‹ Contributions à l'étude des BopyriensChapitre 1 sur 103 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

En 1873, l’un de nous fut amené par ses recherches sur les Rhizocéphales à s'occuper des Isopodes #arasités du genre Cryptoniscus. Cette étude poursuivie pendant plusieurs annéefut complétée par celle de divers Bopyriens appartenant aux genres Bopyrus, Phryxus, Pleurocrypta, etc. Enfin la découverte en 1878 de représentants du curieux groupe des Entonisciens sur les côtes de France permit de projeter et d'annoncer un travail monographique sur l’ensemble des Epicarides. Des obstacles pratiques et des diversions de nature variée retardèrent longtemps l'apparition de cette monographie.

Depuis dix-huit mois nous avons repris activement nos recherches en unissant les efforts de deux cerveaux et de quatre mains et cependant nous ne publions encore, dans les pages suivantes, que quelques fragments relatifs aux familles des [oniens et des Entonisciens. Ceux qui pourraient s'étonner de ces lenteurs nous jugeront, pensons-nous , avec moins de sévérité s'ils essaient de répéter eux-mêmes ou de compléter nos observations.

I n'y a pas bien longtemps, parler des Bopyriens parasites des Décapodes Brachyoures eut paru quelque peu paradoxal. Cependant nous avons signalé une quinzaine d'espèces différentes de ces parasites infestant les Crabes les plus communs des côtes de France, ceux qui, disséqués journellement dans les laboratoires ou même consommés comme objets d'alimentation, sont ouverts par milliers

chaque année dans tous nos ports de mer.

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Le fait que ces animaux étaient demeurés inaperçus, malgré leur taille considérable, indique suffisamment leur rareté : c'est par dizaines de mille qu'il faut compter les Crabes que nous avons sacrifiés pour nous procurer les éléments de notre travail. Mais cette première difficulté de la récolte d’un matériel suffisant devient insignifiante, si on la compare à toutes celles qui se présentent dans les observations anatomiques ou embryogéniques sur les Bopyriens.

Nous ne suivrons pas l'usage qui semble se généraliser en France dans une certaine école et qui consiste à mettre le public dans la confidence des petites mésaventures inévitables pour quiconque veut pousser à fond l'étude d’un groupe Zoologique. L'erreur est multiple, la vérité est une; on ne l’atteint souvent qu'en suivantle chemin des écoliers, après bien des détours et des tâtonnements ; mais la trace de ces hésitations ne doit pas se retrouver dans l’œuvre achevée et c'est une vanité puérile que de donner comme exemple au lecteur le récit pompeux des obstacles surmontés pour arriver au but

Nous essaierons aussi de réagir contre les abus de la technique : on tend de plusen plus aujourd'hui à confondre le procédé avec la science et l’on néglige beaucoup trop les observations suivies sur l'animal vivant. On se moque volontiers du spécificateur qui enrichit la science d'espèces nouvelles, mais l’on considère comme un titre de gloire l'application d'un colorant nouveau ou le perfectionnement d'un compresseur. Tel ne travaille plus qu'au vert lumière, et tel au brun Bismarck ; pour tel autre enfin il n'est que le chlorure d’or, encore bien qu'il le déclare un réactif fantasque!

Pour nous, toutes les techniques sont bonnes pourvu qu'elles réussissent ; la meilleure est la plus simple et nous nous méfions de ces fhériaques histologiques à la confection desquelles certains zoologistes consacrent un temps précieux, sans

tenir compte bien souvent des lois élémentaires de la chimie.

Nous nous sommes eflorcés de saisir sur le vif les rapports éthologiques si curieux des parasites qui font l'objet de notre étude. Englober et débiter en tranches minces l'objet qu'un pècheur apporte sur une table de laboratoire nous paraît une méthode insuffisante pour bien connaître l'organisation et les mœurs des animaux

marins. Autant que nous l'avons pu, nous avons suivi en loutés saisons, même

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durant les mois d'hiver, pendant lesquels le séjour aux bords de la mer n’est pas toujours agréable sur les côtes septentrionales de France, les transformations des parasites Bopyriens et les migrations de leurs hôtes.

Nos recherches ont été faites pour la plus grande part à Wimereux. Cependant nous avons travaillé plusieurs mois au Laboratoire de Concarneau où l’hospitalité la plus libérale nous a été offerte par le très regretté RoBin et, plus tard, par notre ami, le professeur PoucHeT. Nous avons également exploré plus ou moins complétement les plages de Roscoff, St-Waast la Hougue, Fécamp, le Pouliguen, le Croisic, etc.

Notre zélé correspondant JEAN PRIÉ, du Pouliguen, nous a fait à diverses reprises des envois fort utiles d'animaux vivants ou conservés dans l'alcool.

Nous devons encore remercier tout particulièrement M. EUGÈNE CaANU, licencié ès-sciences, qui nous à prêté un concours dévoué dans la besogne ingrate de la recherche du matériel de nos études, et MM. Louis et PIERRE BONNIER qui, avec une compétence spéciale, ont surveillé la pertie artistique de ce mémoire.

Il ne nous reste plus qu'à réclamer du lecteur sa plus grande indulgence pour les lacunes de notre travail. Mieux que personne, nous en connaissons le nombre et l'étendue. Essayer de les combler eut exigé de nouvelles années de labeur. Or, la rapidité des progrès de la science, le perfectionnement continuel des méthodes d'investigation et la multiplicité des travailleurs qui explorent aujourd'hui un mème terrain, rendent de plus en plus nécéssaire qu’on ne retarde pas indéfiniment la publication de recherches arrivées à un certain degré de maturité. C’est pourquoi nous livrons cette première partie de notre œuvre à l'appréciation des zoologistes, avec la persuasion qu'ils y trouveront d’utiles matériaux pour l'étude du parasitisme

sous ses formes les plus variées.

Wimereux, 17 août 1887.

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