‹ Contribution expérimentale à la pathologie et à l'anatomie pathologique de la moelle épinièreChapitre 7 sur 27 · EXPÉRIENCE VI · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE VI

Hémisection de la moelle à gauche au niveau de la lO* vertèbre dorsale.

22 novembre 1883. — Chien de grande taille.

23 novembre. — Paralysie complète de la patte postérieure gauche. L'animal s'appuie mal sur sa patte postérieure droite quand on le place debout.

28 novembre. — L'animal debout peut à peine s'appuyer sur sa patte postérieure gauche; la droite se meut librement.

3 décembre. — L'animal s'appuie bien sur sa patte postérieure gauche, mais ne peut pas encore s'en servir en marchant.

14 décembre. — Se sert un peu en marchant de sa patte postérieure gauche, qui pourtant traîne visiblement et fléchit souvent.

28 décembre. — Peut imparfaitement courir et sauter, mais la patte gauche traîne, et fléchit souvent.

\b janvier 1884. — Patte postérieure gauche encore très incertaine.

20 mars. — Etat à peu près le même.

25 avril. — A la marche et surtout aux allures rapides, la patte postérieure gauche traîne encore un peu et fauche. L'animal est tué. La moelle est mise dans le liquide de Muller.

A l'examen microscopique on voit que la section a un peu dépassé la ligne médiane et a touché la partie interne de cordon antérieur et un peu aussi le cordon postérieur. Pour les autres résultats de l'examen microscopique, voir plus loin (seconde partie).

La différence entre les cas de ces deux derniers groupes est évidente : à une époque oii les animaux du premier groupe marchent déjà très bien, ceux du second peuvent à peine s'appuyer sur la jambe du côté opéré. Les cas où l'hémisection était parfaite forment un moyen terme entre ceux des deux autres groupes. Il n'y a guère d'autre moyen d'expliquer ces différences que de supposer, non seulement dans les cordons latéraux, mais aussi dans les cordons antérieurs,

sinon toujours, du moins ordinairement, l'existence de fibres motrices longues, maintenant la continuité entre le cerveau et les nerfs périphériques; les faits anatomo- pathologiques parlent également en faveur de cette opinion, comme nous le verrons plus loin. On convient en effet assez généralement aujourd'hui en physiologie expérimentale, que la transmission des incitations motrices volontaires se fait exclusivement par la voie des faisceaux blancs (antéro-latéraux).

Ainsi donc, c'est dans les cas où les cordons antérieurs sont conservés, même du côté opéré, que le rétablissement est le plus rapide, grâce à des fibres motrices passant dans ces cordons, et sans doute aussi à des fibres entre-croisées, venant de l'autre moitié de la moelle et qui suppléent les fibres motrices interrompues dans le cordon latéral du côté opéré.

Le fait que le rétablissement le plus lent a lieu dans les cas où le cordon antérieur du côté opposé est coupé sans que le cordon latéral soit touché, semble montrer que les fibres entre-croisées suppléantes sont contenues en partie aussi dans le cordon antérieur ' , parce que ainsi la lenteur et l'imperfection de la restitution résultent naturellement du petit nombre de fibres entre-croisées qui doivent se charger du fonctionnement des fibres perdues. Mais pour que cette explication des faits soit absolument valable, il faut supposer que l'entre-croisement des fibres motrices destinées aux membres postérieurs aura heu, au moins pour la plus grande partie d'entre elles, en arrière de la section, sans quoi les fibres croisées suppléantes pourraient être coupées pendant leur passage par la commissure antérieure (ou par la substance grise), et la section de celle-ci expliquerait ainsi, au moins en partie, le ralentissement du rétablissement dans les cas où la section dépasse la Ugue médiane. Mais il n'y a guère lieu de

1. Comparez avec le «gekreuzte Vorderstrang-Seitenstrangbahu» de bcHWALBE : Lehrbuch der Neurologie. Erste Lieferuug. p. 369. Erlangen. 1880. ^

supposer que ces fibres fassent un long trajet dans cette région avant de s'entre-croiser; déjà la structure histologique de la commissure antérieure parle contre une telle opinion. Nous avons aussi une preuve directe et incontestable que cet entre-croisement s'opère, au moins en partie, en arrière de;. la lésion, dans le fait, que|j'ai le premier constaté, que l'on peut quelquefois après une hémisection, constater que le cordon latéral du côté opposé est altéré aussi, bien qu'à 'un degré extrêmement faible, et cela à 1 centim. au moins en arrière de la section, distance où il n'y a plus de trace de la dégénération traumatique, comme nous le verrons plus loin.

Le fait qu'une hémisection, parfaite ou à peu près, pratiquée dans la région de la 4« vertèbre cervicale, abolit d'abord complètement la motilité du membre antérieur, tandis que l'abolition de la motilité du membre postérieur du même côté n'est pas aussi complète que dans la patte antérieure, ni que dans la patte postérieure après une section de même étendue de la moelle dorsale, ce fait, disons-nous, parle contre l'opinion de M. Kusmin, déjà citée, que les fibres motrices suppléantes destinées aux extrémités postérieures ne passent dans l'autre moitié de la moelle que vers l'origine des nerfs de ces extrémités. Ce même fait au contraire serait plus favorable à l'opinion de M. Vulpian que les incitations motrices destinées au membre supérieur (antérieur) du côté opéré passent presque toutes par l'entre-croisement des pyramides; celles qui se déçussent au dessous de cet entre-croisement (et à plus forte raison audessous d'une lésion dans la région de la 4* vertèbre cervicale) et peuvent ainsi encore arriver aux nerfs de ce membre, sont trop peu nombreuses pour empêcher (au moins au commencement) la paralysie d'être complète. Tandis qu'un assez bon nombre de fibres nerveuses, venant de l'encéphale et destinées à porter aux nerfs moteurs du membre inférieur les incitations motrices volontaires, échappent à l'entre-croisement des pyramides et ne subissent de décussation que dans la commissure antérieure, dans presque toute la longueur de

la moelle. Ainsi ces fibres, au niveau de la lésion cervicale, sont donc encore contenues, dans l'autre moitié de la moelle, en un nombre plus grand qu'après une hémisection dorsale; elles ont donc conservé leurs aptitudes fonctionnelles et peuvent transmettre aux nerfs du membre inférieur (postérieur) du côté opéré les incitations volontaires. — Voici un exemple d'une' hémisection dans la région cervicale.

Page 1