1) Lunz. Uber diô Affection en des Nervensystems nach acuten infectiôsen Processen. Arch. f. Psychiatrie XVIII. § 882.

2° Les désordres fonctionnels persistent deux mois et demi.

Nous allons essayer de voir, maintenant que nous avons étudié rapidement les symptômes présentés par uos malades, si les faits sont en rapport avec les données du pathologiste de Moscou.

Et d'abord le début nous semble tantôt lent, dans les observations I, II, IV, VI, XI, XII, XIII et XIV, les phénomènes de parésie apparaissent d'une façon insidieuse, s'établissant un à un, tandis que dans les autres cas le début suit de près les phénomènes prodromiques; rapidement un grand nombre de muscles sont pris et la maladie arrive à un état d'acuité très marqué; mais si on se reporte à des chiffres, nous voyons que tandis que dans les cas rapides, il suffit de quelques jours pour que le malade arrive presque à la période d'état, dans les autres nous voyons la période d'invasion durer trente et quarante jours.

Ainsi que nous l'avons constatéen étudiant les symptômes, huit fois sur quatorze cas c'est la douleur qui a ouvert la scène ; pouvons-nous déduire quelque chose de ce fait? Il est bien naturel que les malades racontent les choses comme ils les sentent, mais ils sont malhabiles à s'examiner et nous n'hésiterions pas à croire qu'il ait pu se produire d'autres phénomènes; les troubles de la sensibilité comme l'hyperesthésie ou l'analgésie n'ont pas été cherchés à ce moment, sauf peut-être pour l'observation III, où l'on a noté de l'hyperesthésie au niveau du trajet du sciatique; depuis quand existait-elle ? La seule chose que nouspuissions

dire, c'est que dans la grande majorité des cas, dans la proportion de six à dix, c'est la douleur qui tout d'abord attire l'attention des malades.

Dans les six cas qui restent, quatre fois le début s'est fait par les membres inférieurs, présentant des phénomènes de parésie, une fois par des troubles cérébraux et une autre fois par les membres supérieurs (observation XII). Jamais le tronc ou la face n'ont été touchés avant les membres inférieurs; ils peuvent les suivre quelquefois de très près, par exemple dans l'observation IV; mais toujours les membres etsurtout les membres inférieurs étaient pris auparavant.

Nous avons dit à propos de la douleur, ce que nous pensions de l'apparition des troubles de la sensibilité : le médecin est le seul qui puisse les chercher et les constater et l'époque de la constatation est très variable ; le plus tôt que nous les trouvions notés, c'est le huitième jour (observation IV) ou le quinzième jour (observation X) ; mais s'ils avaient été cherchés plus tôt n'auraient-ils pas été trouvés ? Nous pensons qu'ils apparaissent en même temps que tous les autres ti'oubles, mais qu'ils sont suffisamment légers au début pour échapper au malade, quelquefois même au médecin, étantdonnée la difficulté de l'examen.

De même, les troubles trophiques ne sont appréciables que lorsqu'ils ont atteint une certaine intensité; aussi sommes-nous tout disposé à admettre qu'ils marchent de pair avec les troubles de la sensibilité et les troubles moteurs, qu'ils ne deviennent peut-être . pas appréciables avant le quinzième jour (observation X) mais finissent toujours par exister, à

moins que la maladie ait une durée très courte (observation VII), et que la réparation commence avant qu'ils aient pu atteindre un degré qui leur permette d'être appréciés.

Il eut été certainement très intéressant d'étudier la marche de la réaction électrique ; mais nos renseignements sont trop incomplets pour que nous puissions aboutir à une conclusion.

Pour les"réflexes, dans trois observations (IV, V, X) nous les trouvons abolis du quinzième au trentième jour.

Nous concluons donc de nos cas que :

1° Le début a (oujoursélé progressif, et les troubles nerveux ont apparu à une dislance plus ou moins rapprochée de l'affection déterminante, sans qu'il nous soit possible de formuler une loi de ces faits.

2° Que la douleur est le premier phénomène qui attire l'attention en même temps qu'il est presque constant.

3° Que les membres inférieurs sont, en général, frappés les premiers, le processus se généralisant en partant de là.

4° Enfin que tous les troubles de tous ordres semblent marcher de concerl.

5° Que la durée de la période de début ou d'invasion est variable, qu'en général elle est de un mois à un mois et demi, rarement plus, rarement moins.

La période d'état, a pu être mieux déterminée comme durée. Nous voyons qu'elle varie entre quelques jours et trois mois. Dans un cas (observation VII) il ne s'est écoulé que cinq jours entre le dernier phénomène

Bonnet

d'invasion noté et le premier phénomène de retour ; dans quatre cas (observations II, III, IV, IX) elle dure un mois. Dans deux cas (observation V et X) elle dure deux mois. D'autre part nous avons vainement cherclié dans la nature de la maladie à voir la cause de la durée des périodes.

La seule chose que nous avons pu constater c'est qu'il ne semblait pas que les cas où la maladie avait présenté la plus grande généralisation fussent ceux où la période d'ëtat était la plus longue.

La durée de la période de régression n'est pas facile â établir. Bien des malades sont sortis de l'hôpital et ont été perdus de vue avant le retour complet de tous les phénomènes moteurs sensitifs ou trophiques. Plusieurs sont encore en traitement ; en général cette' période paraît très longue, elle varie entre quelques mois et une année. Le malade de l'observation IV a été vu récemment et est complètement guéri; mais plusieurs vusau bout d'une année présentaient des troubles moteurs encore appréciables. Il nous a semblé résulter de l'examen des observations que les troubles sensitifs étaient peut-être les premiers à disparaître et les troubles trophiques les derniers. Nous avons cherché à voir si pour les troubles moteurs les mouvements reparaissent dans le même ordre qu'ils avaient disparu ou si la réapparition se faisait d'abord chez ceux qui avaient été touchés en dernier lieu, et nous croyons être certain que dans la grande majorité des cas se sont les muscles touchés les derniers qui sont les premiers réparés, comme s'il se faisait une atténuation du processus à mesure qu'il progresse, de telle

sorte que les lésions seraient moins profondes et par suite plus facilement réparables.

La durée totale de la maladie ne peut pas être déterminée par nos observations, puisque nous n'avons pu établir la durée de la période de réparation.

Sur quatorze malades, deux seuls (observations IX et XI) sont morts; notons que le premier est mort après que les phénomènesderégénération avaientcommencé, par conséquent, qu'il n'estpas mort del'exagération des symptômes ; du reste ce malade présentait des escarres, des infarctus dans les deux reins, si bien qu'il est plus naturel de penser que sa mort a été due à des complications et non à la névrite même.

Tous les autres sont en traitement, améliorés ou sont sortis de l'hôpital améliorés; nous avons appris au sujet du malade de l'observation IV, qu'il est guéri. Nous nous croyons donc en droit de conclure que la névrite périphérique semble se terminer généralement par la guérison quels que soient et l'extension du processus et l'agent qui l'a déterminée.

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