‹ Contribution au traitement de la pleurésie purulenteChapitre 2 sur 19 · QUELQUES MOTS D’HISTORIQUE. — EXPOSITION DU SUJET · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS D’HISTORIQUE. — EXPOSITION DU SUJET

Nous n’avons pas la prétention de faire après Sédillot et Trousseau l’histoire de l’opération de l’Empyème; cependant nous croyons devoir, dans l’intérêt de ce qui va suivre, exposer aussi rapidement que possible les vicissitudes qu’elle a subies.

Les anciens, qui ont parfaitement connu la pleurésie purulente, désignaient sous le nom d’empyème, l’épanchement de pus dans la cavité pleurale ; plus tard, cette dénomination d’empyème fut abusivement étendue aux autres collections liquides des plèvres, sang', sérosité, etc. L’incision destinée adonner issu’e aux liquides épanchés fut l'opération de l’empyème; et l’on dit même abréviativement « faire l’empyème. »

Nous préférons, pour notre part, employer une expression qui désigne nettement l’incision de la plèvre et ne s’applique qu’à elle seule, sans confusion possible; aussi, adoptons-nous volontiers le mot de pleurotomie proposé par M. le Dr Peyrot dans sa thèse inaugurale (1).

(I) Peyrot. Etude expérimentale et clinique sur la pleurotomie. Thèse de Paris, 1876.

Chose remarquable, Hippocrate a tracé admirablement le mode opératoire de la pleurotomie; seulement il différait dans les premiers jours l’incision large de la plèvre ellemême, se contentant d’ouvrir les parties molles et de ponctionner l’espace intercostal. Il n’a pas omis en revanche les soins consécutifs et recommande des injections de vin et d’huile. Il considérait l’empyème comme une collection purulente ordinaire ; cette idée féconde s’obscurcit un peu par la suite, mais l’opération ne tomba pas en désuétude pour cela. Bien que privée souvent du secours si nécessaire des lavages consécutifs, elle était au siècle dernier dans la pratique d’un certain nombre de chirurgiens. Mais ses résultats, trop rarement heureux dans de telles conditions, la font abandonner presque entièrement au commencement de ce siècle.

Elle est proscrite et dans quels termes, par Corvisart et Heister !

« L’opération dans le pyo-thorax, procure même rarement un soulagement éphémère, et elle hâte dans tous les cas la mort des malades. »

Ainsi s’exprime Corvisart (1).

Heister (2 J va plus loin encore : « Cette opération, dit-il, est toujours très-dangereuse, et il est à peine possible que les malades ne meurent pas pendant qu’on l’exécute ou immédiatement après. »

Franchement, il est permis de se demander si cet auteur avait fait ou seulement vu faire l’ opération si terrible contre laquelle il lance un tel anathème.

t Cependant le merveilleux génie de Laennec, en créant 1 auscultation, ouvrait un nouvel horizon au diag’noslic et

(1) Corvisart. Essai sur les maladies du cœur, p. 39.

(2) In Sédillot. De l’opération de l’empyème, 1 841 , “2® édit,, p. 120

au traitement des affections de poitrine, et peu après, Bretonneau et Trousseau remettaient en honneur l’ouverture de la poitrine par larg*e incision. Mais bien des esprits demeurent indécis.

Une discussion sur l’empyème s’ouvre à l’Académie de Médecine en 1836, et laisse la question pendante.

Pendant longtemps d’ailleurs, laplupartdes praticiens, préoccupés surtout d’éviter l’entrée de l'air dans la plèvre, s’en tiennent au trocart et à la méthode de Reybard.

La thèse d’Attimont en 1868 (1) fixe pour ainsi dire la fin de cette période.

L’appareil aspirateur de Dieulafoy, plus facile à manier que celui de J. Guérin, plus ancien il est vrai, procure la certitude du diagnostic et double l’assurance des opérateurs. En France et à l’étranger, la pleurésie purulente est vigoureusement attaquée. On cherche partout à mieux traiter une maladie désormais plus promptement reconnue. Les méthodes thérapeutiques se multiplient : drainage, ponctions aspiratrices répétées, canules à demeure, lavages perfectionnés avec le siphon du professeur Potain, etc., etc.

11 semble que la pleurotomie n’ait plus de raison d’être et l’on va pouvoir s’en passer. Mais il n’en est rien, et l’incision de la plèvre reste en définitive comme par le passé, la suprême ressource, lorsqu’on!, échoué les autres procédés.

Quand faut-il y avoir recours? Voilà, à notre avis, le le point capital du traitement de la pleurésie purulente. L’opération, en elle-même, ne présente pas de grandes difficultés; pour ce qui est des soins consécutifs, nous

(l) Attimont. De la paracentèse dans la pleurésie purulente. Thèse de

sommes, grâce aux progrès de la chimie moderne, richement pourvus d’agents modificateurs aussi puissants que variés, mais nous sommes moins bien fixés sur le moment d’agir et cependant l’opportunité d'une intervention chirurgicale est peut-être le plus important de tous les éléments de succès.

Aussi l’Académie de Médecine consacre plusieurs séances à celte importante question, en mai et juin 1872 , mais il n’en sort rien de décisif et Sédillot constate que la question de l’empyème doi t être étudiée sérieusement, en se g'ardant de toute exagération et en recherchant les indications et contre-indications de cette opéraiion si grave. (Séance du 25 juin 1872.)

Depuis lors, le mémoire classique de M. Moutard-Martin, publié en 1872, la thèse si remarquable de M. Peyrot, soutenue en 1876, de nombreux travaux parus à l’étranger, ont éclairé le sujet. Citons en terminant une revue critique fort intéressante de M. Hotnolle, sur le traitement de la pleurésie. (1)

Mais il existe encore bien des contradictions, bien des divergences d’opinion, ainsi qu’ôn le verra dans la suite de ce travail. N’est-il donc pas possible de s’entendre?

M. le DrBucquoy, notre maître, a consacré, en 1880, deux de ses leçons cliniques de l’hôpital Cochin au traitement de la pleurésie purulente.

La netteté de quelques principes qu il a exposés nous a vivement frappé, et nous avons cru voir qu’il était peutêtre possible de préciser davantage les conditions où le bistouri doit ou non intervenir dans le pyo-thorax.

Aoici le plan que nous nous proposons de. suivre :

Nous nous supposerons d’abord placé devant les cas

(1) Homolle. Revue des sciences médicales. 1879 et 1880.

bien déterminés, où quelque complication nous paraîtra rendre plus justifiable l’emploi de la pleurotomie.

Cette marche est en apparence peu logique et peu conforme aux préceptes de Descartes; nous ne procédons pas | en effet du simple au composé ; mais nous croyons y trouver cet avantage, qu après avoir montré les bienfaits de j l'opération dans des circonstances parfois désespérées, il nous sera plus facile de spécifier les conditions de son emploi dans les cas ordinaires, où son utilité pourrait sembler plus contestable au premier abord.

Nous étudierons ensuite les contre-indications et nous terminerons par quelques pages de statistique, suivies de conclusions sommaires.

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