APPENDICES DE L'ABDOMEN (LAMES PLEURALES, BRANCHIES, ETC
L'abdomen se compose, comme nous l'avons dit, de six anneaux, dont les cinq premiers semblent porter trois paires d’appendices et le sixième une seule paire. L'étude de ces organes chez Cepon elegans est merveilleusement propre à jeter quelque lumière sur la morphologie du pleon des autres Bopyriens, Or, il suftit de lire les auteurs les plus récents pour voir combien il est nécessaire de débrouiller un peu ce petit chaos.
Rien n'est plus facile si l’on a la bonne chance de rencontrer de jeunes femelles encore au stade phryxoïde, telle que celle que nous figurons (PI. I, laisse 6):
En désignant par le mot vague de p/éopodoïdes, les membres des cinq premiers segments abdominaux, on voit que chacun d’eux présente du côté ventral un appendice lancéolé (c, c'.... c5) tout à fait comparable à celui qui existe dans la mème position chez Zone; puis latéralement et dorsalement déux appendices cylindriques tuberculés dont l’un, inférieur, dirigé un peu vers la partie postérieure de l’animal (à, b'.... b5), correspond, à la rame externe d’/one, tandis que l’autre , supérieur et dirigé {chez l'animal jeune) vers la partie antérieure du corps (4, a!.... a5) présente absolument l'aspect d'un epiméroïde dorsal (lame pleurale) et doit, d’après son origine, être considéré comme tel.
Le sixième anneau porte deux longs appendices qu'on peut à volonté désigner par 46 ou b6 ; leur direction chez la femelle jeune est une présomption en faveur de cette deuxième notation ; jamais, en effet, ces appendices ne sont relevés vers le thorax comme dans la série 41... 42. . D'autre part SPENCE BATE (1) ayant eu l’occasion d’observer une espèce d’/one (one cornuta), dont la grande taille rend l'étude plus facile, décrit ainsi les appendices abdominaux :
« Les appendices du pleon sont de trois espèces, savoir : d’abord une branche primaire divisée dans toute sa longueur en petites articulations ; l’article basal, qui représente probablement la coxa ou le premier article dans un pléopode normal, supporte deux appendices, l’un grand et sacculaire, rétréci à la base et pointu au sommet, l’autre long , cylindrique, symétrique, acuminé. Ces deux appendices sont constants sur chaque paire de pléopodes ; mais ils sont inversement développés l’un par rapport à l’autre. Dans la paire antérieure, la branche sacculaire est la plus importante ; mais elle diminue graduellement sur chacune des paires postérieures et elle devient à peu près complètement obsolète : l’autre branche, au contraire, l’appendice digitiforme, est le plus petit sur la première paire, mais il grandit progressivement sur les paires suivantes et forme sur la dernière paire les longs prolongements caudaux si considérables à l'extrémité de l'animal, prolongements auxquels le mâle est fixé dans cette espèce par les pinces préhensiles de la dernière paire de pereiopodes. A tous les segments du pleon, excepté au dernier sont attachées les branches arborescentes dont la masse constitue les branchies ».
Il est évident, d’après cette description, que l’appendice sacculaire et l’appendice digififorme de SPENCE BATE correspondent respectivement aux appendices c et b du Cepon et comme les appendices digitiformes vont en croissant vers lFextrémité du pleon, on peut trouver en ce fait un nouvel argument pour attribuer à la série ? l’appendice terminal de Cepon elegans.
Quant aux appendices arborescents ou coralloïdes des lone, leur homologie avec les appendices 4 de Cepon ne peut être douteuse un seul instant et nous n'hésitons pas non plus à les homologuer avec les lames pleurales (/4mes épimériennes) du thorax des /one, Gigantione, etc. On sait que chez Cepon ces lames pleurales restent rudimentaires dans la région thoracique; elles prennent au contraire un beau développement dans la région abdominale.
(1) Srence BATE et Wesrwoop, British sessile eyed Crustacea, Il, p. 254.
La comparaison entre le pleon de Cepon et celui d’/one se poursuit donc jusque dans les moindres détails et nous pouvons ajouter que les mêmes parties et les mêmes homologies se retrouvent dans l'abdomen de P/eurocrypta : seulement dans ce dernier genre, les lames pleurales z sont peu développées et non ramifiées, et les appendices à et « sont également fort réduits.
Chez Gigantione, la masse branchiale paraît constituée par l’ensemble des appendices # et « mais de nouvelles études seraient nécessaires pour établir une comparaison détaillée avec Cepon. Les lames pleurales 4 sont développées mais non ramifiées.
Ii est surprenant que KossmanN, qui paraît avoir compris l'importance de cette question des appendices pléaux, n'ait réussi qu’à augmenter l'obscurité et la confusion.
Kossmanx a cru trouver (VI, p.180, 181) dans la constitution du pleon un caractère distinctif important entre les genres Cepon et Jone. D'après lui, chez lone femelle, les appendices du pleon se composent de six paires d’épiméroïdes ramifiés (nos lames pleurales), plus six pléopodoïdes (1) biramés dont la rame interne lancéolée se recourbe vers la ligne médiane ventrale, tandis que la rame externe cylindrique et couverte de protubérances, s'étend latéralement. Enfin un septième segment abdominal porterait non plus un pléopodoïde mais un véritable pléopode, l’appendice recourbé couvert de denticules qui termine le corps d’/one.
Chez Cepon, au contraire il y aurait une paire terminale de pléopodes uniramés et cinq paires de pléopodoïdes biramés , les épiméroïdes n'existant pas. Cette opinion de Kossmanx est le résultat d’une double erreur : 1° erreur d’interprétation., 2° erreur de fait. |
L'erreur d'interprétation consiste en ce que Kossmann considère les appendices observés par lui sur le pleon de Cepon portuni, comme correspondants aux appendices bet c, alors qu'il est évident par la comparaison des figures 1 et 2 de notre planche Ï avec les fig, 2, 3 et 4 de la planche XI de Kossmanx que ces appendices doivent être homologués avec les appendices z et à de Cepon elegans et d'/one.
(1) KossmaxN appelle p/copodoïdes les appendices abdominaux de nouvelle formation nés aux points où se trouvaient des pléopodes embryonnaires mais ne résultant pas d’une transformation directe de ces derniers. I] garde le nom de pléopode pour les organes qui, d’après lui, sont le résultat de la transformation plus ou moins complète d’appendices embryonnaïres non disparus.
Chez Cepon portuni, le professeur d’'Heidelberg n'a pas vu les appendices c. Il est très possible que ces appendices n'existent pas dans cette espèce où le pleon est très dégradé, mème chez le mâle.
Nous avons constaté l'absence de ces appendices dans d’autres genres de Bopyriens (Phryxus, par exemple). Ils n'existent pas non plus, d’après DUvERNoOY, chez Cepon fypus.
L'erreur de fait provient sans doute de la hâte avec laquelle Kossmanx a publié ses Siudien über Bopyriden et de l'examen trop rapide des exemplaires d’Zone qu'il a figurés : le pleon des /one, comme celui des autres Bopyriens se compose de six segments et non de seyf, et ces six segments sont absolument comparables, comme nous l'avons vu, aux six segments correspondants de Cepon elegans. Les figures 3 et 4 de la planche X de KossmanN sont don: inexactes en ce sens qu'elles indiquent un segment de trop à l'abdomen. Il est vrai que par une étrange compensation la figure 1 de la même planche est inexacte en sens contraire, l'abdomen n'ayant que «ing segments !
La caractéristique différentielle donnée par Kossman pour les genres one et Cepon est donc absolument fausse et l’on peut dire qu’au point de vue de Ja morphologie du pléon il y a plus de ressemblance entre les /one et les Cancricepon (Cepon elegans et Cepon pilula) qu'entre les Cancricepon et les Portunicepon (Cepon portuni).
CorNaLia et Panceri ont fait chez Gyge branchialis une observation intéressante : sur la femelle jeune (III; p. 94, pl. I, fig. 93) correspondant à ce que nous appelons stade phryxoïde, ils ont trouvé les appendices Z et c bien dévelop : pés ; /inghe triangulari e bilobe, tels sont les caractères qu’ils attribuent aux pléopodes de ces jeunes femelles. Plus tard, chez l’adulte, ces organes se réduisent à une lame discoïdale ou ovalaire comparable aux branchies des Bopyres : nel! adulta ridesconsi ad una piccola lamina discoidea ed ovale attacata per un punto della superficie inferiore libera pel resto. Des faits analogues s’observent chez Bopyrina et permettent d'établir des conjectures scientifiques sur la phylogénie des Bopyriens.
Nous avons peu de chose à dire de l’organisation interne de Cepon elegans femelle : la petitesse de l’animal et sa déformation en font un type très peu favorable pour les recherches anatomiques. Comme d’autres Bopyriens se prètent beaucoup mieux aux dissections par leur taille plus considérable ou leur défor-