‹ Contributions à l'histoire de la vésicule germinative et du premier noyau embryonnaireChapitre 2 sur 6 · SI · texte numérisé non relu

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parce que jamais ils n'ont observé un œuf dépourvu de tout noyau.

Quelques observateurs ont voulu voir un lien génétique entre le noyau de l’œuf fécondé et la tache de Wagner. Leydig (1) a exprimé cette opinion en ce qui concerne les œufs du Piscicola; von Baer (2) à propos du développement d un Oursin. Bischoff (5) fait dériver de la tache germinative du Lapin non-seulement les corps directeurs, mais aussi le noyau qui se trouve dans l’œuf après la fécondation. Mais Bischoff avoue que c’est là, à ses yeux, une simple hypothèse; il l’a du reste abandonnée peu après (4) et il l’a déclarée insoutenable dans ses travaux ultérieurs. Tout récemment Fol (5) a trouvé, dans l’œuf mûr des Méduses, un noyau au sujet duquel il se trouve dans le doute, ne sachant s’il est la vésicule germinative modifiée ou la tache de Wagner. Enfin Herlwig vient de donner un nouveau crédit à cette opinion chancelante, par la publication de son récent travail, qui ne peut manquer de produire un très-grand effet.

Peu de temps après la publication de mon Mémoire sur la composition et la signification de l’œuf, deux publications de la plus haute importance, au point de vue de la question qui nous occupe, virent le jour en Allemagne.

(1) Levdig. Zur Anatomie von Piscicola geomelrica. Zeits. fur wiss. Zool. Bd. I.

(2) K. E. von Baer. N eue Untersuchungen über die Enlivickelung der Thiere. Froriep’s Neue Notizen. Bd. 59, p. 58.

(3) Bischoff. Entwickelungsgeschichte des Kanincheneies , 1812.

(4) Entwickelungsgeschichte des Hundeeies , 1845.

(5) Fol. Die ersle Enlivickelung des Gergonideneies. Ienaïsche Zeitschrift. Bd. VII, p. 474.

OEI lâcher (1) établit que dans l’œuf mûr du Saumon la vésicule germinative gagne la surface du germe et qu’elle s’ouvre dans l’espace, qui existe, à ce moment, entre le vitellus et la membrane de l’œuf. L’ouverture grandit; la membrane de la vésicule se détache progressivement de son contenu. Celui-ci finit par être évacué et la membrane s’étale à la surface du germe. Des observations du même auteur sur la vésicule germinative du poulet sont une remarquable et complète confirmation des conclusions auxquelles était arrivé, il y a quarante ans, l’illustre von Baér.

Peu après parurent les belles recherches de Kleinenberg sur l’anatomie et le développement de l’Hydre d’eau douce. Kleinenberg (2) expose de la manière suivante le mode de disparition de la vésicule germinative : « Vers le » moment où la production des pseudo-cellules est ter- » minée, la tache germinative subit une métamorphose » régressive. Elle perd d’abord son contour circulaire et » devient irrégulière et anguleuse; sa substance paraît » coagulée; puis elle se résout en petits fragments et » ceux-ci, si je ne me trompe, finissent par se dissoudre. » Aussi longtemps que l’œuf était un corps amœbiforme, » la vésicule germinative se trouvait au centre du vitel- » lus; mais dès que l’œuf commence à s’arrondir, elle » prend une position excentrique et s’approche du pôle » tourné vers l’extérieur. Elle se place près de la surface » et n’est plus recouverte que par une mince couche de » substance plasmique. Ici elle commence, elle aussi, à

(1) Œllacher. Beitrage zur Geschichle des Keimblaschens im Werbelthierei. Archiv. für mikrosk. Anat. Bd. VIII.

(2) Kleinenberg. Hydra. Leipzig. 1872, p. 42.

» subir une métamorphosé régressive qui se termine par » sa disparition complète. Son contenu granuleux se » liquéfie de plus en plus; une partie de ce contenu sort » par la membrane, d’où résulte que celle-ci, qui jusqu’ici » était restée régulièrement tendue, s’affaisse pour former » un tube généralement ovoïde, dont la paroi est épaissie » et plissée en certaines places. La partie du contenu » qui est restée à l’intérieur se résout en corps isolés et » brillants, dont la forme est arrondie ou anguleuse et » dont les dimensions sont très-différentes; entre eux » sont disséminées quelques gouttelettes d’une graisse » liquide. »

Kleinenberg pense que ces corps sont formés d’une matière grasse ou tout au moins qu’ils consistent en cette matière qui résulte de la transformation des matières albuminoïdes, et que nous observons dans un si grand nombre de tissus pathologiques où leur apparition annonce la dégénérescence graisseuse. Pour lui la vésicule germinative disparaît par dégénérescence graisseuse. Une fois Kleinenberg a cru observer un véritable trou dans la membrane de la vésicule germinative. « Si ce phénomène est » normal, » dit Kleinenberg, « il est possible que lecon- » tenu de la vésicule sort et se mêle au plasma ambiant. » La question de savoir ce que devient la membrane n’a pas été résolue; mais ce qui est certain, d’après Kleinenberg, c’est que toute trace de la vésicule germinative a disparu depuis longtemps au moment où la fécondation a lieu.

Grâce aux observations de OEllacher et de Kleinenberg, la disparition de la vésicule germinative se trouvait directement démontrée; dès lors il n’était plus possible de soutenir la persistance de la vésicule germinative chez tous les animaux, à moins de nier les faits observés. La question

entrait donc dans une phase nouvelle. Deux observateurs qui comptent certainement parmi les plus éminents de l’époque venaient d’établir comment la vésicule germinative disparaît. A partir de ce moment il n’y avait plus que deux alternatives possibles : ou bien il fallait admettre que la vésicule germinative ne joue pas le même rôle chez tous les animaux; qu’elle disparaît chez les uns, qu’elle persiste et qu’elle se divise chez les autres; ou bien il fallait reconnaître que toutes les observations faites par Millier, Leydig, Gegenbauer, Leuckart, Pagenstecher, Mecznikow, Kôlliker, Haeckel et par moi-même sont erronées ou tout au moins que les conclusions tirées des faits observés sont peu conformes aux principes de la logique. Je crois que cette dernière hypothèse est des trois la plus probable : l’opinion qui consistait à affirmer la permanence de la vésicule germinative reposait, en définitive, sur des faits négatifs: on affirmait que cet élément ne disparaît pas, parce que l’on n’avait jamais trouvé d’œuf dépourvu de tout noyau central. Mais de ce que l’on n’ait pas trouvé un seul œuf dépourvu de tout noyau central, il n’en résulte pas strictement que la vésicule germinative persiste. Les doutes que les observations de OEIIacheret de Kleinenberg avaient fait naître dans mon esprit m’engagèrent à faire de nouvelles recherches. Il était important de choisir, pour faire sur ce point de nouvelles observations, des œufs présentant au plus haut degré possible la transparence et l’homogénéité du vi tel lus ; il fallait qu’en outre ils se distinguassent par les dimensions de la vésicule germinative et de la tache de Wagner. Les œufs des Échinodermes et en particulier ceux de V Asteracanthion rubens réalisent au plus haut degré ces conditions. A la fin d’avril 1874 je me rendis à Ostende dans le but de faire la fécondation artificielle de ces œufs.

11 n’y a pas bien longtemps on ignorait encore si les Étoiles de mer sont à sexes séparés : Tiedemann déclare n’avoir pas trouvé les organes mâles de ces animaux (1). Rien n’est pourtant plus facile que de distinguer les ovaires des testicules. 11 est vrai les organes sexuels ont dans les deux sexes la même forme, la même position, le même volume : quand elles ont atteint leur complet développement les cinq paires de glandes sexuelles s’étendent dans toute la longueur des bras ; elles soulèvent fortement la peau du côté du dos, de sorte qu’on reconnaît, même à l’extérieur, les individus chez lesquels les produits sexuels sont arrivés à maturité. Il suffit de l’examen microscopique le plus superficiel pour distinguer le contenu des testicules de celui des ovaires, et l’on apprend bientôt à reconnaître le sexe, même à l’œil nu : les ovaires ont une teinte jaunâtre ou brunâtre très-pâle; les testicules sont d’un blanc de lait tout à fait pur. En outre les lobules de la grappe ovarienne sont plus arrondis et plus courts; ceux de la glande sexuelle mâle sont allongés et plutôt de forme tubulaire.

Je décrirai d’abord l’œuf ovarien tel qu’il se présente, quand, déjà libre dans la cavité de l’ovaire, il a atteint les dimensions de l’œuf mûr, mais que sa vésicule germinative est encore logée au centre du vitellus.

Ces œufs ont ou bien une forme ellipsoïdale ou bien ils sont pyriformes. Leurs dimensions varient entre 0,16 sur 0,13 et 0,19 sur 0,17 millimètres. Us se constituent d’une enveloppe épaisse et tout à fait homogène, d’un vitellus

(1) Tiedemann, Anatomie der Rohren-Hololhurie des pomerang/arb. Seesterns, etc., 1816, p. -42.

finement granuleux ei très-clair et d’une vésicule germinative qui se trouve dans le voisinage du centre du vitellus.

Membrane. C’est encore une question de savoir s’il existe autour de l’œuf des Aslérides une seule ou deux membranes; on ne sait pas davantage quelle est la nature et la signification de ces enveloppes. Si l’on examine les œufs frais qui ont atteint les dimensions de l’œuf mûr et qui ont encore leur vésicule germinative centrale, on distingue autour du vitellus une zone claire ayant une épaisseur de 0,005 à 0,004 millimètres. Elle est tout à fait claire, transparente et homogène. Elle est limitée au contact du vitellus par un contour très-net; du côté externe au contraire son contour est si pâle et si peu marqué, qu’il faut une grande attention pour l’apercevoir. L’indice de réfraction de la substance qui constitue celte membrane doit être très-semblable à celui de l’eau. Cette substance est très-molle; elle paraît être une matière gélatineuse , mucilagineuse ou albuminoïde; de là les noms de « Gallerthülle, Eiweissschicht, couche mucilagineuse , » qui lui ont été donnés. Plus récemment Hoffmann (1) l’a appelée membrane vitelline. Pour bien voir les caractères de cette membrane, il faut éviter de l’examiner dans l’eau. Dès qu’elle arrive au contact de l’eau elle gonfle considérablement; on peut l’étudier convenablement en portant directement les œufs dans l’acide osmique à 1 °/0 ou dans l’acide picrique en solution concentrée. Elle ne se colore pas en rouge par les matières carminées; elle se dissout partiellement ou se contracte fortement par un séjour prolongé

(I) C. K. Hoffmann. Sur l'anatomie des Aslérides. Extrait des Archives néerlandaises, t. IX.

dans l’alcool absolu. Après un certain temps de séjour dans l’alcool, on n’aperçoit plus autour du vitellus qu’une membrane très-mince qui, en certains points, s’applique immédiatement sur le globe vitellin, tandis qu’ailleurs elle s’en écarte en formant des ondulations plus ou moins régulières. Si l'on examine cette couche transparente dans des œufs qui n’ont pas atteint leur complet développement, on distingue une striation radiée due à la présence de pores en canalicules d’une extrême ténuité. On sait depuis longtemps que les œufs des Holothuries présentent le même caractère.

Jamais je n’ai observé dans les œufs des Étoiles de mer le canal que J. Millier a découvert dans les œufs de plusieurs Holothuries et qui a été considéré comme faisant fonction de micropyle. Cependant dans les œufs pyri formes la couche transparente est souvent un peu plus mince à l’extrémité caudale de la poire.

Derbès a trouvé dans l’œuf des Ëchinides, indépendamment de la zone mucilagineuse, que je viens de décrire, une mince membrane immédiatement appliquée sur la surface du vitellus et qu’il appelle membrane vitelline. Plusieurs auteurs ont affirmé après Derbès l’existence de cette seconde membrane, non-seulement chez les Ëchinides, mais aussi chez les Hololhurides et chez les Astérides. Je n’ai pas pu me convaincre de l’existence de celte membane dans l’œuf de Y Asteracanthion rubens.

Quelle est la signification de la couche transparente qui existe autour de l’œuf chez tous les Échinodermes? Quel nom faut-il lui donner? 11 n’est pas possible dans l’état actuel de nos connaissances sur la formation de l’œuf de ces animaux de répondre à ces questions. J’ai des raisons de croire que cette membrane n’est pas produite par

l’œuf lui-même et qu’elle a le même mode de formation que la zone pellucide des Mammifères. Si mon opinion est exacte, il y aurait lieu de la désigner sous le nom de CI10rion. Comme ses caractères microscopiques sont assez semblables à ceux de la zone pellucide des Mammifères, on pourrait, au moins provisoirement, la désigner sous ce dernier nom, qui a pour avantage de rappeler ses caractères physiques, sans rien préjuger quant à sa valeur morphologique.

Vi tel lus. Le vitellus est formé d’une substance fondamentale claire et transparente (protoplasme) et de granules vitellins peu réfringents tenus en suspension dans le protoplasme. Ces granules sont formés d’une substance dont la réfringence l’emporte fort peu sur celle du protoplasme vitellin. SI en résulte que la transparence de l’œuf est à peine altérée par leur présence. L’absence de tout élément vésiculaire ou globulaire et de toute substance très-réfringente fait que le corps de l’œuf n’a pas l’apparence d’une émulsion. Le vitellus est clair, transparent et finement granuleux. Celte circonstance rend ces œufs éminemment favorables à l’étude des modifications que subit la vésicule germinative, dans l’œuf arrivé à maturité.

Il y a lieu de distinguer dans le vitellus des œufs de l’Étoile de mer, deux zones, ou si l’on veut, deux substances : une zone corticale dont l’épaisseur est à peu près égale au tiers du rayon du vitellus et une masse médullaire. La couche corticale est plus claire et moins granuleuse que la masse médullaire; elle présente en outre une légère striation radiée qui me paraît manquer dans la masse médullaire. La limite entre les deux parties constitutives du vitellus n’est pas marquée par une ligne bien nette : la substance corticale de l’œuf passe insensiblement à la substance médullaire. Néanmoins la zone de transition est

fort mince. Cette distinction entre les deux: substances constitutives du vi tel lus de l’œuf des Aslérides a échappé à tous ceux qui ont étudié les produits sexuels de ces Échinodermes. Elle n’a été signalée jusqu’à présent chez aucun animal de cet embranchement, et je m’étonne que Hertwig, qui a étudié avec tant de soin les œufs du Toxopneustes , ne l’ait pas observée.

Vésicule germinative. La vésicule germinative est parfaitement sphérique; elle est logée au milieu de la masse médullaire de l’œuf. Elle est délimitée par une ligne trèsnette et foncée. Son diamètre est de 0,05 à 0,04 millimètres. Elle renferme un liquide clair, transparent et parfaitement homogène.

Si on examine la vésicule germinative dans le vitellus, on reconnaît qu’elle présente une tache germinative volumineuse et très-apparente et à côté d’elle un certain nombre de globules beaucoup plus petits qui sont des pseudonucléoles. La tache germinative, qui est le nucléole de l’œuf, est très-volumineuse; elle mesure environ 0,011 à 0,015 millimètres. Elle est circulaire, et son contour est bien régulier; quelquefois la tache de Wagner paraît bosselée à sa surface; d’autres fois enfin elle est angulaire et tout à fait irrégulière. Elle est formée d’une substance trèsréfringente et fort brillante qui renferme des vacuoles claires dont le nombre et le volume varient d’un œuf à l’autre. Les vacuoles ont déjà été signalées par Leydig dans l’œuf de f Holothuria lubulosa: « Ber Keimfleck des fertigen » Eies ist. bedeutend schàrfer contour irt als das Keimy> blàschen, fast fettartig und zeigt ein oder mehrere Cari vilàten. » Hertwig a observé que dans les œufs du Toxopneusles la tache de Wagner renferme tantôt une, tantôt plusieurs vacuoles.

Je n’ai pas constaté directement, dans les œufs que je décris, que le nucléole exécutât des mouvements amœboïdes. Depuis longtemps de la Valelte( l)a signalé ce fait que, dans l’œuf d’une Libellule, on peut voir la tache germinative changer de forme et de place. Mecznikow(2) a vu, non-seulement dans la tache de Wagner de plusieurs animaux inférieurs, mais aussi dans les cellules salivaires des larves de Fourmis, des mouvements spontanés des nucléoles. Balbiani (5) a fait une observation analogue en ce qui concerne les œufs des Araignées. Alexandre Brandt(4) a observé que dans les œufs de la Periplaneta orientalis la tache germinative affecte toutes sortes de formes et que ces changements, véritablement actifs, doivent être attribués à la contractilité de la substance nucléolaire. Il a observé que sous l’influence de la chaleur ces mouvements deviennent si actifs, qu’il est difficile de dessiner les changements de forme qui se succèdent.

Auerbach(5) a reconnu des changements de forme, présentant tous les caractères de mouvements amœboïdes, dans les grands nucléoles des cellules embryonnaires des Muscides et des taches germinatives de l’œuf du Brochet; Hertwig a vu le même phénomène se produire dans les nucléoles des œufs de Grenouille et aussi dans le corpuscule de Wagner de l’œuf chez le Pierotrachea. Il y a

(1) De la Valette. Uber den Keimfleck and die Deutung der Eilheile. Arciiiv. fur -iiikrosk. An vt. Bd. II, 186G.

(2) Mecznikow. Vircliow's Archiv. Bd. XLI.

(5) Balbiani (cilé par Auerbach). Voir Keferstein. Jahresberichl für

(4) Alexander Brandt. Uber active Formveründerungen der Kcrnkorperchens. Archiv. für mikrosk. Anvt. Bd. IX.

(5) L. Auerbach. Organologische Studien Heft, I, pp. 167 et 168.

plus de quatre ans j’ai observé des changements de forme, des agrandissements et des diminutions de volume, en observant la tache de Wagner dans les cellules germinatives du Polystomiwi integerrimum et j’avais reconnu que la diminution de volume de ces nucléoles correspond avec la disparition de la vacuole, que l’on y observe à certains moments. J’ai reconnu aussi que les nucléoles, si nombreux dans les jeunes œufs de la Grenouille, exécutent aussi des mouvements consistant dans des changements de forme. J’ai fait ces observations peu de temps après avoir constaté la disparition et la réapparition alternatives des nucléoles, dans le noyau de la Gregarina gigantea (1). Depuis lors j’ai observé plusieurs fois le même fait chez le Monocystis lumbricorum. Cependant, chez cette espèce, il existe un nucléole plus volumineux que les autres, qui ne disparaît jamais, mais qui change continuellement de forme et dans lequel on voit apparaître et disparaître les vacuoles : tantôt le nucléole ne renferme qu’une seule vacuole très-étendue; quelques instants après il en montre une foule de petites, de toutes dimensions; à d’autres moments il n’en existe plus du tout. Mais d’autres recherches et des occupations nombreuses m’ont empêché de publier plus tôt ces observations. Je n’ai pas vu se produire sous mes yeux de chan-' gements de forme dans les nucléoles des œufs d’Étoile de mer; mais je ne doute pas que les différences constatées dans la forme de la tache germinative ne doivent être attribuées à la contractilité de la substance des nucléoles. Cette conviction résulte des observations que j’ai faites sur les

(1) Édouard Van Beneden. Sur une nouvelle espèce de Grégarine, désignée sous le nom de Gregarina gigantea. Bull. acad. roy. de Belg. , 2e sér., t. XXVIII.

œufs mûrs, où j’ai vu le nucléole se résoudre en fragments et celte division de la tache germinative précéder immédiatement la disparition de cet élément.

Les pseudonucléoles, au nombre de 8 à 15, sont des corpuscules de volume variable, formés d’une substance beaucoup moins réfringente que la matière nucléolaire. Quelquefois ils se trouvent disséminés dans toute l’étendue de la vésicule germinative; plus souvent ils sont situés dans le voisinage du vrai nucléole. Ils ont une tout autre composition et d’autres propriétés que ce dernier. Il est donc inexact de dire, avec Hoffmann, que dans l’œuf de Y Asteracanthion rubens il existe de un à dix nucléoles.

Dans son travail Hertwig déclare se rallier à l’opinion de Auerbach, qui considère la membrane de la vésicule germinative, et des noyaux en général, comme produite par différenciation d’une couche mince de protoplasme autour d’une vacuole, qui serait remplie par la substance nucléaire. Sans vouloir ici développer ma manière de voir relativement à la constitution du noyau cellulaire en général, et de la vésicule germinative en particulier, je tiens à dire que je ne partage aucunement sur celte question l’opinion de Auerbach et de Hertwig. Un jeune noyau est formé par une matière homogène que j’ai appelée l’essence nucléaire (1). Quand ce jeune noyau grandit, l’essence nucléaire s’unit à une substance qui est enlevée au protoplasme de la jeune cellule et que j’ai appelée le suc nucléaire. La substance nucléaire qui résulte de cette union forme le corps du noyau. La membrane du noyau définitif aussi bien que les nucléoles sont des restes non modifiés du

(1) Édouard Van Beneden. De la maturation de l'œuf , de la fécondation et des premiers phénomènes du développement embryonnaire des Mammifères , page 50.

jeune noyau primitif : ils sont formés exclusivement par l’essence nucléaire. Au moment où un noyau va se diviser, les nucléoles aussi bien que la membrane nucléaire se dissolvent dans la substance nucléaire. Il en résulte que le contour du noyau devient très-peu apparent et que les nucléoles disparaissent. Tous ceux qui ont étudié la multiplication des cellules savent combien le noyau est difficile à voir au moment où la division de la cellule va se produire. C’est ce fait qui a donné lieu à la théorie d’après laquelle toute multiplication cellulaire serait précédée de la disparition des noyaux. La disparition momentanée et la réapparition des nucléoles dans le noyau des Grégarines sont des faits qui ont été signalés par moi dès 1869. Je n’ai pu en donner, à cette époque, aucune interprétation; mais il en résulte que ce n’est pas seulement au moment où une cellule va se diviser, que la substance nucléolaire peut se dissoudre dans le corps du noyau. Les observations dont je rendrai compte plus loin et qui montrent que la tache de Wagner aussi bien que la membrane se dissolvent dans la vésicule germinative, avant la disparition de ce dernier élément, prouvent également en faveur de mon opinion relativement à la signification de la substance qui constitue la membrane nucléaire aussi bien que les nucléoles. On sait en outre que chaque fois qu’une cellule va se diviser, il s’opère, après la dissolution des nucléoles et de la membrane, dans la substance nucléaire, une séparation complète entre l’essence nucléaire qui va former la zone équatoriale et le suc nucléaire qui est refoulé aux pôles du noyau. Celui-ci, après la division de la zone en deux disques nucléaires, qui doivent devenir les nouveaux noyaux, se refond dans le corps de la cellule.

Les vacuoles qui apparaissent dans un si grand nombre de nucléoles ne sont aussi, je pense, que le résultat de

l’union momentanée (le certaines parties de la substance nucléolaire avec le suc nucléaire.

Je crois que celle manière de voir sur la constitution du noyau est la seule qui puisse rendre compte des caractères physiques et microchimiques de cet élément et de ses diverses parties, la membrane nucléaire, le corps du noyau et les nucléoles; elle repose tout entière sur les phénomènes que l’on connaît relativement aux manifestations vitales, au développement et à la multiplication des noyaux.

Si l’on rompt la membrane d’un œuf de l’Étoile de mer de façon à faire sortir son contenu dans l’acide osmique faible ou dans l’acide picrique, la vésicule germinative montre une particularité que j’ai pu constater aussi dans l’œuf vivant, après l’avoir observée d’abord dans la vésicule germinative isolée et traitée par ces réactifs. 11 existe dans le noyau de l’œuf un réseau à grandes mailles, formé par une substance très-finement granuleuse. C’est dans ce réticulum que se trouvent les pseudonucléoles; la tache germinative paraît être le centre d’où parlent les filaments réticulés. Les caractères de ce réseau varient du reste d’un œuf à l’autre : l’on observe même quelquefois, au lieu du réseau, un petit amas granuleux formé par la substance du réticulum et les pseudonucléoles. Ce réticulum je l’ai trouvé également chez le Lapin et j’ai proposé de désigner sous le nom de Nucleoplasma la substance qui le constitue. Le premier qui ait décrit un réseau semblable à celui de l’Étoile de mer est W. Flemming (1). Il a trouvé que chez les Anodontes et les Unio, le liquide transparent

(1) W. Flemming. Studien in der Entwickelungsgeschichte der Najaden. Aus dem LXX1 Bande der Sitzb. der K. Acad, der Wissensch. zu Wien.

de la vésicule germinative est traversé par de nombreux filaments anastomosés. Kleinenberg a signalé quelque chose de semblable dans la vésicule germinative de l’Hydre d’eau douce; enfin Hertwig l’a observé chez le Toxopneustes lividus et dans l’œuf de la Souris. Je ne sache pas que l’on ail constaté rien de semblable ailleurs que dans le noyau de l’œuf (vésicule germinative). Je pense donc qu’il ne sera pas sans intérêt de faire connaître ici mes observations sur la constitution du noyau d’une énorme cellule qui constitue à elle seule toute la partie centrale du corps ( Lei beshôhle de Kôlliker) des Dicyema. Le noyau plus ou moins régulièrement ellipsoïdal présente une membrane épaisse sous laquelle existe un réseau très-serré formé par une matière finement granuleuse, tandis que le contenu du noyau [substance nucléaire ) est parfaitement homogène et transparent. Le corps du noyau est traversé, chez certains individus, par un réticulum qui le fait ressembler à un tissu spongieux ; chez d’autres individus il existe seulement un faisceau de filaments semblables à des pseudopodes. J’ai représenté (fig. 20 et 21 ) un de ces noyaux. Par le picrocarminate appliqué après avoir traité au préalable par l’acide osmique, la substance nucléaire se colore en rose; le nucléole et la membrane en rouge vif ; la substance réticulée ne se colore pas. Il en est de même du réseau nucléoplasmique de la vésicule germinative du Lapin.

Mais si l’on ouvre l’ovaire d’une Étoile de mer au moment de la maturité sexuelle, on n’y trouve pas seulement des œufs semblables à ceux que je viens de décrire et qui se distinguent essentiellement en ce que, tout en ayant atteint les dimensions de l’œuf mûr, ils ont encore leur vésicule germinative au centre du vi tel I us ; à côté de ces 2me SÉRIE, TOME XLI. 5

umls on en voit d’autres qui n’ont pas atteint leur maturité; d’autres, en tout semblables à ceux dont je me suis occupé précédemment, mais qui en diffèrent en ce que la vésicule germinative est devenue superficielle; d’autres enfin, qui ne montrent plus de trace de la vésicule de Purkinje. Cependant ces derniers œufs ne s’observent qu’exceptionnellement : l’immense majorité des œufs ovariens possèdent encore leur vésicule germinative.

Les œufs dans lesquels la vésicule germinative a gagné la surface du vitellus ne diffèrent guère de ceux qui ont été décrits plus haut : ils ont une forme ellipsoïdale ou spheroïdale; leur zone pellucide gonflée par l’eau de mer est fort épaisse et sa surface est tout à fait irrégulière. Le vitellus présente toujours les mêmes caractères; la vésicule germinative a conservé sa forme sphérique et toute la netteté de son contour. Il est difficile de reconnaître si elle est en contact immédiat avec la zone pellucide, ou si elle est séparée de cette membrane par une mince couche de protoplasme vitellin. Dans la vésicule se voient le nucléole et les pseudonucléoles au milieu d’un petit amas de granulations. Jamais je n’ai trouvé le réseau nucléoplasmique dans la vésicule germinative devenue superficielle, quelle que soit la méthode à laquelle j’aie eu recours pour m’assurer de sa présence. Dès que la vésicule germinative a pris sa position périphérique et superficielle , le nucléoplasma forme, avec les pseudonucléoles, une petite masse nucléoplasmique à côté du nucléole.

Si l’on reçoit dans un petit vase renfermant de l’eau de mer les œufs ovariens d’un ovaire complètement développé et si l’on y agite pendant un instant un fragment de testicule arrivé à maturité, un certain nombre d’œufs sont fécondés et deux heures ou deux heures et demie après avoir opéré la fécondation artificielle, on trouve au fond du

vase des œufs fractionnés. Si l’on prend soin de ne laisser dans le vase qu’un petit nombre d’œufs et de renouveler l’eau de temps en temps, le développement embryonnaire avance rapidement et au bout de deux à trois jours des embryons ciliés nagent librement dans l’eau. La fécondation artificielle a été opérée pour la première fois, chez un Échinoderme, par K.E. von Baër; après lui plusieurs cmbryogénistes ont eu recours au même procédé pour étudier le développement des Échinides, des Astérides et des Holotlmrides : je citerai Derbès, Krohn, Busch, J. Millier, A. Agassiz et Selenka.

Si quelques instants après avoir opéré la fécondation artificielle on place sur un porte-objet un certain nombre d’œufs, retirés, au moyen d’une pipette, du fond du vase dans lequel on a mélangé les produits sexuels, on remarque qu’une foule de spermatozoïdes se sont accolés à la surface de la zone pellucide. Ils agitent leurs queues avec une telle force, qu’ils parviennent à faire bouger les œufs. Si l’on choisit pour étudier les phénomènes successifs qui vont s’accomplir en lui un œuf présentant une vésicule germinative superficiellement placée, et si on l'observe d’une façon continue, on reconnaît que, trois quarts d’heure ou une heure après la fécondation, la vésicule germinative, si distincte au moment où l’on a commencé l’observation, a complètement disparu. On voit successivement ensuite le vitellus subir le phénomène du retrait, des corps directeurs (globules polaires) apparaître dans le liquide périvitellin; puis le globe vitcllin primitif se fractionner en deux parties. Les œufs pourvus d’une vésicule germinative superficielle, au moment où l’on a opéré la fécondation, sont donc aptes à être fécondés aussi bien que ceux qui n’en montraient plus de traces dans l’ovaire. Pour s’assurer si la disparition de la vésicule germina-

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