OBSERVATION IV
19 août 1880. — Georges M... m'est amené par sa mère. C’est un gentil petit garçon de 9 ans, à la mine
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éveillée et intelligente. Il a eu une angine à 2 ans, et une pneumonie à 3 ans, jamais de convulsions.
Son père jouit d'une bonne santé. Il a eu un eczéma. C'est un ivrogne, mauvais mari et mauvais père.
Son grand'père paternel est mort depuis longtemps. Pas de renseignements sur sa santé.
: La grand'mère paternelle, morte du choléra. se portait bien.
Sa mère est d'une bonne santé.
Son grand'père maternel est mort de vieillesse à 75 ans.
Sa grand mère maternelle était hystérique, très nerveuse. Elle est morte d'une maladie de cœur.
Un cousin maternel du père est idiot par suite de convulsions.
Le mal dont souffre Georges se montre sous deux formes : accès incomplets et absences.
1° Accès. —- Ils arrivent le matin, au réveil. Le premier est survenu il y a deux mois. Sa mère a constaté une crampe dans la main gauche « qui se lardailt » ; il y avait comme du plomb dans son pied gauche. Le tout a duré 2 minutes. Elle affirme qu'il n’a pas eu de perte de connaissance (?). Le 2° accès est arrivé trois semaines après le premier. Georges a écumé. Sa mère l’a empèché de tomber. Le tout a duré 10 minutes. La mère dit que que cette 2° attaque a été la plus forte. De plus, il en a eu quatre autres qui se sont borntes à des secousses cloniques, avec prédominance du côté gauche, mouvements de déglutition, mais pas d’écume. Georges dit que, pendant un accès, il entend (?) mais ne voit pas. Ces accès sont souvent accompagnés d'émission d'urine ; les yeux sont ensuite injectés.
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2 Absences. — La mère les appelle convulsions internes. Elles durent de 2 à 4 secondes. Dans l’espace d'une heure, j'en ai vu 4 à 5 sous mes yeux. Elles sont classiques, quelquefois accompagnées d'émission d'urine et suivies de mouvements de déglutition. Si Georges tient un objet, il le laisse tomber. Quelquefois ses yeux tournent, il y a quelques grimaces, menace de chute et tous les autres symptômes du véritable vertige. Les absences sont très fréquentes. Elles surviennent quelquefois tous les quarts d'heure. Il y a des jours, dit la mère, où l’on ne s'aperçoit de rien (?).
Georges a commencé à suivre deux traitements : le premier au bromure de potassium pendant 6 jours, conseillé par M. Jules Simon, naturellement sans succès ; le 2e, par un interne, pendant 410 à 42 jours, se composait d'une liqueur amère (?), également sans succès.
Georges est intelligent, très volontaire, taquin, entier, gastralgique. Il à un frère paternel de 18 ans qui est d’une bonne santé ; une sœur de 6 ans qui, à l’âge de deux ans, aurait eu des abcès que sa mère attribue à une syphilis de son mari. Georges a souvent mal à la tête. A la suite de sa première attaque, la plus intense, sa mêre lui donna une purgation d'huile de ricin qui parut suspendre les attaques et les absences pendant 415 jours. De même que les accès incomplets, les absences sont séparées par des intervalles très-irréguliers. Elles paraissent surtout venir le matin.
Début du traitement, aujourd'hui, par une pilule d'oxyde de zinc de 0.10 prise une heure après le repas. Au bout de huit jours, 2 pilules pendant 15 jours, en augmentant ainsi toutes les semaines jusqu'à dix pilules par jour.
21 septembre. Les attaques sont moins fréquentes. Il n'en a eu qu'une depuis qu'il prend ses pilules. Les absen-
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ces ou vertiges sont aussi fréquents. Souvent il tombe. Je conseille de continuer le traitement.
9 octobre. Georges n’a pas eu de nouvelle attaque.Les absences ont sensiblement diminué. Continuer les pilules, dont il prend actuellement 7 par jour.
18 décembre. La mère de Georges m'écrit qu'il contiaue d'aller mieux, que ses absences sont moins fortes et moins fréquentes.
Dans le courant de l’année 1881, Mr M. m’écrit de
nouveau pour me donner des nouvelles de son fils. Elle me dit qu'il n’a plus d'attaques depuis longtemps. Veut-elle parler des accès incomplets, des vertiges ou des absences? Je l'ignore. Il ne prend plus rien depuis 6 semaines. Il lui arrive quelquefois, lorsqu'il cherche quelque chose au-dessus de son intelligence, d’avoir une petite absence, mais il faut que ses parents le sachent pour s’en apercevoir. Je conseille de continuer les pilules .
5 décembre 1885. En compulsant mes notes sur l’observation de Georges M., je m'aperçois qu'il y a probablement une lacune, puisqu'il s’est écoulé 3 ans et demi sans que j'entendisse parler de lui. Sa mère l'avait envoyé à Rennes où son père tenait un magasin de nouveautés, pour lui apprendre le commerce. Là, il a dû avoir de nouvelles attaques, puisque sa mère m'écrit qu'il n'a plus voulu prendre les pilules que je lui avais prescrites l'année dernière (1884).
15 décembre. La mère de Georges est venue me voir aujourd'hui. Elle me raconte qu'il a continué de jouir d'une très bonne santé, qu'il n’a plus ni attaques, ni absences ; que cependant, quand il éprouve une contrariété, il a une espèce de mouvement « pas ordinaire » de la tête,
sans que ce mouvement puisse être classé dans un vertige. : ou une absence. Il est employé actuellement dans la maison Akar et Khan. Le 2 décembre courant, en portant un paquet de vêtements, il est tombé sans connaissance, On l’a ramené chez ses parents, il ne s’est souvenu de rien, paraissant très étonné de se trouver chez lui. Il a assez bien dormi la nuit, après s'être beaucoup aftecté et avoir pleuré sur « sa maladie qui lui revenait » ; le lendemain, il avait orand mal à la tête, il est allé à son magasin tout de même. Ses patrons l'ont renvoyé se reposer. Le jour de sa chûte, il avait porté 14,000 fr. à la Banque et le lendemain, il ne s’en souvenait plus. Il avait du délire.
Prescription : continuer les pilules d'oxyde de zinc.
10° juin 1886. Georges, maintenant âgé de 45 ans, vient me voir et me dit qu’il a eu une attaque il y à 3 à 4 mois. Il en avaiteu quatre, 5 ans auparavant, entremêlées d’absences nombreuses dans l’espace de 8 mois. Il ne peut ‘ prendre ses pilules. Le seul fait de les avaler lui cause du dégoût. Il n’a rien eu depuis #4 mois, ni attaques, ni absences. Continuer les pilules.
2 février 1888. Je n'ai pas entendu parler de Georges depuis le 18 juin 1886. Il n'y avait rien de nouveau. Sa mère est venue aujourd'hui me raconter que le 4° février il avait eu une attaque complète ; il est devenu noir, a écumé, a fait du bruit avec sa gorge, est resté près d'une heure et demie en tout sans connaissance. En juillet 1887, il a contracté la syphilis pour laquelle il est resté 3 semaines à l'hôpital du Midi. Actuellement il va mieux. Il n'a plus voulu prendre ses pilules. J'insiste pour qu'il prenne l’'oxyde de zinc en poudre.
81 mars. Hier, il a eu une attaque dans son magasin, d'où on l’a ramené. Il prend sa poudre avec dégoût. Je lui
Ge.
prescris des pilules de valérianate de zinc de 0,15, une tous les jours. Augmenter de une pilule toutes les semaines jusqu’à 5 pilules par jour.
12 mai. M°° M., m'écrit que son fils n’a rien eu depuis le 30 mars et qu'il a fini ses pilules. Je lui conseille de les continuer.
ù 14 mai. Georges m'écrit qu'il a fait refaire 100 pilules -et qu’il les prend avec dégoût, moins cependant que la poudre.
14 juin. Nouvelle lettre de Me M. Sonfils n’a rien éprouvé depuis le 30 mars. Il a fini ses pilules qu'il prend toujours avec une certaine répugnance. Il ressent une grande faiblesse dans les jambes.
Prescription : avant chaque repas 1 cuillerée à café d’Elixir de Stoughton ; continuer les pilules.
17 juin. J'apprends qu'une tante paternelle de Georges est morte, paralysée, à l’âge de 54 ans. Il n’a rien eu de nouveau. Il s'amuse, va au bal et au café, rentre tard, en état d'ivresse. Depuis quelque temps il est surexcité, congestionné, coléreux. Il a eu une absence ce matin. Je conseille un bain de pieds sinapisé tous les jours et 2 pilules écossaises le soir, tous les 2 jours, ainsi que les pilules de valérianate de zinc. ,
19 août 1889. Me M. m'écrit qu’elle est désolée de voir qu’il n’y a pas d'amélioration dans la maladie de son fils. Malgré les pilules, il vient d'avoir une attaque il y a huit jours. Continuer le traitement.
9 juin 1890. La mère de Georges me dit que son fils ne peut se placer nulle part, à cause de sa maladie. Il s’est fait camelot, de bon vendeur qu'il était dans les magasins. Un ami de Georges lui a dit qu'il avait 2 attaques par jour. Il a quitté le domicile maternel pour prendre une
maîtresse qui vient d’accoucher à l'hôpital. Il paraît qu’il ne fait plus d’excès (?)
Je lui conseille de prendre fois par jour une cuillerée à café de la mixture suivante :
Bromure de potassium......... 10 gr.
Teinture de castoreum......... 10 gr.
Téeinture de valériane......... 10 gr.
PR Mêlez Teinture de belladone......... 2 gr.
SIPODr OM ELHO LR AE A 60 gr.
Baudistillée.#, LME 30 gr.
et matin et soir une tasse de tisane de valériane.
10 août. Le malade a un accès complet, avec morsure de la langue toutes les 3 semaines, et des absences tous les huit jours. Le jour qui précède l'accès, il y a encore 2? absences. C’est maintenant un épileptique des rues. Je conseille de continuer les pilules précédemment prescrites. ainsi que la mixture.
Etat actuel. — 19 avril 1894. Je suis allé voir la mère de Georges ce matin. Elle m'a dit qu’il était tombé très souvent de 1890 à 14892. Cette dernière année, il a été condamné pour escroquerie. Il subit actuellement sa peine dans une maison centrale d'un département voisin. Là, il s’est distingué par sa bonne conduite, ce qui lui a procuré beaucoup de petites faveurs. Il est employé à la pharmacie. Il n’est tombé que 2 fois depuis sa condamnation, quoiqu'il ne suive aucun traitement. Le résultat se comprend aisément, puisqu'il est soustrait à toute excitation extérieure, alcool ou excès vénériens. Sa santé générale est devenue excellente.
Réflexions. — Les observations II, III et IV, forment une gradation très nette. Même début dans la 2° enfance, par des absences qui, dans la 4° observation, sont accom-
pagnées de vertiges et de véritables accès. Par conséquent, gravité plus grande de la maladie, qui a toujours diminué d'intensité chaque fois que Georges M... a bien voulu se soumettre au traitement. Il est à supposer que sa guérison eut été plus durable, si nous n'avions pas eu à lutter contre son indocilité, ses habitudes d’intempérance et les excitations de sa vie accidentée.