‹ Contributions à l'étude des BopyriensChapitre 46 sur 103 · UN · texte numérisé non relu

UN

quand le parasite est dans son hôte, ne peuvent se séparer, soutenues qu’elles sont par la membrane chitineuse appartenant au crabe.

Les deux /ames ircubatrices de la seconde paire forment en se réunissant le capuchon ou partie antérieure recourbée de la cavité incubatrice. Elles s’insèrent sous le cephalogaster au-dessous des premières lames qu'elles recouvrent en venant se réunir l’une à l’autre devant la face ventrale de la tête. La nervure médiane qui les soutient naît du point d'insertion, contourne le côté antérieur du cephalogaster et le dépasse en le surplombant. La partie du bord inférieur qui avoisine le point d'insertion se confond , sur toute sa longueur, avec le bord latéral de la lamelle de la troisième paire; le bord extérieur, recourbé, recouvre la lamelle ascendante de la première lame et s’accole au bord correspondant de la seconde lame opposée ; enfin le bord supérieur, qui contourne et dépasse le cephalogaster, présente un aspect très particulier au point où il cache l'insertion de la première lame, et avant de rejoindre le bord de la lamelle symétrique, là où a lieu la courbure du capuchon antérieur.

On se rendra facilement compte de la forme de cette lame en regardant la Figure 4 (PI. V). La lame incubatrice gauche de la seconde paire /7g a été séparée dans sa partie postérieure de la lame droite 77 4 qui est restée en place : cette lame gauche est repliée extérieurement et laisse voir les deux lamelles ascendantes (as et 4°) dans leur position normale à l’intérieur du capuchon. La netteté du bord de la lame repliée montre bien qu'elle n’a été que séparée et non déchirée.

Dans l'animal jeune (PI. VI, fig. 3), en avant du cephalogaster, les deux lames de la seconde paire ménagent, avant de s’unir sur la ligne médiane, une ouverture triangulaire qui met en communication la partie antérieure de la cavité incubatrice avec l’extérieur. Les bords de cette ouverture sont alors formés par les replis contournés sp des deux lames; ces bords, d’abord simples et régulièrement frangés , ne tardent pas à se replier à l'infini, à s'’enchevêtrer de façon inextricable, et finissent par constituer deux corps caverneux qui, bientôt, se confondent intimementet ne forment plus alors qu'une seule masse d'aspect spongieux (PI. V, Fig. 4, sp) qui bouche l'entrée de la chambre incubatrice, immédiatement sous les renflements des pattes mâchoires. Cette masse caverneuse n'arrive à son entier développement qu’au moment où l'animal est adulte et va accomplir sa première ponte.

La surface externe des lames de la seconde paire, lisse et luisante dans Portunion Mænadis, peut, dans certaines espèces du genre Cancrion, se charger (PI. VI, Fig. 2, Ch) d’épaississements chitineux vermiformes et irrégulièrement disposés.

Les oostégites des trois dernières paires se moulent, lorsque la cavité incubatrice est encore vide, sur la forme du corps ou plus exactement sur la masse ovarienne qui en constitue la presque totalité. Les Zzmes de la troisième paire (PI. V, fig. 4, /77), dont l'insertion est rejetée dorsalement , ne sont que la continuation de la partie postérieure de la lame précédente; elles s'étendent sur les bosses latérales #7 de l'ovaire et sur la bosse ventrale supérieure by'. Les James de la quatrième paire IV, beaucoup plus longues, recouvrent la bosse ventrale inférieure br° dans toute sa longueur; on voit très bien leur nervure médiane qui est nettement parallèle à l’axe de cette longue protubérance. Enfin, les /zmes de la cinquième paire V, beaucoup plus réduites, forment de chaque coté des derniers anneaux thoraciques, deux petites expansions qui viennent s’appliquer sur la surface ventrale, près des pléopodes du premier segment abdominal et fermer la partie inférieure de la cavité incubatrice. C’est à la base de cette dernière lame, au pied de la deuxième bosse ventrale, que se trouvent les ouvertures génitales femelles sous forme de deux petits pores très difficilement visibles sur l'animal vivant.

Une coupe passant par les oviductes montre ces ouvertures avec la plus grande netteté (voir P. 123, Fig. 20, 0).

Il est difficile de se prononcer définitivement sur la délimitation exacte de ces trois dernières paires de lames : elles sont intimement confondues sur leurs bords latéraux et non plus accolées comme sur leur bord distal: elles ont à peu près la mème forme. Ce qui nous fait croire que c'est la quatrième paire qui est la plus longue et la cinquième la plus réduite, c’est que, chez £ntoniscus Mülleri (PI. IV, fig. 6, IV et V), où les lames sont séparées, il en est ainsi. Dans d’autres Bopyriens (Cepon clegans, par exemple) la même disposition se présente Chez d’autres types, au contraire (Phryxus), c’est la cinquième qui est de beaucoup la plus grande; s’il en était ainsi chez Porfunion, ce que nous avons appelé la cinquième paire serait une simple expansion de la lame de la quatrième paire qui deviendrait le dernier ou cinquième oostégite. Pour trancher définitivement cette question d’ailleurs très secondaire, il faudrait etudier un individu très jeune présentant les lamelles encore libres avec leurs insertions nettement séparées.

La structure des lames incubatrices est absolument la même que ch:z les autres Bopyriens ; nous l’avons déjà décrite à propos de Cepon, nous n’y reviendrons pas.

Notre interprétation de la chambre incubatrice des Entonisciens est confirmée par l'examen des individus jeunes où les lames incubatrices sont encore rudimentaires.

Chez la femelle très jeune que nous avons représentée entièrement PI. V, fig. 1, et dont nous avons dessine la tête plus en détail PI. VI, fig. 4, on voit au niveau du premier segment thoracique une lame très réduite 4 qui présente déjà la forme si caractéristique de la première lame incubatrice de l'adulte : elle est divisée en deux parties, la supérieure arrondie, l'inférieure allongée postérieurement : à ce stade la première lamelle est donc divisée en une partie ascendante (4) et une partie récurrente (7) parfaitement reconnaissables. Les lamelles suivantes A1, An insérées ventralement de part et d’autre, ne sont bien visibles que dans les premiers segments; la deuxième montre déjà une tendance à se développer antérieurement et à recouvrir la première.

Dans l'individu plus âgé figuré PI. V, fig. 2, la forme de la cavité incubatrice, encore ouverte ventralement, est absolument démonstrative : la première paire de lames ([) netiement divisée en lamelle ascendante 7 et en lamelle recurrente r se montre à l’intérieur du capuchon, encore très réduit, formé par les lames de la seconde paire (II). Celles-ci, qui ne sont pas encore réunies et accolées sur la ligne médiane ventrale, sont déjà soudées postérieurement avec les lames de la troisième paire, et antérieurement l’une avec l’autre; sous le cephalogaster se voient les premiers replis qui, en se subdivisant de plus en plus, formeront les corps spongieux. Les autres paires de lames montrent bien encore leur insertion sur la surface ventrale; mais quoique très peu développées, elles sont déjà confondues par leurs bords latéraux, et dessinent le contour de la base de la chambre incubatrice sur la surface ventrale de l’Entoniscien, de façon à enlever les derniers doutes.

Si nous examinons maintenant ce que devient la cavité incubatrice ainsi formée, chez une femelle adulte alors qu’elle a déjà pondu , nous voyons qu'il est reiativement facile de retrouver toutes les parties que nous venons d'indiquer, bien que leurs proportions beaucoup plus considérables aient encore accentué leur déformation.

Nous avons représenté PI. V, fig. s, une femelle de forme exceptionnellement régulière quin'a pas été déformée, comme d'ordinaire, par la pression des organes viscéraux du crabe.

Chez cette femelle, tout le corps de l'animal sauf l'abdomen a disparu dans la cavité incubatrice remplie d'œufs. Cette masse, d’un beau jaune quand Îles embryons sont peu développés et qui tourne au violet quand ils sont plus âgés, laisse encore deviner la morphologie externe de l’Entoniscien. A la partie supérieure, nous voyons toujours le capuchon antérieur sc, mais ses dimensions

se sont accrues et sa partie ventrale s’est fortement développée. C’est ce capuchon qui, dans l'hôte, emplit tout l'angle antérieur de la carapace d'où il est assez difficile de l’extraire sans déchirure ; il y prend la place des glandes hépatiques et génitales du crabe infesté. Le cephalogaster enfoncé entre les deux masses latérales s7 n’est plus visible extérieurement ; les bosses de l'ovaire qui, elles aussi, se sont fortement développées, se manifestent seulement par de petites protubérances à peine visibles; à la base du capuchon, nous voyons de part et d’autre les saillies correspondant aux bosses latérales, et sur la ligne médiane antérieure, les deux bosses ventrales, surtout l’inférieure de beaucoup la plus considérable.

En ouvrant cette cavité et en agitant l’animal dans l'eau, on la bientôt débarrassee des embryons qui la distendent , et en écartant les lamelles externes, on retrouve, à l'intérieur, les grandes lames de la première paire telles que nous les avons décrites.

Si le lecteur veut revoir toutes les parties que nous venons d'indiquer et vérifier leurs homologies, il ne devra pas se laisser décourager par les premiers insuccès; on jugera de la difficulté de cette dissection par ce seul fait qu’un zoologiste de la valeur de KOsSMANN, a naguère attribué au crabe toute la membrane de la chambre incubatrice formée par les quatre dernières paires de lames et n'a laissé à l’Entoniscien, comme organe lui appartenant en propre que la première paire de lames incubatrices.

La complication de la chambre incubatrice de l’Entoniscien est en rapport avec

le genre de vie si spécial de l'animal.

Le Bopyre logé dans la cavité branchiale d’un crabe, arrive bien plus facilement que l’Entoniscien logé dans les viscères mêmes, à assurer le développement régulier des innombrables embryons que renferment ses oostégites : tout, dans le parasite, doit être sacrifié à l'exercice de cette importante fonction, la conservation de l'espèce. Le Bopyrien branchial se trouve logé dans une cavité dont les parois rigides ne le compriment pas dans leurs mouvements; ilest arrosé perpétuellement par le courant que crée l'hôte lui-même, pour baigner ses propres branchies; il n'a qu a en détourner une partie en la faisant passer dans sa cavité incubatrice. Nous avons vu, à propos de Cepon elegans , comment ce parasite amorce facilement une partie du courant par le mouvement de ses pattes-mâchoires et des lames incubatrices de la première paire, fortement modifiées déjà pour cette fonction.

Le Bopyrien viscéral, au contraire, n’est séparé que par une paroi d’une minceur extrème d'organes puissants, contractiles, comme le cœur ou l'intestin

de son hôte, ou de glandes volumineuses et pesantes. Comme le parasite est lui-même mou et compressible, le voisinage de ces organes est, non-seulement pour lui mais encore pour les embryons, une menace perpétuelle d’écrasement ou du moins de compression qui deviendrait rapidement fatale à ces organismes délicats. Enfin, le parasite devra déterminer un courant d’eau toujours renouvelé et passant, non plus comme chez le Bopyre branchial dans une partie de la cavité branchiale, mais dans un diverticule entouré par les organes internes du crabe. Il lui faudra donc créer un appel bien plus énergique que celui du

Bopyrien branchial.

C'est aussi aux lames incubatrices de la première paire qu'est dévolu chez l'Entoniscien le rôle fondamental dans le fonctionnement physiologique de toute la cavité incubatrice. L'importance fonctionnelle de ces organes s’est accrue en

CB

raison mème du dé- \ veloppement exagéré qu'ils présentent.

Ces deux lames si compliquées, forment, d’un bout à l’autre de lachambreincubatrice, deux cloisons qui laséparent en troiscompartiments longitudinaux.

Dans le capuchon antérieur, les replis de la partie ascendante divisent le comparti-

Fic. 25.

Schéma indiquant la position de l’Entoniscien dans la cavité viscérale

ment central en trois secondaires :

de son hôte.

autres CB : Cavité branchiale de l’hôte.

dans la partie posté- c: Calyce ou casque chitineux. ; Il ce: Cephalogaster.

rieure ces lamelles re- Foie

currentes sont mainte- b: Bouche.

, ; f : Fourreau ou membrane d’enveloppe appartenant à l’hôte. nues écartées par les ORNE ONE prolongements de NoO- cp : Cavité occupée par le parasite. ee : , co : Cavité incubatrice du parasite.

vaire qui se dévelop- 5 HOUR ponrieux.

pent entre elles : enfin co : Canal aquifère ventral.

Les flèches indiquent le sens du courant d’eau qui pénètre par l’ouverture du casque chitineux, baigne les branchies et la cavité incubatrice, puis sort par le canal ventral.

ces deux parties, antérieure et postérieure

de la cavité incubatrice, sont séparées par les lamelles transverses des premiers oostégites. La masse des embryons se trouve donc distribuée en une série de petites chambres, séparées les unes des autres par des cloisons mobiles, mais communiquant largement entre elles; cette disposition suffit à empêcher toute compression dans les culs-de-sac de cette vaste poche si singulièrement conformée. Toutes ces lamelles internes sont mobiles et l'animal leur imprime perp<tuellement dans la cavité incubatrice des mouvements de latéralité très visibles quand on enlève délicatement tous les autres oostégites : l'Entoniscien peut alors agiter les premières lames que rien ne gêne plus dans leurs mouvements, absolument comme Cepon agite les siennes , mais la dimension de ces longs rubans chitineux rend les mouvements bien plus évidents. Comme les mouvements ont lieu dans la cavité incubatrice close, on voit que la masse des embryons est perpétuellement agitée depuis la partie supérieure du capuchon jusqu’à l'extrémité de la bosse ventrale inférieure, et que l’eau circule entre eux etles baigne de tous côtés. La compression des œufs, au fond d’un cul-de-sac, est donc impossible.

L'énergie de ces mouvements continus des lames incubatrices de la première paire a encore pour effet de déterminer un courant perpétuel dans toute la longueur de la chambre incubatrice. Les contractions de tout le corps de l’animal viennent certainement aider au fonctionnement des lamelles internes. Le courant pénètre par la partie antérieure, en passant dans les interstices des corps spongieux de la seconde paire de lamelles : grâce à cet appareil, l’eau peut librement entrer débarrassée de toute impureté, et la sortie des embryons est mécaniquement empèchée. Le courant. après avoir parcouru la cavité incubatrice dans toute sa longueur, sort à la partie postérieure par la petite ouverture ménagée entre les lamelles de la cinquième paire; il suit le canal formé sur la face ventrale de l'abdomen par la réunion des pléopodes lamelleux et s'échappe enfin par la petite ouverture circulaire du casque chitineux, qui met en communication l'extrémité postérieure de l'abdomen du parasite avec la cavité branchiale de son hôte.

Telle est l'organisation de la chambre incubatrice des Entonisciens. Nous allons voir maintenant comment elle été décrite et interprêtée par les divers zoologistes.

FRiTz MuELLER eut la bonne chance d’observer d’abord un Æn’oniscus proprement dit, Z. Porcellanæ. 1] distingua parfaitement la membrane d’enveloppe appartenant au crabe et les lamelles incubatrices (oostégites). « Ces dernières forment, dit-il, de larges replis à bords crépus, déchiquetés, difficiles à dé-

brouiller ; j’en ai compté six paires. » (IV, p. 12). Plus tard chez l'Enfione des Xantho du Brésil, il décrivit (VI, p. 55) + une chambre incubatrice fermée, » constituée par une seule paire de lamelles qui naissent immédiatement au- » dessous de la tête. La chambre incubatrice forme un sac de grandeur et de » forme variable, dirigé obliquement vers la partie antérieure et dont la face » supérieure s'applique contre la tête qu'elle dépasse plus ou moins. »

La description de la cavité incubatrice d'Enroniscus porcellanæ était très exacte, sauf en ce qui concerne le nombre des paires de lames qu'il convient de ramener à cing. Au contraire, FriTz MUELLER n'a compris que très imparfaitement la disposition des lames incubatrices d’Entione. Il a négligé d'ouvrir le capuchon antérieur et n’a vu que la seconde paire de lames, au-dessous de la membrane du crabe. La première paire lui a complètement échappé parce qu'on ne la voit qu’en fendant le sac antérieur ; quant aux paires suivantes, il les indique comme des bourrelets latéraux et ventraux, représentant peut-être des membres avortés Il faut remarquer d’ailleurs que chez les Cancrion, les troisième, quatrième et cinquième paires de lames sont beaucoup moins développées que chez les Grapsion et les Portunion. Or, l'Entione des Xantho décrit par FRITz MUELLER est un Cancrion.

GiarD (VII, p. 153) étudia d’abord, comme nous l'avons dit, Grapsion Cavolinii et Portunion Moniezii, chez lesquels la chambre incubatrice devient d’une complication bien plus grande. La description qu'il donna de cette chambre était insuffisante et inexacte en plus d’un point ; cependant il eut au moins le mérite de reconnaître qu'il ne s'agissait pas d’un sac unique et continu , mais d’une série de chambres formées par des lamelles thoraciques et communiquant les unes avec les autres : le nombre des lamelles n'était d’ailleurs pas fixé.

FRAISSE (X, p. 11) toujours chez Grapsion Cavolinii, fit faire un nouveau pas à la question en découvrant, au moins en partie, la première paire de lames incubatrices : ilest vrai qu'il ne se rendit nullement compte de ce qu'il observait et qu’il donna de la chambre ovigère une interprétation absolument erronée.

FRAISSE ne vit que la partie récurrente de la première paire de lames et la considéra comme un organe de soutien pour la chainbre incubatrice antérieure ; il la compare à une sorte de plume à rachis chitineux renfermée dans une membrane plissée, qui plus tard se gonflera quand les œufs viendront en remplir l'intérieur! L'entrée de cette poche incubatrice se trouverait à la base du tronc chitineux dans le voisinage d’une glande collétérique. FRAISsE considère les appen-

dices pennés comme une transformation des membres de la larve! (1) En dehors-

de ces plumes et de la paroi des chambres incubatrices qui fes renferment, il paraît encore admettre un sac continu appartenant à l'Entoniscien. C’est du moins ce qu’on pourrait conclure de la phrase suivante qui précède la description des chambres incubatrices : « Praeparirt man nun die Æyidermis ab, so ist » der eigentliche Brutraum dadurch noch nicht geoeffnet, denn man sieht jetz » zwei sonderbare Gebilde vor sich in denen erst die Eier oder Larven enthalten » Sind. »

Il n’est pas facile de décider si cet Æ'yidermis est la membrane du crabe, ou si FRAISSE a désigné par ce mot la portion des deuxièmes lames incubatrices quirecouvre la partie ascendante des premières lamelles. La fig. s de la pl. XXI à laquelle il renvoie le lecteur indique, selon nous, d’une façon très claire, que FRAISSE n’a pas vu cette partie ascendante des premières lamelles qu'on ne peut dégager qu’en ouvrant le capuchon antérieur. La partie récurrente, au contraire, est visible dès qu'on enlève la membrane du crabe, à la face ventrale de l’Entoniscien, parce qu'en ce point les lamelles incubatrices de la seconde paire sont moins fortement accolées que dans le capuchon. Mais FRaissE a cru à tort que cette portion récurrente penniforme de la première paire était contenue dans le capuchon et participait à la formation de la chambre incubatrice antérieure, tandis qu'elle est constamment appliquée à la face ventrale de l’Entoniscien et ne joue, comme d’ailleurs la partie ascendante et la partie transverse, qu'un rôle tout différent : celui d’organe irrigateur pour l’aération des œufs renfermés dans la cavité incubatrice.

Enfin FRaissE a décrit des chambres incubatrices postérieures qui seraient constituées , d’après lui, par une sorte de dédoublement des replis latéraux de la partie postérieure du thorax. Ces replis ne sont autre chose que les dernières paires de lames incubatrices. Supposer que le tissu conjonctif qui se trouve entre les surfaces épithéliales de ces lames peut se creuser pour recevoir les œufs et les embryons , c'est imaginer une disposition que KossmanN qualifie à bon droit de stupéfiante chez un Isopode, et mème chez un Crustacé en général.

(1) « Ich halte diese federartigen Anhänge für umgewandelte Gliedmassen : denn in den von mir beobachteten jüngsten Stadien sind es einfache Wülste, welche an der Stelle Korpers sich befinden wo jedenfallsfr üher die Extremititen des Vorderleibes engelenkt waren. So lange wir jedoch die 2te Larvenforme dieses interessanten Thieres nicht kennen, lassen sicht darüber ja nur Vermuthen zu aussprechen ».

Comme on le voit FRaissE n'avance cette opinion qu’avec des réserves très justifiées.

Comme on le voit par ce qui précède, FRAISSE en était arrivé à attribuer à la chambre incubatrice des Entonisciens une complication très grande et absolument invraisemblable. Kossmanx (XI, p. 153, 154) a voulu réagir contre cette tendance, mais il a poussé beaucoup trop loin cette réaction et, s’il a simplifié considérablement la structure de nos parasites, c'est en opérant des mutilations qui les rendent méconnaissables. En comparant la figure de Portunion Salyatoris donnée parKossmanx (/. c., pl. VII, fig. 1) avecles fig. 3 et 4 de notre PI. V, on voit immédiatement que, dans sa dissection. 1l a enlevé non-seulement la membrane d’enveloppe appartenant au crabe mais toutes les lames incubatrices de l'Entoniscien, à l'exception de la première paire. Puis, pour comble d'erreur, il a considéré la partie ascendante et la partie récurrente de cette première paire comme formant deux paires distinctes insérées toutes deux immédiatement audessous de la tête : « Le bord antérieur de la paire antérieure des lamelles devenu » dorsal par la courbure de ces lamelles est légèrement godronné en dedans. Ces » lamelles antérieures renferment les œufs entre elles ; les postérieures, au con- » traire, dont la nervation chitineuse est un peu plus faible, contiennent les œufs » entre elles-mêmes et [a paroi du corps. Naturellement la membrane d’enveloppe - dans laquelle se trouve le parasite complète la cavité incubatrice comme le » fait la paroi branchiale de l'hôte chez Bopyrus. Mais il ne peut être question » de la moindre soudure, pas même d’un accollement entre les bords des lamelles » du côté droit et de celles du côté gauche et la chambre incubatrice du parasite » n'est donc par elle-même nullement fermée. »

On voit, sans que nous insistions davantage, combien est inexacte cette description de KossmanN. On ne comprend pas comment un Zoologiste si habile a pu arriver à une semblable conception, après avoir étudié des états jeunes tel que celui qu'il a figuré PI. VIII, fig. 2, et surtout après avoir examiné la première paire de lamelles incubatrices chez de nombreuses formes de Bopyriens. Évidemment les erreurs de KossmanN tiennent à la technique déplorable qu’il a employée. Les Entonisciens doivent être examinés et disséqués, autant que possible, à l'état vivant. En laissant macérer ces animaux pendant plusieurs jours dans l’eau de mer, ce n’est pas la membrane du crabe seule qui se désagrège, mais les lames incubatrices et même la paroi du corps subissent également un commencement de décomposition qui rend toute étude impraticable. Une observation faite par ce procédé ne peut fournir que des résultats décevants.

Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à réfuter les critiques que le savant professeur d'Heidelberg adresse à ses devanciers, notamment à FRiTz

MUELLER et GIARD, car ces critiques dérivent de la notion erronée que leur auteur possédait de la chambre incubatrice des Entonisciens.

Pour employer une expression vulgaire, mais qui s'applique à merveille quand il s’agit d’Entonisciens, KossmanN met dans le même sac Fritz MUELLER, GARD et FRaIsse. L'erreur de ces zoologistes s'explique, d’après lui, de la manière suivante : FRITZ MUELLER, ayant trouvé Æntoniscus porcellanæ dans une enveloppe très mince, n'a pu se décider à attribuer à l'hôte la membrane beaucoup plus épaisse dans laquelle il rencontrait £. cancrorum. 1 a regardé comme une dépendance du parasite cette enveloppe au point où elle recouvre la cavité incubatrice. Dès lors, le faux pas était commis, et Giarp et FRAISSE n’ont fait que suivre cette mauvaise piste (1).

Ence qui concerne F. MUELLER, nous savons que l’illustie zoologiste croyait que la chambre incubatrice des £'nfione était formée par une seule paire de lames, mais il n'avait vu, par suite d'une dissection incomplète, que les lames de la deuxième paire et il les avait cru soudées, alors qu’elles ne sont qu'accolées par leur bord libre, à l’intérieur de la membrane du crabe.

GiaRD avait bien compris que plusieurs lames plus ou moins imbriquées formaient la cavité incubatrice, mais il n'avait pas suffisamment établi les homologies de ces lamelles avec celles des autres Bopyriens.

Quant à FRAISSE, outre l'explication fantaisiste qu'il donne de la formation de la partie postérieure de la chambre incubatrice, on peut surtout lui reprocher de n'avoir pas compris la disposition de la première lame et d’avoir attribué à la portion récurrente de cette lame un rôle qu’elle n’a pas dans la formation du capuchon antérieur. Mais nous pensons qu'il est injuste de lui attribuer, comme le fait Kossmann, l’idée bizarre de considérer cette portion récurrente comme réduite à un rachis, pourvu de chaque côté de barbes chitineuses sans membrane intercalaire. KOssmANN , qui fait des prodiges d’imagination, surtout pour expliquer les erreurs d'autrui, cherche à justifier de la manière suivante l'opinion qu'il prète à FRAISSE d’une façon toute gratuite : « Quand on blesse un Entoniscien vivant , il s'écoule en abondance un fluide qui, selon toute vraisemblance, est

(1) « Fritz MUELLER offenbar von der E. porcellanæ her daran gewôhnt den Schmarotzer in ein sehr zartes Gewebe eingebettet zu finden, konnte sich nicht entschlieszen den derberen Schlauch in dem Æ. Cancrorum lag, ebenfalls für einen Bestandtheil des Wohnthieres an zu sehen und abzupräpariren : und nach dem er einmal den schweren Schritt gethan hatte, diesen Schlauche da, wo er die Bruthôhle, überzieht, als die dem Parasiten selbst an gehôrige geschlossene Wandung derselben zu deuten, konnten Giarp und Fkaisse ihm leicht hierin folgen. »

destiné normalement à agglutiner les œufs (??). Cet enduit ayant fait adhérer les lamelles de la première paire à l'enveloppe du crabe, FRAISSE aura arraché avec cette dernière toutes les parties tendres des lamelles et les aura ainsi réduites à l’état de plumes artificielles ! » (1).

Chose non moins surprenante, KossmanN trouve suffisante (deutlich genug beschreibt) la description donnée par FRaisse de la première lame incubatrice. Or, cette prétendue première lamelle, commeil résulte de l'examen de la fig. 5, B. PI. XXI du mémoire de FRAISsE, n'est que la partie récurrente de la première lamelle qui correspond par conséquent à la deuxième lamelle de Kossman !

Quelques mois plus tard, le même zoologiste (XIT, p. 59), ayant perfectionné sa technique, reconnut l'erreur qu'il avait commise, mais c’est d’une façon incidente et à l'occasion d’une question toute différente (le prétendu endoparasitisme des Entonisciens) qu'il rectifie en quelques mots ses précédentes observations. Voici tout ce qu'il en dit: « Die Zahl der Brutblätter steigt nunmehr auch bei « Entoniscus, wie bei den anderen Bopyriden, auf fünf Paar; die a. a. ©. von « mir beschreibenen Stellen sich als ein einzige Paar heraus, das je einen vor- « deren und einen durch tiefe Ausrandung davon getrennten hinteren Lappen « hat. »

Nous en avons dit assez, pensons-nous, pour montrer quelle obscurité régnait dans ce sujet délicat au moment où nous avons entrepris les recherches dont nous publions dans ce mémoire les principaux résultats.

Page 1