LK STATION DE ROSEREUIL
ment intentionnelle ; elle donne la certitude que les coups de poing ne pouvaient être emmanchés. Celle en biseau que l'on remarque sur quelques unités a été plutôt pratiquée pour faciliter la préhension que l'emmanchement. En effet, enserré dans un manche, Tinstrament eût présenté une pointe oblique, soit une défectuosité impropre à tout usage. Indépendamment des coups de poing et de quelques percuteurs, Rosereuil a donné d'autres instruments : ce sont des outils à peu près discoïdes, taillés à très gros éclats sur les deux faces et une partie seulement de leur pourtour. Comme sur le coup de poing, le cortex apparaît à différents endroits, également pour la préhension. Il y en a de très gros, plus de moyens que de petits. Les retouches aussi grossières que la taille faciale, sont pratiquées moitié sur une face, moitié sur l'autre. Ce sont, à notre avis, des sortes de racloirs, ou pour mieux dire les précurseurs de ce genre d'outils. Leur nombre est bien inférieur à celui des coups de poing. Il est à noter que la taille et la fabrication de ces outils dérivent directement de celle des coups de poing : même industrie de taille avec la même matière, la forme seule les différencie. Ils pouvaient d'ailleurs servir au même titre que les coups de poing; quelques-uns même peuvent être considérés comme des ébauches de ces instruments. Quant aux éclats, ils sont légion. Nous n'avons rapporté que les plus intéressants en vue d'étudier la taille des divers instruments trouvés. II résulte de nos remarques que tous ces éclats proviennent des enlevages successifs des parties inutiles aux formes préconçues. Les blocs de silex, nous le répétons, se divisant difficilement, les éclats sont courts et épais et n'affectent qu'accidentellement la forme de lames. Pas une pointe moustérienne n'a été rencontrée : cette constatation a une grande importance en ce sens que l'évolution de la taille acheuléo-moustérienne n'était pas encore un fait accompli, au moment de l'habitat de Rosereuil, au cours de l'époque quaternaire.
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On peut donc conclure que les coups de poing et les outils similaires composaient tout Toutillage en pierre des acheuléens de Rosereuil. Il ne peut, en effet, être donné aucun autre nom que celui d'éclats, à des débris informes, négligés ou tombés à terre au cours de la fabrication d'instruments réellement usuels. Quelques dendrites apparaissent sur les faces de certains de ces instruments. Aucune trace de poterie, ni de faune. La planche 17 comprend des échantillons de tous les instruments trouvés.
Il n*est pas sans intérêt de rapprocher les instruments chelléens et acheuléens — ou datés comme tels — récoltés déjà en Saône-et-Loire, de ceux réellement acheuléens découverts à Rosereuil.
Nous trouvons précisément dans la 2* partie du compte rendu de la 31* session tenue à Montauban, en 1902, sous le patronage de rAssociation française pour l'avancement des sciences, un répertoire de toutes les découvertes préhistoriques faites en Saône-et-Loire. Une carte paléoethnologique, avec légende internationale, savamment dressée par MM. E. Chantre et 0. Savoye, y est annexée. On y relève que Saint-Aubin-sur-Loire, Bussières, Chaintré, Charbonnières, Crèches, Qilly-sur-Loire, Verzé, ont donné chacun un instrument dit chelléen ; on en a recueilli deux à Chânes, trois à Chalon-sur-Saône; plusieurs à Flacé, Fuisse, Hurigny, Sancé et Saint*Sorlih. Des stations également dites chelléennes existeraient à Digoin, Marly-sur-Arroux et Oudry. La Salle aurait fourni un atelier.
Le même répertoire enregistre les trouvailles d'objets dits acheuléo-moustériens. On en a trouvé isolément un peu partout; les stations de Saint-Albain, Bussières, Charbonnières, Chassy, Digoin, Qilly-sur-Loire, Saint-Micaud, la Motte-Saint-Jean et Tournus sont citées. De même les ateliers de Chevagny-les-Chevrières, Laize, Mâcon, Flottes, Sennecé-lès-Màcon et Verzé.
Mais il convient de remarquer que les communications.
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faites au sujet de ces instruments dits chelléens et aoheuléomoustériens, remontent déjà à une époque assez éloignée. D'aucunes furent envoyées il y a plus de trente ans. Depuis, la science préhistorique a fait d'importants progrès. Par l'étude des gisements et des comparaisons théoriques, on est arrivé à dater plus sûrement les trouvailles des chercheurs. Tel instrument déterminé coup de poing chelléen, en 1869 par exemple, est regardé aujourd'hui comme pièce luoustérienne. C'est ainsi que Ton a classé à l'époque chel« léenne qui fut relativement courte, des objets découverts à Placé, Charbonnières, la Salle, etc., alors que ces gisements ont donné de belles lames à Flacé et toute une série de petits racloirs discoïdes à Charbonnières et à la Salle. Il existe donc non seulement un mélange, mais aussi une industrie de taille déjà délicate, inconnue des chelléens qui ne pratiquaient que celle à gros éclats et ne fabriquaient que l'unique coup de point amygdaloide.
Les instruments dits chelléens, découverts jusqu'à ce jour en Saône-et-Loire, à la surface du sol, n'ont donc rien de commun, à notre avis, avec les célèbres coups de poing trouvés dans les alluvions de Chelles. Ce sont des pointes fort belles d'ailleurs, de beaucoup postérieures à l'époque chelléenne, acheuléennes c'est fort douteux, mais sûrement contemporaines de l'âge du Moustier. Nous n'insisterons pas davantage sur le prochronisme de ces pointes fabriquées au cours de l'évolution de la taille.
Rosereuil, à notre humble avis, est donc une station acheuléenne exempte de tout mélange, importante par l'unité de son industrie et remarquable par la nature du silex employé. Entourée de tous côtés par des stations moustériennes, solutréennes, robenhausiennes, beuvraisiennes, cette station semble indiquer un lien, un enchaînement, entre les populations quaternaires et actuelles, venant en tôte par son ancienneté. C'est cette considéra* tien qui nous a déterminé à donner les renseignements qui
précèdent; mais tout en émettant notre avis, basé sur les documents trouvés, nous nous garderons bien d'être autrement afBrmatif. Notre but est plus modeste : il tend seulement à signaler aux savants de culture, la découverte que nous avons faite, leur laissant le soin de conclure, et de donner à la station de Rosereuil-Igornay la place réelle qui lui revient dans la chronologie humaine.
ViGTOR ARNON,
Gonaenrateiir des oolleotions préhistoriques du musée de la Société d'histoire naturelle d'Autun, Officier d'Académie.
L'époque acheuléenne à Rosereuil-Igornay.