Ce matin, on trouve l’animal mort
Les résultats de l’autopsie sont les suivants :
Raideur cadavérique de tout le corps. Odeur extrêmement fétide exhalée par le membre inférieur droit. La peau pré-
sente une teinte verte. À la face postérieure de la cuisse, un peu au-dessous de l'incision qui va jusqu'au nerf sciatique, vaste perte de substance de la grandeur d’une pièce de 5 francs, intéressant la peau et le tissu cellulaire souscutané. La peau est ramollie et décollée sur une grande étendue, depuis le haut de la cuisse jusqu’au bas de la jambe. Au pied elle se laisse détacher avec facilité. Le tissu cellulaire est peu œdématié; il présente une légère infiltration séro-sanguinolente qui remonte vers l'abdomen jusque près de l’ombilic.
Les muscles, au niveau de la perte de substance de la cuisse, sont réduits en une bouillie fétide, de couleur rouge sale. Ceux de la jambe et du pied ont une couleur lie de vin.
Sur toute la longueur du membre, les veines gorgées de sang se présentent sous la forme de cordons noirâtres.
Placés sous le microscope, les muscles de la cuisse montrent un degré de putréfaction déjà avancé. On trouve des bactéries en grand nombre, des cellules de pus en petite quantité. Les fibres musculaires sont en partie granuleuses, en partie désagrégées et décomposées en sarcous elements. — Au pied, elles ne présentent pas d’altération histologique. À la surface du muscle se trouvent des bactéries, mais les couches profondes n’en renferment pas.
Le cœur est rempli de sang coagulé.
Les reins paraissent un peu troubles à la section.
Quant au sang, pas plus que dans les expériences précédentes, il ne renferme d’organisme.
On ne peut même pas trouver une altération dans la forme des globules rouges.
Pour éprouver les propriétés toxiques de ce sang exempt de tout organisme, nous en injectons une goutte environ sous la peau du dos d’un lapin d'assez forte taille. Ce sang a été retiré à l’aide d’un tube capillaire de la jugulaire, puis mélangé à de l’eau
SP
distillée. L'injection est faite à l’aide d’une seringue de Pravaz toute neuve.
Deux jours après, ce second lapin est trouvé mort et l’autopsie donne, dans ce Cas, des résultats complétement négatifs. Aucune altération appréciable dans les organes internes. Il va sans dire qu'on ne trouve absolument rien de particulier dans le sang.
Telles sont nos expériences sur les lapins. Cinq fois nous avons pu produire une gangrène putride plus ou moins étendue, mais toujours nettement constatée par l'examen macroscopique et l'examen microscopique. Cinq fois la mort a été la conséquence de cette atteinte portée à l'organisme de l'animal, et toujours en très-peu de temps. Enfin, chaque fois aussi les résultats nécroscopiques, autres que ceux présentés par le membre gangrené, ont été nuls ou presque nuls. Et pourtant, il est rationnel d'admettre que chaque fois la mort était due à la généralisation de l'infection locale, à une gangrène infectieuse en d’autres termes, malgré le peu de précision des symptômes observés pendant la vie de l'animal.
Ces expériences sur les lapins sont donc négatives au point de vue de la question qui nous occupe et peuvent par suite être rangées dans la même catégorie qu'une partie de nos expériences sur les grenouilles (page 30).
Si nous résumons maintenant notre travail, nous pourrons établir les quelques propositions suivantes:
La gangrène putride, premier terme de la gangrène infectieuse, est, de même que la putréfaction, une fermentation dont les agents sont les micrococcus. Ceux-ci sont donc en quelque sorte la caractéristique de cette infection locale. |
En entourant à temps des tissus soustraits à l'échange nutritif de substances antiseptiques, on peut en prévenir la putréfaction, et substituer à celle-ci une simple nécrose. C’est sur ce fait qu'on pourrait baser le traitement prophylactique de la gangrène infectieuse.
La mort, dans la gangrène infectieuse, est amenée par une sorte de fermentation putride du sang analogue peut-être à celle qui se produit à la surface du corps, et due, comme celle-ci, à l’action zymotique des micrococcus. Mais cette fermentation paraît n'avoir lieu que si le sang a subi une certaine altération permettant aux ferments de se développer dans ce liquide. Dans cette forme de gangrène infectieuse, on retrouve, à l’autopsie, ces ferments dans les vaisseaux et le parenchyme des organes (1"° série d'expériences sur les grenouilles).
La mort arrive aussi d’une autre manière, par empoisonnement du sang par des substances chimiques solubles, issues généralement d’un travail de fermentation à la surface du corps. Dans ce cas, les micrococcus n’ont, si l’on veut, qu’un rôle secon-
daire, en tant que générateurs de ces substances
LD
chimiques. Les lésions nécroscopiques sont d’ailleurs presque nulles (2° série d'expériences sur les grenouilles; expériences sur les lapins).
En fin de compte, si on ne peut refuser aux micrococcus le rôle principal dans le processus infectieux, ce serait une erreur de croire qu’ils y jouent le rôle unique.
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Explication des figures.
FIGURE 1 (Expérience 15).
(Page 29.)
Portion du derme de la peau d’une grenouille vue à un grossissement de 120 diamètres.
Veines remplies de micrococcus.
p,p!. Pigment.
n,n. Nerfs,
FIGURE 2 (Expérience 15).
(Page 30.)
Vaisseaux de la peau de l'abdomen vus à un grossissement de 450 diamètres.
V, V. Veines remplies de micrococcus.
A. Artère remplie de micrococeus.
p,p'. Pigment.
m, m. Micrococcus répandus hors des vaisseaux dans le tissu conjonctif.
n. Nerf.
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