A LA MÉMOIRE DE MES
https://archive.org/details/IA41549923 0015
Géographie botanique et séminologie. — J'ai réuni dans un même travail deux sujets qui peuvent sembler à priori très différents. On ne sera pas surpris si l’on sait que j'ai été amené, au cours de mes recherches, à constater entre eux une relation étroite. J'ai pu trouver en effet de multiples concordances entre la morphologie externe d’une graine et la dispersion géographique de l'espèce qui la produit. Le plus souvent, dans les cas où la seule morphologie ne suffisait pas à trancher la question, la phytogéographie a été précieuse, par le secours qu'elle m'a fourni : des espèces nettement différentes ont parfois des graines presque identiques, — cela peut se produire, bien que rarement, — mais, le plus souvent, elles ont des aires de répartition très distinctes.
Dans un travail encore inédit qui a pour titre Contribution à l'étude analytique et phytogéographique du groupe des Léqumineuses, j'ai déjà insisté sur ce fait que la géographie botanique, indépendamment de son intérêt propre, est un adjuvant précieux pour la systématique. Celle-ci, telle qu'on la comprend d’habitude, est fondée sur la morphologie générale de la plante. On verra, au cours de ce qui suit, que la systématique séminologique, c’est à-dire la classification, reposant sur la morphologie des semences, trouve dans la phytogéographie un utile complément. |
J'ai repris et développé ici les conclusions que J'avais brièvement résumées dans un premier mémoire sur la répartition
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des Légumineuses (1): on verra que j'ai examiné chaque tribu en elle-même, en accompagnant les résultats obtents d'un tableau statistique (2) que j'ai traduit dans une carte. L’ensemble de ces cartes forme un résumé illustré de 27 planches, qui est plus explicite que toute description, si détaillée qu'elle soit.
J'ai voulu reprendre l'étude des genres qui composent le groupe des Légunineuses, et refaire pour leur détermination pratique des clés aussi simples que possible. L'excellent Conspectus de Bexraam et Hooker ne peut guère être utilisé commodément pour une détermination, et la monographie du groupe par Tauserr dans les Pfanzenfamilien d'Engler n'est pas toujours d'un usage aussi pratique ni précis qu'on pourrait se l'imaginer : l'auteur le fait lui-même remarquer. Le grand obstacle qu'on rencontre, est la division primordiale de chacune des trois familles (3) en tribus. Dans chacune de celles-ci, on peut, en général, assez bien distinguer les genres, mais pour ce qui est des tribus, on se trouve en présence de caractères si vagues, et à la fois si voisins, qu'on éprouve une grande difficulté dans le choix à faire, et dans les distinctions à opérer. J'ai done essayé de surmonter cet obstacle, en Supprimant la notion de tribu, et j'ai établi un système de clés qui conduit directement au nom des genres, avec une assez grande facilité.
La classification fondée sur la morphologie externe ou l'étude de la fleur n'est pas la seule qui nous intéresse, J'ai insisté dans un précédent mémoire (4) sur le rôle important joué dans
l. Louis Cavrraine, Sur la répartition géographique du groupe des Léguimineuses, 27 lev, gén, de Bot., 1909, p.335 el pl LE et 1 bès.
2, Voir note 1, p. 7, la méthode employée pour la confection de ces lableaux.
3, Dans mon travail précité sur l'£fude analytique el phytogéographique du groupe des Légumineuses. jai montré qu'on doit considérer l'ancienne famille des Légumineuses comme un groupe d'ordre plus élevé, dans lequel on range les anciennes sous-familles des Papilionacées, Césalpiniées et. Mimosées, élevées au rang de familles. Fai adopté en conséquence les lermes de Papilionacees (ancienne dénomination non modifiée), de Gésatpiniacées el de Mimosacées.
4. Louis Carrraine, Elude des Graines des Papavéracées d’ ÉUPOner in Rev, gén. de Bot., 1910, p. 342, et pl. VIE, IX, X ët XI,
la systématique par la morphologie externe des graines où des semences. Je laisse de côté l'étude analytique des genres pour ne m'occuper iei que de la répartition géographique du groupe et de l'étude des graines.
But et plan. — Cette partie de la botanique descriptive, qui étudie la morphologie des graines dans ses rapports avec la classification, et que, l’on peut appeler systématique séminologique, est un chapitre très peu étudié. J'ai voulu montrer tout le parti qu'on peut tirer de cette étude, tous les services qu'elle peut rendre au botaniste, et non mémoire sur les graines de Papavéracées est un petit exemple de ce que l’on peut faire pour les espèces européennes d'une famille, Je ne saurais trop insister ici sur le but que je me suis proposé : sans chercher à faire quelque chose de définitif, sur un sujet qu'on doit considérer comnie à peu près neuf, je me suis borné à donner une suite d'exemples portant en eux-mêmes leurs conclusions, ét non une œuvré finie présentant un ensemble net.
Matériaux étudiés. Choix des graines. — J'ai examiné un grand nombre d'échantillons. Beaucoup sont excellents et bien nominés : quelques-uns, médiberes, portaient des noms erronés : j'ai dû les rejeter. Pour les premiers, J'ai surtout tenu compte des espèces représentées par des lots de graines de plusieurs sources différentes, ét récoltés à des dates variables. Cela n’a permis de n'avoir pas recours à la vérification par la culture. D'ailleurs, en admettant que, dans un petit nombre de cas, les noms des espèces étudiées soient erronés, on n'aura qu'à supprimer ces noms par la pensée: la morphologie de la graine de ées espèces n'en subsistera pas moins, et conservera sa valeur.
Si j'ai renoncé à la vérification des noms par li méthode culturale, c’est que te travail sérait sorti complèteiient de mon cadre, puisque j'ai simplement voulu donner, dans ses grandes lignes, un aperçu de la morphologie comparée des graines de Légumineuses. D'ailleurs une telle vérification, qui eût exigé
un temps considérable, ne serait nécessaire que pour une étüde
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limitée et bien définie, telle que celle d'un genre ou d'une tribu. En outre, le résultat n'aurait pas été sensiblement supé- “rieur puisque ma méthode de vérification entraine avec elle une précision assez grande pour fournir, dans la plupart des cas, une entière certitude.
Constance morphologique des graines. — Nos espèces européennes, transplantées dans les pays chauds, ne semblent donner qu'un assez médiocre résultat. Nos officiers coloniaux, surtout ceux qui vont en Afrique, emportent avec eux des lots de graines alimentaires telles que pois, haricots, lentilles, pour les semer autour de leurs cases. On n'obtient en général que de mauvaises plantes. Cet insuceès provient vraisemblablement des conditions biologiques, très différentes de celles du pays d'origine. Mais pour une espèce donnée, considérée en échantillon normal et provenant d'une station où elle se développe normalement, la taille, l'aspect, la couleur, la forme de la graine se montrent d'une remarquable constance. Par conséquent, de même que nos graines se développent mal dans les pays chauds et ne donnent que des plantes plus où moins étiolées, de même il faudra se défier, dans une étude comme celle-ci, des espèces tropicales ayant fructifié en serre chaude. La constance morphologique de la graine ne peut être nette et n'avoir de valeur qu'autant qu'on à affaire à des échantillons qui se sont développés normalement. Cette constance morphologique n'est d'ailleurs pas étonnante : de tous les organes, la graine est celui qui est entouré des protections les plus efficaces. À
L'une des caractéristiques qui semblent devoir varier le plus est la taille; cependant, divers lots de graines examinés donnent toujours une moyenne d'une remarquable régularité. Enfin, tandis que l'aspect extérieur d'une plante est très sujet à variations, suivant les conditions biologiques où elle se trouve, et que deux représentants d’une mème espèce pourront paraitre appartenir à deux espèces différentes, si l’un a poussé à l'ombre et l'autre au soleil, le premier dans une atmosphère humide, le second dans un air sec, les graines conservent une
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constance d'aspect qui ne saurait échapper à l'observateur le moins prévenu.
Figures. — Pour représenter les graines étudiées, j'ai eu recours au dessin et à la photographie. À part de très rares exceptions, toutes les espèces étudiées sont figurées par deux dessins, une vue de face et une vue de profil. On trouvera dans mon mémoire sur les Papavéracées, cité plus haut, trois planches phototypiques montrant toute la précision que peut donner la reproduction photographique des graines quand elle est bien faite. Ici, j'ai dû me contenter de dessins à la plume. Tous ont été exécutés à la chambre claire Benoist, assez fidèlement pour qu'on puisse les considérer comme presque aussi exacts que des photographies.
J'ai multiplié ces dessins parce que les sciences naturelles sans figures n'existent pas, et qu'on doit étendre à toutes les branches qu'elles comprennent l'opinion des géologues, qui ne considèrent comme bonne, une espèce fossile, qu'autant qu'on en à donné un bon dessin.
Qu'il me soit permis, en terminant, d'adresser à mon maitre M. Gaston Bonnier l'expression de ma respectueuse reconnaissance pour l'intérêt et les précieux conseils qu'il m'a toujours prodigués; je remercie également MM. M. Molliard et M. Dubard de leur bienveillante sympathie ; je ne saurais oublier enfin que c'est mon excellent ami, M. Henri Coupin, chef des travaux pratiques au laboratoire de botanique de la Sorbonne, qui n'a suggéré l’idée d'étudier les Légumineuses. Je le prie de vouloir bien accepter ici l'hommage de mon affectueuse reconnaissance. Je ne saurais manquer d'adresser à M. Hérouard, professeur de zoologie à la Sorbonne, l'expression de ma très vive gratitude, car avee l’amabilité et le désintéressement qui lui sont naturels, il a bien voulu mettre à ma disposition un appareil spécial, lui appartenant, pour me faciliter mes premières recherches. Je me fais un agréable devoir de reconnaitre que
c'est en grande partie grâce à Jui que j'ai pu aborder cette étude. Que MM. les botanistes et directeurs de jardins botaniques qui m'ont généreusement procuré des matériaux d'études veuillent bien agréer mes sincères remerciements, car sans leur complaisance et leur libéralité, je n'aurais même pas pu ébaucher ce travail.