INTRODUCTION
Dans une communication de M. le professeur Parrot la Société de biologie, en 1873, nous trouvons cette phrase qui indique le rôle important du système veineux dans la pathologie des nouveau-nés : « Par ces observations et par d'autres faits semblables que nous révèle l'étude des nouveau-nés, od est amené à conclure qu'au point de vue de la pathologie, et contrairement à ce qui se passe à un âge avancé, le système veineux a le pas sur les artères ; non parce que ses canaux sont malades, mais par suite d'une dyscrasie profonde du sang qui s'y trouve contenu. »
Cette idée féconde nous fournit l'explication d'un grand nombre de faits que l'on n'observe pas sans un certain étonnement, quand on quitte la pathologie de l'âge adulte pour étudier les maladies du jeune âge.
Chez l'adulte, et surtout chez le vieillard, le système des canaux artériels subit une altération progressive portant, soit sur la tunique interne de ces vaisseaux (endar-
térite chronique, athérôme, dégénérescence graisseuse), soit sur la tunique externe (périartérite scléreuse) ; et ces lésions nous expliquent suffisamment l'apparition de désordres nombreux et intéressants.
Une hémorrhagie se produit-elle dans l'encéphale ? Dans le foyer même de la lésion ou dans son voisinage, nous devons trouver la source du mal : c'est un anévrysme miliaire qui, en se rompant, a livré passage au sang épanché dans la pulpe nerveuse. Si l'on trouve un ramollissement cérébral, que Ton examine l'artère qui se rend au point lésé, et l'on y découvrira un caillot embolique , ou bien une coagulation autochthone. Quand on rencontre dans les parenchymes ces lésions en foyers coniques, qui sont désignées sous le nom générique d'infarctus, on cherche du côté de l'artériole afférente la cause de ces altérations ; et comme les cas où se rencontre l'oblitération artérielle sont nombreux, on se laisse aller à la supposer quand on ne saurait la découvrir.
Les altérations des artères dominent la pathologie du vieillard : « On a l'âge de ses artères », a dit M. Cazalis.
Les lésions du système veineux jouent un rôle beaucoup plus effacé, depuis que des travaux modernes ont dépossédé la phlébite du rôle important qu'elle jouait, au profit de la thrombose et de l'embolie. Les thromboses veineuses ont été souvent étudiées chez l'adulte, mais surtout comme complication d'une cachexie avancée, d'un état dyscrasique grave, ou bien encore comme source d'embolies. Leur rôle dans la pathogénie des accidents viscéraux est presque nul.
Chez l'enfant, surtout chez le nouveau-né, les artères admirablement élastiques, n'offrent aucune altération à laquelle on puisse rapporter des accidents qu'on leur attribuerait à bon droit chez l'adulte.
Le nouveau-né, cependant, présente des hémorrhagies encéphaliques, soit immédiatement après sa naissance, soit dans les premiers mois de son existence ; son cerveau est parfois le siège de ramollissements rouges d'origine évidemment vasculaire; dans ses viscères, on trouve des lésions, foyers apoplectiques, foyers de suppuration, qui rappellent à s'y méprendre les infarctus ; et dans l'immense majorité des cas, je devrais dire toujours, le système artériel est parfaitement sain.
Quelle est donc la cause de ces lésions ?
Pour M. Parrot, ce sont des troubles de la circulation veineuse; mais ces troubles circulatoires reconnaissent une cause plus importante et plus générale qu'une simple altération des parois; je veux dire une modification du sang lui-même.
Cette altération, facile à reconnaître pendant la vie ou sur le cadavre, est tellement réelle qu'elle se traduit souvent par une manifestation irrécusable, la coagulation spontanée du sang dans un ou plusieurs points de son trajet, sans qu'il y ait des lésions vasculaires préexistantes. Toujours, ou presque toujours, les caillots se déposent dans le système veineux, c'est-à-dire dans les veines de la grande circulation, et dans l'artère pulmonaire qui, comme elles, renferme du sang noir.
Si les thrombus se forment exclusivement dans ces points, c'est parce que le sang épaissi et poisseux du nouveau-né malade y stagne et s'y accumule de préférence.
La fréquence relativement considérable des congestions passives et des thromboses veineuses chez les enfants, et surtout chez les nouveau-nés, la relation intéressante qui existe entre elles et certaines lésions viscérales, leur siège spécial, m'ont paru dignes d'attirer l'attention .
Je commencerai ce travail par une étude des congestions
du système veineux; dans un deuxième chapitre, je chercherai à décrire les veines oblitérées, les différents points où se déposent les caillots et les accidents qu'ils déterminent ; puis j'étudierai dans plusieurs organes de l'enfant les lésions produites par un trouble de la circulation veineuse.
Qu'il me soit permis ici de remercier M. le professeur Parrot à qui je dois l'idée première et la plupart des matériaux de ce travail. Cet excellent maître a bien voulu me confier les nombreuses observations que, depuis plusieurs années, il fait recueillir chaque matin sous sa dictée, et m'a permis d'étudier un grand nombre de pièces anatomiques conservées avec soin dans sa collection. J'ai puisé largement dans ses écrits et dans son enseignement ; et son nom reviendra souvent dans cette thèse.