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A. Gautier, Traité de chimie biologique, Paris

trouve dans son estomac, la sécrétion salivaire, à peu près normale, peut diminuer plus fortement par dilution l'acidité du suc gastrique sur le chien opéré que sur le témoin dont la sécrétion stomacale est abondante.

En résumé, la section des deux pneumogastriques pratiquée en deux temps n'abolit pas la digestion stomacale mais la trouble profondément; on constate en effet les désordres suivants :

1° La tunique musculaire a perdu de sa tonicité, et les mouvements de l'estomac sont notablement diminués.

2° Le suc gastrique est sécrété en très faible quantité et d'une façon presque continue. En revanche la sécrétion du mucus paraît exagérée.

3° Il apparaît dans la sécrétion stomacale des corps nouveaux, qui lui communiquent une odeur désagréable, et qui paraissent être des sels d'ammoniaques composées? (triméthylammine?)

4° La bile reflue fréquemment clans l'estomac, en quantité très suffisante pour neutraliser le suc gastrique si peu abondant *.

5° Il y a en outre des troubles vaso-moteurs; la muqueuse stomacale étant quelquefois pâle pendant la digestion et rouge lorsque l'estomac est vide.

Les altérations qualitatives et la diminution quantitative du suc gastrique sécrété me semblent être les phénomènes stomacaux les plus graves provoqués par l'opération.

En revanche, la quantité de propepsine contenue dans la muqueuse stomacale ne parait pas diminuée notablement, les infusions acides étant très actives 2 ; la structure elle-même de la muqueuse n'est pas modifiée 3. La section des pneumogastriques en diminuant la

1. On sait par les expériences de M. Dastre (Soc. de Biol., 1880, 1883; Arch. de Brown-Sêquard, V6 sêr., t. II, p. 316 et suiv., 1889) et de Ruggero Oddi (Annali dell' Università libéra di F'erugia, 1887; Arch. ital., IX, 1888, p. 138) que la pénétration de la bile dans l'estomac normal sécrétant un suc abondant, ne trouble pas la digestion gastrique. Je dirai à ce propos que j'ai constaté souvent ce fait sur moi-même par méricysme. La bile reflue très souvent dans mon estomac, et en abondance. Le chyme que je rejette est fort jaune, d'une saveur très amère et acide, et mes digestions me paraissent s'effectuer fort régulièrement. M. Debove enseigne aussi que le reflux de la bile dans l'estomac est normal chez l'homme.

2. Fait constaté aussi par Couvreur sur les oiseaux (Thèse, p. 64).

3. M. Chauveau, qui a conservé quelques chiens fort longtemps après la section des deux pneumogastriques, m'a dit avoir constaté à plusieurs reprises, une dégénérescence très marquée de la tunique musculaire œsophagienne dans la région cardiaque avec formation d'une poche au-dessus du diaphragme. Cette dégénérescence des muscles était visible à l'œil nu en examinant par transparence l'œsophage ouvert et étalé. La poche était due à l'accumulation temporaire dans la portion terminale de l'œsophage des aliments arrêtés par le pilier droit du diaphragme fermant le cardia.

sécrétion diminuerait par ce fait la transformation de la propepsine en pepsine. En quelque sorte, on peut dire que le pneumogastrique n'est pas le nerf de charge de l'estomac; mais il est un des nerfs de décharge de cet organe, son intégrité étant indispensable pour que la sécrétion gastrique reste normalement abondante.

L'acidité du suc gastrique n'est pas notablement diminuée, et la sensibilité ne paraît pas absolument abolie. L'absorption stomacale, elle aussi, n'est pas troublée. Les expériences de Cl. Bernard citées plus haut (voir p. 74) peuvent en effet s'interpréter par la diminution de la sécrétion gastrique, déterminant plus tardivement sur un animal vagotomisé la décomposition du cyanure de mercure, ou, dans le deuxième cas, ne pouvant plus digérer assez vite l'émulsine avant l'arrivée de l'amygdaline.

Comment se fait-il cependant que Schiff et Duron n'aient constaté aucun des troubles précédents en pratiquant la section des pneumogastriques sous le diaphragme? Il est vrai que cette section peut ne pas être aussi complète que le pensent leurs auteurs. C'est surtout le cas des expériences de Duron, qui s'est borné à arracher les troncs nerveux sans inciser circulairement la séreuse, et certainement bien des filets lui ont échappé.

J'ai tenté sur un chien à fistule de pratiquer la section totale de l'œsophage sous le diaphragme, et de fermer l'ouverture stomacale et l'ouverture œsophagienne par des sutures de Czerny. La suture de la plaie stomacale est aisée, mais celle de l'œsophage, qui tend toujours à fuir dans le thorax, est très difficile; je l'ai mal faite, étant obligé d'opérer sans aide, et ce chien est rapidement mort de péritonite, la salive arrivant dans l'abdomen.

Ce procédé m'ayant paru peu pratique, j'ai alors effectué, en opérant comme le conseille Schiff, la section des pneumogastriques sous le diaphragme.

Après avoir tordu tous les vaisseaux sanguins et arraché les gros troncs nerveux au point où l'œsophage pénètre dans l'estomac, j'ai fait l'incision circulaire de la séreuse, et je n'ai pas craint d'entamer, parfois jusqu'à la muqueuse, la couche musculaire sous-jacente, afin d'être plus sûr de ma section. J'ai ensuite retroussé de chaque côté la séreuse en l'attirant avec des pinces. L'ouverture de l'abdomen était refermée par une suture en étages. 11 va sans dire que cette opération était faite avec une asepsie suffisante.

Les animaux que j'ai ainsi opérés, au nombre de deux, se sont

rapidement rétablis. Ils mangeaient beaucoup de soupe dans les jours qui ont suivi l'opération, et pourtant ils maigrissaient au début. Ils ont présenté quelques troubles de déglutition, surtout dans les jours qui ont suivi la section des pneumogastriques, et ont quelquefois vomi. Je les ai sacrifiés lorsqu'ils commençaient à diminuer de maigreur, l'un sept jours, l'autre onze jours après l'opération. Leurs plaies étaient cicatrisées. Une beure avant de leur sectionner le bulbe, je leur avais fait faire un repas de viande.

A l'autopsie, les aliments étaient imbibés d'un suc franchement acide, très peu abondant, et enveloppés de mucus. Dans les mêmes conditions, un chien intact, de taille semblable aux animaux opérés, eût fourni au moins de 60 à 70 cent, cubes de suc. Je n'ai pas pu en recueillir 10 sur ces deux animaux, pas plus que sur un troisième dont il sera fait mention plus tard et qui avait en même temps subi l'extirpation des ganglions cœliaques. Ce suc répandait l'odeur sui generis déjà signalée, mais moins franchement que lorsque la section a été faite au cou. Il m'a semblé aussi que la section sous le diaphragme ralentissait la sécrétion urinaire. Les vaisseaux de l'estomac n'étaient pas dilatés comme ils le sont sur un animal en pleine digestion. La muqueuse était pâle, comme elle se présente habituellement quand l'estomac est vide. Il y avait un peu de chyme dans le duodénum; peut-être provenait-il d'une digestion antérieure; on ne voyait pas les chylifères. 11 n'y avait pas de bile dans l'estomac.

Duron a trouvé quelquefois de la bile dans l'estomac des cbiens qu'il avait opérés, mais il considère cela comme un accident opératoire. Je ne le pense pas, étant donnés les faits que j'ai observés lorsque la section est pratiquée au cou. Il a remarqué aussi l'absence de vaso-dilalation.

On voit donc que, à la suite de la section sous-diaphragmatique des vagues, on observe du côté de l'estomac les faits suivants :

Les animaux peuvent digérer de la soupe régulièrement et en " grande quantité ; mais la digestion de la viande est ralentie, parce que la quantité du suc gastrique sécrété est notablement diminuée. Sa qualité est un peu altérée, car il répand une odeur désagréable quoique à un degré moins intense que lorsque la section a été pratiquée au cou. On observe également des troubles vaso-moteurs, et probablement des troubles moteurs, Duron ayant vu quelquefois le reflux de la bile dans l'estomac.

Gomment se fait- il que Schiff n'ait rien constaté du côté de la sécrétion gastrique? C'est ce que je ne puis expliquer. Comme il ne

donne pas grand détail à ce sujet, il est possible qu'il ait observé la grande voracité des chiens qu'il avait opérés et qu'il leur ait vu digérer de grandes quantités de soupe. Il a constaté ensuite que les infusions de muqueuse étaient fort actives, ce que j'ai vu aussi pour les animaux qui avaient subi la section au cou, et il aura conclu de tout cela que l'estomac se comportait normalement. En tout cas, ce qui me paraît ressortir des faits exposés précédemment c'est que sur les chiens ayant subi la section des vagues sous le diaphragme, on peut démontrer l'existence de troubles clans la sécrétion gastrique en leur faisant ingérer de la viande, qui est beaucoup plus difficile à digérer qu'une bouillie de pain, et qui ne peut nous induire en erreur sur la quantité de la sécrétion stomacale, puisqu'on n'introduit pas dans l'estomac d'autre liquide que la propre salive du sujet en expérience.

Je citerai plus tard une troisième expérience venant encore à l'appui de celles que je viens de rapporter.

Extirpation du plexus cœliaque. — Le nombre des physiologistes ayant pratiqué l'extirpation du plexus cœliaque est assez considérable. Nous trouvons : Volkmann \ Pincus 2, Samuel 3, Cl. Bernard 4, Budge s, Adrian 6, Lamansky 7, Schiff 8, Klebs 9, et récemment Lustig 10, Oddi ll, Peiper 12, Viola 13. Tous ces physiologistes s'accordent à reconnaître que la sécrétion gastrique n'est pas notablement troublée, souvent même pas du tout. Leurs opinions ne ditlèrent que pour des points de détail. Je ne noterai que les particularités suivantes :

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