EXPÉRIENCE VII
Hêmisedion de la moelle à gauche, au niveau de la 4' vertèbre cervicale.
15 décembre 1883. — Chien de taille moyenne.
16 décembre. — Grande faiblesse. Quand on essaie de le placer debout, l'animal semble pouvoir s'appuyer un peu sur ses pattes du côté droit.
17 décembre. — Quand on le place debout, l'animal s'appuie assez bien sur ses pattes du côté droit, un peu aussi, mais très peu, sur la patte postérieure gauche.
18 décembre. — L'animal paraît encore très faible. Il s'appuie bien sur ses pattes du côté droit, un peu aussi sur la patte postérieure gauche; la patte antérieure gauche ne porte pas du tout. Pas de différence notable de sensibilité (peut-être est-elle un peu plus grande du côté gauche).
20 décembre. — Il peut marcher un peu en s'aidant de sa patte postérieure gauche, qui pourtant fléchit souvent; la patte antérieure gauche pend inerte.
25 décembre. — En marchant, l'animal peut s'appuyer un peu sur sa patte antérieure gauche. La plaie est entièrement guérie.
2 janvier 1884. — L'animal se sert déjà mieux de sa patte antérieure gauche, qui pourtant fléchit souvent. La patte postérieure gauche se meut assez librement. Il marche, mais mal, sur les pattes de derrière seules quand on le soulève par celles de devant.
10 janvier. — L'animal se sert assez bien de sa patte postérieure gauche, mais avec beaucoup d'incertitude de sa patte antérieure gauche; il ne peut pas du tout marcher sur les pattes antérieures seules, mais assez bien sur celles de derrière.
19 janvier. — L'animal peut courir et sauter un peu, et marcher, bien qu'imparfaitement, sur ses pattes de devant seules.
1 février. — A la marche, mais surtout aux allures rapides, on remarque de l'incertitude et un certain traînement des membres du côté gauche, mais bien plus prononcés dans la patte antérieure.
25 février. — A un examen attentif on remarque, quand les mouvements sont violents, une certaine incertitude du côté gauche, surtout de la patte antérieure, qui fauche aussi un peu.
10 avril. — On n'aperçoit presque plus rien d'anormal dans les mouvements de la patte postérieure gauche, mais l'antérieure traîne et hésite encore, surtout quand le mouvement est violent.
12 juin. — Encore de l'incertitude dans la patte antérieure gauche; difficile de rien remarquer dans la postérieure. On tue l'animal. Moelle mise dans le liquide de Muller.
L'examen microscopique montre que la section a un peu dépassé la ligne médiane, de façon que la partie la plus interne des cordons antérieur et postérieur du côté droit a été entamée.
Mais ce qui montre le mieux que l'entre-croiseraent des fibres a lieu aussi dans d'autres régions qu'à l'origine des nerfs, c'est le fait cité tout à l'heure qu'après hémisection il peut y avoir aussi une altération du cordon latéral du côté opposé à un centimètre en tout cas, sinon moins, en arrière de la lésion dans la région de la 10® vertèbre dorsale.
Mes expériences semblent fournir un exemple plus direct que les précédents en faveur de la nature motrice des cordons antérieurs. C'est un cas où la section n'avait épargné qu'environ la moitié antérieure des cordons antérieurs et les parties correspondantes des cordons latéraux, et où pourtant au bout de quelque temps un certain degré de motilité s'est rétablie dans les membres postérieurs, comme on le verra par la relation suivante :