OBSERVATION III
20 août 1879. Gaston F... âgé de 13 ans 1/2, est pris depuis un an d’absences qui lui viennent 4à5 fois par jour et qui durent de 3 à 6 secondes, pendant lesquelles il mâchonne et lève les yeux en l'air.
à Il a eu à 6 mois des convulsions qui ont duré jusqu’à l'âge de 5 ans, le croup à 48 mois, la rougeole à 6 ans et la fièvre typhoïde à 40 ans.
Son père a 35 ans. Il est très nerveux, grand viveur. Il jouit d'une bonne santé apparente ; a eu la fièvre typhoïde à l’âge de 6 ans, la syphilis, et à l’âge de 80 ans, une autre maladie indéterminée, pour laquelle un médecin lui a fait mettre plusieurs vésicatoires à la région précordiale. Léger strabisme.
Le grand-père paternel est mort de la fièvre typhoide ‘à 29 ans. Il avait toujours mal à la tête après une longue Course.
La grand-mère paternelle est atteinte d’un tremblement général depuis 1870 (probablement de la paralysie agitante). Elle a été soignée sans effet par Burcq.
Une arrière grand-mère paternelle était très nerveuse. Sa mère, âgée de 35 ans, est d’une bonne santé. Elle a eu la fiévre typhoïde à 18 ans.
Son grand père maternel est mort d’un cancer de l'estomac à 40 ans.
Sa grand-mère maternelle est morte d’une fièvre cérébrale (?) en trois jours, à l’âge de 35 ans.
Sa mère a deux cousins qui sont peu intelligents.
Il a un frère âgé de 5 ans et une sœur âgée de 3 ans, tous les deux bien portants, n'ayant jamais eu de con-
vulsions.
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Il a eu deux autres frères, nés à Paris, morts de convulsions à l’âge de 3 mois,et une autre sœur,née à Paris, morte également de convulsions à 19 mois. Gaston est né à Paris. Son frère et sa sœur vivants sont nés à la campagne. Lui-même ayant passé les 8 premiers mois de cette année à la campagne, na eu pendant ce temps que de rares absences. Son intelligence paraît au-dessous de la moyenne.
Début du traitement le 21 août 1879, par 2 pilules d'oxyde de zinc de 0.10 par jour.
Je n’entends plus parler de Gaston jusqu’au 27 avril 4882, jour où sa mère me le ramène. Le traitement que je lui ai prescrit le 21 août n'a pas été continué. Il n’a pris que 100 pilules d'oxyde de zinc. Sont état ne s'était pas sensiblement amélioré. Du moins je ne trouve pas trace d'amélioration dans mes notes. Gaston a maintenant 16 ans. Ilest mou, nonchalant. Ses patrons, imprimeurs, ne sont pas contents de lui. Prescription : poudre d'oxyde de zinc, 0,15 matin et soir, 4 heure après le repas.
3 juillet 1882. Les absences au nombre de 15 environ par jour quand Gaston est venu me voir le 27 avril, étaient tombées à 2 ou 3 par jour au bout de 3 semaines. Elles sont revenues à 10 par jour depuis une dizaine de jours. Prescription : 0.25 de poudre d'oxyde de zinc, matin et soir.
13 novembre. - Vers le 12 juillet, les absences sont revenues à 2 à 3 par jour. Il y a un mois, il s'est trouvé un jour sans en avoir. Le même fait s'est reproduit 8jours après, puis il y a toujours eu de 1 à 3 absences par jour. Le malade a pris sa poudre très-irrégulièrement. Je lui conseille de la continuer.
19 février 1883. — Le dernier flacon de poudre a été
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terminé le 17 février. Il y a 3 semaines, le malade a été une quinzaine de jours sans rien ressentir, puis les absences sont revenues au nombre de 1, puis 2, 3,et maintenant 4 à 5 par jour. Prescription: Continuer l’oxyde de zinc, en augmentant la dose de 0,25 par semaine, jusqu'à 5 gr. par jour.
10 mai 1883. — Les 20, 21 et 22 février, il y a eu 4 à 5 absences, puis elles ont décru et cessé pendant 415 jours à 3 semaines en mars. Il en est revenu une par jour en avril, puis elles ont cessé de nouveau. Il y a 15 jours qu’il n'y en a pas eu. Continuer la poudre d'oxyde de zinc, dont Gaston ne peut prendre que 4 gr. par jour. Il a mal au cœur quand il en prend davantage.
18 mai 1884. — Le malade, venu aujourd'hui, me dit qu'il a terminé son flacon de poudre prescrit le 10 mai de l’année dernière et qu’il n’ariensenti jusqu’à cette semaine. Le 14 mai, il a eu une absence et une le 16. Continuer l'oxyde de zinc.
6 janvier 1885. — Il n’y à rien eu de nouveau de mai à septembre 1884. De septembre à octobre il y aurait eu une vingtaine d’absences, rien en novembre. Vers la fin de décembre jusqu’à aujourd’hui 6 janvier, un grand nombre d’absences, quelquefois 10 par jour, 2 par heure. Continuer la poudre.
25 mars. — L'état précédent a continué une quinzaine de jours, puis s'est amélioré peu à peu. Actuellement il y a une absence par jour, tantôt le matin, tantôt le soir. Il tourne les yeux, ou bien chante, est étranger à ce qui l’entcure, lâche les objets qu'il tient. Il dit qu’il ne perd pas connaissance. J’insiste pour qu'il prenne jusqu’à 5 gr. de poudre par jour.
20 juin. — D'après le père et la mère de Gaston,
venus me voir aujourd'hui, les renseignements précédents. manquent de précision ; il y aurait actuellement 5 absences. par jour, il y en aurait toujours eu. Le malade, peu surveillé, ne prenait pas sa poudre exactement. Continuer.
19 septembre. — Le malade, venu lui-même, me déclare que son état s’est amélioré depuis le 20 juin. Certains jours, il y avait 2 absences, d’autres jours, il n'en avait aucune, et même plusieurs jours de suite. Il y a un mois les absences ont recommencé par une, puis deux par jour, en augmentant progressivement. Actuellement, il y en aune quinzaine. Il y a 4 mois qu'il ne prend plus. d'oxyde de zinc. Il va recommencer aujourd'hui.
14 décembre. — Gaston me dit qu'il a eu une nouvelleamélioration progressive pendant une quinzaine de jours, jusqu'à disparition complète des absences, puis elles ont repris il y a 8 jours par 2 ou 8. Hier, il en a eu 8, aujourd’hui 5. Continuer le traitement.
20 mars 1886. — Madame F. est venue aujourd'hui. Elle me dit que son fils ayant pris sa poudre plus régulièrement, les absences ont de plus en plus diminué, puis ont disparu. Il y a 15 jours qu'elle n'en a pas vu.
Le 18 mars. — M. F. étant rentré en état d’'ébriété,. est tombé dans l'escalier. Son fils s’est porté à son secours, très-effrayé. 10 minutes après, se trouvant assis sur le bord de son lit, sa tête s’est fléchie, il a glissé, sa mère l’a retenu ; il a eu un peu de raideur, quelques secousses des bras et des jambes, a un peu bavé, est revenu à lui un peu hébété. Au bout de 5 à 6 minutes, ila dit quelques paroles, a porté sa main sur sa tête en disant « ma têce », puis s'est rendormi. Il s’est réveillé le lendemain matin avec un léger mal de tête qui a duré toute la journée. Cet accès incomplet est le premier que Gaston ait eu. Sa mère dit
2) ) For
que depuis quelque temps il travaille mieux; son patron est assez content de lui. Continuer le traitement.
11 mai. — Une absence tous les 2 ou 3 jours.
5 avril 4888. — Gaston est militaire depuis 1 an. Il n'avait rien eu depuis son départ. Cette année, en février, il est tombé dans la cour de la caserne de Beauvais, s’est mordu la langue, puis est resté quelques jours à l'infirmerie, pour un chaud et froid, lui a-t-on dit. Le 31 mars, à 6 heures 1/2 du matin, il est tombé, a bavé un peu, s’est mordu un peu la langue ; on l’a porté dans son lit où il a ouvert les yeux, puis s’est rendormi. La veille, il avait bu avec des camarades.
Comme la poudre d'oxyde de zinc est prise avec dégoût, à cause des nausées qu'elle procure, je prescris 100 pilules de valérianate de zinc de 0,15, à prendre une tous les jours, en augmentant toutes les semaines d’une pilule par jour, jusqu’à 5 pilules par jour.
28 octobre 1890. — Depuis 2 ans, il n’y a plns eu une seule attaque. Le jeune homme, libéré depuis 4 mois, se plaint de crises intestinales violentes qu'il met sur le compte d'une fièvre intermittente larvée contractée aux environs de Péronne. Ces crises reviennent tous les mois et durent 5 jours. Prescription : 0,50 de sulfate de quinine à prendre le soir.Le matin 2 verres d’eau de Sedlitz.
16 avril 1894. — Gaston s’est marié il y a 8 ans. Il a une petite fille de 26 mois qui se porte bien, quoique très nerveuse. Il y a 18 mois, le lendemain d'un mariage auquel il avait assisté, après avoir passé la nuit à la noce, ila eu une attaque incomplète, sans écume. — L'année dernière, autre attaque plus forte, pendant laquelle il s'est mordu la langue, pendant la nuit. Au commencement de l'hiver, en sortant de chez lui le matin pour aller à son
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travail, il est entré dans une crêmerie prendre une tasse de lait. Là, il est tombé et s’est mordu la langue. Le lendemain d'une crise, il est brisé. Sa mére, qui me donne tous ces renseignements, me dit qu'il n'est pas raisonnable, qu'il boit 3 à 4 absinthes par semaine et tous les jours du vin blanc, mais pas d'autres liqueurs (?), et qu’il ne veut plus se soigner.
Tel est l’état actuel de ce malade.
Son père est mort fou à l'asile de Vaucluse il y a 4 ans. Il y a 2 ans, sa sœur aînée, atteinte de tumeurs lymphatiques du cou, est morte tuberculeuse.
Réfiexions. — Gette 3 observation se rapproche, par plus d'un point, de la 2°.Presque même âge du sujet, même début par des absences nombreuses. Chez tous deux le premier accès est venu à l’âge de 20 ans, en pleine puberté, au moment où toute l'ardeur de la jeunesse, avec ses excès habiluels, se fait sentir. Il est à remarquer que si le traitement a eu plus de succès chez Arthur D. que chez Gaston F., c’est parce qu'il a été suivi plus ponctuellement chez le premier. La diminution du nombre des absences, puis leur disparition, ont toujours suivi de près la prise régulière de l'oxyde de zinc. Il en a été de même des trois premières attaques de Gaston F,. après chacune desquelles il a été placé sous l'influence du médicament. L'intempérance de Gaston à eu pour résultat fatal la réapparition des attaques.