‹ Contributions à l'étude des romans de la Table rondeChapitre 17 sur 71 · Le SENS de Mabinogi et Mabinogiox · texte numérisé non relu

Le SENS de Mabinogi et Mabinogiox

On sait que seuls, les quatre premiers récits de la collection du Livre Rouge ont droit à ce titre : ce sont quatre branches des Mabinogi. Ce mot a été diversement interprété. Comme je l'ai fait remarquer au tome I de ma traduction des Mabiuogion, p. 357, note à la page 8-9, il avait pris au xive siècle la signification d'Enfance au sens que ce mot avait en français au moyen âge, si bien que Mabinogi Iesu Grist traduisait Enfance de Jésus-Christ \ Il équivaut au mot MaboJyaeth, enfance, employé dans la version galloise du même texte du ras. de Peniarth qui est de la première moitié du XIVe siècle, pour la partie qui contient ce texte 2. Mais il est incontestable que mabinogi, dans le sens d'enfance, est un terme qui ne saurait s'appliquer aux récits qui précisément portent ce titre 5 ; s'il avait le sens de récit pour les enfants, pour la jeunesse,

1. Peniarth 14 : la partie qui contient cette version De infantia Chrisli est de la seconde moitié du xive siècle (Gwenogvrvn Evans, Report on mss. in the Wehh Lang. I,part II, p. 322, 335).

2. Ibid., p. 305, 309, XIIII. Cf. The Il'hite Book Mabinogion, p. xxvi.

3. Miss Mary Williams (Essai sur la composition du roman gallois de Peredur, Paris, 1909, p. iv, note 3) qui s'en tient au sens du XIVe siècle, Enfance, a senti la difficulté. Elle croit la tourner en traduisant les Enfances du peuple gallois, sens encore plus inacceptable; d'ailleurs, comme je le fais remarquer, mabinogi indiquant les quatre branches, il faudrait Y Enfance du peuple gallois. Elle ignore ma note sur mabinogi, enfance.

Romans de la Table ronde. 31

récits amusants, on ne s'expliquerait pas pourquoi les rédacteurs de récits analogues conservés dans les mêmes manuscrits réservaient ce nom aux quatre dont nous venons de parler : par exemple, dans le ms. de Peniarth 4, pour Peredur, c'est le terme historia; pour Gereini et Enid, pour la Dame de \a Fontaine, c'est chwedl, récit, conte, nouvelle. Le titre du roman si parfaitement gallois de Kulhwcb et Olwen, c'est : mal y kavas Kulhwch Olwen, comment Kulhwch obtint Olwen. Comme je l'établirai (Contrib. IV, Remarques au Mabin. m), celait mérite d'autant plus l'attention que la mise par écrit du roman de Kulhwch est au moins aussi ancienne, plus ancienne même vraisemblablement que celle du Mabinogi. Si on ne lui a pas appliqué ce terme, c'est que Kulhwch est un roman personnel et une composition littéraire, tandis que le Mabinogi représente un genre consacré, et en quelque sorte classique, dans lequel ne rentraient que "des récits traditionnels, depuis longtemps fixés, au moins dans leurs grandes lignes. Le rédacteur du Mabinogi était sûrement au courant des traditions arthuriennes telles que Kulhwch nous les montre : s'il ne s'est pas laissé influencer par les tendances à l'absorption des différents cycles par le cycle d'Arthur, c'est que les récits qu'il mettait par écrit appartenaient à une tradition orale depuis longtemps arrêtée, qu'il n'était pas permis d'enfreindre ni de transformer.

On se trouve ainsi amené à préférer le sens proposé par John Rhys « : le Mabinog ou Mebinog serait un apprenti littérateur, un aspirant-barde, et les Mabinogion comprendraient l'ensemble des connaissances formant le bagage littéraire du Mabinog. Malheureusement ce sens ne se trouve dans aucun texte véritablement ancien. Il est donné nettement dans les Iolo mss., p. 211, mais on sait que l'autorité de cette collection est mince, ses sources étant fort troubles et de valeur inégale. D'après ce curieux morceau, le barde ayant ses grades ollîciels devait prendre avec lui trois disciples (mabinogion, mebinogiori). Ils avaient à passer par trois degrés avant de devenir barde à chaire. Les études du Mabinog étaient extrêmement

Page 1