‹ Contribution Expérimentale à la Chimio-Thérapie de la Maladie du SommeilChapitre 16 sur 61 · PONTS · texte numérisé non relu

PONTS

Argent. — Le nitrate d'argent, essayé pour son pouvoir antiseptique, ne tue pas le trypanosome invitro. Invivo, les essais furent aussi décevants.

Bismuth. — L'hydroxyde et le sous-nitrate de bi se sont révélés inactifs (R. Van Saceghem).

Une amélioration passagère se produit mais aucun cas de guérison n'a été relevé.

Antimoine. — Employé presque dès le début de la chimiothérapie de la maladie du sommeil, l’antimoine s'est administré, soit sous forme métallique simple, soit sous forme de sels.

L'antimoine métallique a été essayé par H. S. Ranken. Sur 35 malades, 24 ont été améliorés. Mais ces résultats ne sont pas durables. La plupart des malades présentent des rechutes et des cas d'intoxication sont à déplorer.

L'oxyde d'’antimoine, Sb? O°, ou trixidine, administré en émulsion à 30 %, dans l’huile, a fourni à Kolle, Hartoch, Rothermundt et Schumann l’occasion de noter la guérison de 70 % des souris infectées par du nagana.

Plus tard, des médecins français de l'Institut Pasteur de Brazzaville expérimentant à nouveau l'oxyde d’antimoine constatent que les résultats ne se montrent pas aussi favorables : à part le cas où la disparition des trypanosomes dans le sang périphérique a été définitive, aucune guérison n'a été constatée et les cas d'empoisonnement ne sont pas rares.

Yorke et Blachloch ont trouvé que les petits animaux, bien que plus tolérants que les grands, n’ont pas leur sang périphérique stérilisé et l'affection n'est que prolongée pour un temps assez court.

ARSENIC. — L'acide arsénieux est le premier arsénical employé. Dès 1904, Laveran l’a expérimenté chez les rats à la dose de 0,1 milligramme d'acide arsénieux pour 20 grammes d'animal. Donné à une dose moindre, les résultats étaient nuls ou incomplets. Chez les ouistitis également, Brumpt et Wurtz ont démontré

ET HS

l’action parasiticide à la dose de 2 mmgr. 8 par kilogramme. Mais ce traitement est malheureusement très toxique pour cet animal.

Loeffler et Ruhs, avec une dose de 6 milligrammes par kilogramme d animal, afñrmèrent avoir guéri des cobayes infectés par du typ. nagana. Ces expériences reprises par Laveran et Thiroux en France et par Harms en Allemagne ne furent pas aussi concluantes. Ce dernier affirme que l'acide arsénieux, administré per os, ne donne aucun résultat et que, donné vingtquatre heures avant le virus, l'acide arsénieux ne protège qu’à des doses très voisines de la dose mortelle.

M. Laveran : sur trois cobayes deux sont morts intoxiqués et le troisième a eu une rechute après la deuxième injection.

Broden ayant soumis des malades à la première période, au traitement par la liqueur de Fowler à faibles doses, a vu les trypanosomes disparaître du sang périphérique.

Trisulfure d'arsenic. — Laveran et Thiroux, continuant leurs recherches sur les composés arsénicaux minéraux, ont insisté sur l’action remarquable du trisulfure d’arsenic ou orpiment.

Malgré des rechutes, ils ont réussi à guérir trois cobayes, fortement infectés.

Thiroux et Danfreville notent une amélioration de l’état général mais aucun cas de guérison bien que des doses, parfois assez fortes (2 grammes plusieurs jours de suite) aient été administrées.

En somme, de cet exposé, relatant les résultats expérimentaux obtenus avec les composés de la chimie minérale, il ressort que :

Les composés arsénicaux s'avèrent être les plus efficaces. L'emploi de l’acide arsénieux ou du trisulfure d'arsenic a permis à plusieurs auteurs de noter de très nettes améliorations et d'enregistrer des guérisons.

Outre les composés arsénicaux, retenons les composés d’antimoine doués d’une action trypanocide indéniable inférieure à celle des composés arsénicaux.

Chimie organique.

Les corps appartenant à la chimie organique se rangent soit dans la série grasse, soit dans la série aromatique. Nous envisagerons, dans chacune de ces catégories, les corps qui s'y rattachent.

Série grasse.

Acide citrique. | COOH

| COOH CH: — COH — CH? — COOH

C'est un corps qui est à la fois alcool tertiaire et triacide.

Couvy l’a expérimenté sur un mouton, infecté par du gambiense. Il a obtenu une disparition des parasites, dans le sang, pour un temps plus ou moins long.

Un traitement, institué avant une période ultime, permet une survie marquée. Si l'injection a été faite à la période ultime, elle ne modifie en rien l’évolution de la maladie expérimentale. Si l’administration de ce produit est faite, avant l'apparition des trypanosomes, il retarde leur éclosion dans le sang et prolonge la vie dans des proportions assez grandes.

Moranyl.

Le moranyl ou germanine ou 205 Bayer ou 309 F ourneau où naganol est une urée disubstituée. C'est l'acide métaminobenzoyl métamino paraméthyl benzoyl 1 naphtylamino 4, 6, 8, trisulfonate de soude.

Ce corps a été découvert à partir de l’uréide de l'acide métaminobenzoyl métaminobenzoïque. Amélioré par l'introduction d’un

radical méthylé, son coefficient chimiothérapeutique ; aux doses usuelles, est de 1/600. d

Action du moranyl chez l'animal infecté par Trypanosoma brucei ou nagana.

Des injections de moranyl au cobaye (0,02) et, au lapin (0,025) : produisent une guérison rapide et durable de l'infection : cinq mois durant, ils restent à l'abri de l'infection. La réinfection de souris guéries est impossible à obtenir pendant une période de trois mois. Alors que chez les cobayes et les lapins, la disparition des trypanosomes dans le sang est à peu près immédiate, chez la souris, ils ne disparaissent qu’au bout de 48 heures. Chez le cheval 0,75 par 50 kilogrammes d'animal protègent durant une période de 15 à 30 jours.

Action du moranyl chez l'homme.

Chez l’homme à la dose de 50 centigrammes, la disparition des trypanosomes du sang se produirait en moyenne au bout de 14 heures. D'après Shuckmann l’homme paraît supporter de très fortes doses mais 1l ne semble pas agir à la période nerveuse de la maladie. Cependant on signale que si le trypanosome n'est pas tué dans le canal rachidien il est du moins affaibli. Damas, Mora, injectant | gramme de moranyl par voie carotidienne à un trypanosomé, à la période nerveuse, aurait noté une parfaite tolérance et une grosse amélioration de la symptomatologie méningée.

Fourneau et d’autres auteurs signalent d'intéressants cas de guérison ; chez des individus où d’autres médications, telles que l’émétique, l’atoxyl, l’arsénobenzol et le stibenyl, avaient échoué.

Voies d'introduction

Par voie veineuse, le moranyl agit mieux que per os. Îl imprègne l'organisme, pendant un temps assez long, en se localisant plus particulièrement dans le sérum. Cette localisation expliquerait son action à la période sanguine et l'emploi du sérum d'individus ou d'animaux moranylés.

TR

Avantages et inconvénients.

Malgré ses remarquables propriétés, dans la lutte contre l'infection Letonturier, Marqueissac et Jamot, Strada et Lopes, Low et Manson-Bahrr, etc. estiment cependant que le 205 Bayer n’est pas le merveilleux médicament doué d’une grande valeur curative et qu’il ne semble pas appelé à détrôner l'atoxyl ou trypoxyl.

C'est cependant un produit d'une grande valeur qui peut, dans beaucoup de cas, rendre de très grands services, surtout lorsqu'il s’agit de races de trypanosomes résistantes. Son action sur le trypanosome dans le sang périphérique est d'ailleurs remarquable. Mais les rechutes à la période nerveuse sont fréquentes. Son efficacité et les chances de guérison sont d'autant plus grandes que son emploi à la période sanguine a été institué d'une façon précoce et avant la période nerveuse.

Malgré l'apparition de symptômes albuminuriques au cours du traitement, qui disparaissent en général après un arrêt, Sicé et Mercier recommandent l'injection intraveineuse de Î gramme de Moranyl une fois par semaine pendant huit semaines consécutives. D’autres auteurs cependant, préfèrent commencer à 0 gr. 50, augmenter la dose jusqu'à | gramme le lendemain, le surlendemain et six jours plus tard pour s’arrêter quinze jours après ces quatre injections.

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