‹ Contributions à l'étude des Ditpères [i.e. Diptères] parasites et Sur une larve de Coléoptère vomie par un enfant, au SenégalChapitre 3 sur 4 · III. — Sur Cobboldia elepliantis (Steel · texte numérisé non relu

III. — Sur Cobboldia elepliantis (Steel

Pendant l’expédition de Livingstone dans le bassin du Zambèse, le Dr J. Kirk tua une femelle d’Éléphant, dans l’estomac de laquelle il recueillit plusieurs larves d’OEstride. Deux de ces larves furent données à Cobbold, qui les plaça dans la collection helminthologique du Hunterian Muséum (flacon n° 197), eu les désignant sous le nom de « OEstrus of the Eléphant » (19).

En 1878, plusieurs Éléphants des Indes étant morts à Londres, par suite d’une épidémie, Steel (21) fit l’autopsie de l’un d’eux et recueillit dans l’estomac un grand nombre de larves, qu’il fit connaître sous le nom de OEstrus elepliantis.

Nous ne savons si les larves recueillies par Steel figurent dans quelque collection publique ou privée; elles n’existent ni au Collège royal des chirurgiens, ni au British Muséum, ni au Collège royal des chirurgiens vétérinaires, dont nous avons examiné avec soin les collections de parasites. Toujours est-il que Cobbold les a eues à sa disposition et les a comparées aux larves recueillies par Kirk dans l’Éléphant d’Afrique. De cette élude, Cobbold conclut à l’identité spécifique de ces deux sortes de larves (22) ; il leur donne le nom de Gaslrophilus elephantis et figure l’une d’elles d’une façon très insuffisante.

La larve gastricole de l’Éléphant d’Asie a été bien étudiée, dans ces dernières années, par Brauer (23). Le savant entomologiste viennois reconnaît que cette larve n’appartient point au genre Gastrophilus ; et, comme elle ne saurait rentrer dans aucun des genres connus, il propose d’établir en sa faveur un nouveau genre Cobboldia, qui représente «à lui seul, parmi les OEstrides gastricoles, un groupe particulier, en opposition avec le groupe des Gastrophilus et des Gyrostigma. Toutefois, Brauer avoue que les métamorphoses de divers OEstrides exotiques sont encore ignorées, en sorte que l’un d’eux pourrait bien avoir Cobboldia elepliantis pour état larvaire : tel est le cas, par exemple, pour les Au lacocephula, qui, précisément, sont répandus dans le sud de l’Afrique et à Madagascar.

Il est certain que c’est une méthode peu recommandable, que de désigner par un double vocable, générique et spécifique, des animaux à l’état larvaire, dont la forme adulte est probablement connue. Une telle méthode ne peut que jeter la confusion dans la nomenclature. Nous ne méconnaissons pas la nécessité de dénommer ces états larvaires, qu’on ne sait encore rapporter à aucun Insecte adulte, mais nous croyons qu’il

• (12) Séance du 22 février 1893.

est avantageux de se servir alors de noms vulgaires, comme nous l’avons fait déjà dans notre mémoire Sur les ŒstriJes américains dont la larve vit dans la peau de l’Homme. Quand bien même on saurait à quel Insecte appartiennent les larves auxquelles nous avons attribué les noms de Torcel et de Berne, par exemple, il serait encore commode pour le langage courant d’employer ces dénominations vulgaires, qui gagneraient ainsi en précision. La zoologie nous présente d’ailleurs plus d’un exemple de ce genre : le « Ver macaque » est notoirement la larve de Dermatobia noxialis, la « larve de Desor * est l’état larvaire des Némertiens du genre Lineus, etc.

Ces critiques ne diminuent d’ailleurs en rien le mérite de la description de Cobboldia elepliantis. Cette description est accompagnée d’excellentes figures, et Brauer exprime des réserves au sujet de l’identité, admise par Cobbold, des larves africaines et des larves asiatiques. Nous avons éprouvé ce même doute : aussi nous a-t-il semblé utile de revoir la larve africaine, d’en donner un dessin satisfaisant et de la confronter avec la description de la larve asiatique.

Celle-ci, d’après Brauer, atteint une longueur de 25 mill. et une largeur de 2 mill. 9. Les flancs sont ornés chacun de quatre bourrelets longitudinaux sur les anneaux 2, 3 et 4, de trois bourrelets seulement sur les anneaux 5 à 11 ; entre les anneaux 5 et 6, 6 et 7, 7 et 8, 8 et 9, on voit, en outre, un bourrelet latéral fusiforme, interposé entre les deux bourrelets longitudinaux qui bordent la face dorsale, d'une part, et le bourrelet longitudinal qui borde la face ventrale, d’autre part. Le premier anneau est épineux à son bord postérieur; il est orné en outre, sur presque toute sa surface, de petites épines imbriquées. Le deuxième anneau est orné d’épines délicates à son bord antérieur. Les anneaux suivants ont aussi leur bord antérieur occupé par une ceinture de petites épines disposées sur cinq rangs, mais qui diminuent de nombre et d’importance sur les derniers anneaux.

La larve extraite de l’estomac de Elephas africanus ressemble sans doute à la précédente, mais en diffère pourtant par des particularités importantes. Elle est longue de 14 mill. et large de 5 mill. 5 (fig. 4). Sur chacun des flancs, on voit trois crêtes longitudinales s’étendre du 4e au dernier anneau ; les bourrelets fusiformes n’existent point. Le. 1er anneau porte à son extrémité une demi-couronne d’épines en antéversion, qui lui fait une sorte de diadème ou d’auréole. Les anneaux 3 et 4 ont leur bord antérieur occupé par un rang d’épines en antéversion, qui s’atténuent ou disparaissent môme à la face ventrale. Les anneaux 5 et 6 portent à leur bord antérieur une double couronne

Fig. 4. — Larve d’OEstride de l’estomac de Elephas africanus. — A, face dorsale; B, face ventrale; G, côté gauche; a, grandeur naturelle.

d’épines : la rangée antérieure est en antéversion, la postérieure est en rétroversion. L’anneau 7 présente la même disposition, mais seulement à la face ventrale ; à la face dorsale, il n’a qu’un rang d’épines en rétroversion. Les anneaux 8 et suivants portent aussi au bord antérieur une rangée d’épines en rétroversion.

Il nous semble inutile d’insister davantage sur ces différences : il en ressort que les deux formes larvaires étudiées ici, tout en appartenant à un même genre, représentent deux espèces distinctes. Le nom de Cobboldia elephantis (Steel) doit donc être attribué exclusivement à la larve qui vit dans l’estomac de l’Éléphant asiatique.

IV. — Sur une larve extraite du sinus frontal d’une Antilope.

C’est encore au Dr J. Kirk que le Hunterian Muséum est redevable de la curieuse larve qui va nous occuper maintenant : les deux exemplaires que possède le Musée (flacon n° 198) ont été recueillis dans le sinus frontal d’un Ifartebeest ( Boselaphus Lichtenstcini), tué en Afrique, au cours de l’expédition de Livingstone dans le bassin du Zambèse.

Cette larve est longue de 20 à 22 mill. et large de 6 à 7 mill. Elle présente un aspect et une structure très particuliers (fig. 5), qui la mettent à part dans la famille des OEstridcs.

Chacun des anneaux 2 à 11 est comme formé de deux parties soudées l’une à l’autre sur la ligne latérale, par une suture ondulée : l’arceau dorsal est bosselé, lisse et totalement dépourvu do spinules; l’arceau

Séance du 22 février 1803.

Fig. 5. — Larve d’OEstride exlraite du sinus frontal de Boselaplius Lichlensteini. — A, face dorsale; B, face ventrale ; C, côté gauche ; D, extrémité postérieure vue de face ; a, grandeur naturelle.

ventral est aplati et orné d’épines, toutes en rétroversion et disposées comme suit :

Deuxième segment. — Son bord antérieur porte une seule rangée d’épines.

Troisième segment. — Son bord antérieur porte une seule rangée d’épines.

Quatrième segment. — Son bord antérieur porte une rangée d’épines. A peu de distance du bord postérieur, on observe en outre deux petites rangées symétriques, l’une à droite, l’autre à gauche, partant du bord latéral et s’arrêtant à peu de distance de celui-ci ; chacune d’elles ne comprend pas plus de quatre à six épines.

Cinquième segment. — La disposition est la même que sur l’anneau précédent.

Sixième segment. — Même disposition que sur les deux anneaux précédents. On observe, en outre, qu’une rangée supplémentaire incomplète, formée seulement d’une douzaine d’épines, s’est développée dans la zone médiane, immédiatement en arrière de la rangée marginale antérieure.

Septièmc-dixièmc segments. — Même disposition que sur le sixième

cxxxiv Bulletin cntomologique. (15)

anneau, si ce rFest que la rangée supplémentaire occupe toute la largeur de la face ventrale ; les épines qui la constituent sont d’ailleurs plus petites que celles de la rangée marginale antérieure.

Onzième segment. — La rangée marginale antérieure existe, mais la rangée supplémentaire fait défaut. Sur les côtés se voit une large échancrure qui divise l’anneau en une portion dorsale arrondie et mamelonnée, et une portion ventrale plus mince et se prolongeant quelque peu en arrière. Le bord postérieur de la portion ventrale est arrondi et armé d’une rangée de huit épines ; une autre rangée semblable se voit à la face postérieure ou dorsale de cette portion ventrale. Vue de face, l’extrémité postérieure est largement béante et laisse voir deux grandes plaques stigmatifères, dont la structure n’a pas été suffisamment élucidée.

Brauer (24) a décrit récemment deux nouvelles larves d’OEstrides africains : d’accord avec la méthode critiquée ci-dessus, il établit pour chacune d’elles un genre nouveau et une espèce nouvelle. Strobilœstrus antilopinus vit dans la peau de Oreotragus saltatrix ; Denmlœstrus strepsicerontis vit dans la peau de Strepsiceros cnpensis. Ces deux larves cuticoles n’ont aucun rapport avec celle qui nous occupe, non plus qu’aucune autre larve actuellement connue.

La larve du sinus frontal de Boselaphus Lichtensieini, ou « larve de Kirk », comme nous proposons de l’appeler, représente donc un type nouveau et intéressant parmi les OEstrides cavicoles.

Index bibliographique

1. Fr. Brauer, Iivrze Charakteristik der Dipteren-Larven. Verhandl.

der zool.-bot. Ges. in Wien, XIX, p. 843, 1869.

2. J. Macquart, Notice sur une nouvelle espèce d’Aricia, Diptère de la

tribu des Anthomyides. Annales de la Soc. entom. de France, (3), I, p. 657, 1853.

3. Tii. Reibiscii. Sitzungsber. der naturf. Ges. Isis, p. 89, 1866.

4. Tii. Kirsch, Ueber zwei Fliegenlarven aus dem Nacken eines jungen

Sperlings. Berliner entomol. Zeitschrift, XI, p. 245, 1867.

5. G. Krefft, Notes on the metamorphosis of a dipterous Insect of the

genus Batrachomyia (Mac Leay), the larva of which is purasitical upon varions specics of Australian Frogs. Transactions of the entomol. Soc. of New South Wales, I, p. 100, 1866,

(16) Séance du 22 février 1893.

6. R. Montez, Un Diptère parasite du Crapaud (Lucilia bufonivora,

n. sp.). Bull, scicnlif. du département du Nord, VIII, p. 25, 1876. — Voir aussi dans le même recueil : A. Gtard, VIII, p. 171 et 249, et Moniez, IX, p. 67, 1878.

7. V. Collin de Plancy, Note sur les Insectes diptères parasites des

Batraciens. Bull, de la Soc. zool. de France, II, p. 249, 1877.

8. E. Taton, Sur les Diptères parasites de la Rana esculenta. Ibidem,

9. Fr. Meinert, Larme Luciliae sp. in orbita Bufonis vulgaris. Spy-

fluelarvcr i piet af en levende Skrubtudse. Entomol. Meddel., II, p. 89, 1890. — Analysé sous ce titre : Dipterous larvae in the eye of a Toad. Insect lile, V, p. 209, 1893.

10. Max Weber. Tijdschrift der nederl. dierkundige Vereeniging, (2),

III, p. cxxvii, 1892.

11. Al. Laboulbène et A. Vulpian, Note sur des larves d’insecte diptère

trouvées dans les tuniques de l’estomac, les replis péritonéaux et la paroi abdominale chez les Grenouilles. Mémoires de la Soc. de biologie, (3), III, p. 329, 1861.

12. Al. Laboulbène, Sur des larves de Diptères trouvées dans les tu-

niques de l’estomac, les replis péritonéaux et la paroi abdominale chez des Grenouilles. Annales de la Soc. entomol. de France, (4), III, p. 14, 1863.

13. Proceedings ol the Boston Society of nat. history, VI, p. 281, 1856-

14. H. A. Hagen, Note on a sarcopliagous larva found in a girl’s neck.

Ibidem, XX, p. 409, 1880 (1881).

15. Coquerel et Mondtère, Note sur des larves de Diptères développées

dans des tumeurs d’apparence furonculeuse, au Sénégal. Annales de la Soc. entomol. de France, (4), II, p. 95, 1862. — Des mêmes, Larves d’OEstrüles développées dans des tumeurs d'apparence furonculeuse, au Sénégal, sur l’IIomme et sur le Chien, Gazette hebdom. de méd. et de chir., IX, p. 100, 1862 (même note que la précédente).

16. Bérenger-Féraud, Etude sur les larves de Mouches qui se déve-

loppent dans la peau de l’IIomme, au Sénégal. Comptes rendus de l’Acad. des sciences, LXXV, p. 1133, 1872. Revue des Sociétés savantes, (2), VI, 1872. — Du même, Traité clinique des maladies des Européens au Sénégal. Paris, 1875. Voir I, p. 225.

ex xxvi Bulletin entomologiquc. (17)

17. Railliet, La Mouche de Cayor. Bull, de la Soc. centrale de méd.

vétër., p. 77, 1884.

18. Lenoir, Mouche et Ver du Cayor. Archives voter., p. 207, 1884.

19. T. Sp. Cobbold, Catalogue of the specimens of Entozoa in the Mu-

séum of the Royal College of Surgeons of England. London, 1866. — Du même, Parasites ; a treatise on the Entozoa of Man and animais. London, 1879. Voir p. 271.

20. P. Dutrieux, Aperçu de la pathologie des Européens dans l’Afrique

intertropicale. Thèse de Paris, 1885. Voir p. 60.

Page 1