HI. — LE TEST DE DAUSSET ET FERRIER
— En 1923, A.-C. GUILLAUME montrait que le rapport :
Taux de loxyhémogiobine
Temps de réduction
variait dans le même sens que le métabolisme basal.
— D'autre part, ZoNDEK et UCKo avaient trouvé une diminution du temps de réduction dans l’hyperthyroïdie et une augmentation de ce temps dans l’hypothyroïdie.
— « Le Docteur FERRIER avait mis en évidence qu'un système endocrinien en équilibre, soumis à Paction d’un courant de d’Arsonval, n’influe pas sur le métabolisme de base du sujet; par contre la diathermie d’une glande en déséquilibre amène des variations sensibles sur les chiffres fournis par l’étude des échanges respiratoires » (Thèse du Docteur SER- VEAUX).
— C’est en partant de ces observations que les Docteurs DAUSSEr et FERRIER ont établi qu'il était possible de tirer un test endocrinologique des variations du temps de réduction de l’oxyhémoglobine avant et après l’excitation de diverses glandes endocrines.
— Nous allons reproduire ici la note de H. Daus- SEr, M. FERRIER et H. Ucxo indiquant la technique adoptée par eux :
« La technique en est simple. On détermine, avant toute excitation électrique, le temps de réduction que présente le sujet à examiner. Puis celui-ci est soumis pendant dix minutes à une séance de diathermie à faible intensité sur la région thyroparathyroïdienne (80 mmas). Après cette épreuve, le temps de réduction est, à nouveau, déterminé. On procède alors à une excitation de là région hypophysaire suivie d’une nouvelle détermination du temps de réduction. Les mêmes manœuvres se répètent sur les glandes que lon désire soumettre à l’épreuve (glandes génitales, mammaires, etc.) Suivant la région endocrinienne explorée, le temps de réduction se trouve allongé, raccourci, ou identique au temps initial.
« La variation consécutive à une excitation de dix minutes se maintient pendant une heure environ. Il n’y a donc pas d’inconvénient à pratiquer plusieurs excitations consécutives sur des glandes différentes, dès l'instant que l’on ne tient compte que du sens de la variation.
« Simple en principe, cette méthode rencontre dans son application un certain nombre de difficultés. Une des principales consiste dans lappréciation exacte de la terminaison de la réduction. Cette difficulté nous a amené à abandonner la méthode d’Hénocque pour utiliser celle couramment employée par Lucas
KocH, ZONDEK et UcKo, méthode qui consiste à exa-
miner par translucidité l’espace interdigital compris entre le pouce et l'index. On interrompt la circulation en plaçant à ce niveau une pince en cœur que l’on serre.
« Sur ces données, nous avons fait construire un appareil composé essentiellement d’une source lumineuse d'intensité réglable dont le faisceau est concentré sur le point à examiner par un système optique. Une pince spéciale, en même temps qu’elle interrompt la circulation, fixe la main dans une position convenable pendant toute la durée de l’observation. Pour effectuer une mesure correcte, le spectroscope devra d’abord être mis au point suivant la vue de l’opérateur. Toute l'opération sera conduite avec le minimum de lumière suffisant à assurer une vision distincte des bandes d'absorption de l’oxyhémoglobine.
« Dans les premières secondes, la raie à se montre toujours plus étroite et plus foncée que la raie f. Leurs bords sont nets comme coupés au couteau. Leur teinte varie du gris plus ou moins foncé au noir. Puis les bords perdent de leur netteté en même temps que la bande B pâlit. L'espace vert situé entre les bandes est envahi par une teinte grisaille comme si les bords bavaient l’un vers l’autre en se rapprochant, puis lenvahissement se complète et l’on ne voit plus qu’un flou homogène situé à la place où est située la bande caractéristique de lhémoglobine réduite. Ce flou semble un renforcement du vert.
« La lecture du phénomène est ordinairement fa-
le
cile pour un observateur entraîné et l’on arrive à des déterminations exactes à vingt secondes près. Il reste néanmoins des cas difficiles qui entraînent la nullité de l’épreuve.
« Une autre difficulté réside dans l'interprétation de la courbe obtenue. Le diagramme ainsi établi n’est que la représentation graphique de la réponse d’une endocrine à une excitation à un certain moment : c’est un instantané qui peut être une indication thérapeutique.
«Il est évident, dès lors, que pareille méthode . ne saurait servir de base directe à l'établissement d’un diagnostic. Celui-ci ne peut s'établir que sur l'interprétation de l’épreuve en fonction des signes cliniques. En effet, l'absence de signes de variations peut être la traduction d’état endocriniens très différents représentant :
— soit une glande normale et en équilibre,
— soit une déficience hormonale complète rendant la glande inexcitable.
« Enfin certains malades présentent dans le temps une épreuve remarquablement fixe tandis que d’autres varient. Les diagrammes différents obtenus dans ces conditions paraissent maintes fois en rapport avec le cycle menstruel et les variations endocriniennes correspondantes.
« Malgré pareilles difficultés, cette méthode de recherche s’est montrée fidèle ».
Nous connaissons maintenant le mode opératoire
adopté par les Docteurs H. Dausser, M. FERRIER el
DENIAUD 4
ni
H. Ucxo. Quant à l'interprétation du diagramme obtenu, elle aura pour base les quatre lois de DAUSSsET et FERRIER que nous trouvons énoncées dans la thèse du Docteur SERVEAUX.
Premiere loi. Le temps de réduction de l’oxyhémoglobine est une valeur sensiblement fixe chez
un sujet donné.
Deuxième loi. Ces temps de réduction varient dans des proportions souvent considérables par excitation d’une région endocrinienne sans que cette région soit forcément la région parathyroïdienne.
Troisième loi. Le temps de réduction de l’oxyhémoglobine ne varie pas sensiblement après lexcitation d’une région du corps dans laquelle ne se trouve pas de glande à sécrétion interne.
Quatrième loi. Le temps de réduction de loxyhémoglobine ne varie pas lorsque l’excitation porte sur une région glandulaire dans laquelle la glande n’existe pas : castration chirurgicale, par exemple, ou encore ménopause naturelle
ancienne.
Voici exposées brièvement la technique et les bases d'interprétation de l’« électrodiagramme endocrinien », qu'ont établies les Docteurs DaAussEer et FERRIER.
Nous allons suivre rigoureusement ces règles pour réaliser un « électrodiagramme endocrinien ».
Une observation
suivant la méthode de Dausset et Ferrier.
Histoire clinique succincte.
— Mademoiselle D., âgée de 19 ans, vient consulter pour dysménorrhée. Ses règles sont tellement douloureuses qu’elles obligent la malade à garder le lit pendant la première journée. Elles s’accompagnent en effet, de coliques intenses, de vomissements très importants qui ne cèdent qu’au bout de plusieurs heures. L’intolérance gastrique est absolue.
— Entre les règles, pertes blanches fréquentes.
— À l’examen, on note une très légère tuméfaction du corps thyroïde. Les yeux sont brillants. Le pouls bat à 80.
— L'examen génital ne révèle rien.
—— La malade accuse une faiblesse ligamentaire. Elle dit avoir une prédisposition toute particulière à se « tordre les chevilles ».
Nous avons donc fait chez cette malade la recherche des modifications du temps de réduction de loxyhémoglobine sous l'influence de courants de d’Arsonval sur les glandes endocrines. La durée de chaque excitation de diathermie a été de dix minutes sous une intensité de 100 millis. Dans la succession des
excitations, nous avons adopté, pour cette observa-
me
tion comme pour toutes celles de ce travail, l’ordre conventionnel :
— glandes thyroïdes, — hypophyse, — ovaires ou testicules, — glandes mammaires.
Nous avons obtenu le diagramme ci-contre (fig. A).
Nous allons en faire l'interprétation suivant les lois de DAUSSET et FERRIER.
— Après une application de courant de d’Arsonval sous une intensité de 100 millis pendant dix minutes, sur la région thyro-parathyroïdienne, nous trouvons le temps de réduction qui était de 130 secondes avant toute excitation, réduit à 60 secondes. On en conclut donc à une grande sensibilité de la thyroïde à l’excitation diathermique.
— Après la même excitation sur la région hypophysaire, le temps de réduction revient à 110 secondes. En tenant compte des erreurs d'expérience possibles, on peut dire que l’hypophyse ne réagit pas au courant de d’'Arsonval faible.
— La diathermie sur la région ovarienne diminue le temps de réduction qui se trouve ramené à 70 secondes, ce qui traduit une sensibilité assez grande des ovaires.
— Enfin, la même excitation sur les glandes mammaires donne un temps de réduction de 90 secondes.
res
En appliquant les principes de DAUSSET et FERRIER, ce diagramme pose clairement l’indication d’un traitement hypophysaire et accessoirement mammaire.
D NN uivant Ces méthodes de : | CR [ame IT
Fig. À, Fig. B.
Les pages qui suivent montrent que les indications résultant de ce diagramme établi sans certaines précautions, peuvent être erronées, ce qui aurait pour conséquence un traitement mal approprié.