LA RECHERCHE DE L'ÉQUILIBRE ORGANIQUE
Elle comporte d’abord une investigation complète des principales fonctions organiques ; puis un régime alimen-
taire accompagné de prescriptions diététiques et médicales nécessaires pour le rétablissement de l’équilibre organique parfait.
a) Les examens pré-opératoires
dont la systématisation.a été obtenue de façon si satisfaisante dans le service de M. le Professeur À. Gosset, sont au minimum au nombre de cinq. En effet, tout malade destiné à être opéré dans le service subit la série des explorations
suivantes — l’examen des urines — pour apprécier les fonctions hé-
patique et rénale.
— Le dosage de l’urée sanguine — dont il est actuellement
superflu de rappeler l'importance.
— L'examen de la formule sanguine dans lequel des indications différentes sont données par la numération globulaire et la formule leucocytaire.
— L'examen dentaire dont la systématisation a permis de réduire grandement les complications pulmonaires septiques.
— L'examen radiologique du thorax indispensable pour apprécier l’état du cœur et de l’appareil pleuro-pulmonaire.
Nous ne croyons pas utile de revenir ici sur les soins que comportent une déficience hépatique, rénale, cardiaque ou pulmonaire. Leur indication est la même dans toutes les branches de la chirurgie.
b) Le régime alimentaire sera rigoureusement étudié ; 1l mérite une attention que l’on n’a guère l'habitude de lui accorder, du moins en France. Il semble que la prescription d’un régime alimentaire minutieusement établi soit une besogne secondaire, et cependant cela représente un point important de la préparation. Après avoir étudié les différents régimes décrits par divers auteurs, nous croyons utile de donner un simple schéma susceptible de subir bien des modifications dans la limite des 2.000 à 2.500 calories qu'il doit représenter ; les deux qualités essentielles de ce régime alimentaire pré-opératoire (6 à S derniers Jours) sont de
procurer sous un volume peu important un nombre de calories suflisant, et de ne comporter qu’une quantité minime de déchets.
Le petit déjeuner peut comprendre du café au lait, très sucré, du pain et des biscottes avec beaucoup de beurre, des confitures ou un demi-verre de jus de fruits.
Le déjeuner sera composé avec environ 100 à 125 grammes. de viande grillée, des pommes de terre, de la crème fraîche, de la gelée, du pain ou des biscottes avec beaucoup de beurre: comme boisson du lait bouilli sucré et du thé faible très sucré.
Le diner sera constitué d'éléments analogues en qualité et en quantité ; on peut remplacer la viande par 1 ou 2 œufs, la crème par du fromage, la gelée par des confitures, et y adjoindre 1 ou 2 fruits crus. Les boissons seront les mêmes.
C’est, nous le répétons, un schéma que l’on peut suivre de plus ou moins près ; mais il faut attacher au régime alimentaire des six à huit derniers Jours, une importance très orande, puisqu'il est nécessaire de fournir aux malades une alimentation très substantielle, tout en maintenant lintestin dans un état de vacuité relative.
c) I faut de plus constituer une bonne réserve de glycogène hépatique : l'ingestion de grandes quantités de sucre combinées à l'injection d'insuline à petites doses, ne donne pas toujours un résultat suflisant ; l'administration quotidienne de sérum glucosé sera parfois nécessaire.
d) I faut enfin hydrater abondamment le malade ; s’il est déshydraté — une dose quotidienne de 500 à 1.000 centimètres cubes de sérum physiologique introduit par voie sous cutanée, est très utile pendant les 6 à 8 jours qui précèdent l'intervention ; l’on ira jusqu’à 2 et 3 litres dans les 48 dernières heures.
d) Enfin l’on apportera une grande attention à l’état du chlore tissulaire dont il faut assurer léquilibre dans les
suites post-opératoires.
e) L’évacuation de l'intestin sera obtenue d'autant plus facilement que le régime comprendra moins d’aliments à résidus.
L'on procédera d’une part à l’évacuation régulière du . côlon par l’administration quotidienne pendant 8 jours de cinq grammes d'huile de riein (une cuillerée à café), d’autre part dans les trois ou quatre jours qui précèdent l’intervention — on prescrira des lavages rectaux (avec ou sans aspiration) avec une solution salée physiologique (à 7 ou 8 %) ; le liquide de lavage peut également être représenté par une solution à 1 pour 4.000 de permanganate de potasse ou une solution d’eau oxygénée (un demi-litre d’eau oxygénée pour 3 litres d’eau bouillie) ; il est bon d’administrer ce lavage en position genu-pectorale ; on y apportera d’autant plus de soin que le malade aura présenté plus de signes d’obstruction intestinale.
Lorsqu'on a pratiqué une colostomie préalable — il est évident que l'irrigation sera pratiquée dans le segment anorecto-sigmoïdien ainsi isolé ; l’on connaît l'importance de ces soins pour désinfecter de façon notable les cancers ulcérés ou sténosants dont la nature a nécessité l’établissement de la colostomie.