Contributions à l'étude de la physiologie de l'estomac
Depuis la fin du xvnc siècle, époque où s'éleva à l'Académie de Florence, entre Borelli et Valisnieri, la célèbre controverse sur la digestion stomacale, la physiologie et la pathologie de l'estomac n'ont cessé d'attirer l'attention des expérimentateurs; et, malgré une foule de travaux signés souvent de noms illustres, bien des points obscurs restent encore à éclaircir dans le fonctionnement de ce viscère.
Lorsque j'ai entrepris ce travail, je n'avais certes pas la prétention de résoudre d'une manière définitive des problèmes devant lesquels avaient parfois échoué la sagacité et la patience de tant de savants; mais j'espérais apporter une modeste contribution à l'étude physiologique de l'estomac, en dirigeant mes recherches du côté des questions secondaires, dont l'étude avait été négligée ou plutôt ébauchée par mes devanciers, et en mettant à profit les travaux si suggestifs de Cl. Bernard, de M. Schiff et deR. Heidenhain. Puissent les résultats auxquels je suis parvenu ne point paraître trop minimes aux yeux de mes lecteurs.
La première partie de ce mémoire renferme l'exposé de recherches relatives à la chimie de la digestion. Un procédé nouveau pour mettre en évidence l'acide chlorhydrique s'y trouve exposé, ainsi que quelques travaux sur la peptonisation in vitro de l'albumine.
La deuxième partie est consacrée à l'examen de la théorie de
R. Heidenhain sur les rôles que jouent les cellules des glandes gastriques dans l'élaboration des acides et des ferments du liquide stomacal, théorie qu'une série d'expériences nous oblige à modifier en partie.
Dans le chapitre suivant sont étudiés quelques points de détail, tels que : l'absorption stomacale, l'influence de la circulation sanguine sur la sécrétion gastrique, l'autodigestion, etc.
Enfin l'étude de l'innervation de l'estomac chez les Batraciens et les Mammifères est l'objet des deux derniers chapitres. Mes recherches n'ont encore porté que sur le nerf pneumogastrique et sur le nerf sympathique. Le temps m'a manqué pour faire des expériences suivies sur les centres nerveux; j'espère que plus tard je pourrai combler celte lacune.
Je n'ai pas cru devoir faire précéder ce travail d'un résumé historique de la question. L'histoire de la physiologie de l'estomac, universellement connue, se trouve développée dans tous les traités de Physiologie, et dans la plupart des écrits relatifs à la digestion. Cl. Bernard en a tracé à plusieurs reprises un exposé magistral clans ses Leçons sur les liquides de l'organisme et surtout dans ses Leçons de phtjsiologie opératoire (p. 492). On trouve aussi un historique très complet dans le Handbuch de Hermann (tome V, parties 1 et 2). D'ailleurs, dans le cours de ce mémoire, j'y rappellerai, aussi brièvement que possible, l'histoire des différentes questions qui y sont étudiées.
Ce travail a été exécuté dans le laboratoire de pathologie comparée du Muséum, sous la direction de M. Chauveau. Je prie mon maître d'agréer l'expression de ma profonde gratitude, et je lui adresse tous mes remerciements pour l'hospitalité qu'il m'a donnée dans son laboratoire, pour le bienveillant intérêt avec lequel il a suivi mes travaux, pour les conseils éclairés qu'il n'a cessé de me prodiguer, et pour les soins qu'il a pris d'écarter, autant que possible, les obstacles qui venaient entraver mes recherches.
Je tiens aussi à exprimer ma vive reconnaissance à M. A. Milne Edwards, directeur du Muséum, qui a largement contribué à me fournir les moyens de poursuivre ce travail.
Je dois encore bien des remerciements à M. le professeur Ch. Richet, qui a fréquemment mis les ressources de son laboratoire à ma disposition, et principalement à M. Henry de Varigny pour les conseils qu'il m'a donnés, pour les renseignements biblio-
graphiques et les livres qu'il m'a procurés, et pour la complaisance avec laquelle il a bien voulu m'aider clans mes expériences.
Je manquerais à tous mes devoirs si je négligeais de mentionner ici ce que je dois à mon ancien maître, M. le professeur Charbonnel- Salle, qui m'a inspiré le goût delà physiologie, qui m'a patiemment initié à la technique de cette science, et qui m'a guidé pas à pas dans mes premiers travaux poursuivis dans son laboratoire à la faculté de Besançon. Je n'oublierai pas que c'est grâce aux excellentes leçons qu'il m'a données, que j'ai été à même d'entreprendre ces recherches.