Tochmarc limite
Romans de la Table ronde. 29
La transmission du nom Isylt par les Anglo-Saxons est donc possible, d'autant plus qu'ils pouvaient avoir chez eux un nom Is-hihl, comme l'a supposé Gaston Paris {Remania, XVIII, p. 423).
Si cette solution est écartée, il n'en reste qu'une de plausible : c'est que les écrivains français ont assimilé le nom gallois à un nom Isolt qui leur était bien plus familier. Il n'est pas non plus impossible qu'à côté de Essylt, il ait existé une autre forme brittonique, peut-être plus rapprochée d'Isolt '.
Toute participation des Bretons armoricains dans la transmission du nom d'Iseut, en revanche, est impossible. Moins que les Gallois, les Bretons eussent changé es- en ls-. Dès le ixe siècle, e bref passe à e : les deux sons se confondent sous e.
Pour la substitution d'Isolt à Essylt, elle a pu se faire soit par les écrivains français directement, soit par les Scandinaves, très mêlés aux Celtes, en Irlande, en Ecosse, et dans les îles de la mer d'Irlande, notamment l'île de Man : sur vingt monuments runiques dans cette dernière île, on lit quarante noms de personnes : Vigfusson regarde vingt-trois de ces noms comme Scandinaves; la moitié des dix-sept autres, d'après John Rhys, serait gaélique et le reste non-gaëlique, pour lui, picte 2.
Pendant l'impression de cet article, j'ai mis la main sur un document fort intéressant : une charte de l'an 967 (de Gray- Birch, Chartul. saxon, IV, n° 1197) concernant une donation des terres de Lesmanaoc et Pennard, donne les bornes de ce domaine en anglo-saxon. Parmi les noms de lieux, je relate hryi Eselt, c'est-à-dire Ryt-Eselt, le gué à'Eselt (Iseut)1. En comparant les noms de lieux de cette charte avec les délimitations de terres, également en anglo-saxon de l'an 977
1. L'oncle d'Essvlt est le Mor-holt ■=. *>nori-solto-, peut-être d'un vieux celtique tnori-spoJto-, celui qui fend les mers : spolto- a donné en gallois hollt, en comique et breton fait- (comique felja, fendre, breton faota pour J'ai ta). Il est possible que le nom de la nièce ait contenu le second terme ; cf. Sitofolla.
2. John Rhvs, The Inscriptions of the Northern Picts, p. 503.