POURQUOI EMPLOYER LE THIOL DE PRÉFÉRENCE A TANT D’AUTRES TOPIQUES
C’est que l'expérience nous à appris que de tous les nombreux topiques préconisés pour le traitement des brûlures c’est le thiol qui nous a donné les résultats les plus satisfaisants et les plus encourageants. Nous n’en voulons pour preuve que l’observation ci-dessous mentionnée. Disons dès maintenant que nous nous contenterons de rapporter une seule observation de ce genre : celle qui nons à paru la plus complète et la plus concluante. La voici du reste.
OgsenvarTion IT (Personnelle).
Essais comparatiis de divers topiques (salol, sous-nitrate de -bismuth, iodoforme, acide piérique, thyol), sur des brûlures
du même dégré chez une même personne.
Le 5 septembre 1894 nous arrive à la consultation externe de l'hôpital civil de Versailles une jeune femme qui là nuit précé-
dente se trouvant en chemise, avait renversé sur elle une casse-
role d’eau bouillante. Elle présentait une large phlyclène cou-
GIRAUDON 1
vrant le ventre depuis l’ombilic jusqu’au pubis ; deux phlyctènes, l'une ‘sur la cuisse gauche et l’autre sur la cuisse droite ; la jambe droile présentait également une phlyctène allongée produite par l’écoulement du liquide bouillant. Les deux mains mais plus particulièrement celle de droite étaient couvertes de phlyctènes. Par un hasard extraordinaire loutes ces. phlyctènes se trouvaient intactes, le traitement ayant simplement consiste en un badigeonnage léger avec de l'huile dans laquelle marinaienl depuis des mois des fleurs de lys. La malade accusait des souffrances très pénibles, et était dans un élat d’éréthisme extra ordinaire.
En voyant ces brûlures nombreuses, {oules identiques presque et comme signe et comme étendue noùûs avons eu l'idée de les traiter, après une désinfeclion rigoureuse par l'application des divers lopiques qui nous avaient paru dans nos essais précédents donner es meilleurs résultats : solution suturée d’acide picrique, salol, sous-mtrate de bismulh, iodoforme et thyol. Ces topiques furent [appliqués après une désinfection rigoureuse de toutes les plaies et de leurs bords (brossage au savon, lavage au sublimé, excision d'eschares, ete.), puis sur la plaie du ventre et sur celle de la jambe droite on mitune bonne couche de thyol sur la plaie de la cuisse droite où mil du salol en poudre ; on saupoudra d’iodoforme Ja plaie de lacuisse gauche. Quant aux plaies des deux mains, 00 pansa celle de droite avec du sous-nitrate de bismuth et celle de gauche avec la solution saturée d'acide picrique.
Toutes les plaies furent recouvertes ensuite d'une fuille de gaze iodoformée : un bon pansement occiusif à la ouate compléta Je tout. x,
À noter que aussilôl après le pansement les douleurs intolérables de la malade furent toute calmées presque instantanément sans que celle analgésie fat plus notable sur l’une ou l'autre des
plaies.
St 4
La malade ne voulant pas entrer à l'hôpital esl reportée chez elle en promettant énergiquement de ne pas toucher à ses pansemen(s et de revenir le 12 juillet,
Le 12 juillet. — La malade revient. Son pansement est très propre. En le défaisant on trouve toutes les plaies en train de se cicatriser. Les plaies pansées par le thyol sont complètement épidermisées. leur place est occupée par un nouvel épiderme, résistant, légèrement rosé. Les autres piaies tout en présentant
un bon aspect sont moins avancées, surtout celles pansées par la
- solution saturée d'acide picrique, et celle traitée par le sous-ni-
trate de bismuth. Ces deux plaies ont élé très peu modifiées ; elles sont recouvertes d’un léger enduit sérèeux au-dessous duquel apparaissent les papilles du dernier à peine recouveries d’un léger épithélium. Les deux plaies pansées par le salol et l’iodofor. me sont cicatrisées, mais la peau nouvellement formée esl moins solide et plus colorée que celle recouvrant les plaies traitées par le thyol.
Une simple couche de collodion sur les plaies des deux cuisses (salol et iodoforme) pour protéger la nouvelle peau. Un pansement au thyol suürles plaies des deux mains (sous-nitrate de bismuth et acide picrique). Quant aux plaies primitivement traitées par le thyol elles sont laissées à découvert.
Le 20 juillel. — La malade révient el tout est cicatrisé.
Cette observation absolument concluante venant après plusieurs autres du même genre, nous engagea atcesser nos essais comparatifs’ de traitement, et nous à ainsi
amené à un plus employer que le thyol pour le panse-
ment des brûlures.
LPO ee
OBsenvaTioN III
Service de M. Broussin, salle Saint-Côme, n° 8 (Hôpital civil de
Versailles).
Observation recueillie par M. Ott.
Phlyctènes aux deux mains et au visage. Guérison sous le
premier pansement en 4-8 jours.
Entré le 10 septembre 1894, cet homme travaille dans une
raffinerie de pétrole et a été brûlé aux mains et au visage pa, du pétrole enflammé.
Au visage, le front, la racine du nez, les deux joues et le pourtour des yeux sont couverts de phlyctènes indépendantes les unes des autres, non percées ; autour des yeux ces phlyctènes
de forme allongée sont disposés comme les rayons d’une roue, le -
malade ayant instinctivement, au moment de l'accident, fermé énergiquement les paupières ; le sommet des plis cutanés ainsi formés a seul été atteint les phlyctènes sont ainsi séparées les unes des autres par de minces bandelettes de peau saine. :
A la main gauche on remarque deux phlyctènes situées l’une à la face dorsale de la main et occupant toute la surface, l’autre sur l’avant-bras gauche, un peu au-dessus de la naissance du poignet el du volume d’une grosse orange.
La main droite est recouverte tout entière par une énorme phlyctène allant de la naissance du poignet jusqu’à l'articulation phalango-phalangiuienne avec prolongement dans les espaces interdigitaux.
Cet accident est arrivé à 7 heures du matin. Aussitôt après, un
pharmacien consulté fait une application de vaseline boriquée sur
Er CE toutes les phlyctènes. Le malade nous arrive à 8 heures, c'est-àdire une heure après l’accident.
Aussitôt, après savonnage des parties atteintes on lui fait prendre un bain de main d’une heure dans la solution de sublimé. En même temps des compresses largement imbibées de sublimé sont maintenues sur la face.
Au bout d’une heure l’antisepsie étant jugée suffisante on excise toutes les phlyctènes, très soigneusement, aussi loin que l'épiderme paraît séparé du derme. On débarrasse le derme du liquide sero-fibrineux qui le recouvrail et avec une spatule on gralte et on enlève soigneusement toutes les saletés accumulées sur les bords des plaies, et cela à une assez grande distance du bord de la plaie. Puis l’on fait un lavage prolongé et continu de ce derme mis à nu. Contrairement à loute prévision, ce lavage n’est nullement douloureux ; à peine le malade accuse-t-il une sensation désagréabie. Après ce lavage les bords de la plaie et la
plaie elle-même, soigneusement et asepliquement essuyée, on
, étend une couche de thyol sur toutes les surfaces mises à nu. Le
malade accuse une légère cuisson, qui dure une ou deux minutes: Gaze iodoformée. Coton hydrophile sur les bras et les mains. Au visage devant la difficulté d'un bon pansement occlusif, on se contente d'appliquer une bonne couche de thyol, qui au tou d'une heure ne tarde pas à se dessécher et à recouvrir le bout d’une sorte de vernis assez résistant.
A l'intérieur on donne au malade du lait comme boisson et 100 gramme de vin de quinquina.
41 septembre. — Le malade a bien ; dormi n’a nullement soutfert a partir du moment où le pansement a élé fait.
14 septembre. — Le thyol recouvrant les plaies du visage
commence à s’écailler et par les interstices on aperçoit un épider
me de nouvelle formation, légèrement rosé mais assez ferme et
résistant déjà.
15 septembre. __ En se débarbouillant le malade fait tomber la majeure parlie de ses plaques de thyol, et partout les plaies sont recouvertes d’un épiderme résistant mais un peu teinté en rose. Avec une spatule on enlève toutes les petites plaques de thyol et on s'aperçoit que parlout au visage la cicatrisation est
parfaite.
Encouragé par l'état des plaies du visage on enlève le pausement recouvrant les deux mains. À la main et a l’avant-bras gauche, la couche de gaze iodoformée adhère assez fortement à la peau par l'intermédiaire de la couche de thyol. En enlevant doucement cette gaze on aperçoit un épiderme de nouvelle formation en tout semblable à celui recouvrant les plaies du visage. Au centre de la phlyciène recouvrant la face dorsale de la main gauche, la gaze adhère si fortement qu'en enlevant la gaze on arrache la peau nouvellement formée. Cela saigne un peu. A cet endroit la plaie paraît avoir été plus profonis qu'ailleurs et le derme paraît avoir été brûlé.
A droite, il se produit la même chose qu’à gauche.Au niveau des sillons interdigitaux, à la force dorsale des phalanges au, niveau de la lête des métacarpiens en enlevant la gaze iodoformé on arrache le uouvel épiderme. Partout ailleurs l’épiderme est
entièrement réformé.
À remarquer que pas la moindre goutie de pus ni même de
sérosité ne souille et n’a souillé le pansement.
Après lavage au 1/1000 des petites plaies artificielles ainsi formées, on les recouvre d'une couche de lbyolet on refait le mème pansement.
Dans les Jours suivants on assisle à la décoloration progres-
\ sive de l'epiderme recouvrant au visage les places brülées, et le
20 septembre il est absolument impossibles de distinguer cet épiderme de celui qui n’a pas été touché. |
re ne
Le même jour on enlève le pansement de deux mains et tout est cicatrisé.
À remarquer que le malade avait été 3 ans auparavant brûlé d’une manière identique au visage. Les cloques qui, au dire du malade, s’étaient formées ont été traités par des applications biquotidiennes de liniment oléocalcaire au thymol, ont suppurè abondammentet n’ont été cicatrisées qu’au bout de 2 et 3 mois. Il en reste d’ailleurs des traces, le lobule de l'oreille gauche est réuni à la joue correspondante par une bride cicatricielle, et la Joue du mêm côté est sillonnée par de nombreuses brides cicatricielles saïllantes,
OBservaTioN IV (personnelle).
Phlyctène volumineut:: de lu face dorsale d2 la main. Petite eschare au niveau de l’extrémilé inférieure du radius. Guërison lotale après le troisième pansement au bout de 15-18
jours.
Le 29 avril entre à la consultation externe un homme qui, la veille au soir, en rempissant une lampe à alcool, s'était répandu de l'alcool sur la main, alcool qui s’était enflammé.
Cet homme outre une phlyctène énorme couvrant tout le dos de la main et se prolongeant dans les plis interdigitaux, avait une petite eschare grande comme une pièce de cinquante centimes au niveau de la lête du radius. Getle eschare semble adhérer par sa profondeur à l'os.
Un pharmacien consullé par le palient lui avait prescrit des
applications répétées de liniment oléo -calcaire.
ÉROre
Avant loutes choses un bain de mains d’une heure dans du sublimé est imposé au malade. Puis au sortir de ce bain, les phlyctènes sont soigneusement excisées, on les débarrase de leur contenu séro-fbrineux, et le derme apparaît à nu. Nouvelle immersion dans le sublimé; celle immersion loin d’être douloureuse procure au malade un cerlain soulagement. Au sorlir de ce bain, les bords de la plaie sont soigneusement neltoyées el grattées avec une spatule; ceci fait, on recouvre le tout d’un pansement humide avec des compresses de sublimé :
Le lendemain 30 avril, le pansement humide est enlevé, et après un nouveau lavage, on fait une application de thyol, en badigeonnant non-seulement la plaie, mais encore ses bords. Gaze iodoformée, ouate au salol.
Le 6 mai, 6 jours après, le malade revient. Son pansemeot est aussi propre que le premier jour. En enlevant la couche de gaze iodoformée, on éprouve une certaine difficulté, et quelque soin que l’on y porte, on éraille çà et là la petite pellicule qui recouvrait le derme. Au niveau de l'eschare rien de particulier à signaler; l’eschare a conservé la couleur qu’elle avait le premier jour, elle est toujours adhérente dans la profondeur, et ses bords sont en continuité directe avec les téguments ambiants.
Deuxième pansement. — Thyol, gaze iodoformée, ouate.
Le 11 juin le malade revient, En enlevant le pansement le malade fait la grimace. En voulant enlever la couche de gaze iodoformée j'avais, au niveau de la pelile eschare, arraché celle-ci et je vis à ma grande stupéfaction que, concentriquement à sa circonférence, et sur plus de la moitié de son élendue, elle était cicatrisée et nettement cicalrisée. Au centre seul existait une petite plaie que je venais de produire arlificiellement, Pas la moindre trace de pus ni de sérosité ne recouvrait la plaie ou la
peau nouvellement formée. Quant au reste de la brûlure, il était
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— (ji) —
totalement ‘cicatrisé, La place occupée par les phlyciènes était recouverte d'une pellicule, mince, transparenté, irisée, un peu plus colorée que le reste des téguments, mais très souple, au point que les plis qui normalement sillonnent Je dos de la main, commencaient à se former.
et Troisième pansenent. — Je me contentai de mettre un peu de
thyol sur la petite plaie restante, Gaze iodoformée et collodion. Depuis je n'ai jamais revu le malade. Ji est donc à présumer qu'il n’a plus eu besoin de nos bons offices. |
Ogsenvarion V (personnelle). /
Eschares muliyles du cou-de-pied par brûlures anciennes. — Gu’rison complète en 12 el 20 jours sous deux pansements.
Le 4 juin, entre salle Sainte-Sophie, une malade, 45 ans, qui il y a 45 jours s'était brûlé le pied en renversant une soupière
pleine de bouillon bouillant. Sur le dos du cou-de-pied, on voit
une plaie allongée longue de 10 à 12 centimètres, et large de 2 à 3 centimètres à fond gris rongeâtre, S2s bords en sont comme taillés à l'emporte-pièce, Evidémmentil y a eu là une eschare. De part et d’autre et un peu disséminées sur lecou-de-pied se trouvent d’autres petites plaies en tout semblables aux premières quant à leur aspect ; leurs bords sont également comme taillés à l'emporte pièce, La malade pendant ces 15 jours s’élail soiguée en saupoudrant matin et soir ses plaies avec une poudre blanche qui nous F1 paru être du sous-nitrate de bismulh, À
Trailement. — La malade prend un bain de pied au sublimé d’une demi heure. Puis les bords de ces plaies, ainsi que le fond
GIRAUDOX 8
DTA de tes plaies sont soigneusement lavés et détergés. Pendant trois jours consécutifs on fait un pansement quotidien avec des compresses imbibées de sublimé.
Le 4 juin. — Première application de thyol.Nullement douloureuse. Gaze iodoformée et colon hydrophile.
Le pansement reste en place du 4 juin au 12 juin, c’est-à-dire pendant 9 jours, Sans que la malade accuse d’aûtre sensation que celle d’un léger prurit.
: Le 12 juin au deuxième pansement l’état est merveilleux : toutes les petites plaies sont cicatrisées ét recouvertes d’une pétite pellicule transparente mais néanmoins assez solide. Quant à la grande plaie allongée qui traversait en sillonnant le dos du cou-de-pied, les 4/5 en sont cicatrisés, il ne reste plus qu'une petite plaie grande comme une pièce de un franc non cicatrisée.
Nouveau lavage au sublimé, suivi d’une seconde application de thyol; gaze iodoformée et ouate.
5 jours après, le 17 juin, à l'enlèvement du deuxième pansement, rien ne reste, tout est cicatrisé. On se contente, pour pro-
téger cet épithélium de nouvelle formation, dele recouvrir d' une couche de collodion.
O8sERvATION IV (personnelle).
Hôpital civil de Versailles, service de M. le Dr Vilon, salle Saint-Philippe, n° 7.
Brülures datant de trois semaines loutes transformées en plaies bourgesmnantes. Cuïsse droite ; les deux fesses: flanc gauche el creux de l’aisselle gauche phlyciènes. Eschares larges à la cuisse droile el dans le flanc gauche. Guérison complèle en sept semaines.
Lem... Victor, plombier, 43 ans.
Le Mer
Entre-le 9 mai 1895 à l’hôpitai de Versailles salle Saint-Philippe, lit n° 7.
Ia été brûlé le 16 avril dérnier par une lampe à pétrole qui a
“mis le feu à sa chemise. Il à été soigné chez lui pendant trois
semaines et nous dit qu'on jui a appliqué des compresses humides, probablement boriquées et des poudres blanches de deux espèces différentes mais sur lesquelles il ne peut fournir de renseignements.
Etat à l'entrée le 9 mai.
Voici l’état que présentent aujourd’hui ses plaies.
1° Une première plaie existe à la cuisse droite, plaie très étendue ; partant du pli interfessier en dedans, sans descendre dans ce pli, elle gagne en dehors le bord externe du couturier. Son bord supérieur suit à peu près exactement la crête iliaque, son bord inférieur descend à cinq travers de doigts au dessous du pli fessier. |
La surface de la plaie présente un assez bon aspect; elle est
couverle de bourgeons charnus. Mais vers la partie externe il
existe une large eschare (dimensions : hauteur 12 centimètres,
largeur 8 céntimètres) épaisse et dure, et dont les bords laissent
sourdre un pus à odeur repoussante.
9 Le long de la crête iliaque gauche, plaie de 15 centimètres
de long sur 6 à 7 de hauteur environ.
Cette brûlure est couverte de bourgeons, sans eschare, et, de toutes les plaies, c’est elle qui présente le meilleur aspect. Elle est d’ailleurs en bonne voie de guérison, car elle était plus
grande de moitié: sa surface ne présente cependant pas d'ilôts
épidermisés.
30 Sur la paroi latérale gauche du thorax, plaie de 14 centimêtres de-hauteur sur 6 à 8 de largeur, avec une eschare de 6
LG
à 7 centimètres de hauteur sur 3 à 4 de largeur. L'aspect de cette brûlure est celui de la première plaie.
4° Plaie occupant tout le fond de l’aisselle gauche et descendant sur le thorax d’une part, sur la face postérieure du bras de l’autre. Etendue : 14 à 15 centimètres sur 5 à 7 d’avant en arrière. Elle ne présente pas d’eschare, mais au milieu des bourgeons, il y a quelques ilôts disséminés de Lissus mortiliés et encore adhérents, qui forment autant de petits foyers purulents.
Les souffrances du malade sont très vives, il est de plus obligé d’être constamment couché sur le ventre. Température du matin
Traitement. — Après avoir fait donner au malade un bain simple d’une demi-heure, nous le pansons de la facon suivante :
Les plaies sont couvertes de compresses humides imbibées de la solution de sublimé à { pour 1000.
Puis avec la spatule, nous enlevons aussi délicatement que possible toutes les parties épidermiques mortifiées au voisinage et surtout sur les bords mêmes des plaies.
Nous aspergeons en même lemps et continuellement avec la solution de sublimé. Pour les eschares avec la pince et les ciseaux, nous les enlevons par morceaux, et, sans trop avoir fait souffrir notre malade, nous arrivons à les extirper èn totalité.
Les plaies nettoyées, séjournent environ une heure sous les linges au sublimé, puis nous les tamponnons légèrement une dernière fois avec des tampons exprimés.
Eofin, avec un pinceau, doux avec la spalule, nous éténdons doncement sur toutes les surfaces bourgeonnantes une couche de thyol de façon à masquèr complèlement ces surfaces et leurs bords. Par-dessus, nous appliquons des feuilles de gaze iodoformée, et, avec de l’ouate salolée et des bandes de gaze, nous
exerçons une légère compression. |
ri
Sauf complications (que nous indiquerait l'ascension de la
température) nous comptons laisser le pansement en place pendant dix jours.
Observation. — Cette désinfection et ce pansement, pour êlre efficaces devant être fiits avec une grande minutie, ont demandé près de deux heures, pendant lesquelles nous avons soutenu le malade, déjà épuisé auparavant, avec une potion de Todd.
L’aspersion de sublimé et l'application de compresses humides n'ont jamais éveillé de douleurs vives. Les seuls temps vraiment douloureux ont été l'enlèvement aux ciseaux des deux eschares et aussi, quoique à un moindre degré, le tamponnage final qui avait pour but d’assécher les surfaces avant l'application du thiol. Cette application en elle-même n’a pas élé pénible pour le malade, cependant nous avons bientôt abandonné le pinceau pour étendre le thyol avec la spatule; cette facon d'agir est bien plus rapide etbien mieux supportée.
Température, 5 heures du soir (deux heures après le pansement), 37°,9. ;
Nous prescrivons : Vin de quinquina 100 grammes, lait 1 litre. |
10 mai. — Matin, 38°,1; soir, 380,3.
Le malade a très peu dormi et se trou ve fatigué.
A1 mai — Matin, 38°; soir, 38°,6.
Malgré la légère ascension thermique le malade dit éprouver un soulagement notable, mais à condition de ne pas remuer.
12 mai. — Matin, 38°; soir, 389,3.
Le sommeil est meilleur, l'appétit aussi.
Du 13 au 18 mai. — La température varie entre 370,5 et 37°,9 sans dépasser ce dernier chiffre.
SOA Le parsement de la cuisse droite traversé par la sérosilé est recouverte d’une nouvelle couche d’ouate.
18 ma. — Température 38°,3. Le pansement est enlevé.
Etat des plaies. 1° Cuisse droite. — Les bords de cette plaïe sont épidermisés dans tout le pourtour sur une étendue de 4 à 5 centimètres. La plaie qu’occupait l'eschare bourgeonne un peu; c’est elle qui a donné une assez grande quantité de sérosité. Cà et là sont disséminés dans les parties bourgeonnantes quelques petits -ilôls épidermiques;
9° La plaie qui existait le long de la crête iaque gauche est complètement guérie. Elle est recouverte d’une jeune ‘couche -épidermique rosée très régulière qui ne demande plus qu'à êlre protégée quelques jours ;
3° La plaie de la paroi lalérale gauche du thorax, où siégeait une eschare, présente absolument l'aspect de la première, sur une plus petite étendue ; la partie qui supportait l’eschare a donné lieu également à un léger écoulement de sérosité, mais le pansement n'a pas élé traversé. Les bords s’épidermisent, Ilôts épidermiques disséminés ;
: 4 La plaie de l'aisselle a un peu diminué d’étendue ; c'est elle cependant qui a fait le moins de progrès.
Toutes ces plaies sont lavées au sublimé à 1/1000. Les bords son! neltovés de nouveau à la spatule. Compresses humides au suplimé. Badigeonnages de thyol comme précédemment. La surface de la plaie guérie est simplement nettoyée avec un tampon exprimé, el couverte directement d'ouate salolée dans un but purement-protecteur. S
Température du soir, 379,5.
Les jours suivants, la lempérature varie entre 37°,1 et 370,6, une seule fois, sauf le 25 au malin où elle atleint 379,9. é
26 mai. — Le pansement estenlevé pour la seconde fois.
Le Toule la fesse droite est cicalrisée sauf sur up point grand comme une pièce de 2 francs. L’épidermisalion est très régulière, la surface lisse et rosée.
La parlie externe de la cuisse où siégeait l’eschare présente
CL De
des bourgeons exubérants parsemés d'ilôts épidermiques grands, chacun, comme une pièce de 50 centimes. Partout les contours sont cicatrisés, les dimensions des parties non guéries ne sont
plus que de 6 centimètres de large sur 10 centimètres de hauteur.
La plaie qui siégéait à la crèté iliaque gauche est défiaitivement guérie. La peau est reconstituée ; elle n’est ni rugueuse ni Saillante sur les bôrds et une coloration légèrement violacée différencie seule son aspect de celui de la peau saine, Elle est souple. Enfin &/ n’y à aucune bride cicalricielle.
3° A là parlié latérale gauche du thorax les 4/%, de la plaie sont cicatrisés. La place qu'occupait l’escharé est bourgeonnañte. Au milieu des bourgedns se trouvent trois îlôts épidermiques présentant chacun les dimensions d’une pièce de 50 centimes. Il n’y à pas de sécrétions. Les parties épidermisées le sont également sans brides cicatricielles.
4° L'aisselle est presque entièrement guérie sans brides cicatricielles, tous les mouvements du bras sont faciles. Il ne reste de plaie que sur le bord du grand dorsal} et du grand dentelé. Cette plaie bourgéonnante un peu plus grande qu’une pièce de cinq francs présente un Hôt cicatriciel ceulral.
Lé pansement est renouvelé toujours de la même façon. Le malade peut se coucher sur lc dos el s'asseoir dans son lit. On peût le transporter dans le jardin sur un fauteuil roulant. Le panserment ne lui cause aucune douleur. Le sommeil est bon, l’appétit suffisant.
4 juin. — Le pansement est réfait pour la troisième fois. Toutes les plaies ont encore diminué, les bourgeons sont affais sés et les tlôts épidermiques s'agrandissent. Nulle part 1l n’y a de trace de brides cicatricielles. Toutes les parties guéries sont d’un rose violacé, lisses, unies et se continuent sans aucune
différence de niveau avec la peau saine. La température ne s'élève
plus au dessus de la normale. Elle ne sera plus prise. A la place qu'occupait l'eschare de la cuisse, existe encore de la suppuration. ë
A juin. — La plaie de la cuisse droite est stationnaire sans grands changements, celle du (thorax est très diminuée; celle de l’aisselle est en progrès relativement moins rapide. Désinfection trés soignée. Pansement semblable.
i$ juin. — La plaie de la cuisse est en meilleure voie. Celle qui occupait la partie latérale gauche du thorax est guérie complètement. La surface présente le même aspect que les autres parties cicatrisées. Celle enfin qui occupait le creux de l’aisselle a considérablement diminué. Cds
26 juin. — La plaie du creux de l’aisselle reste stationnaire, celle de la cuisse droite est grande comme une pièce de 2 francs» les bourgeons qui la couvrent s’affaissent. Thyol et collodion.
3 juillet. — Le collodion enlevé, on trouve les plaies diminuées d’étendue, mais néanmoins la cicatrisation n’avance plus rapidement.
12 juillet. — Peu de changement.
20 juillet. — Les plaies sont cicatrisées. Celle du creux de l’aisselle, grande comme une pièce de 50 centimes et celle de la cuisse réduite à la grandeur d’une nièce de 1 franc sont recouvertes toutes deux d’un très mince épithélium. |
Le D’ Vilon, pour s’assurer de l'absence de toute bride cicatricielle au niveau du creux de l’aisselle, fait exécuter de force au malade des mouvements d’abduction, d'adduction et d'élévation, au cours desquels le petit pont de peau nouvellement formé cède quelque peu. à
Il n'y a pas à proprement parler de bride cicatricielle, la peau du creux de l’aisselle est plus dure que normalement au toucher. On peut espérer qu’en allant progressivement et doucement le
malade pourra recouvrir l'amplitude complète de lous ces mouve-
ASS ji
op
ments. Aucun de ces mouvements n’est en effet impossible. L’amplitude de ces mouvements est seule quelque peu diminuée, comparahvement à la normale.
OgservarTion VIT (personnelle)
Fla... Joseph, 29 ans, distillateur.
Entré le 9 octobre, salle Saint-Côme, servicede M. le D' Broussin,
Il s’est brûlé la veille aux mains et au visage en recevant des éclaboussures provenant du renversement d’une bouillotte d’eau chaude. |
Phlyctènes occupant la face dorsale des deux mains et toute la joue gauche, depuis la hauteur des yeux jusqu'au bord inférieur du maxillaire inférieur.
Lavage au savon. Lavage prolongé au sublimé. Excision des phlyctènes. Nouveau lavage au sublimé du derme mis à nu. Assécheinent de ce derme. Badigeonnage de thyol. Gaze iodoformée et collodion au visage. Pansement ouaté occlusif aux deux mains.
Le lendemain, 10 octobre, le malade a bien dormi, ne souffre pas.
Rien de particulier à noter jusqu’au 48 octobre, jour où l'on enlève les deux pansements et où l'on trouve les plaies cicatrisées.
Exéat le jour même.
OgseñvarTion VIII
Due à l’obligeance de M. G. Legrand, interne à l’hôpital civil de Versailles.
Pierr.. Albert, 38 ans, journalier, entre le 9 octobre, salle Saint-Côme, service du D' Broussin.
CIRAUDON 9
Il s'est brûlé il y a trois jours par l’explosion du gaz d'une fosse d’aisance. La moitié droite du cuir chevelu a été brûlée ; le jour de son entrée ce Cuir cheveln commençait à se ramolir et à donner une sécrétion purulente abondante. Brûülure du troisième degré au poignel droit. Petite eschare à la cuisse gauche. Phlyclène à la cuisse droite. |
Traitement. — Bain d'une demi-heure. Brossage au savon el à la brosse au sortir de ce bain. Aspersions au sublimé; excision de l’eschare. Au cuir chevelu on coupe les cheveux aussi ras que possible. Nouveau lavage au sublimé. On recouvre toutes les parties biülées d’une bonne couche de thyol.
Guze iodoformée. Ouate en abondance.
19 octobre. — Le malade n'a pas du tout souffert depuis son premier pansement :
La plaie du cuir chevelu a très bon aspect. Peu de sérosilé. Piaques cicalrisées disséminées çà et là et grandes comme une pièce de 5 francs,
Cicatrisation complète des plaies de la cuisse droite et du poignet droit.
En enlevant le pansement recouvrant la cuisse gauche, on arrache l’eschare qui s’y trouvait. Pas la moindre trace de pus. * Nouveau lavage prolongé au sublimé.
Le deuxième pansement est refait comme l'a été le premier.
Le 29 octobre. — Enlèvement du second pansement.
Guérison de la plaie occupée par l’eschare.
Le cuir chevelu est presque partout cicatrisé, sauf deux ou trois peuts endroits où lon remarque quelques bourgeons pûles.
Lavage au sublimé. Nouvelle application de thyol.
Le 7 novembre. — On enlève le pansement, tout est cicatrisé. Le malade sort le jour même.
LU ts 2e —