‹ Contributions à l'étude des romans de la Table rondeChapitre 32 sur 71 · II, P · texte numérisé non relu

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2. Les Sitqungsberichte der Kôn. preuss. Akademie der Wiss. (191 1, p. 174- 227) contiennent un article posthume de H. Zimmer, revu par Kuno Meyer : Der Kulturgeschichtliche Hintergrund der alten irischen Heldensage. C'est, en somme, un développement de son article (Zeitschrift der Savigny-Stiftung, XV, 209) : Dus Muiterrecht der Pikten und seine Bedeutung fur die irische Aïtertumswissenschaft. Le dévergondage des femmes d'Irlande proviendrait de ce que les Celtes, en Irlande, ont succédé à des populations qui pratiquaient le Mutterrecbt. Il en avait conclu aussi que les Pietés n'étaient pas de souche indo-européenne. Whitley Stokes, fort versé dans les questions de droit historique, voyait dans ces conclusions une preuve d'ignorance de l'histoire du droit (sur les noms matronymiques en irlandais, v. Whitley Stokes, crin, IV, p. 18; cf. pour d'autres pays, Ridgeway, Proceedings ofthe british Academy, III, pp. 16-30). Il y a des restes de mutterrecbt chez la plupart des peuples indo-européens, notamment chez les Grecs. Le Mutterrecbt (filiation par la mère) n'est pas du tout ce que pense Zimmer. Il est parfaitement compatible d'un côté avec la puissance paternelle, ^le l'autre avec une remarquable pureté de mœurs chez la femme (sur l'origine et les effets du mutterrecbt, voir l'excellent livre de von Dargun, Mutterrecbt und l'alenecbt, notamment p. 42, 44 et suiv.). Il est clair que Zimmer ne connait pas la question. Quant aux faits de dévergondage qu'il cite, ils ne prouvent pas plus contre les mœurs des Celtes que la conduite des personnages de l'Olympe contre les mœurs des anciens Grecs.

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sources il y a des traits précis de la géographie du Cornwall ; en revanche, les bévues qu'il commet démontrent qu'il n'a lui-même que de fort vagues idées sur ce pays.

Sa source principale est évidemment insulaire. Gaston Paris était près de la vérité en plaçant entre les légendes des Bretons insulaires et les romans français un archétype anglais. M. Bédier, de même, quand il a montré que le roman de Tristan, tel qu'il nous est parvenu, supposait la connaissance de trois langues, le celtique (le brittonique), l'anglais et le français. Il a eu le tort, égaré par un guide des moins surs, H. Zimmer, de faire honneur de ce trilinguisme dans l'élaboration du roman, aux jongleurs armoricains. Ils y ont eu un rôle, mais non celui qu'il leur attribue.

Il est impossible de chercher au roman de Tristan une autre patrie que l'Angleterre. En l'étudiant, on a en effet nettement l'impression que Celtes, Anglais et Français y ont collaboré, à tel point que son berceau idéal serait un pays trilingue, où celtique, anglais, français, fussent couramment parlés. Ce pays existe : c'est le Cornwall.

On a longuement discuté sur le rôle des Gallois et des Armoricains dans la transmission des légendes celtiques ; il n'est jamais question que d'eux ; ce serait à croire que les Bretons du Cornwall n'ont pas existé. C'est d'autant plus étrange, que le Cornwall joue un rôle important, prépondérant presque, dans la légende d'Arthur, chez Gaufrei de Monmouth lui-même. Gorlois est un Cornouaillais. La forteresse où il enferme Igern pour la défendre contre les entreprises d'Uter Pendragon, Tintagel, est bien connue : Tintagel est une paroisse actuelle du Cornwall. Le Castelliim de Dimelioc où se réfugie Gorlois lui-même, porte encore ce nom. Je le retrouve en Saint-Dennis dans la bundred de Poudre; c'est un manoir figurant dans le Domesday Book . Le bras droit d'Uter Pendragon est Ulfin de Richaradoc. Or, Ricaradoc pour Rit-Caradoc, le gué de Caradoc, figure également comme manoir, dans le Domesday Book : c'est sûrement Rescraddeck actuellement en Saint-Cleer '. Son ami de Tintagel

1. En 1201-1202, Ricaradoc ; 1194 Riscaradoc ; 1786-87 Rescaradoc. (Assize Rolls 109). La forme Roscradoc, qu'où trouve parfois actuellement

04 /• Loth.

s'appelle Jordan. Ce nom est également connu en Cornwall au xne siècle : Jordan figure avec- Hoel parmi les propriétaires du pays vers 1 15 5-1 1 66 \ Le nom du neveu d'Arthur, le traître Modret, ne peut être gallois : il est comique de forme. C'était un nom répandu au xne siècle en Cornwall : un Robert iModret figure dans un document de la fin du xne siècle (/. D. Hardy, Roi ni i çharlarnni, 1, part. 1838, p. 83). Ce nom entre dans la composition de plusieurs noms de lieu : Tre-Moderet z, Rosmodres 5 : modres, pour Modret).

Une des demeures favorites d'Arthur, d'après divers textes gallois, était Kelliwïc en Cernyw (Cornwall). C'est à peu près sûrement Gweek wood, en S1 Martin's dans la péninsule de Meneage ou du cap Lizard : wood- est la traduction exacte du gallois, comique et breton Kelli, bois. Sur le haut de Gweek wood {Kelli-wic) il y a encore des traces d'un ancien établissement; à un mille et demi, est The Gcar, la forteresse appelée aussi Caer bridge, une des enceintes fortifiées les plus considérables du Cornwall. Il y en a une autre moins importante dans le voisinage à Carvallack : les trois forts sont en vue l'un de l'autre 4.

Le fatale Castrnm de la prophétie de Merlin d'après Jean de Cornwall > qui écrivait au XIVe siècle, s'appelle, dit-il, en anglais Ashbiri, en breton, Kair belli et suivant d'autres Castel uchel coed (le château du bois élevé). J'ai fini par retrouver Ashbiri dans Ashbury en Weeck-S,c-Mary, paroisse du nord-

est fautive et refaite d'après l'analogie : Res, Ros . Les prétoniques sont très atteintes en comique. Pour rit donnant res, il faut savoir que t et d à la fin d'un mot sont toujours assibilés en comique.

1. Journal of the Roy. Inst. of Cornwall, 1890-1891, p. 165 : Principal Landotuners en Cornwall.

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