V\ "liitlev Stokes, Revue Celt ., I, p. 3 32 et suiv
6 /. Loth.
nom Custentin— Cô(n)stantïnus. est écrit Custentin et Costenlin, ce qui indique une prononciation Côstentin, qu'on retrouve au xme siècle dans Tre-gesientyn (la demeure de Costentiti) '. A plus forte raison, o bref dans le nom de Trostan devait arriver à un son que les écrivains du Cornwall devaient transcrire au x-xie siècle par y anglo-saxon 2. Les écrivains français ne connaissant pas la valeur de cette graphie lui ont donné la valeur d'un i et auront transcrit Trystan par Tristan. Une forme Trystan avec un y ne peut guère être galloise, avant le xi-xne siècle5.
Parmi les autres noms brittoniques, il n'y en a qu'un qui paraisse nettement breton-armoricain, et encore uniquement par la raison qu'on ne le trouveni en Galles, ni en Cornwall. C'est RoaJd, le Foitenant, nom du père nourricier de Tristan. Pour le Cornwall, son absence n'a rien de démonstratif. De bonne heure, sûrement dès l'époque de la conquête normande, les noms propres d'homme d'origine brittonique y sont rares; ils sont remplacés par des noms de lieux précédés d'un nom qui est généralement un nom de baptême. En Galles même où l'onomastique brittonique jusqu'à l'avènement des Tudors est copieuse, il n'est pas rare que certains noms d'origine ancienne, courants en Bretagne, ne soient pas représentés et réciproquement. H. Zimmer a soutenu que Rodait était un emprunt germanique, et qu'il remontait à Hruodiuald. Or, c'est à tout point de vue impossible. 'Hruodiuald eût donné au ixe et au xe siècle, en breton, Rot-wald ou Rod-walt ;pour / ou d, ci. Rot-bal*, au xn° siècle Rot-berths, devenu au moyen âge Roper~ et Ropar^. Pour le
i . Cf. Gilbert de Costantin in CostaHtinestun, en Glamorgan (Clark, CartaelV, p. 107, année 1262).
2. Cf. dans les Manum, Cyngeli (pour Congelt probablement), Myrmen(Mormïn, Mertniri), Gyâiccael (bret. ludicaeï), Ongynedel (On-cenedl);&u Xe siècle Caer Lydan.
3. Le Rennes Dindshenchas (Revue Celt., 1894, p. 427, 5g), t'ait mention d'un Trostan drai Cruithnech, Trostan druide Picte (des Pietés d'Irlande).
4. Ce nom germanique n'apparaît que sur la fin du xil' siècle ; la forme Rôtbert est encore fréquente à cette époque dans le cart. de Redon, à côté de Robert, forme plus française.
5. Cart. de Quimperlé, éd. Maître et Berthou, p. 218, 1 107-1 112.
Romans de la Table ronde. 97
sort du second terme wald, il eût été le même que celui de wal et -walt brittonique. Les noms brittoniques avec -wal, -walt, pour second terme, sont nombreux et conservent -wal et -«v/// intacts, après une consonne comme après une voyelle, jusqu'au Xll-xiIIe siècle, en zone bretonnante. Au xe on a assez fréquemment -gual ' : exemples, au ixL siècle : Cliit-iuttil, Drîd-uual, Et-uual, Iud-wal, Tut-wal, Uuoet-uual, Reth-uualt, Rit-uuald, Rituualt, Utioet-uuali 2. Il en est de même en Galles et en Cornwall. Les noms en -wallon, -walloe, -want, -was, -iceilh, -uuere, -wethen, -winn, -zualatr etc., etc., montrent le même traitement de -w après consonne ou voyelle.
Inutile d'insister. Je me bornerai à ajouter que Rodait 5 ne ligure pas dans les chartes en territoire roman où les signataires portent, en général, des noms germaniques. Je ne l'ai trouvé qu'une fois, en compagnie d'une majorité de ces noms. En zone bretonnante Rodait (et Rudalt) évoluent régulièrement : Rodait au ixe siècle (S34, 878); au xr (1046, etc.) xii-xme siècle, Rodait (Rudalt) et Rodaud ; au xivL', Roland et Rou^aud*. En zone française de Bretagne, par la chute du d intervocalique », on eut Roald dès 1 1 12, Roall en 1 1 44 6, Roant en 1144-11487. Un nom vieux-breton Ro-alt était possible (cf. Ro-hoiarn, Ro-mael, Ro-min, Ru-manton); mais, comme on ne trouve pas Roall avant lexne siècle, et que dans un cas Roattt* remonte sûrement à Rodait, il est clair que Roalt, Rua II (ou Roald, Ru a ht), est une forme française de Rodait,