DE LA GANGRÈNE EN TANT QU'INFECTION LOCALE
La gangrène putride est la putréfaction d’une partie du corps, dans laquelle, pour une raison ou pour une autre, la nutrition a cessé d'exister. Cette putréfaction se fait ordinairement au contact de l’air; mais nous montrerons que, dans certaines conditions, la gangrène peut se produire à l’abri de ce contact.
Supposons que, pour une cause ou pour une autre, une partie d’un membre ait été soustraite à la nutrition générale par interruption plus ou moins complète du cours du sang. Supposons en outre que les tissus aient subi un traumatisme assez considérable pour que toute vie propre de leurs éléments ait été rendue impossible par suite de la destruction de leur intégrité anatomique. Ajoutons enfin des conditions suffisantes de température et d'humidité, et nous ne tarderons pas à voir se produire une gangrène putride. Au bout d’un temps plus ou moins long, nous pourrons constater de notables transformations dans la partie frappée de mort. Sa forme est conservée, mais sa consistance et son aspect ont changé; de plus, elle répand une odeur fétide caractéristique. Ses éléments soustraits aux lois physiologiques sont retombés sous le domaine des lois physico-chimiques et ils ont subi des altérations de structure et de composition que nous révèlent le microscope et
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l'analyse chimique. A côté de ces éléments anciens altérés, s’en trouvent d’autres, de formation nouvelle, qui semblent être des produits de la décomposition des premiers. Enfin, au milieu de ces substances organiques et inorganiques se trouvent des corps organisés, de nature encore imparfaitement connue, dont on s’est beaucoup occupé dans ces dernières années, surtout depuis que les travaux de Pasreur sônt venus jeter sur la question un jour nouveau, Les botanistes et les chirurgiens sont loin d'être d'accord au sujet d’une classification à donner à ces petits organismes; les uns les classent d’après leurs propriétés physiques, les autres, d’après le rôle qu'ils jouent en pathologie générale. Aussi, nombreuses sont les dénominations qu’on leur a données.
EarenBerG et, après lui, Pasreur‘ les nommaient Monades; ce dernier savant distinguait en outre les Bactéries et les Vibrions.
Puis sont venus les termes de Bactérium, Lœæptotrix, Zoogloa, de Micrococaus (HaLLrEeR), de Microsporon septicum (KLeBs*). Enfin, d’après Bizcror”, toutes. les différentes formes de ces organismes ne seraient que des variétés d’une seule et même espèce, les Coccobacteria septica.
‘ Quant à la nature de ces petits êtres, l'opinion
généralement adoptée aujourd’hui est celle qui les
1. Pasteur, — Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, tome 56. 1863.