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RÉGION ABDOMINALE

L’abdomen ou pleon est une partie très distincte du corps des Entonisciens ; presque aussi long que le thorax, il est généralement relevé du côté dorsal et forme un angle de 45° environ avec l'axe du corps ; son aspect mousseux, d’un blanc mat, le fait reconnaître immédiatement ; il est d’ailleurs ‘inimé de mouvements assez étendus et c’est avec le céphalogaster, la partie la plus vivante du parasite.

Il comprend cinq segments plus le pygidium et présente une structure morphologique tout à fait comparable à celle de l'abdomen de Cepon ou d’Zone. On y trouve absolument disposées dans le même ordre les parties que nous avons désignées par les lettres 4, b, c, dans notre travail sur le genre Cepon (p. 40).

Les lamelles « sont bien développées sur les quatre premiers segments (Pl. VIII, fig. 8, c«,, c,); au cinquième anneau, elles sont très réduites et cachées par l’appendice b,, — Les appendices b sont plus développées encore et ceux d’une moitié latérale du corps chevauchent sur ceux de l’autre moitié, comme on peut facilement s’en convaincre sur les coupes transversales. Chez l'adulte ils se recouvrent presque complètement l’un l’autre.

Enfin les appendices 4, qui ne sont, comme nous le savons, que des prolongements des épimères dorsaux ou des lames pleurales abdominales, origine absolument nette dans la femelle très jeune (PI. V, fig. 1 ep), prennent un développement énorme et forment les masses spongieuses latérales (PL. VIT, fig. o, # jqui entourent l'abdomen et lui donnent cet aspect mousseux si caractéristique. Ces appendices #4, sont surtout très grands sur le premier segment du pleon; ils décroissent ensuite rapidement, sont très réduits sur le troisième segment et presque nuls sur le cinquième , comme on le voit sur les coupes transversales (PL VIE Geo, To, on):

Ces appendices 4 servent très certainement à la fonction respiratoire et leurs dimensions considérables s'expliquent par la nécessité d'augmenter la surface où se fait l'hématose chez ces animaux, dont la communication avec l’eau ambiante ne se maintient pas sans difficulté. Les lames et c qui résultent de la transformation des pléopodes larvaires forment par leur ensemble un canal couvert qui mène jusqu’à l'ouverture du casque ou calyce chitineux les sécrétions de l'animal

et sert aussi à la sortie des embryons et à l'expulsion de l’eau devenue impropre à la respiration.

En comparant les positions successives que prennent les pléopodes au moment de l'inspiration et de l'expiration, on se rend facilement compte du mécanisme qui permet à l’eau d’entrer ou de sortir par l'ouverture circulaire du casque chitineux. Cet organe (PI. VII, fig. 12) n'est, comme nous l'avons vu, que l'épaississement de la membrane d’enveloppe. qui s’est mn moulé sur les deux derniers segments du pléon. Nous l'avons représenté vu par la face dorsale qui est la moins développée; il recouvre le pygidium dont il prend la forme. A la face ventrale il s’applique sur les deux appendices du pygidium entre lesquels se trouve l’ouverture circulaire (0), à bord épaissi, qui met en communi- 3 cation la cavité branchiale de l’hôte avec le sac où est «* renferme le parasite: sous cette ouverture se voit l’impression des deux pléopodes (.) du cinquième anneau. Si dans cet organe rigide les lames des pléopodes se rabattent sur la surface ventrale en chevauchant l’une sur l’autre, l’eau de la cavité branchiale de l'hôte fera irruption dans toute la cavité du parasite, dont elle baignera largement les branchies ; puis, après avoir parcouru tout l'espace conquis entre le parasite et la membrane d’enveloppe, appelée par le mouvement des wat

: : : : Schéma indiquant les posilames incubatrices de la première paire, elle pénétrera tions successives des pléopodes dans la cavité incubatrice par les organes spongieux des De ee rune oostégites de la deuxième paire. Au moment ou elle sortira

pl

Fic. 21.

CB : Cavité branchiale du

par la partie inférieure de la cavité, les pléopodes lamel- crabe.

leux s’écarteront et formeront un canal qui ne permettra a: Coupe er . » . e 5 somite du pleon.

plus que la sortie de l’eau, la communication de l’ouver- rue oen

ture du calyce chitineux étant momentanément inter- appartenant au crabe,

pl : pléopodes.

rompue avec la cavité où est logé le parasite. RE

On voit donc que par ce mécanisme très simple la fonction respiratoire du parasite est assurée, et l’on comprend comment, par la petite ouverture du calyce chitineux, l’entrée et la sortie de l’eau s’opèrent aisément.

Dans le genre Cancrion, les appendices 4 sont moins développés sur le premier segment et moins rapidement décroissants sur les segments suivants. La forme du pygidium est caractéristique : il est plus aigu que dans les autres genres et

présente sur la ligne médiane une profonde échancrure qui s'étend jusqu’à la base. De part et d’autre de ce dernier segment se voient les appendices du quatrième anneau; les appendices « de forme aïgue présentent un bord interne, épaissi, et ont leur partie inférieure recouverte par les appendices b plus considérables.

Chez les Æntoniscus proprement dits (Æ£ntoniscus porcellanæ, E. Mülleri) Y'abdomen est assez long pour dépasser la tête ; il est grêle, cylindrique et ne présente pas les épimeroïdes plissés qui donnent au pleon des £'ntione son aspect caractéristique.

Le premier anneau est très long (PI. IV, fig. 6) et porte à sa partie dorsale dans une sorte de poche herniaire le cœur dont les contractions sont, par suite, fort visibles. Chaque anneau est muni, à sa partie terminale d’une paire d’appendices en

FTG. 22:

Portion terminale de l’abdomen de Cancrion

miser. forme de sabre que nous avons désignés A. Face ventrale. par la lettre c. Il nous reste toutefois B. Face dorsale. quelque doute sur la valeur morpholo-

gique de ces appendices et nous les désignons ainsi pour nous conformer à la nomenclature de nos prédécesseurs et notamment de FrITz MUELLER qui les appelle pieds ; peut-être ces prétendus pieds ne sont-ils que des lames pleurales ; ils paraissent en effet se continuer avec le bord des anneaux du pleon. Toutefois, la partie antérieure du bord des premiers anneaux de l'abdomen porte un repli frangé qui pourrait bien correspondre à l'appendice 4 des £'ntione. Vus au microscope, les segments abdominaux sont revètus d’une couche cuticulaire couverte de denticules à la partie ventrale et tout autour du bord postérieur ; la partie latérale et les appendices sont lisses.

Nos prédécesseurs n’ont guère compris l'organisation de l'abdomen des Entonisciens. [1 suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d'œil sur les figures données par F. MuLer (VI, PI. III. fig. 1) et par FRaIssE iX, PI. XXI, fig. s et 7), de lire la description qui les accompagne, et de comparer avec les figures 8, 9, 10 et 11 de notre PI. VII.

KossmanN lui-même, dans son mémoire Die Entonisciden (X1, p, 154) donne une figure très imparfaite (PI. VIII, fig. 1) et se contente de la description suivante qui contient de grossières erreurs :

« Bei Ænfione dagegen ist das Pleon umgegliedert und statt der sabelformigen tragt es blattformige Anhange, von denen die vorderen die grôsten sind und einen stark gekrauselten Rand besitzen; nach hinten zu nimmt Grôsse und Krauselung ab ; das letzte Paar in FRaisse’s Abbildung mit L bezeichnet ist ganz glatt. »

Dans la courte note qu'il a publiée dans l'Ænzeiger (XII, p. 59) KossMANN reconnait que le pleon des £'nfione est segmenté, mais il ne donne aucun renseignement sur la signification des appendices.

A l'étude du pleon se rattache celle de la fonction respiratoire. Dans ses premières recherches sur les Entomisciens (IX, p. 690) l’un de nous insistait sur le rôle important que jouent dans l'exercice de cette fonction les lames pleurales frangées de l’abdomen des £'nfione. Leur développement, disait-il, s’explique de la mamère suivante:

« L'Entoniscien dans le corps de son hôte est complètement entouré d’une « fine membrane. Cette membrane n’appartient pas au parasite, c'est la conti- « nuation de la membrane qui tapisse les viscères du crabe et les sépare de la « cavité branchiale. Cette membrane est refouiée peu à peu par la croissance de « l'Entoniscus, qui se trouve donc dans une sorte de poche formée par invagi- « nation. [Il en résulte que l'£nfoniscus, comme le fait justement remarquer < FRiTz MUELLER, est un parasite externe, bien qu'il paraisse en rapport avec les « viscères les plus internes de son hôte.

« Que les Bopyriens aient besoin d’une eau bien aérée et sans cesse renouvelée, « cest ce qui résulte clairement de la position qu'ils prennent chez les divers « animaux où on les trouve fixés. Les Bopyrus types se logent dans la cavité « branchiale des Macroures et des Anomoures, où ils prennent à leur hôte un « sang revivifié et où ils se trouvent eux-mèmes dans une eau sans cesse nouvelle. « Aussi leur appareil respiratoire est-il en général peu développé. Les Phryxus se « placent sur l'abdomen des Pagures à l’endroit où sont réunis les œufs chez la « femelle de ces animaux: c’est-à-dire au point où les mouvements de l'animal « infesté permettent également un renouvellement facile de l’eau. Cependant, « comme ce renouvellement est moins parfait que dans le cas précédent, les « James abdominales sont déjà beaucoup mieux développées que chez les Bopyres «“« proprement dits. »

» Chez les Entoniscus la position de l'animal dans une invagination profonde

« de la paroi interne de la cavité branchiale des crabes, rend la respiration beau- « coup plus difficile. Aussi les lamelles respiratoires ont-elles acquis un dévelop- « pement beaucoup plus considérable, et leur surface ondulée et crispée les « transforme en de véritables éponges sans cesse imprégnées de liquide. Leur « mouvement de contraction permet d’ailleurs de chasser ce liquide, et d’en « appeler de nouveau quand le besoin s’en fait sentir.

« Il est clair d’ailleurs que ces diverses particularités sont profitables, non- « seulement aux Bopyriens adultes, mais aussi à leurs embryons, qui, pour se « développer dans les cavités incubatrices, ont besoin, comme ceux des autres « Crustacés, d’une eau parfaitement aérée. Il suffit de placer une femelle de « Bopyre isolée de son hôte dans un verre rempli d’eau de mer, même très pure « et renouvelée plusieurs fois par jour, pour voir bientôt s'arrêter le développe- « ment des œufs renfermés sous les lames ventrales. »

Chez les £'ntoniscus proprement dits, les appendices abdominaux en forme de sabre sont évidemment impropres à l'exercice de la fonction respiratoire, mais les lames incubatrices du thorax ont acquis un énorme développement ; leur aspect plissé et frangé rappelle tout-à-fait celui des branchies abdominales des £'rfione

et il est probable qu'elles ont pris avec l'apparence morphologique le rôle physiologique de ces dernières.

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