‹ Contributions à l'étude des BopyriensChapitre 69 sur 103 · NP · texte numérisé non relu

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lesquelles il est fixé. Or, les 9 (ou #-1) semaines épargnées dans notre exemple par la protandrie sont justement les premières semaines de l'existence. C'est la première semaine de neuf individus femelles qui est épargnée. »

Nous n'avons pas besoin de montrer combien cette manière de raisonner est défectueuse et combien Kossmann accumule ainsi d’hypothèses sans démonstration, les unes à la suite des autres.

Nous avons parlé ailleurs des avantages de la progénèse et nous croyons que ces avantages sont consolidés par la sélection naturelle (1). Quant aux causes immédiates qui déterminent la métamorphose rétrograde dans l’un ou l’autre sexe, il faut les chercher sans doute dans les conditions de nutrition plus ou moins bonnes où se trouve le parasite.

Si l'on découpe un Entoniscien en coupes minces transversales, on trouve généralement outre le mâle ordinaire, deux, trois, six, huit mâles de la forme cryptoniscienne. L Entoniscien femelle est sans doute l'individu le mieux placé au début et le mieux nourri: il s’est rapidement différencié comme femelle, les testicules ont avorté, les ovaires ont pris au contraire un énorme développement. Le mâle ordinaire, moins directement en rapport avec l’hôte et moins abondam-

(1) GiarD, La castration parasitaire et son influence sur les caractères extérieurs du sexe mâle chez les Crustacés Décapodes. Bulletin scientifique du Nord, 2° série, X° année, 1887, p. 24.

« Chaque fois qu’il y a progénèse dans un type déterminé, on constate donc, soit momentanément , soit d’une façon définitive, un arrêt de croissance et de développement : l’aimal progénétique a, par suite, l’aspect d’une larve sexuée , lorsqu'on le compare soit à l’autre sexe , soit aux formes voisines qui ne présentent pas le phénomène de la progénèse.

» Cela est en parfaite harmonie avec le principe si bien mis en lumière par HER8ERT SPENCER, de l’antagonisme entre la genèse et la croissance et entre la genèse et le developpement. Cet antagonisme s'explique facilement si l'on songe que les matériaux employés pour la reproduction ne peuvent servir à l'accroissement de l’individu. S'il est avantageux pour un animal de se reproduire sans acquérir des organes inutiles, la sélection naturelle déterminera bientôt une progénèse de plus en plus complète. Les animaux parasites, outre qu’ils tirent de leur hôte une nourriture abondante, n’ont guère besoin d’une foule d'organes qui servent à leurs congénères libres dans la vie de relation. Aussi voyons-nous qu’un très grand nombre d’animaux parasites sont progénétiques. Les mâles progénétiques de la Bonellie et des Cirripèdes vivent en parasites dans leurs femelles. Chez certains types (pucerons), la progénèse cesse dès que la nourriture devenant moins abondante, un déplacement pourra étre nécessaire.

5 En résumé, l'arrêt de développement dû à la progénèse résulte d'une dérivation des principes nourriciers au détriment de l'animal progénétique. Dans les exemples de castration parasitaire que nous avons étudiés, le parasite joue, par rapport à son hôte, absolument le même rôle que la glande génitale d’un type progénétique. Il détourne, pour sa propre subsistance, une partie des principes qui auraient servi au développement de l’animal infesté. Aussi les effets produits sont tout-à-fait de même ordre. »

Mais une fois la progénèse acquise par suite de conditions avantageuses de nutrition, la sélection tend à la fixer en supprimant les phases subséquentes du développement pour peu que l’animal soit exposé à des dangers * sérieux pendant la dernière période de son existence, ou même pour peu que l’animal se trouve momentanément ans des conditions défavorables à la reproduction. C'est ce qui arrive, par exemple, pour les Copépodes observés par HERkick, qui vivent dans des mares susceptibles de se dessécher rapidement , pour les pucerons, parasites de plantes à période végétative limitée, etc.

ment nourri, a subi une métamorphose incomplète et garde son sexe; les autres larves cryptonisciennes n'ont pu poursuivre leur évolution et jouent physiologiquement le rôle de mâles complémentaires.

Il est possible que le mâle ordinaire venant à disparaitre, l’un de ces mâles complémentaires encore agiles prenne sa place et continue sa transformation en mâle ordinaire.

Certains Cymothoadiens sont au point de vue des rapports sexuels absolument comparables aux Bopyriens proprement dits. Tel est le curieux /cfhyoxenos Jellinghaussii HERkLOTS (1) de Java, qui vit par couples dans une invagination de la paroi extérieure de l'abdomen de certains poissons. Les adultes, mâle et femelle sont trop volumineux pour pouvoir sortir par l'ouverture d’invagination qui leur amène l'eau. Il est probable que deux larves sont entrées simultanément et que l’une d'elles, mieux placée a continué son évolution au delà du stade mâle. Le fait de deux larves s'unissant ainsi en vue de rapports sexuels futurs (diæcie ou dichogamie) n’est pas très rare. SLUITER (2) a signalé récemment une Ascidie de l’île Billiton, Æscidia diplozoon, qui présente cette particularité. On sait que les ascidies sont généralement hermaphrodites avec protandrie: il serait curieux d'examiner avec soin les glandes génitales d’4. diplozoon. Le Diplozoon paradoxum NorDManx est encore un exemple du même genre emprunté à des animaux d’un autre groupe , les Trématodes. Chez les Épicarides, le fait se complique par l'hermaphrodisme partiel et de plus, comme nous l'avons vu, par l’existence des mâles complémentaires.

GRAFF (3) a remarqué que les mäles complémentaires du Myzostomum glabrum sont plus communs à Trieste pendant l’automne. Nous avons fait la même observation à Wimereux pour les mâles larvaires de Portunion Mænadis et de Phryxus paguri. BEARD ajoute que les mäles complémentaires des Myzostomes se trouvent généralement sur les vieux individus de grande taille (4). C'est aussi sur les Entonisciens les plus développés que nous avons rencontré en plus grande abondance les mâles cryptonisciens.

(1) J--A. HerkLors. Deux nouveaux genres de Crustacés vivant en parasites chez les poissons. Epichthys et Icthyoxenos. Archives néerlandaises des Sciences exactes et naturelles, t. V, p. 120, 1870.

(2) C.-PH. Scuirer. Ueber einige infache Ascidien von Insel Billiton, Batavia Naturh. Tijdschr. 1886. HUXxLEY et GiarD ont signalé des faits de même nature chez les ascidies aggrégées (non composées) des genres Polystyela et Synstyela….

(3) Grarr. Das Genus Myzostomum. Leipzig, 1$77, p. 75.

(4) J- Bearo. On the Live History and Development of the genus Mygostoma in Mittheil. aus der Zoologisch. Station zu Neapel, V- 1884, p. 567 et suiv.

NANSEN (1) a observé chez le seul mâle de Myzostomum Carpenteri qu'il a pu étudier, que l'ovaire et les oviductes existent à l’état rudimentaire à côté des testicules. L'existence de ces rudiments peut, dit-il, s’expliquer de deux façons : 1° ou bien les mâles sont la descendance d’hermaphrodites et les oviductes sont des organes témoins, vestiges de l'état ancestral; 2° ou bien ces mâles sont de jeunes hermaphrodites dont les ovaires fonctionneront plus tard à mesure que Îles testicules deviendront stériles. NANSEN considère aussi les rudiments de testicules de Myzosiomum cysticolum comme les restes d’un état androgyne.

Il est bien intéressant de noter que le dimorphisme sexuel est surtout très accentué chez les Myzostomes cavicoles. [TI en est de même chez les Cymothoadiens où les espèces cavicoles (/chfhyoxenos) présentent aussi les différences sexuelles les plus considérables et chez les Épicarides où les Bopyriens branchiaux et les Entonisciens forment une série parallèle aux Myzostomes cysticoles, tandis que les Cryptonisciens correspondent plutôt aux Myzostomes externes.

Les rapports sexuels si complexes des Cirripèdes, des Myzostomes et des [sopodes parasites nous paraissent pouvoir être résumés par le tableau suivant :

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